‹ Histoire de la compensation en droit romainChapitre 113 sur 160 · PREUVES DE L*INTERPOLATION. SCOLIE DE DOROTHÉE · texte numérisé non relu

PREUVES DE L*INTERPOLATION. SCOLIE DE DOROTHÉE

du défunt celui à qui Ton reprend d'une main exactement ce qu'on lui a donné de l'autre ?

Etrange situation en vérité 1 A coup sûr ce n'est pas celle qu'Ulpien a en vue quand il nous dit : « sive plus sit in pretiOf sive minus, cogitur liber tatem praestaré, si modo semel agnovit voluntatem créditons. »

Sive plus sit ^ sive minus... Si le débiteur a accepté lé fidéicommis, il est tenu d'affranchir, quand bien même il y perdrait (i). Dès lors, par une juste réciprocité, c'est bien le moins qu'il soit libéré de toute la dette, bien que la valeur de l'esclave soit inférieure. Par ces mots : sive plus sitj sive minus, les deux hypothèses sont prévues, et il n'y en a que deux de possibles. Que vient donc faire ensuite la phrase suivante : nam si conveniatur . . , qui a l'allure d'une explication destinée aux étudiants, comme il y en a tant au Digeste (2)? On sait aussi que sur le nombre il y en a beaucoup de très malheureuses, montrant que le compilateur n'a pas compris le texte qu'il prétend expliquer aux autres 1

Pour celui-ci, nous avons la bonne fortune déposséder le commentaire qui en a été fait par l'un des plus intelli-* gents des compilateurs, Dorothée, le professeur de Berythe (3).

Le scoliaste traduit exactement le commencement du fragment, mais quand il arrive à la phrase suspecte, comprenant qu'elle est contradictoire avec le reste, il l'efface

(i) De même celui qui a accepté un legs de too, à ciiarge de donnei* à un tiers un objet appartenant à lui légataire, ne peut ensuite prétendre limiter la restitution à l'argent reçu. C'était à lui de bien estiméx' la valeur de sa chose. L. 70, D. De leg. s^^ 32.

(a) Voyez Ëisele, Z. S. S. XI, p. i à 3o.

(3) Scolie sur Basiliques 48, 4» 4^* Heimbach, U tV, p. â8o, ÔSt. Diaprés Heinibach, Manuale Basilicorum^ p. 3 18, hauteur de cette scolie est certainement Dorothée lui-même. Sic Ëisele^ ConipensitUonj

complètement et la remplace par Une idée toute différente :

E'ocv yàp Smatrrixai napà toû ylmpovouO'j xov èaveiTCoS vnv £V£- Yyptousuivrw Oepomatvau^ ooh-j Tïapafpayrj dvvaxat yjir.daaOoii o ieÇtkiùpy el xt 5té^ep£v «vtw xo èhvOeptùO^vai vnv Oepânocivav avroû.

« Car, si Tiiéritier du créancier lui réclame l'esclave hypothéquée, il pourra user de l'exception de dol, s'il a quelqu'intérêt à ce que l'esclave soit affranchie. »

Dorothée, ajoute Eisele, n'a pas été plus heureux dans son explication que son collègue Tinterpolateur !

Gomment 1 II suppose que c'est le débiteur qui réclame en faveur de la liberté de l'esclave !

Tandis qu'Ulpien, lui, suppose que le débiteur sera forcé d'affranchir : « cogitur libertatem praestare ».

En tout cas, ceci nous montre que, pour Dorothée luimême, la fin de notre texte était inintelligible !

Ajoutons une dernière observation :

Gradenwitz rapporte que Pernice appela un jour son attention sur un fait assez curieux :

« On trouve souvent dans le Digeste des phrases dépourvues d'intérêt, et quelquefois de sens raisonnable, qui présentent la particularité d'être composées avec des mots que l'on trouve tout près de là, un peu avant ou un peu après, dans les explications sobres et nerveuses du jurisconsulte classique. Ces phrases malheureuses sont l'œuvre des compilateurs (i). »

J'ajouterai que, leur vocabulaire latin étant assez restreint, ils s'expriment avec peine dans cette langue gui n^est pas la leur. De là ces emprunts faits, pour interpoler un fragment, à ce fragment lui-même.

Eh bien, notre loi 45, D. 4o, 5, nous fournit un nouvel

(i) GradenwiU, Intefpolationen in den Pandeklerij p. 3o. Il en cite plusieurs exemples.

RAPPORTS DE CE TEXTE AVEC L. 77, D. 3o 889

exemple de ce fait, à ajouter à ceux donnés par Gra* denwitz.

En effet, si Ton se reporte à la Palingenesia de Lenel, on voit que notre texte est visiblement la suite immé* diate (i) d'un autre fragment d'Ulpien (2) ainsi conçu :

Sipecunia fuit deposita, apud aliquem, ejusque fidei commissum ut eam pecuniam prœstet, fideicommissum ex rescripto divi PU debebitur, quasi videatur hères rogatus remittere id debitori : nam si conveniatur debitor ab UEREDE, DOLi EXCEPTIONS UTi POTEST ; quœ res utile fidei-' commissum facit. Quod cum ita se habet^ ab omni debi-tore fideicommissum relinqui potest.

Le compilateur chargé de lire les X libri Disputationum d'Ulpien y a donc pris un extrait formé de nos deux fragments :

Cet extrait a ensuite été séparé en deux morceaux, dont l'un a été casé au titre De legatis, l'autre au titre De fideicommissariis libertatibus^ conformément à leur contenu.

Mais, avant de couper le texte en deux, le compilateur a mis à la fin de son extrait l'explication malheureuse que l'on sait, et, pour exprimer sa pensée en latin, il a emprunté toute une phrase au commencement du même extrait ; cela saute aux yeux :

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