‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 74 sur 457 · Ibidem · texte numérisé non relu

Ibidem

2. Le P. Watrigant a très bien mis ces points en lumière. Voir Études, 1. LXXI, D: 922. |

3. Tandis que l’ascète de Manrèse entend par semaines un ensemble d'exercices à faire pendant plusieurs jours et tendant à un résultat déterminé, l’ascète bénédictin dispose la série de ses méditations suivant les jours de la semaine en supposant une seule méditation chaque jour. Ainsi à ceux qui sont dans la voie purgative il propose : « Lundi, le souvenir des péchés; — mardi, le souvenir de la mort; — mercredi, a pensée de l’enfer; — jeudi, la pensée du jugement; -— vendredi, le souvenir de la Passion ; — samedi, le souvenir de Notre-Dame ; — dimanche, la pensée de la gloire. » Et ainsi de suite pour les autres voies de la vie spirituelle,

P. Ribadeneira en 1607 : « Ces ouvrages contiennent à la vérité, l’un et l’autre, des sujets qui sont matériellement les mêmes, mais ils sont traités d’une manière très différente. Le livre de notre Père renferme des points des plus importants, dont il n’est pas dit un mot dans celui du P. Garcias (sic). Aïnsi il n’est pas question dans l'exemplaire de l’Exercitatorio que j'ai entre les mains, de l'examen particulier, du temps et des avis pour le bien faire, des points de la méthode d'élection, des règles du discernement des esprits, des autres conseils qui se trouvent à la fin du livre pour se conformer au sentiment de l’Église, de l'exercice des trois puissances, des trois manières de prier qui sont à la quatrième semaine, et autres choses semblables. Aussi n’y a-t-1l pas à douter que ce sont là deux livres différents, et que le second n’est pas un emprunt fait au premier! »

Aux points « des plus importants » dont on ne rencontre pas l'ombre dans l'Exercitatorio, Ribadeneira aurait pu joindre encore les méditations du Fondement, du Règne, de Deux EÉtendards, des Trois classes d'hommes et des Trois degrés d'Humilité. On ne trouve pas non plus dans Cisneros ce que, dans le livre d'Ignace, on a très bien appelé « la partie du maitre », toutes ces annotations et notanda, sorte de direction abrégée, où celui qui donne les Exercices apprend à guider son disciple selon ses aptitudes, son tempérament, ses besoins spirituels et corporels.

Ignace de Loyola a transformé, en se les assimilant, les matériaux communs à tout auteur de spiritualité; il a puisé, dans l'étude de son âme éprouvée et dans les clartés de la lumière surnaturelle, beaucoup de pensées et de conseils qui lui sont propres; puis, sous l’action de la grâce, son esprit très personnel a travaillé et faconné ces éléments divers, pour former une œuvre absolument originale, une doctrine ascétique bien homogène”.

1. Lettre du 18 avril 1607, citée par Dom Besse (Revue des questions historiques, janvier 1897). — Ribadeneira écrivait au P. Recteur de Salamanque qui l'avait consulté de la part de Dom Yepez, auteur de la Chronica general de la Orden de San Benilo. Ce bénédictin, suivant la tradition des moines de Montserrat, voulait, dans son ouvrage, soutenir la thèse de l'influence exercée sur la rédaction des Exercices spirituels par la direction de Dom Chanones et le livre de Garcia de Cisneros.

9. Il est tout naturel, observe justement le P: Astrain, que saint Ignace ait pris les notions générales de la spiritualité dans les livres pieux alors répandus en Espagne, comme Christophe Colomb acquit ses connaissances nautiques dans les livres qui étaient entre les mains de tous les marins au xv° siècle, comme Newton apprit les mathématiques dans les traités de cette science en usage vers le milieu du xvu° siècle. Personne pourtant n’attribuera la découverte de l'attraction universelle à l’auteur de

l’arithmétique dans laquelle Newton apprit les quatre règles. (Astrain, op. cût., t, I, l: I; ch. n, 2 8, p. 1b7.)

Littérairement parlant le livre des Exercices est dénué de tout attrait : « Dans sa simplicité sans art, dit Janssen, il forme même un contraste frappant avec les pédants ouvrages des humanistes du xvi' siècle. On n’y trouve point de rhétorique savante, point d’exagération, nulle emphase mystique !. » L'émotion qui jaillit çà et là, dans quelques colloques de l’âme avec Dieu, est beaucoup moins dans les mots que dans la situation pathétique où l’auteur a mis l’âme en face de son Créateur et de son Roi crucifié.

8. Il nous reste à voir à quelles époques de la vie d’Ignace on peut rapporter les divers perfectionnements, ajoutés aux parties substantielles du petit livre rédigé à Manrèse. Le texte espagnol du manuscrit qu'on est convenu, depuis la V° Congrégation générale, d'appeler l’Autographe?, est émaillé de mots latins et de termes de langage scolastique. Ces expressions, que l’on rencontre même dans les parties essentielles des Exercices, n’ont pu être employées par l’auteur que pendant ses études du latin, de la philosophie et de la théologie, ou même après. Au début de l’année 1523, Ignace part pour la Palestine ; l’année suivante, 1524, au printemps, il commence la grammaire latine à Barcelone : il Y consacre deux ans, sans pour cela cesser ses œuvres de zèle auprès du prochain; il était alors, nous dit le P. Polanco, très attaché au petit livre de l’Imitation de Jésus-Chris!; il enseignait la doctrine chrétienne, faisait de salutaires exhortations et donnait les Exercices. Il agit de même à l’université d’Alcala, où pendant un an et demi (1526-1527) il étudie la philosophie de Soto et la physique d'Albert le Grand. Arrivé à Salamanque, dans l'été de 1527, il est mis en prison et soumet à l'examen de ses juges « tous ses papiers parmi lesquels étaient écrits les Exercices? ». Il nous parait plus probable qu’à pareille date, c'était encore, à peu de chose près, la rédaction de Manrèse. Le contraire n’est pas im-

Page 1