ERREURS GROSSIÈRES DE THÉOPHILE
ne pouvait plaider a/ieno /lomme, si ce n'est dans certains cas :
... Cum olim in usu fuisset aller ias nomine agere non posse, nisi pro populo, pro liber taie, pro iulela.
Comme aucune des sources que nous çnt transmises les compilateurs n'explique ce que c'était que plaider pro lutela(i)^ il n^estpas surprenant que Théophile l'ait ignoré. Mais il n'a pas été embarrassé pour si peu, et a immédiatement inventé l'explication suivante :
« Souvent, en effet, le pupille avait besoin d'un tuteur, et deux personnes se disputaient la tutelle en justice (2). L'une des deux devait manifestement l'emporter; le vaincu se trouvait ainsi avoir plaidé alieno nomine^ c'està-dire avoir plaidé pour une tutelle qui ne lui appartenait pas, comme l'issue du procès l'a bien montré ! ! »
Mais, à ce compte-là, on plaiderait a/ie/io /lo/nme toutes les fois qu'on succombe, intentant l'action en revendication, puisqu^on a ainsi réclamé une chose appartenant à autrui, comme Tissue du procès l'a bien prouvé !
Cette explication grotesque ne saurait résulter de la méprise d'un élève recueillant un cours. Elle nous montre avec quelle hardiesse les compilateurs suppléent par l'imagination aux notions qui leur manquent et la confiance qu'on peut avoir en leurs renseignements historriques.
Au surplus, ils firent école. Stéphane, l'un des successeurs de Théophile dans la chaire de Constantinople, du vivant même de Justinien (3), Stéphane qui a pris Théo-
(1) Il était indispensable de permettre au tuteur de plaider les affaires de la tutelle, c*est-à-dire celles de son pupille, car si celui-ci était infans ou absent, le tuteur n*avait même pas la ressource de prester son auctoriias. — Voyez Cuq, Institutions juridiques des RomainSy p. 408.
(^ Comme c'est vraisemblable ! Au contraire on luttera pour ne pas supporter cette charge.
(3) P. Krueger, Geschichte, etc., p. 36i,
phile pour modèle (i), Stéphane qui, d'après Ferrini (2), a tant étudié la Paraphrase qu'il a réussi à en imiter le style et les expressions, se laisse aussi aller parfois à son imagination quand il s'agit de reconstruire les anciennes formules d'action (3).
16. — Qu'y a-t-il d'étonnant à voir Théophile se tromper grossièrement, aller même jusqu'à l'absurde dans sa paraphrase des Institutes, lorsque dans la composition même des Institutes^ lui ou Dorothée ont laissé échapper des lapsus du genre de celui-ci, à propos de la légitimation, Inst., I, 10, § i3 :
Après avoir dit que les enfants nés du concubinat tombent sous la puissance de leur père par le mariage subséquent, les Institutes ajoutent : « Bienfait que notre constitution a pareillement étendu aux enfants nés plus tard du même mariage ; Quod et a/iw, si ex eodem matrimonio fuerint procréait^ similiter nostra conslitutio prœbuit. »
Mais les enfants procréés après le mariage de leurs parents sont légitimes de plein droit : dire que la constitution de Justinien a étendu en leur faveur le bénéfice accordé aux autres, c'est le comble de la distraction. Voici comment nos compilateurs y ont été amenés :
La L. 10, C. De naturalibus liberis^ 5, 27, conçue dans le style verbeux et diffus de l'époque, finissait en mettant sur la même ligne tous les enfants quelle que fût l'époque de leur naissance, et cela, bien entendu, pour faire participer les enfants nés avant la confection du contrat de mariage (instrumentum dotale) à la légitimité de
(i) P. Krueger, Geachichte, etc., p. 36i.
(a) Ferrini, Préface de son édition de Théophile ^ p. xv. — Je dois ajouter cependant que Zachuriœ von Ligenthal, Z. S. S., 5, R. A, p. Skj'Sf n. I, pense que Stéphane n'a pas connu, ou du moins pas utilisé la Paraphrase. Entre des hommes aussi compétents, un dissentiment aussi radical montre le peu de sûreté de bien des conjectures.
(3) P. Krueger, loc, cit. — Lenel, Z. S. S., R. A., II, 80. j