‹ Histoire de la compensation en droit romainChapitre 9 sur 160 · ÉTOURDERIES DES COMPILATEURS. INST. I, 2, PR · texte numérisé non relu

ÉTOURDERIES DES COMPILATEURS. INST. I, 2, PR

Eh bien, pour nous faire une idée de la valeur intellectuelle et des procédés des compilateurs, deux exemples nous suffiront.

10. — Le premier nous est fourni par le début des Institutes de Justinien.

On sait que cet ouvrage élémentaire a été compilé en quelques semaines, après la confection du Digeste et pendant qu'on le recopiait (i), par deux des plus distingués des compilateurs, Théophile et Dorothée, professeurs de droit, Tun à Gonstantinople, l'autre à Beryte. Chacun d'eux composa probablement deux livres des Institutes sous la superintendance de Tribonien lui-même. Le commencement du titre II du livre I a été emprunté au livre I des Institutes d'Ulpien (2), mais avec une légère modification qui va tout de suite nous éclairer.

Voici les deux textes en regard :

Ulpianus libro I Institutionum.

Jus natarale est quod natura omnia animalia docuii; nam jus isiud non humani generis propriuni^ sed omnium animaliumquœ in terra^ quœ in mari nascuntur, avium quoque commune EST.

Inst. I, a. PR.

Jus naturale est quod natura omnia animalia docuit, nam jus istud non humani generis proprium est^ sed omnium animalium qu^* in c^elo, qum in terra, quœ in mari nascuniur.

a La loi naturelle, disait Ulpien, n'est pas spéciale au genre humain, elle est commune à tous les animaux qui naissent sur la terre, dans la mer, comme aussi aux oiseaux.

Ulpien, quand il a écrit ces mots : « Tous les animaux

(i) Voyez : Les sources des Institutes dans la Revue générale du droit, 1891, p. 14.

(a) Ce fragmont forme au Digeste la L. i, § 3, De justicia et Jure, I. I.

qui naissent sur la terre ^ dans la mer »... avait évidemment au bout de sa plume : ou dans le ciel, mais il s'est arrêté à temps devant cette absurdité, car s'il y a des animaux qui circulent dans le ciel, il n'y en a point qui y naissent. C'est pourquoi, rompant brusquement la symétrie de sa phrase, et appelant les oiseaux par leur nom, il a tout simplement ajouté : avium quoque commune est.

Mais pour les compilateurs des Institutes, la tentation d'arrondir la période et de polir le style d'Ulpien est vraiment trop forte : ils y succombent à l'instant et écrivent cette phrase harmonieuse et cadencée, mais absurde : « Que in cœlo^ quœ in terra^ quœ in mari nascuntur^ » et ainsi tombent en plein sur la malencontreuse expression contre laquelle la tournure même de la phrase d'Ulpien aurait dû les prévenir. Car s'ils eussent écrit de leur propre chef « qu^e in cœlo, quœ in terra^ quœ in mari nascuntur » c'eût été un lapsus excusable. Mais commettre cette faute en corrigeant Ulpien de l'avoir évitée^ c'est, en vérité, une grande étourderie !

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