P. IX, c. ur, n. 1, 2, 5, 14, 15, 20. — 2. C. 1v, passim
que l’organisation de la hiérarchie sans laquelle, pratiquement, il ne peut l’exercer. Immédiatement au-dessous de lui, gouvernent les provinciaux, qui sont les supérieurs des religieux habitant une région déterminée; au-dessous des provinciaux gouvernent les supérieurs locaux, qui dans les collèges prennent le nom de recteurs. Tout supérieur, depuis le Général jusqu'au moindre supérieur local, à auprès de lui plusieurs Pères conseillers ou consulteurs dont les avis et les lumières le dirigent, et un Père admoniteur, chargé de l’avertir sur tout ce qui touche sa personne ou les devoirs de son office. Les conseillers du Père Général se nomment assistants. Ils représentent les principales nations où est établie la Compagnie, et chacun d’eux par conséquent un certain nombre de provinces. Nommés par la congrégation qui à élu le Général, et résidant auprès de lui, ils forment son conseil suprême et perpétuel !. Par leurs mains doivent passer toutes les affaires spéciales aux pays qu'ils représentent, et aussi celles qui concernent le gouvernement de l'Ordre tout entier. Le Père Général est strictement obligé d'entendre le conseil des assistants ?, et d'entretenir de fréquentes communications avec les provinciaux; « quelquefois il s’adressera directement aux recteurs, aux supérieurs de maisons ou aux simples individus * ». De la sorte, si dans toutes choses d'importance la décision dermière lui appartient, il ne peut cependant la prendre qu'après s'être inspiré des avis que lui apporte tout un système déterminé d'information et de consultation. Les provinciaux et les supérieurs locaux agissent de même, chacun dans sa sphère. Ainsi, l'unité du pouvoir, avec la fréquence des réunions consultatives, semble être la caractéristique du gouvernement donné à la Compagnie de Jésus. Au temps d’Ignace, ce mode de gouvernement pouvait s'appeler une nouveauté. Abandonnant le régime capitulaire, le fondateur supprime le scrutin autant qu'il peut; il le restreint à certains cas où il était impossible de l’éviter, comme l'élection du Général et des Assistants, et plusieurs autres circonstances assez rares: il donne pour loi ordinaire que les voix des assemblées seront purement consultatives, le supérieur gardant la résolution définitive de toutes les affaires.
1. En cas de mort d’un Assistant, le Général lui-même, de l'avis des Provinciaux, choisit son remplacant. Le nombre des Assistants à varié; aujourd’hui il y a cinq assistances : lialie, Espagne, Allemagne, France et Angleterre.
2. En plus des Assistants et de l’'Admoniteur, Ignace a voulu encore donner au P. Général un Procureur Général de la Compagnie, surtout pour l'expédition et le maniement des affaires matérielles (c.:vr, n. 12). — 3. C. vi, n. 2.
11. La dixième partie des Constitutions est un suprême appel, que saint Ignace adresse à tous les siens, de travailler à la plus grande gloire de Dieu en proportionnant les moyens à cette noble fin : « Pour conserver, dit-il, et accroître non seulement Le corps mais aussi l'esprit de cette Société, pour atteindre Le but qu'elle se propose, qui est d'aider les âmes à parvenir à leur fin dernière et surnaturelle, les moyens qui unissent l'instrument à Dieu, et le disposent à se bien laisser conduire par la main divine, sont plus efficaces que ceux qui le disposent à être bien vu des hommes. Tels sont la probité, la vertu et surtout la charité, la pure intention de servir Dieu, l’union intime avec Lui dans les exercices de la dévotion, le désir sincère de sauver les âmes pour la seule gloire de Celui qui les a créées. Par conséquent, que tous s'appliquent à l'étude des vertus solides et parfaites, et des choses spirituelles, et croient devoir y attacher plus d'importance qu'au savoir et aux autres dons naturels et humains. »
Mais ces derniers, qui nous « disposent à être bien vus » du prochain, ne sont pas à dédaigner. Loin de là; car eux aussi, joints aux dons intérieurs, desquels « ils recevront leur efficacité », serviront beaucoup aux progrès de la Compagnie, « si toutefois on les acquiert, non pour mettre en eux sa confiance, mais pour aider par eux la grâce divine », selon l’ordre voulu de Dieu. Et c’est ainsi « qu’une doctrine exacte et solide, le talent de la transmettre au peuple par la prédication ou l’enseignement, et l'aptitude à manier les hommes doivent être soigneusement recherchés? ».
D'ailleurs l'application de ces principes doit s'étendre à toutes choses. Ignace en donne, pour finir, quelques exemples particuliers. Parmi les moyens naturels il recommande : la sévérité dans l’admission des novices et l’incorporation finale; le choix des sujets les plus capables pour le gouvernement de toute la Compagnie, des provinces ou des maisons; le maintien de la discipline dans les collèges; l’usage modéré et prudent des privilèges accordés par le Saint-Siège; la vigilance à conserver la sympathie des hommes. — Parmi les moyens surnaturels : la pauvreté avec son désintéressement; l'humilité, qui ferme la porte à l'ambition, et le renoncement aux dignités ecclésiastiques dont les profès feront un vœu spécial”; la charité et l'amour
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8. Vœu simple que les profès prononcent après la cérémonie solennelle.
réciproque; l’obéissance qui maintiendra la subordination; enfin la connaissance, l'estime et le respect des Constitutions!.
12. De cette analyse, rapide mais complète, tout lecteur atten-* äfaura-déjà-dégagé la physionomie de la Compagnie de Jésus.
Fondée pour la perfection propre de ses membres et le secours spirituel du prochain, elle est nécessairement un ordre mixte, — moitié contemplatif, moitié actif, — un ordre de clercs et non de moines, «religionem clericorum Societatis Jesu », comme l’appelle le Concile de Trente ?.
Fondée en vue de rendre à Dieu, par la tendance à cette double fin, la plus grande gloire possible, il lui faut : dans ses ministères, une variété presque sans limites; — dans ses sujets, une grande diversité aussi de caractères et de talents; — dans la for-
“mation de ses membres, le temps et le soin requis pour faire de chacun d’eux un homme de Dieu, suivant le mot de saint Paul, « prêt à toute bonne œuvre? »; — dans sa forme extérieure et sa discipline, une très grande liberté d'action : ni demeure fixe, ni habit particulier, ni heures canoniales en commun, ni assistance aux processions, ni pénitences réglées obligatoires pour tous, ni fonctions capables d’immobiliser, comme serait la direction ordinaire d’une communauté religieuse; — enfin, dans son gouvernement, cette simplicité et cette unité qui émanent du pouvoir absolu sagement tempéré, du pouvoir d’un Général assez au courant de l’ensemble, par les conseils dont il s’entoure, pour dé-. cider, dans tous les cas, où est la plus grande gloire de Dieu.
Faute d’avoir rapporté à la Jin de la Compagnie certaines prescriptions d’Ignace relatives à sa forme, plusieurs critiques se sont élevées, aux débuts surtout, contre lesquelles les Souverains Pontifes ont eu souvent à la défendre. ;
On lui a reproché la suppression du chœur : « Elle est à peine digne du nom de société religieuse, disait Dominique Soto, puisqu’elle n’a point ce qui donne le plus d'éclat à une religion“. » Telles furent Les réclamations des. opposants, que Paul IV et Pie V jugèrent à propos de demander à la Compagnie la récitation publique de l'office; cependant ils le firent, non par lettres apostoliques, mais par oraonnances particulières qui expirèrent à leur mort. Après eux, Grégoire XIII ratifia en termes exprès ce
1 PX 0 7, 8 212 4105: 6,0, 3797 Sess XX V, C. XVI. 3. II Tim., ‘1, 17 : « Ut perfectus sit homo Dei, ad omne opus bonum instructus. » 4. De justitia et jure, 1. X, q. 5, a. 8.
que Paul III et Jules III avaient concédé implicitement : « Ayant égard, dit-il, aux fruits très abondants que cette religion procure à la louange de Dieu et à la propagation de la foi catholique dans tout l'univers, et voulant la favoriser dans ses pieuses entreprises, nous permettons que ses membres récitent les heures canoniales chacun en particulier, suivant le rit romain, et non en chœur ni en commun, afin qu'ils puissent se livrer avec plus d’ardeur à leurs études, à leurs leçons et à leurs prédications!. »
On s’étonna également que les religieux de la Compagnie de Jésus n’assistassent point aux processions ni aux cérémonies s0lennelles de l’Église. La raison de cette abstention est la mème que pour le chœur. Le P. Ribadeneira fait très bien remarquer que les jours où ces solennités ont lieu sont précisément ceux où les fidèles ont coutume de s'approcher des sacrements, ceux par conséquent où les ouvriers évangéliques sont le plus occupés par leurs ministères spirituels ?. C’est aussi la raison sur laquelle s'appuie Grégoire XII, dans la Bulle où 1l sanctionne cette exception, et où il insinue que pareil motif est amplement suffisant, puisque d’autres Ordres religieux, qui ne l'ont pas, jouissent du même-privilège par la seule force de leurs Constitutions. ;
La décision d’Ignace, de ne pas donner d’habit particulier à sa Compagnie, fit croire à quelques-uns qu'il méprisait l'habit religieux. Il dit lui-même qu’il prend cette mesure, « pour de graves raisons qui regardent le service de Dieu “ ». Son Ordre est un Ordre de clercs : ses religieux seront donc vêtus comme les prêtres séculiers des pays où ils résideront, conformément toutefois à la pauvreté®. Son Ordre est destiné à pénétrer chez les infidèles et les dissidents : il ne peut donc donner à ses religieux un costume dont la seule vue offusquerait ceux qu’ils veulent gagner par leur apostolat. Au temps d'Ignace, dans le nord de l’Europe, les anciens costumes monastiques étaient en abomination; il pensa sans doute que des cas semblables se présenteraient dans d’autres temps et dans d’autres lieux, et il ne voulut pas que les siens fussent jamais arrêtés par une question de vêtement.
On a blâmé la Compagnie de n'avoir point de pénitences de règle : « Chacun, a écrit le fondateur dans l’Examen général, pourra faire avec l'approbation du supérieur les pénitences qui
1. Bulle Ex Sedis apostolicae, 28 fév. 1573 (Instilut., t.I, p 52). 2. Ribadeneira, De ratione Instiluti, c. v, p. 104.