‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 69 sur 457 · Hebd., Vocatio regis temporalis · texte numérisé non relu

Hebd., Vocatio regis temporalis

2, 9 Hebd., 3° dies. Praeambulum ad considerandos status.

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les considérations: humaines. Viennent ensuite trois exercices, dont le premier, la méditation de deux Étendards!, s'adresse plus particulièrement à l'intelligence. Elle a pour but, non de nous faire choisir entre deux drapeaux, celui de Jésus et celui du démon, mais de nous faire « voir l'intention du Christ Notre-Seigneur ? », son esprit, ses maximes et son programme ; programme qui sera saisi d'autant mieux qu'on le comparera avec celui du chef ennemi, Lucifer.

Après cette méditation, l'esprit possède une idée exacte de la vraie vie chrétienne. Il faut alors rendre la volonté capable de faire une élection conforme à cette idée, examiner sa droiture et sa fermeté. On les constatera en voyant si, mise devant les moyens à employer, elle à la force de les prendre coûte que coûte. Ce sera le rôle de la méditation des srois classes d'hommes. Puis, afin de rendre cette volonté encore plus forte, saint Ignace, toute la journée qui précède l'élection, renouvelle la générosité de notre cœur : par de fréquentes réflexions sur les #rois degrés d’humilité* il nous met dans la disposition libérale et Joyeuse d’accomplir tout ce que Dieu voudra, la parfaite humilité n'étant que l'amour de Dieu jusqu’au mépris de soi-même,

Reste au retraitant à savoir ce que Dieu veut de lui. Les règles de Pélection, données par saint Ignace, l’aideront à connaître le bon plaisir divin. L'auteur des Exercices examine d’abord les temps ou circonstances propices à l'élection. Le plus ordinaire et le plus sûr est quand l’âme tranquille se trouve en pleine possession d'elle-même. Indifférente alors à tout ce qui n'est pas sa fn dernière, elle considère avec le secours de sa seule raison, en pesant les motifs pour et contre, jusqu’à quel point le choix ou l'abandon de l’objet proposé peut être utile à son salut et à la gloire de Dieu; puis elle se décide pour le parti vers lequel sa raison penche le plus, sans avoir nul égard à la sensualité?.

L'élection terminée, tout ce qui suit dans le livre des Exercices n'est que pour la corroborer et l’affermir. Dans la /roisième semaine, le retraitant contemplera la Passion de Notre-Seigneur, c'est-à-dire les souffrances excessives, la totale abnégation que le divin roi a choisies et voulues librement pour notre plus grand bien et la plus grande gloire de son Père.

. De duobus Vexillis.

. € Videbimus intentionem Christi Domini nostri » (3* dies, praeambulum). . De tribus classibus. — 4. De tribus humilitatis modis.

.- Modus prior electionis.

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La quatrième semaine montrera ensuite au soldat de Jésus- Christ, qu'après les peines de la lutte à ses côtés, il y aura le triomphe et la récompense dans la gloire. La résurrection, les mystères glorieux qui la suivirent, les apparitions, l’Ascension, le ciel et enfin la Contemplation de l'amour divin attachent irrévocablement l'âme à son Créateur et la forcent à lui dire : « Prenez, Seigneur, et recevez toute ma liberté, ma mémoire, mon entendement et toute ma volonté; tout ce que j'ai est à vous ; disposezen à votre bon plaisir?. » Telle est l'expression du sacrifice complet, qui termine logiquement le manuel d'ascétisme écrit par Ignace de Loyola.

5. Pour mieux rendre compte de la méthode suivie dans ce livre, nous l'avons parcouru dans ses grandes lignes en montrant la liaison de ses parties principales. Il contient en outre un grand nombre d’avis ou de règles pour la conduite de l’âme, soit pendant la durée des Exercices, soit dans le cours ordinaire de la vie.

Tout à fait au début se trouvent vingt Annotations « propres

à faciliter l'intelligence du livre et à assurer le succès de ceux qui en font usage ». On reconnait en toutes le caractère à la fois prudent et ferme de l’auteur.

Dans la première semaine, il donne la méthode de l’'Examen de conscience? et une partie des Règles du discernement des espruts.

L'Examen de conscience est aux yeux d'Ignace un exercice essentiel de la vie spirituelle. Il s’y appliqua lui-même, jusqu à sa mort, avec un soin extrême. Il en distingue deux espèces : l’examen particulier, ainsi appelé parce qu'il porte sur une matière unique, comme un défaut à vaincre ou une vertu à acquérir; — et l'examen général, qui porte sur toutes les actions de la demijournée ou du temps écoulé depuis le précédent.

Les Règles du discernement des esprits ont pour objet d’éclairer l'âme, quand elle sent au fond d’elle-même ces luttes pénibles où le bon et le mauvais ange se disputent son empire par des opérations plus ou moins subtiles et cachées. Ignace Y explique ces opérations dans les individus, suivant leurs dispositions présentes, et décrit particulièrement plusieurs artifices du démon.

1. 4 Hebd., Contemplatio ad amorem spiritualem. — 2. Ibid., 1°" punctum. 3. 1: Hebd., Examen particulare et generale. — 4. Regulae ad Spiritus dignoscendos.

Il réserve la seconde partie de ces règles pour la deuxième semaine, alors que l'âme sera dans la voie illuminative. Cette suite traite de la même matière, mais « plus à fond! ». Désormais il s’agira moins de tentations que d'illusions, c'est-à-dire de cas, où les opérations des deux esprits étant plus semblables, leur motif et leur auteur sont plus difficiles à découvrir. Ignace nous apprend à distinguer la véritable cause de nos divers mouvements. Un peu plus loin, il trace quelques principes pour combattre les scrupules, qu'il appelle « des suggestions de notre ennemi ? ». :

Entre les règles du Discernement des esprits et celles des Scrupules, le livre des Exercices expose la ligne de conduite à tenir dans la Distribution des aumônes ou l'usage de ses biens?.

On trouve encore, dans la troisième semaine les Règles de tempérance, principes de sage mortification relatifs à la nourriture; — et dans la quatrième les Règles d'Orthodoxie, qui nous apprennent «à penser véritablement comme nous devons dans l'Église militante ». Ignace y enseigne l'esprit catholique, qui est avant tout un esprit de soumission « à l’épouse du Christ » : obéissance aveugle à son dogme et à sa discipline ; respect de ses cérémonies; usage de ses sacrements; conformité à ses vues: affection pour ses méthodes d'enseignement et pour ses docteurs.

Enfin mentionnons, dans le petit manuel de saint Ignace, des plans très sommaires de méditations sur la vie de Jésus-Christ, l'exposé de diverses « manières de prier » mentalement et vocalement, puis des additions, des notes et des remarques disposées çà et là pour apprendre au retraitant « à trouver plus sûrement ce qu'il désire ». Toutes ces industries et ces maximes portent l'empreinte de l’âme de saint Ignace. Éminemment pratique, il fait concourir tout l’homme et les circonstances qui l'entourent à un but actuel et précis; — toujours énergique, il mène droit à ce but par le chemin le plus rapide et le plus sûr. Il a une expression qui revient sans cesse : £d quod volo, ce que je veux. Son livre est de ceux qui apprennent à vouloir, c'est-à-dire à prendre, quoi qu’il en coûte, les moyens proportionnés à la fin.

6. Quand et comment fut-il composé? Et quelle fut l'influence du séjour d’Ignace à Paris sur la rédaction définitive 6?L’auteur, a

« Cum majori discretione ». — 2. « Suasiones inimici » (Regulae de Scrupulis), . Regul. pro distribuendis eleemosynis. — 4. Regul. ad victum temperandum. . Regul. ad sentiendum cum Ecclesia.

. Le P. Watrigant a déjà traité cette question tout au long dans une série d'articles

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lui-même avoué que son livre, tel que nous l'avons, fut écrit en divers temps avec des additions successives. À une question du P. Gonzalvès sur ce sujet, il répondit : « Je n’ai pas composé tout d’un trait les Exercices. À mesure que, par suite de ma propre expérience, une chose me paraissait devoir être utile aux autres, j'en prenais note, comme par exemple la méthode de marquer le résultat de l'examen particulier et autres choses de ce genre. » Et le P. Gonzalvès ajoute : « Il m’affirma, entre autres, qu’il avait formulé ce qu’il dit des méthodes d'élection d'après l’action diverse des esprits qu’il avait lui-même éprouvée à Loyola . »

Dans la préface de l’édition de 1548, la première de toutes, Le P. Polanco nous avertit que « l’auteur des Exercices spirituels à été bien moins inspiré par les livres que par l’onction du Saint- Esprit, l'expérience intime et celle que donne la direction des âmes ». Un coup d’œil rapide sur les événements connus de sa vie, entre sa conversion et la publication de son ouvrage, nous permettra de juger à quelles époques il a dû plus ou moins utiliser ces diverses sources.

Quand au printemps de 1522, après avoir suspendu son épée au sanctuaire de Montserrat, il arrive à Manrèse, il ne connait que deux livres de spiritualité, «le premier intitulé la Vie du Christ? », — peut-être celle de Ludolphe le Chartreux, — « et l’autre la Fleur des Saints ». Ces deux ouvrages, « en langue espagnole », furent les instruments de sa conversion : leur lecture, pendant les soins donnés à sa blessure au château de Loyola, avait, la grâce aidant, totalement changé ses aspirations ; il y avait gagné quelque teinture de la science spirituelle, maïs cette science restait dans son esprit à l’état rudimentaire : «son âme demeurait aveugle, encore bien qu'enflammée de grands désirs de servir Dieu dans ce qu’elle savait “ ». À Montserrat il faït sa confession générale à un religieux de l'Ordre de Saint-Benoit, Dom Chanones, homme austère et très adonné à la prière. Il est impossible que celui-ci, voyant les dispositions du chevalier pénitent, ne lui ait pas donné quelques conseils spirituels. Bartoli affirme que, pendant son séjour à Manrèse, Ignace l'avait pris comme directeur, « s’adressait à lui de préférence, allait le voir

La Genèse des Exercices (Études, t. LXXI-LXXIII, an. 1897). Nous avons suivi sur plusieurs points ce travail très consciencieux.

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