‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 76 sur 457 · PART A · texte numérisé non relu

PART A

possible, car Ignace savait alors médiocrement le latin et avait une teinture de scolastique; mais pendant la période que nous venons de dire (1524-1527) il avait eu à donner les Exercices surtout dans des milieux populaires, où les expressions scientifiques n'étaient pas de mise. Son séjour à Paris (1528-1535) explique bien mieux la forme un peu savante de certains passages ou de certaines remarques. Alors, en effet, ses études furent menées avec plus de méthode et un plein succès; il employait chaque jour les termes de l’école; il avait un entourage très intellectuel: il faisait faire les Exercices à des hommes très instruits, ses compagnons d’études, ou même de graves docteurs, dont il devait s'approprier le langage et ménager Les habitudes d'esprit. Avec eux, il lui était en quelque sorte instinctif et nécessaire d’adopter les formules de la scolastique traditionnelle, d'employer les mots latins, les termes théologiques et les citations patristiques. Puis, tout ce qu'il avait découvert dans son expérience intime, ou dans les suggestions d’en haut, s’éclairait sans doute d'un jour plus vif aux admirables clartés de la doctrine de saint Thomas; comment n’aurait-il pas projeté ces nouvelles lumières sur son texte primitif? Pour ce qui concerne en particulier les Annotations, les Additions et surtout les Règles et Documents, on peut conjecturer avec vraisemblance qu'il en acheva ou en retoucha la rédaction pendant ses études à l'Université de Paris. Ainsi, dans les Règles pour la distribution des aumônes, on trouve énoncée la doctrine du troisième concile de Carthage!, ce qui suppose la lecture d'ouvrages théologiques. Quant aux Règles d’orthodoxie, elles donnent lieu à un rapprochement très suggestif?.

Ces règles de docilité à l'Église témoignent, chez l’auteur, une connaissance exacte de l'esprit tout opposé du protestantisme, qui commençait alors à se glisser en France. Qu'on se souvienne, à ce propos, de ce qui arriva en 1535. Mélanchton et plusieurs autres luthériens allemands avaient envoyé à François I* un certain nombre d'articles, sur lesquels ils désiraient avoir, pour leur instruction, prétendaient-ils, une conférence publique avec la Faculté de théologie de Paris. Celle-ci, consultée, fit remarquer, dans sa réponse au roi, sa crainte que les auteurs de ces articles ne cherchassent à « séduire le peuple »; elle lui rappela qu'en Allemagne ces sortes d'assemblées n'avaient produit que « division, discorde et perdition d'infinies âmes ». Elle concluait donc à ne

1. Reg. 72, — 2, Cf. Watrigant, Études, t. LXXIIT, p. 220 et suiv.

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rien tenter avant de savoir s'il y avait « en eux aucune espérance de réduction ». Dans ce but, on leur enverrait sous forme de questionnaire « les principes de notre foi », et sur leur réponse on jugerait si l’on pouvait « espérer d’eux aucune émendation ». Or, les questions, au nombre de sept, que rédigea la Faculté, rappellent d’une façon frappante les points principaux des règles d'orthodoxie. Les voici :

« 1) Leur soït demandé s'ils veulent confesser l’Église militante, fondée de droit divin, être indéviable en la foi et bonnes mœurs, de laquelle, sous Notre-Seigneur Jésus-Christ, a été le chef saint Pierre, et par ordre les successeurs d’iceluy.

2) S'ils veulent ‘obéir à ladite Église et consentir à sa doctrine et détermination, comme vrais enfants et sujets d’icelle.

3) Pour autant qu'ils désirent en l’Église être consentement de doctrine, leur soit demandé s'ils veulent recevoir tous les livres contenus en la Bible, comme saints et catholiques.

L) S'ils veulent rece voir les déterminations et décrets des conciles généraux de l’Église.

5) S'ils veulent ajouter foi ès canons et décrets des Papes, recus et approuvés par l’Église.

6) S'ils veulent admettre les docteurs de l’Église, saint Hierôme, saint Augustin, saint Grégoire, et autres célèbres et fameux, tant grecs que latins, à l'exposition de l'Écriture Sainte, en ce qui concerne la foi et les bonnes mœurs.

7) S'ils veulent recevoir les bonnes et louables coutumes de l'Église, de tout temps observées et gardées!, »

Quiconque comparera ces « sept principes de notre foi », formulés par la Faculté de théologie de Paris, avec les avis de saint Ignace « pour penser véritablement comme nous devons dans l'Église militante », y verra une analogie manifeste, « non seulement quant à l’ensemble de la doctrine, — ce qui est tout naturel, — mais aussi pour plusieurs détails de forme et d'expression ? ». Par exemple : l’insistance à présenter l'Église comme mère; l’obligation d’obéir à toutes ses déterminations et de recevoir même ses coutumes anciennes ; la mention spéciale des trois grands docteurs saint Jérôme, saint Augustin et saint Grégoire.

Ignace avait-il eu connaissance de ce document? La réponse

1. Actes de la Faculté de théologie de Paris (Bibl. nat., mss. latins, 9,960, p. 39).

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