BA.SES DE CE TRAVAIL
Nous ne pouvons accepter leur témoignage avec confiance que lorsqu'il porte sur des faits contemporains, par exemple sur les travaux législatifs de Juslinien lui-même. Mais reste leur intelligence, toujours sujette à caution. Leur interprétation des constitutions de Justinien luimême n'est pas toujours sûre, et je ne sais pas si elle le deviendrait quand ces constitutions seraient leur œuvre personnelle. Se sont-ils toujours rendu un compte exact . de ce qu'ils voulaient faire?
Même les Sentences de Paul sont suspectes en notre matière^ parce que la procédure formulaire est intimement liée à la compensation, et que les Yisigoths ont dû nécessairement en effacer toute trace dans leur lex romana^ s'ils n'ont pas trouvé ce travail déjà fait (i).
Le Digeste et le Gode ? Inutile d'en parler : les textes sur la compensation sont pour la plupart interpolés ou tout au moins détournés de leur sens originaire.
Ils peuvent cependant nous fournir quelques renseignements utiles : ceux que les compilateurs nous donnent malgré eux, ceux qu'ils ont laissé passer par inadvertance, et que, plus attentifs, ils auraient supprimés comme contraires à la législation nouvelle. Ces indications-là sont précieuses et sûres, puisqu'il est impossible qu'elles soient leur ouvrage. Malheureusement elles sont bien rares, et pour mieux dire, il n'y en a qu'une ; il est vrai qu'elle a une importance capitale (2).
On croira peut-être que, si nous contestons ici l'autorité de Théophile et celle des Institutes, c'est que leur témoignage a le tort de ne pas concorder avec quelque système préconçu.
(i) Voyez plus haut, § 8 et chapitre v, numéro 14. (a) L. I § 4. D. Qufp senfenfisp, 49, 8.
On verra plus tard qu'il n'en est rien, et qu'ils cadrent assez bien avec le résultat de nos recherches, mais elles ne prennent pas ces témoignages pour base, parce que cette base ne serait pas sûre.
Un document, quoique s'accordant avec la vérité révélée par d'autres témoignages, pour peu qu'il soit incomplet ou équivoque, peut fort bien égarer celui qui le prendrait pour point de départ.
Reste un monument, celui-là absolument sûr, le témoignage non altéré d'un jurisconsulte de l'époque formulaire, le plus clair, le plus circonspect de tous : les Commentaires de Gains. Avec les indications involontairement transmises par les compilateurs et leur témoignage sur leur propre époque, voilà les seuls documents que nous voulons prendre pour base de notre étude, parce que ce sont les seuls solides.
C'est en quoi ce travail différera de ceux qui l'ont précédé. S'il m'était permis d'apprécier les œuvres des jurisconsultes éminents qui ont traité le même sujet, je croirais volontiers qu'ils ne se sont pas toujours montrés assez sévères sur la méthode, et qu'ils ont parfois pris pour base de leurs systèmes des témoignages bien suspects ou bien frivoles. A cet égard 1 exégèse des textes est à refaire. Heureusement des travaux récents viennent ici grandement faciliter la tâche.