Ponce Cogordan était natif de la Provence
3. On le trouve encore appelé Achilli, ou en latin de Achüillis. La vraie forme de son nôm est d'Achille ou simplement Achille. C'est ainsi que lui-même signe ses lettres, et les auteurs italiens, comme Alberti et Boero, ne l'ont jamais appelé autrement. — 4. Chronicon, I, 86. Epist. mixt., I, 52, 57, 59.
consentit, avant de tenter une nouvelle carrière, à examiner dans la solitude quelle était sur lui la volonté de Dieu. Il découvrit alors que sa place était dans la Compagnie de Jésus. IL y fut reçu, et tout de suite montra, en plusieurs occasions, un rare talent d'orateur. Toutefois, ses dons de nature avaient besoin d’être soutenus par la profondeur de la doctrine et la vigueur du raisonnement. Ignace ne vit rien de mieux, pour parfaire son éloquence, que les cours de celte Université dont il avait lui-même apprécié les savants professeurs; il l’envoya, avec son frère Antoine, à Paris.
3. L’habitation au collège des Trésoriers étant alors devenue insuffisante, le P. Domenech s’occupa de chercher un local plus commode. Son choix se fixa sur le collège des Lombards. Fondé par le descendant d’une noble famille florentine, André Ghini, évêque d'Arras et de Tournai, plus tard cardinal, ce collège avait été appelé dans l’acte de fondation, en 1330, maison des pauvres italiens de la Charité de la Vierge Marie ?. Plusieurs membres de la communauté du P. Domenech pouvaient prétendre, en leur qualité d’italiens de naissance ou d’origine, aux bourses dont jouissait cet établissement. Le P. Supérieur fit valoir leurs titres et obtint à chacun d’eux le logement et quelques secours pour leur entretien *. Comme Ignace de Loyola et Pierre Le Fèvre avaient autrefois partagé le logis de Francois Xavier dans la tourelle de Sainte-Barbe, ainsi, dit un vieil historien, «€ les pauvres escoliers italiens tenoient nos autres frères en leurs chambres comme pensionnaires, sans donner à connaître aux autres dudit collège qu'ils fussent religieux ‘ ». Malgré de nom- Bree inconvénients, cette maison présentait de réels avantages
à des jeunes gens désireux de faire de rapides progrès dans la science et la sainteté. Le collège des Lombards, un des plus réguliers de l'Université, était de plein exercice. De plus, des maitres célèbres y donnaient souvent des leçons sur les matières spéciales où 1ls excellaient. Angelo Canini et Guillaume Postel, deux des plus savants hébraïsants de ce temps, y attiraient à leurs cours particuliers bon nombre d’auditeurs d'élite. Les étudiants de la Compagnie se trouvaient donc là dans une situation
1. Polanco : Sumario de las cosas.… Epist. mixt., I, 59. 2. Domus pauperum scholarium italorum de caritate Beatae Mariae. oEe : Crevier, Hist. de l’Université de Paris.)
3. Leitre du P. Domenech à Ignace. Epist. mixt., I, 74. Cf. Chronic. I, p.417. 4, Commencements de la Compagnie (Carayon, Doc. inéd.; t.-1L-p. 5:°6):
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favorable pour élargir le cercle de leurs connaissances, et se li- | vrer avec plus de profit à tous les exercices de la vie scolaire et ascétique !.
De loin, les premiers compagnons d'Ignace, anciens élèves de l'Université de Paris, suivaient avec plaisir les progrès de leurs jeunes frères. Le P. Domenech, resté en relations avec Pierre Le Fèvre auquel il devait le bienfait de sa vocation, l’avait intéressé tout particulièrement aux affaires de sa communauté. Le Fèvre, en retour, lui envoyait des encouragements et des conseils. Ceux que nous lisons dans une réponse, datée de Ratisbonne le 12 mai 1541, révèlent la haute et sage direction donnée aux premiers étudiants de la Compagnie. S'adressant à la fois au supérieur et à ses subordonnés, le fervent religieux leur disait : « Que Jésus-Christ notre Rédempteur vous accorde à tous une grâce abondante, afin que vous puissiez, sans dévier de votre intention, diriger vos études vers le but que vous vous êtes proposé, et jouir dans le Seigneur du triomphe que vous remporterez, si l'esprit de la science n’éteint pas en vous l'esprit des saintes pensées. Ce désir, qui est le mien et celui de toute la Compagnie, s'accomplira facilement avec la grâce du Seigneur, pourvu que le Maître suprême des connaissances soit toujours votre Répétiteur : je veux dire l’Esprit-Saint, en qui tout ce que l’on sait se sait bien, et sans lequel tout ce que l’on sait n’est pas connu comme on devrait le connaître. Les paroles mème tombées de la bouche du Christ, le Maître par excellence, ont besoin des explications de ce Répétiteur, selon cette sentence : Spéritus Sanctus suggeret vobis omnia quæcumque dixrero vobis?. Il ne dit pas seulement suggeret, mais encore et premièrement docebit. Si donc le Christ, notre Maître et notre lumière, veut que nous recourions au Saint-Esprit, non seulement pour la direction de la volonté, mais aussi pour l'instruction de l'intelligence, combien sera-t-il plus nécessaire d’y recourir, pour comprendre les leçons dictées par des maîtres inférieurs °? »
A ces instructions touchant la manière de sanctifier les études, le P. Le Fèvre ajoute quelques détails sur les difficultés qu’il rencontrait en Allemagne, sur l'état des esprits trompés par l’hérésie, sur le retour d'un grand nombre d'’égarés à la véritable Église, et il en prend occasion d’excitér ses jeunes confrères au
1. Epist. mixt., I, p. 75, 79-84, 86; V. p. 628. 2. Sic dans le texte du B* Le Fèvre. Cf. Evang. de Saint Jean, x1v, 26. 3. Cartas del B. Fabro, p. 84.
zèle des âmes et à la pratique de la perfection : « Exhortez donc, leur dit-il, les savants de Paris à se bien pénétrer de l'esprit qui vivifie la science, en menant une vie tout à fait dévouée au Christ: car c’est le seul moyen de persuader la foi à ceux qui l’ont abandonnée. »
L'intérêt que Pierre Le Fèvre portait aux étudiants du collège des Lombards ne se bornait pas à leur donner des conseils; il le manifestait encore par les secours pécuniaires qu'il s’efforçait de leur procurer. La charité du P. Domenech n'était pas moins attentive à subvenir aux dépenses de sa famille religieuse. Des bienfaiteurs généreux, avec lesquels il avait conservé quelques relations, lui adressaient d'Espagne des aumônes, modestes mais suffisantes. D'ailleurs Ignace lui-même, instruit par l'expérience de son séjour à Paris, veillait avec une sollicitude paternelle sur tous leurs besoins: il voulait qu'ils fussent à l'abri des soucis matériels, afin de pouvoir se livrer à l'étude sans s'inquiéter du lendemain.
4. Informé par le P. Domenech de-“leurs progrès et de: leurs vertus, il résolut d'envoyer au collège des Lombards de nouveaux postulants, dont il avait commencé à Rome la formation spirituelle. Au mois d'octobre 1541, peu de temps après l'ouverture des cours,
4 arrivèrent André Oviédo et Jean-Baptiste Viola, « l’un déjà maitre ès arts en l'Université d’Alcala, l’autre possédant assez bien la langue latine! ». Ils remplacèrent Jacques Miron, François de Rojas et Ponce Cogordan, destinés à fonder, sous la direction de Simon Rodriguez, le collège de Coïmbre, que Jean HE, roi de Portugal, voulait ouvrir à la Compagnie. Oviédo devait être un jour le coadjuteur et le successeur de Jean Nuñez, premier patriarche d'Éthiopie. Quant à Viola, qui accompagnait Ignace dans les rues de Rome lorsque celui-ci vit l'âme de Codure monter au ciel, nous aurons l’occasion d’en parler assez longuement.
Un peu plus tard, deux autres jeunes gens, dont l’un était neveu du fondateur de la Compagnie de Jésus, vinrent encore se joindre au groupe dirigé par le P. Domenech. Dès 1532, nous l’avons vu”, Ignace avait conseillé à son frère ainé, Martin, seigneur de Loyola, d'envoyer son fils Émilien à l’Université de Paris. Cependant le jeune homme avait commencé ses études à Salamanque, où il avait obtenu de grands succès. À la mort de Martin, Ignace écri-
1. Lettre d'Ignace à P. Le Fèvre (Won. Ign., s.1, t, I, p. 184). De Liv. -E°ch: 1, n°6,