‹ Histoire de la compensation en droit romainChapitre 8 sur 160 · VALEUR INTELLECTUELLE DES COMPILATEURS · texte numérisé non relu

VALEUR INTELLECTUELLE DES COMPILATEURS

ce choix. En effet, si les données prises pour base ne sont pas tout à fait exactes, Finduction qu'on est obligé d'appeler à son aide pour combler les lacunes laissées par les témoignages, et qui joue nécessairement un grand rôle dans toute théorie de la compensation, ira s'écartant toujours de plus en plus du droit chemin pour aboutir peut-être aux antipodes de la vérité.

Eh bien ! de tous les documents arrivés jusqu'à nous, il n'y en a presque qu'un seul de sûr, c'est le témoignage de Gains dans ses Commentaires révélés par le palimpseste de Vérone. C'est lui que nous devons prendre pour base de ce travail.

9. — Puisque presque tous les textes qui nous sont parvenus sur la matière ont été retouchés, ou tout au moins ont pu l'être, il est indispensable de rechercher le degré d'intelligence, de science, de réflexion et de soin dont étaient capables les auteurs de ces retouches.

Faut-il voir en eux des esprits profonds, ou des phraseurs pompeux? Connaissent-ils bien cet ancien droit qu'ils retouchent? comprennent-ils au moins les rapports étroits entre beaucoup de solutions classiques et la procédure formulaire? Ou bien, au contraire, n'ont-ils de tout cela que des idées très vagues, où domine l'infatuation byzantine dédaigneuse des subtilités d'an tan, et le mépris du praticien pour l'archéologie juridique?

Tournent-ils plusieurs fois la plume entre leurs doigts avant de corriger l'œuvre des maîtres ; se donnent-ils au moins le recul de quelques jours, de quelques heures de réflexion pour juger de l'effet? Ou bien, au contraire, procédant avec une rapidité fiévreuse, se laissent-ils emporter par la première apparence d'équité qui vient miroiter à leurs yeux, au risque de commettre d'impardonnables étourderies?

La connaissance de la valeur intellectuelle et des pro-

2 a CHAPITRE PREMIER

cédés des compilateurs constitue évidemment une indication précieuse pour retrouver Toriginal sous la retouche, la fresque ancienne sous le badigeon byzantin : restaura* tion délicate entre toutes !

Dans un palimpseste, sous l'écriture plus récente on retrouve encore les traces mal effacées de l'œuvre antique, on peut souvent revivifier et faire ressortir les vieux caractères. Ici, il faut d'abord reconnaître le passage falsifié, tâche déjà difficile; quand on y a réussi, tout n'est pas fini, car la retouche biffée, il reste un vide qu'on ne peut combler que par des conjectures.

Réclamer en pareil cas une démonstration rigoureuse, ce serait vouloir transporter dans le domaine de l'histoire les exigences des sciences exactes ; de fortes présomptions doivent nous suffire. Quand les indications fournies par des documents sûrs nous poussent toutes vers une même solution, peu importe que les voies reconnaissables qui semblent bien y mener s'arrêtent et se perdent avant d'aboutir tout à fait au but; nous n'en devons pas moins admettre la solution qui forme leur point de convergence.

Cette Étude de la valeur intellectuelle des compilateurs, si utile dans bien des cas, est ici indispensable, et les courtes observations qui vont suivre, loin de constituer un hors-d'œuvre dans notre travail, en forment au contraire la base essentielle. Si tant de travaux de maîtres éminents, pleins de sagacité et d'érudition, n'ont pu résoudre le problème, c'est précisément pour ne pas s'être fait dès le début une idée nette de la valeur et des procédés des hommes à qui nous avons affaire (i).

(i) Sur la psychologie des compilateurs du Digeste, voyez dans la licmic Générale de droit, premier numéro de 1895, p. 87 et suiv., un article de Henri Appleton, et sur leurs procédés, sa thèse de doctorat : Des interpolât ions dans les Pandectes, Paris, Larose, 1895. .Voyez en particulier le chapitre v, Diagnostic de l'interpolation par l'absurdité du fragment, p. 220-245 et les renvois aux travaux d'Eiscle.

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