LE COLLÈGE DES TRÉSORIERS
Fèvre occupé avec Jacques Lainez à évangéliser cette ville. Sur leur conseil il résolut de se retremper dans les Exercices spirituels, et pendant une fervente retraite, sous la direction de Pierre Le Fèvre, il se sentit appelé par la grâce de Dieu à marcher sur les traces de ses deux amis. Renonçant alors à continuer son voyage, il prit part avec eux aux travaux de Ja mission; puis il se rendit à Rome auprès d'Ignace de Loyola. « Notre Père, raconte Ribadeneira qui fit alors la connaissance de Jérôme Domenech, lui témoigna une grande estime et une tendre affection à cause de la générosité dont il avait fait preuve, en sacrifiant ses espérances d’avenir à une société religieuse sans passé, sans réputation, qui n’était pas encore confirmée solennellement par le Saint-Siège. » La considération de sa haute vertu détermina le fondateur de la Compagnie à l'envoyer à Paris, pour servir d’auxiliaire au P. d’Eguia qu’il remplaca au mois de mars 1541°.
Tout animé de l'esprit du nouvel Institut, Domenech se donnait sans repos à la régénération spirituelle des âmes par le moyen des Exercices. Non seulement son zèle les rapprochait de Dieu, il attirait aussi à la petite société d'Ignace des amis, des protecteurs et des recrues. C’est ainsi qu'il gagna l'affection de Francois Le Picart, docteur en théologie, « très homme de bien », que ses infirmités seules empêchèrent d’entrer au noviciat, et celle de Maitre Cornet, cordelier, « grand prédicateur de ce tempslà 5 », qui plus tard, en diverses circonstances, prit ouvertement la défense des Jésuites. Plusieurs élèves de l’Université, après une retraite sous la conduite du P. Domenech, sollicitèrent et obtinrent leur admission dans la Compagnie. Dans le nombre nous mentionnerons Jacques Miron, qui devait être un jour supérieur en Portugal et visiteur de plusieurs provinces. D’une noble maison de Valence, unique héritier d'une belle fortune, très versé dans les lettres latines et grecques, il était un étudiant des plus distingués et des plus vertueux. Venu à Paris pour y suivre les cours de philosophie, il avait connu Domenech pendant le premier séjour de celui-ci dans cette ville. À présent, retrouvant son ami transformé par la grâce de la vocation, il ne vit plus en lui qu’un modèle et un maitre; il lui livra les secrets de son âme et se décida bientôt à embrasser la même règle de
1, Lettre au P. Boldo (Mss. de la Bibl. d’Acad. de Madrid, Pap. var., 1-102, n. 56). 2. Le P. d’Eguia, rappelé à Rome, devint plus tard confesseur de saint Ignace 3. Chronicon, 1, 94. Epist. mixt., I, 69.
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vie. Admis à la partager avec les jeunes religieux du collège des Trésoriers, il se fit remarquer par sa fidélité à Dieu, sa charité pour les âmes et son adresse à les remettre sur la voie du salut. Bien qu'il ne fût pas encore revêtu du sacerdoce, il entreprit la conversion d'un malheureux prêtre dévoyé, d’abord célèbre par quelques prédications retentissantes, puis tombé dans une honteuse apostasie; il parvint à ranimer la foi de ce pauvre pécheur, que l’on vit ensuite réparer ses scandales par l’austérité de sa pénitence!.
Parmi les jeunes gens, prémices de la Compagnie de Jésus, qui se trouvaient à Paris en 1541, on comptait, avec Jacques Miron, un autre espagnol, François de Rojas; trois français, Ponée Cogordan ?, Jean Pelletier et Guy Roïllet; plusieurs italiens parmi lesquels se distinguait Paul d'Achille *, jeune prètre du diocèse de Parme. Il avait d’abord partagé bénévolement les travaux de Le Fèvre et de Lainez auprès du peuple de sa ville natale; épris de leur genre d’apostolat, il partit pour Rome et se présenta au Père Ignace qui le garda quelque temps près de lui, le formant à La vie religieuse, puis l’envoya terminer ses études en France.
C'était, en effet, le saint fondateur lui-même, qui désignait à chacun des nouveaux venus le lieu qu'il jugeait le plus propre à leurs progrès intellectuels. Vers le mois de mars 1541, il confiait encore au P. Domenech deux espagnols, les frères François et Antoine Strada #. Le premier était destiné de Dieu à devenir un éloquent prédicateur que l'Italie, la Flandre, l'Espagne et le Portugal devaient admirer tour à tour. Entré, après de brillantes études, au service du cardinal Caraffa, le futur pape Paul IV, il ne rêvait que fortune et gloire. Une vie relativement tranquille ne pouvant convenir à son ardente nature, il aspira bientôt à une carrière plus mouvementée. Il se rendait à Naples pour embrasser le métier des armes, quand il rencontra Ignace revenant du Mont-Cassin avec Ortiz, agent de Charles-Quint à Rome. En homme désenchanté qui éprouve le besoin de s’épancher dans le cœur d’un confident, Strada lui conta ses mésaventures et ses projets. A la fin de cet entretien le jeune ambitieux