Sacchini, Hist. Soc., pars IL, lib. IE, n
6. Const. lat. et hisp., Praefatio, p. var. — Un auteur, M. Hermann Müller, a essayé de prouver que le véritable organisateur de la Compagnie était Lainez, assez habile pour falsifier l'œuvre d'Igaace avant de la soumettre à la première congrégation
reçurent dans la suite la sanction suprême des Souverains Pontifes, spécialement celle de Grégoire XIII. Et, bien que les congrégations générales se soient réservé le pouvoir d'y faire des changements, aucune, jusqu’à présent, n’a jugé opportun d’user de ce droit.
3. Une analyse détaillée des Constitutions sortirait du cadre de cette histoire. 11 suffira d’un exposé succinct de l’ensemble pour montrer au lecteur l'esprit de la Compagnie de Jésus, et lui indiquer d'avance la réponse aux attaques passionnées que nous rencontrerons dans la suite des événements.
Les Constitutions sont précédées d’un livre à part et tout à fait distinct intitulé : Examen général que doivent préalablement subir tous ceux qui demandent à entrer dans la Compagnie. Ce livre, divisé en huit chapitres, est destiné à faire connaître l’une à l’autre les deux parties qui vont se lier par un contrat.
Dès le début, Ignace déclare la fin de la Compagnie : « Le but de cetie Société n’est point seulement de travailler avec l’aide de la grâce divine au salut et perfectionnement de ceux qui la composent, mais de s’employer aussi de toutes ses forces, avec l'aide de la même grâce, au salut et perfectionnement du prochain. » Pour mieux atteindre ce but, elle a les trois vœux de pauvreté, chasteté et obéissance, et un quatrième vœu de soumission au Souverain Pontife, spécial à la Compagnie professe. Dans la manière extérieure de vivre, elle n’a rien que de commun, aucune pénitence obligatoire. Ses membres sont partagés en plusieurs classes?, Ignace donne déjà quelques détails précis sur ces classes et les vœux qu'on y prononce’; puis, au chapitre 1v, il expose, avec la plus grande franchise, et les vertus que sa Société exige et les pratiques ou épreuves qu'elle met en usage pour les développer.
Les vertus que demande la Compagnie se résument dans la parfaite abnégation évangélique. Celui qui entre dans cette Société, dit le fondateur, « doit se dépouiller de toute l'affection
générale (Cf. Les origines de la Compagnie de Jésus ; Ignace et Lainez, Paris, 1878, chap. 1v). Malheureusement, à l'appui de cette thèse et de plusieurs autres semblables, M. Müller n'apporte pas une seule preuve directe, pas un seul document contemporain; il en est réduit à des suppositions, à des assertions gratuites et souvent fausses. -Déjà bonne justice a été faite des procédés de cet écrivain par le P. Joseph Brucker, peu après la publication de son ouvrage (Voir Études, 5 déc. 1898. Deux nouveaux livres sur saint Ignace).
1. Quanto fructuosius, 1 fév. 1583 et Ascendente Domino, 25 mai 1584 (Inst., vol. I, p. 85, 88). — 2. Exam. gén., €. 1, n. 2, 3, 5, 6, 7-11. — 3. Ibid., n. 7-11.
de la chair envers ses parents, les aimer seulement de cet amour bien ordonné que demande la charité, parce que, mort au monde, il ne vit plus que pour Notre-Seigneur qui lui tient lieu de parents, de frères et de toutes choses! »; — il doit « se persuader que la nourriture, la boisson, le vêtement et le lit seront ceux des pauvres? »; — il doit « considérer avec soin combien il importe aux progrès de la vie spirituelle de rompre entièrement avec tout ce que le monde aime et poursuit, et d'adopter au contraire, de désirer de toutes ses forces ce que Notre-Seigneur a aimé et recherché »; de même que l’homme du monde ambitionne « les honneurs, la réputation et l'éclat d’un grand nom sur la terre », ainsi, et avec le mème empressement, le religieux de la Compagnie, « par respect et par amour pour Notre- Seigneur », ambitionnera de lui ressembler dans les humiliations, les souffrances et le mépris?. « Et afin de parvenir plus sûrement à ce degré de perfection, il devra mettre sa plus grande application à chercher le plus complet renoncement à soi-même et une mortification continuelle en toutes choses À ».
Tout en traçant cet idéal de la perfection personnelle, Ignace indique par quels moyens la Compagnie porte ses enfants à le réaliser. À ce propos il énumère les épreuves où expériments que chacun devra subir au noviciat, comme passer trente jours dans les Exercices Spirituels, servir les malades dans les hôpitaux, voyager durant un mois en mendiant son pain et son gite, faire le catéchisme aux enfants ou aux ignorants ?. Le fondateur suggère, un peu plus loin, que ces épreuves pourront encore ètre imposées même après le noviciati, Puis il attire l'attention du postulant sur deux points « d’une souveraine importance », et le prévient qu'un religieux de la Compagnie doit accepter d'être averti de ses défauts et dévoiler lui-même toute sa conscience à ses supérieurs ? : « Plus ceux-ci, dit-il, connaïtront avec certitude l’intérieur et l'extérieur de ceux-qui leur sont soumis, plus ils seront capables de les aider avec diligence, amour et sollicitude, et de préserver leurs âmes des différents maux et périls qui pourraient leur arriver avec Le temps*. »
Renseigné sur la Compagnie, le candidat, avant d'être reçu parmi les novices, doit la renseigner à son tour sur lui-même, ses qualités, ses défauts, tout ce qui le touche. Il y à d'abord
1. Exam. gen., c. 1V, n. 8. — 2. 1bid., n. 26. — 35. Ibid., n. 44. — 4. Ibid., n. 46. 5. Ex. gen., c. iv, n. 10 à 15. — 6. Ibid., n. 27. — 7. 1bid., n. 8 et 36. 8. Ibid., n. 34.
à l'admission projetée plusieurs empêchements, tels, que la déclaration d’un seul d’entre eux mettrait fin immédiatement à la délibération !. Si, au contraire, aucun de ces empêchements n'existe, la Compagnie poussera plus à fond son examen. Il est bien juste qu'elle interroge celui qui veut s'unir à elle sur ses parents, sa famille, ses relations d'autrefois, sa santé, sa conduite passée, ses dispositions surnaturelles, ses goûts, ses aptitudes, ses connaissances, ses talents, ses opinions en toutes matières ?. Elle voudra aussi connaître l’origine de sa vocation. Elle lui demandera : « À quelle époque ce désir de suivre les conseils de Notre- Seigneur Jésus-Christ s’est élevé dans son esprit; quelles sont les causes qui l'ont fait naître... » Et, si le postulant affirme n’y avoir pas été porté par quelqu'un de la Compagnie, on pourra, dit saint Ignace, « continuer l’interrogatoire; mais dans le cas contraire (quelque licite que soit une pareille intervention), il sera bon, pour son plus grand avantage spirituel, de lui prescrire un certain laps de temps durant lequel il réfléchira sur ce sujet, en se recommandant à son Créateur et Seigneur, comme si personne n'avait agi sur son esprit » ?.
Tel est le plan et le résumé de l’Examen général. La sincérité Re y éclate à chaque ligne. Si plus tard un religieux vient à se plaindre, ce ne sera point d’avoir été trompé.
L. Avec l’'Examen général nous avons déjà une idée assez nette de la Compagnie de Jésus. Les Constitutions vont préciser davantage, et nous découvrir les détails de son organisation intérieure.
Dans une courte préface, le fondateur expose la nécessité d’une législation écrite qui, sans remplacer « la loi intérieure d'amour et de charité », aidera cependant les membres de la Compagnie « à avancer de plus en plus dans la voie du service de Dieu ». Puis il donne les grandes divisions de son ouvrage qui aura dix parties, comprenant chacune un certain nombre de chapitres ‘. Au texte qui doit être bref, comme il convient à un code, seront ajoutées des notes ou déclarations destinées à l'expliquer, à l’amplifier même s’il y a lieu5.
1. EX%am. gen., ©. 11, n. 1-5. « Impedimenta, cum quorum aliquo nemo in Societatem admitti potest : 1. recessisse a gremio sanctae Ecclesiae, fidem abnegando ; — 9. homi-
‘ cidium aliquo tempore perpetrasse, vel publice infamem propter enormia peccata fuisse; — 3. habitum sumpsisse alicujus Religionis; — 4. vinculo matrimonii consummati, vel servitutis legitimae ligatum esse; — 5. infirmitatem pati, unde obseurari, vel parum sanum judicium ei reddi soleat. »
2. Ibid., c. ni, n. 2-19. — 3. Ibid., n. 14. — 4. Proæmium constitutionum. 5. Proœæmium in declarationes et annotationes.
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Les trois premières parties des Constitutions concernent les novices, leur admission, leur renvoi, leur formation. C'est dire toute l'importance que le fondateur attachait au choix et à l'éducation spirituelle des sujets! : pour lui, l'avenir de tout le corps en dépendait.
Dans la première partie, relative à l'admission, Ignace s'étend principalement sur trois points : les conditions requises en celui qui admet, ses qualités personnelles, sa désignation par le Père Général; — puis les conditions requises en celui qui est admis, et là il ajoute peu à ce que nous avons déjà trouvé dans l’'Examen général; — enfin la façon de traiter le futur novice en première probation, c'est-à-dire la conduite à tenir à son égard dans la maison où il est recu quelque temps à titre d’hôte et de postulant.
La seconde partie des Constitutions concerne le renvoi de ceux «qui, dans le cours du noviciat, seraient trouvés peu propres à entrer-dans la Compagnie ». Elle débute par un principe général nettement posé : « S'il faut, pour atteindre au but de la Société, qui est le service de Dieu et le secours des âmes, conserver et augmenter le nombre des ouvriers capables d'avancer cet ouvrage, il n’est pas moins utile de renvoyer ceux qui ne seraient pas trouvés tels... Toutefois, comme on ne doit pas être facile sur l'admission, il faut encore l'être moins sur le renvoi; mais il faut, avec la grâce de Dieu, peser et examiner mürement les choses*?. » Suivent les prescriptions qui aideront à peser ainsi les choses, avant de décider un renvoi. Le fondateur énumère toutes les causes d'exclusion, puis il parle de la manière d'y procéder.
La troisième partie traite de la formation des novices. Un chapitre regarde leur formation spirituelle, un autre la direction à suivre pour la conservation de leur santé. Par rapport à l’âme Ignace prescrit de tenir les novices isolés, sans relations avec quiconque pourrait les distraire ou les refroidir dans leur bon dessein >: de les exercer à la garde de leurs sens, par le silence et la modestie: de les accoutumer à la pauvreté, en leur interdisant la disposition de quoi que ce soit sans permission; de les instruire à se défendre contre les embüûches du démon et les tenta-
1. On éfitendra pourtant Étienne Pasquier, l'avocat de l'Université de Paris, prétendre que la Compagnie acceptait n'importe qui. L'examen général à déjà réfuté celte calomnie absurde.
2. P. IT, c.1, n. 1. Bien que, dans cette partie, le fondateur parle avant tout du renvoi des novices, il en profite pour exposer dans une déclaration ce qui regarde le renvoi après les vœux simples ou la profession, mettant en principe que le renvoi
sera d'autant moins facile que le religieux est plus avancé dans les degrés. 8. P: III, C. 1, n. 2.
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tions; de les dresser à une entière obéissance, les habituant « à se proposer la volonté et le jugement du supérieur comme la règle des leurs, et à regarder celui-ci comme tenant la place de Dieu »; en un mot de les appliquer à tout ce qui « est de nature à les faire progresser dans l’abnégation d'eux-mêmes ».
5. Après ces trois parties consacrées aux novices, Ignace, suivant le jeune religieux dans sa nouvelle vie, s'attache À sa complète formation intellectuelle, on pourrait dire humaine. La quatrième partie des Constitutions porte pour titre : « De quelle manière il faut instruire dans les belles-lettres, et les autres choses utiles au prochain, ceux qu'on garde dans la Société ».
Il s’agit ici de ceux qui ont été admis aux premiers vœux, avec les dispositions nécessaires pour recevoir un jour le sacerdoce, ou bien qui l'ont déjà recu. Ils porteront désormais le nom de scolastiques.
Cette quatrième partie est une des plus développées par l'auteur des Constitutions, et non sans motif; « car, remarque-t-il, étant donné le but apostolique de la Compagnie, il nous faut joindre à l'exemple d’une vie pure, la science, etla méthode pour l’exposer; aussi, après avoir jeté, dans l’Ââme de ceux qu’on à reçus au noviciat, le fondement solide du renoncement à soimême et du progrès dans la vertu, on s’occupera de les former aux belles-lettres et de leur apprendre la manière de les employer. C’est pour cela que la Compagnie possède des collèges, et quelquefois même des Universités ou des cours généraux d'études, dans lesquels, ceux qui pendant leurs épreuves dans nos maisons ont fait bien augurer d'eux-mêmes, et n’ont pas à un degré suffisant les connaissances nécessaires à notre Institut, pourront les acquérir et apprendre tout ce qui peut être utile au salut des âmes? ». |
En dix-sept chapitres, Ignace donne comme le premier plan d’études de la Compagnie, une ébauche du futur ratio studiorum. Il y parle non seulement de la formation scientifique et littéraire de ses religieux, mais aussi de l'instruction de la jeunesse séculière dans « des écoles publiques », qu'il projette « d'attacher aux collèges de la Société », soit pour l’enseignement des lettres humaines, soit même pour l’enseignement supérieur?. Sans entrer
1. P. III, c. 1, passim. — 2. P. IV, proœæmium. 3. « De scholis collegiorum Societatis » (P. IV, c. vir, lilulum). — « In nostris col legiis.… scholae publicae aperiantur » (c. vn, n. 1).
LES CONSTITUTIONS. Ati
dans les menus détails, il expose les principes généraux que suivra la Compagnie dans ses collèges ou universités, les relations avec leurs fondateurs, l'administration matérielle, les ma tières de l’enseignement, les méthodes, Les livres, et tout ce qui regarde la discipline scolaire f.
Plusieurs chapitres traitent particulièrement des progrès intellectuels des scolastiques de la Compagnie, que le fondateur à en vue par-dessus tout. Il détermine les qualités de ceux qu'on appliquera aux études, le temps qu'ils devront y rester, les moyens de les aider à y réussir, la facon de les préparer en même temps à l’apostolat, les industries à employer pour que « l’ardeur de l'étude n’attiédisse point en eux l'amour des vertus solides et de la vie religieuse? ». Sur ce dernier point le fondateur observe, avec beaucoup de sagesse, que dans un scolastique la science et la vertu doivent se donner un mutuel appui et progresser parallèlement : la pureté de l’âme et le recours à Dieu rendront l’esprit plus pénétrant, et l’application jointe à une intention droite sera un excellent exercice de mort à soi-même.
6. Dans la cinquième partie des Constitutions, sont expliqués les degrés d’incorporation à la Compagnie et par conséquent les diverses classes de personnes dont elle se compose. Qui a charge d'admettre à ces degrés, quand et de quelle manière doit-on y admettre, que doit-on exiger de ceux qui y seront admis, tels sont les points qui seront ici déterminés tour à tour.
Il y a, dans l’ensemble du système conçu par Ignace pour l’émission des vœux, une innovation qui mérite de nous arrêter. Jusqu'au xvi° siècle la coutume des Ordres religieux était d’éprouver les novices pendant un an, puis de les admettre aussitôt après à la profession solennelle; il ne restait ainsi que la distinction entre les prêtres, ou aspirants au sacerdoce, occupés soit à l'exercice, soit à la préparation des ministères spirituels, et les frères servants ou coadjuteurs, employés aux offices domestiques. Ignace double d'abord le temps du noviciat*; de plus, les deux ans écoulés, il n’admet pas encore à la profession solennelle, mais seulementaux vœuxsimples. C'est-à-dire que le nouveau religieux, soit prêtre, soit scolastique destiné aux études, soit coadjuteur temporel destiné aux travaux domestiques, prononce alors les trois vœux simples de pauvreté, chasteté et obéissance, avec celui
1. P. IV, C. I, IL, V, XII, XII, XIV, XV, XVI, XVII, 2, 1bid., ©. 11, V, 1X, VIN, VI, — 3. Exam, gen., C. x, n. 19:
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d'entrer un jour dans la Compagnie à quelque degré qu'elle voudra lui conférer. Par cette promesse, il entend se lier perpétuellement à la Compagnie, sans que celle-ci s'engage pour sa part à l’incorporer dans aucun degré; il restera dans cet état de vœux simples, jusqu'au moment où les Supérieurs, satisfaits de ses bonnes dispositions et de ses vertus, l’admettront à une incorporation définitive. Alors, pour les scolastiques ce sera : ou bien la profession solennelle des quatre vœux, c'est-à-dire des trois vœux accoutumés et en plus de celui d’obéir au Souverain Pontife pour toutes les missions auxquelles il voudra les destiner; — ou bien la profession solennelle des trois vœux seulement; — ou bien l'émission des trois vœux simples, quoique publics, de pauvreté, chasteté et obéissance. Ainsi les prêtres seront répartis en trois classes : profès des quatre vœux, profès des trois vœux et coadjuteurs spirituels. Quant aux coadjuteurs temporels, ils seront incorporés dans la Compagnie par les trois vœux usités, sèmples et publics, et prendront le nom de coadjuteurs temporels formés. De sorte, que si l’on ajoute à ces quatre degrés d'incorporation définitive les deux degrés de ceux qui l’attendent, — novices et religieux dans l'état de vœux simples, — la Compagnie de Jésus, dans son ensemble, présente bien six catégories de personnes.
Ignace a jugé ces degrés nécessaires à l’organisation de son institut; mais, comme il le remarque lui-même, leur différence n’en produit aucune dans la participation aux biens spirituels dont jouit toute la Compagnie ?. Si les obligations varient suivant les degrés, le profit reste le même pour tous.
Une autre innovation du fondateur, touchant les derniers vœux, est l'institution, pour les religieux prêtres, d’une troisième année de noviciat®. Les études, surtout les spéculatives, le professorat avec ses occupations multiples, la science avec son prestige, peuvent tarir la source des affections pieuses et des aspirations surnaturelles. Quand, après toutes les épreuves, et les études achevées, le temps est venu, pour le prêtre de la Compagnie, de son incor-
1. Dans la première formule de l’Institut présentée à Paul III, Ignace et ses compagnons avaient entendu que la Compagnie ne comprendrait qu'un petit nombre de membres, une soixantaine tout au plus, tous profès des quatre vœux; mais les œuvres offertes à la Compagnie furent bientôt nombreuses, les vocations aussi; alors, dès 1546, sur la demande du fondateur, Paul INT, par la Bulle Exponi nobis, permit d'admettre « des prêtres et des laïcs qui pourraient aider les profès dans les choses ou spirituelles ou temporelles », se liant irrévocablement à la Compagnie, après les épreuves déterminées dans les Constitutions, par les trois vœux de religion sans être cependant reçus à la profession solennelle. (Bulle Exponi nobis. Instit., t. I, p. 10). PVC Don. La 3..101d.c-1,en2 1,
poration définitive, son premier noviciat est déjà loin; les Constitutions lui prescrivent d'y rentrer. Pendant une année entière, « à l’école de la piété, il s’exercera, avec plus de soin et d’insistance que jamais, à tout ce qui fait progresser dans une humilité sincère, dans le dépouillement des penchants inférieurs de la nature, dans l’abnégation de la volonté et du jugement propre, dans une connaissance plus profonde et un amour plus grand de Dieu; de cette sorte, après avoir avancé lui-même en perfection, il sera plus apte à faciliter les progrès des autres pour la gloire de Dieu et de Notre-Seigneur ! ».
7. Là sirième partie des Constitutions développe les obligations communes à tous ceux qui sont incorporés à la Société. La principale est l'observation parfaite des trois vœux.
« Ce qui regarde la chasteté, dit le fondateur, n’a pas besoin de commentaires »; et il se contente de suggérer aux siens de tendre à la pureté des anges par la pureté du corps et de l’âme?.
Pour l’obéissance il veut que tous s'efforcent d’y exceller, « non seulement dans ce qui est obligatoire, mais encore dans tout le reste, et cela sur un simple signe de la volonté du supérieur, sans aucun ordre exprès ». Et afin de rendre cette vertu plus facile et plus douce il ajoute : « Si nous obéissons à un homme, ce n’est que par respect et par amour pour Jésus-Christ qu’il représente. Il faut par conséquent avoir à son égard une docilité entière, abandonner à sa voix toute occupation, laissant même la lettre que nous aurions commencé à former... Exécuter ses commandements avec promptitude, joie spirituelle et persévérance. Nous persuader que tout est juste lorsque Le supérieur l’ordonne; par une sorte 4 obéissance aveugle rejeter toute idée, tout sentiment contraire à ses ordres, en toutes choses où l’on ne verra point de péchée… Étre convaincu, qu'en vivant sous l’obéissance, on doit se laisser mener et conduire à la volonté de la divine Providence, par l'entremise des supérieurs, comme un cadavre qui se laisse porter et manier en tous sens, ou bien encore comme un bâton que tient à la main un vieillard pour s’en servir à son gré?, »
On à beaucoup reproché à saint Ignace cette comparaison du cadavre, perinde ac cadaver, qui exprime si bien la perfection de l’obéissance. Elle n’est point de lui, mais, si l’on en croit saint Bonaventure, du séraphique François d’Assise, qui ne regardait comme réellement obéissant que celui qui se laissait remuer,
EC Ibid. 9. Pb. NE En. 123 Ibid.
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placer et déplacer comme un-corps sans vie, corpus exanime\. Le fondateur de la Compagnie n’a pas exigé plus que le patriarche de la vie monastique en Occident, saint Benoît, qui ordonne textuellement à ses disciples d’obéir même dans les choses impossibles: il n’a pas exigé plus que saint Basile, le législateur des moines d'Orient, qui demande au religieux obéissant d'être comme l'outil dans la main de l’ouvrier, comme la cognée dans la main du bücheron.
Par rapport à la pauvreté, Ignace ordonne de « l'aimer et conserver dans toute sa pureté, comme le ferme rempart de tout Ordre religieux », de ne « jamais changer les constitutions qui la concernent, excepté toutefois le cas où les circonstances feraient juger, selon le Seigneur, qu’il faut la resserrer encore davantage ». Cette prescription générale est suivie d'ordonnances particulières touchant l'habillement, la nourriture, les maisons, les collèges, les églises, Le désintéressement dans les ministères spirituels ?.
Après les obligations relatives aux trois vœux, Ignace consacre un chapitre aux « occupations défendues ou permises aux membres de la Société ». Parmi celles quisont prohibées, deux sont spécialement à noter. Le fondateur en parle ainsi et donne lui-même les motifs de sa défense : « Comme les travaux que l’on entreprend pour le soulagement des âmes sont très importants, très fréquents et particuliers à notre institut, comme d’ailleurs nous n'avons pas de demeure fixe dans tel lieu plutôt que dans tel autre, Les nôtres ne formeront point de chœur pour chanter les heures canoniales, la messe ou les autres offices’... De même, comme les membres de la Société doivent toujours être prêts à courir dans toutes les parties du monde, où ils seront envoyés soit par le Souverain Pontife soit par les supérieurs, ils ne doivent point se charger de la direction spirituelle des religieuses... à titre de confesseurs ou de directeurs ordinaires. »
8. Dans la septième partie des Constitutions, saint Ignace examine « comment il faudra distribuer dans la vigne du Seigneur » les ouvriers apostoliques, chargés de travailler à « l'utilité spirituelle du prochain ». Aucun lieu n’est excepté quand l'intérêt des âme est en cause. La mission peut émaner du Souverain Pontife lui-même : alors, soumission entière du jugement et de la volonté au Vicaire de Jésus-Christ; ni les supérieurs, n1 les
1. Vita S' Francisci, ©, zx. — 2. P. VI, c. n. — 3. P. VI, c. un, n. 4. 4. Ibid., n. 5.
inférieurs, par eux-mêmes ou par intermédiaires, ne chercheront à être envoyés dans un pays plutôt que dans un autre. Si le Pape, en désignant! la mission, laisse le choix des personnes à la Compagnie, celle-ci nommera les sujets qui lui sembleront les plus capables.
Ignace est ainsi amené à poser les principes qui devront guider le supérieur, quand de lui dépendra la distribution des ouvriers évangéliques. 11 le fait avec sa prudence ordinaire, son sens de l’opportunité et ses vues de zèle toujours dirigées à la plus grande gloire de Dieu. Il veut que le supérieur recommande d’abord, et fasse recommander à Notre-Seigneur, par la prière, une affaire aussi importante; puis qu’il considère, d’une part, le plus grand service de Dieu, l’universalité du bien qui résultera, la plus ou moins grande nécessité des pays, la plus ou moins grande urgence des œuvres à entreprendre, la plus ou moins grande obligation de la Compagnie à l'égard des princes ou des cités; — et en même temps, d’autre part, les éléments dont il dispose, les forces spirituelles et corporelles des ouvriers, leur aptitude à aider le prochain sans porter préjudice à leur propre perfection ?.
Cette partie se termine par un chapitre, où le fondateur expose «en quoi les collèges et les maisons de la Compagnie aident le prochain »*; car, dit-il, « ce n’est pas seulement en parcourant divers pays, mais aussi par un séjour continu en plusieurs endroits, qu'elle est appelée à secourir les âmes ». Et il décrit ici toutes les œuvres de miséricorde que les siens auront à exercer dans les villes où ils demeureront : la prière, l'administration des sacrements, la prédication, l'explication de la doctrine chrétienne, les Exercices spirituels, la visite des hôpitaux et des prisons.
* 9. Après avoir traité successivement de l'administration, de la formation et des occupations des religieux, Ignace en vient à leur gouvernement. Il y consacre deux parties très développées : la huitième et la neuvième.
Dans la huitième, il prescrit « tout ce qui peut maintenir l’union des membres avec le chef et entre eux ». Sans cela, dit-il, la Compagnie ne peut ni se conserver, ni se gouverner, ni atteindre son but. Cette union doit être d’autant plus recherchée, qu’elle
sera plus difficile à un Ordre dispersé dans toutes les parties du
1. P. VIE ©. 1. — 2. Ibid., c. n, n. 1, d, e, f. — 3. Ibid., c. 1v, titre. 4. Ibid., ©. 1v, passim.
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monde. Saint Ignace indique comme moyen de la maintenir : l’obéissance ; le renvoi de quiconque serait un sujet de discorde; les qualités remarquables du Général et par suite son ascendant sur ses subordonnés; la correspondance épistolaire fréquente et suivie ; le parfait accord et la conformité, non seulement dans les choses intérieures, comme la doctrine, maïs aussi dans les choses extérieures, comme le costume, les cérémonies de la messe et tout le reste, autant que le permettront les circonstances de personnes et de lieux; enfin, avoue-t-il, « le lien essentiel, commun à tous, de cette union, est l'amour de Dieu : unis avec la divine et suprême bonté, les membres de la Compagnie seront unis entre eux; de leur. amour pour Dieu naïîtra leur amour pour le prochain, et tout spécialement pour leurs frères dans le Seigneur »!.
Toute la suite de la huitième partie trace le règlement des assemblées ou congrégations, dans lesquelles « s’opérera l’union des personnes »? par rapport au gouvernement, soit de la Société entière, soit d’une de ses divisions territoriales. En effet, dans la Compagnie de Jésus, comme dans l'Église et dans toutes les familles religieuses, il y a des assemblées, ou générales, de tout l’ordre, ou provinciales, de chaque province, pour résoudre les affaires graves, dont la conclusion réclame les lumières d’un certain nombre d'hommes expérimentés.
Il n’y a point de terme fixe pour la réunion des congrégations générales. Il est prescrit cependant de les réunir à la mort du P. Général, afin de lui nommer un successeur, ou encore si la nécessité se présentait de prendre une résolution irrévocable ou de traiter d’affaires épineuses concernant toute la Société. Au début, les congrégations générales se composaient de tous les profès qui pouvaient être présents à Rome. Ignace, prévoyant l'extension de son Ordre et tenant à donner « une règle certaine », prescrit que trois députés de chaque province seront convoqués : le P. Provi cial, à moins d’empèchement, et deux autres choisis par la congrégation provinciale, qui devra se réunir à cet effet“, et comprendra tous les profès de cette province, les supérieurs locaux, les recteurs et les procureurs”.
La congrégation générale et la congrégation provinciale ont des attributions bien différentes. En la première réside le pouvoir lé-
dPNIL OC En 13567, 8,92» F01d.; 6.10. n.1.
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5. Ainsi l'avait déterminé Ignace dans les Constilutions (ibid., c. xx, n. 1); mais plus tard on limita le nombre des profès et on leur adjoignit seulement les recteurs des collèges,
LES CONSTITUTIONS. Et
gislatif de la Compagnie; elle a juridiction sur tout l'Ordre et sur le P. Général lui-même. La seconde n’a ni pouvoir législatif, ni juridiction ; elle se réunit en vue de nommer les Pères députés à ‘la congrégation générale, et, tous les trois ans, pour des motifs qui furent déterminés plus tard.
Ignace s'occupe ici avant tout de l’assemblée générale. Qui doit la convoquer; — où et quand le sera-t-elle : — quel sera le mode de délibération quand il s’agira d’élire le Général ou de discuter les affaires de la Compagnie? — Toutes ces questions sont résolues
dans les moindres détails, et les ordonnances du Bienheureux Père
ont toujours été suivies, depuis l'élection de son successeur jusqu'à nos jours!.
10. La neuvième partie des Constitutions a pour titre : « De ce qui concerne le Général de la Société et du gouvernement qui émane de lui ». Ignace émet d’abord le principe qu’il doit y avoir un Général : « Comme dans toutes les républiques et associations bien constituées, en dehors de ceux qui tendent à des fins particulières, il faut une ou plusieurs personnes qui veillent au bien universel... de même dans cette Société, outre ceux qui président aux maisons, collèges et provinces, il faut quelqu'un qui ait le soin de la Société tout entière, et se propose à lui-même pour fin que tout ce corps soit bien gouverné, conservé, augmenté, et celui-là est le Général?. »
Après avoir ordonné que le Général sera nommé à vie, il énumère les qualités qui devront briller en sa personne : « qu'il soit choisi, dit-il, parmi ceux que la Compagnie a le plus remarqués, et le plus longtemps, pour l'éclat de leurs vertus et de leurs services ° ».
« Afin que la Société soit bien gouvernée, ajoute le fondateur, il semble important que le Général ait toute autorité sur elle. » En conséquence de ce principe, une part très large est faite au pouvoir du Général, et développée dans un long chapitre. C'est le P. Général qui, par lui-même ou par d’autres, admet les sujets au noviciat et aux différents degrés; il peut aussi les transférer d’un lieu à un autre, les envoyer en mission dans n’importe quel pays ; il nommera lui-même les provinciaux, les recteurs des collèges et des universités, les supérieurs des maisons; « il leur communiquera tout le pouvoir qu'il jugera à propos; il pourra aussi
1. P. VII, C. 1v, V, VI, Vu. — 2. P. IX, c. 1, n. f. 321014; Cned 10:
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révoquer, restreindre ou amplifier ce pouvoir, et leur demander compte de leur administration » ; c’est à lui de convoquer la congrégation générale, quand en dehors d’une élection au généralat cette convocation aura paru nécessaire ; en lui réside tout pouvoir de faire quelque contrat que ce soit, mais il ne peut aliéner ni dissoudre les collèges, ou les maisons déjà érigées, sans la congrégation générale ; « dans toutes les choses qui tendent à la fin que se propose la Société, à la perfection et au secours du prochain, et à la gloire de Dieu, le Général pourra commander à tous en vertu de l’obéissance ; et quoiqu'il communique son pouvoir à d'autres supérieurs subalternes, à des visiteurs, à des commissaires, il pourra cependant approuver ou casser ce qu'ils feront, agir en tout comme il lui plaira, et il faudra toujours lui obéir et le respecter comme le représentant de Jésus-Christ ! ».
Ce pouvoir du P. Général, bien qu'il soit plus grand dans la Compagnie que dans les autres Ordres, n’est pas cependant illimité. Outre qu'il ne s’étend pas au domaine législatif, il est réglé de manière à profiter des meilleurs avantages de la forme de gouvernement qu'on appelle aristocratique. Il a un puissant contrepoids dans les prescriptions que l’on trouve aux trois derniers chapitres de cette neuvième partie.
Le chapitre 1v est intitulé : « De l'autorité et de la surveillance que la Société doit exercer sur son Général ». Ignace ramène à six points l'exercice de cette autorité et de cette surveillance : 1° ce qui regarde Les circonstances extérieures de sa personne (vêtement, nourriture, logement) ; — 2° ce qui regarde le soin de son corps, afin qu'il n'excède pas en travaux ou en mortifications, — 3° ce qui regarde le soin de son âme, relativement à sa propre perfection ou à l’accomplissement de sa charge; — 4° s’il lui était fait instances pour accepter quelque dignité incompatible avec ses fonctions : dans ce cas, il ne peut rien sans le consentement de la Compagnie; — 5° s’il se montrait négligent ou relâché dans les choses importantes de son office, par infirmité ou vieillesse, sans espoir d'amélioration et au détriment du bien commun : dans ce cas, il devrait élire un coadjuteur ou vicaire qui ferait fonction de Général; — 6° enfin dans certains cas, comme de fautes graves, la Compagnie peut et doit le déposer, le chasser mème s'il était besoin ?. |
Mais rien ne modère mieux le pouvoir souverain du Général