‹ Histoire de la confédération suisse (volume 2)Chapitre 30 sur 72 · Guerre de IXwtfélm. — Émanelpation déflnitiTe de GlarUi · texte numérisé non relu

Guerre de IXwtfélm. — Émanelpation déflnitiTe de GlarUi

Claris avait profité aussi de la victoire de ses alliés à Sempach pour relever la tète et s'affranchir définitivement de l'Autriche. Mais la posi-

^ Theodor von Liebenau, 74.

' Ainsi les Duens, W^uippens, Velga, Rych, Praroman, Mossel, Ghastel, Corpastoor.

' On nommait ainsi les pays autrichiens de la Haute-Allemagne ou Suisse.

tion était précaire et la sécurité nulle tant que la ville forte de Wesen restait aux mains de l'Autriche. Les Glaronnais s'en emparèrent avec le secours de leurs amis de Zurich, d'Uri et de Schwyz et y mirent une garnison (17 août 1386). Les habitants les plus compromis par leur dévouement à TAutriche avaient jugé à propos de se réfugier sur les terres ducales.

Tranquilles de ce côté, les Glaronnais s'organisent à l'intérieur, se donnent une landsgemeinde, une justice propre, un droit civil et pénal, sans souci de l'abbesse de Seckingen, la souveraine de la vallée et du duc d'Autriche, son avoué (H mars 1387). Mais le duc Albert 111 songeait, lui, sérieusement à recouvrer ses Etats perdus. Les gens de Wesen préféraient la domination de ce prince à celle de leurs égaux; ils se laissèrent gagner par ses partisans. Feignant le dévouement aux confédérés pour endormir leur vigilance, ils introduisirent dans la nuit du 22 au 23 février 1 388 des soldats ducaux qui massacrèrent dans leurs lits trente des soldats qui composaient la garnison, avec le commandant de la place, Conrad von Au d'Uri*. C'est là ce qu'on appelle le massacre nocturne, la Mordnacht de Wesen. Claris et Uri, exaspérés, appellent aux armes les autres États et les convoquent en diète à Zurich. Mais l'absence de machines de guerre et la crainte de manquer de vivres devant la place de Wesen firent échouer l'expédition.

Enhardis par leur facile triomphe, les officiers autrichiens somment Claris de reconnaître le duc. Se sentant abandonnés à leurs propres forces, les habitants de la vallée se résignent à prêter serment. Mais cela ne suffit pas à une noblesse altérée de vengeance. <r Les Glaronnais de « quelque condition qu'ils soient, fussent-ils des gens de race libre et à « armoiries (Wappengenossen), deviendront simples serfs du duc ; ils « feront la corvée et toutes les prestations d'usage ; ils renonceront à « toutes leurs franchises, à tous leurs droits et en particulier à leur « alliance avec les confédérés. La ville de Wesen sera indemnisée par « Claris de toutes ses pertes. » A ces conditions écrasantes, Claris répond par un refus formel. 6,000 Autrichiens pénètrent le 9 avril dans la vallée, repoussent les 3 à 400 pâtres qui en défendaient le retranchement et se répandent dans toute la contrée, qu'ils livrent au pillage et à la désolation*. Les femmes, les enfants et les hommes eux-mêmes

^ Blumer, Jahrhuch^ IV, 834. La chronique qui parle de 80 tués ne mérite aucane créance.

' Quant au nombre des Autrichiens, les chroniques varient de 8,000 à 15,000. Le chant de la bataille porte aussi à 15,000 le nombre des ennemis de Glaris. Mais le chiffre de 6,000, admis par la chronique de Klingenberg et celle de Zurich, est le plus vraisemblable. Blumer, Jahrb. des hist, Vereins von Olarus, lY, 340.

faîent dans les rnootagnes. Mais à l'aspect de rennemi amsi disperse, le courage rerieot aox Glaronnais. Aidés de 30 oa ôO aoxifiaîres de SchwTz, el appelant à leur secours la Vierge et les saints patrons da pays, Fridolin et Hilaire, ils Tont s'ad(^ser à on rocher défenda par on chemin pierreux (Gond dans le dialecte populaire) et attendent Tennenii, à Narfels prés de Schweisingen. Assaillis par les Autrichiens, ils font pleuvoir sur eux un déluge de pierres. Onze fois les Autrichiens reviennent à la charge ; à la onzième fois ils sont mis en déroute.

La lâcheté du comte de Werdenberg-Sargans, gouverneur de Wesen pour le duc d'Autriche, qui s'était enfui du champ de bataille avec 1500 hommes, avait démoralisé les guerriers de ce prince^ Poursuivis répée dans les reins par les Glaronnais vainqueurs^ les fuyards encombrent le poDt de Wesen qui se rompt sous le poids et précipite une foule de malheureux dans les flots de la Linth et du lac de Wallenstadt La perte des Autrichiens a été évaluée à 17 on 1800 hommes*, celle des Glaronnais à 54 dont les noms sont consignés dans le nécrok^ du Linththal '.

Neuf drapeaux conquis, la grande bannière de l'Autriche entre autres, avec les étendards des comtes de Montfort, de Toggenbourg et ceux des villes de Schaffhouse, Stuttgard, Winterthour, allèrent orner le chœur de l'église de Glaris ; le drapeau de Frauenfeld fut porté à Schwyz.

Pas plus tôt leur pays débarrassé de la présence des Autrichiens, les Glaronnais unis à leurs alliés songent à tirer vengeance de la trahison de Wesen. Mais les Autrichiens ne veulent pas laisser ce boulevard aui mains des ennemis et y mettent le feu eux-mêmes avant de se retirer. La ville autrichienne de Rapperschwyl est attaquée ensuite par les confédérés auxquels s'étaient joints les Soleurois. Elle résiste avec héroïsme à tous leurs efforts.

Dans la joie qu'ils éprouvaient de la miraculeuse délivrance de leur vallée, les Glaronnais instituèrent une fête religieuse et patriotique qui se célèbre encore chaque année le 9 avril et à laquelle tout le peuple prend part. Cette fête porte le nom de pèlerinage de Nœfels {NœfeUer Fahrt) \

^ Ce chiffre est celai de la chronique de Zurich et du Bwrgerhuch de Lacerne, pendant que d'autres sources parlent de 2,500 morts et que la chronique de Elingenberg réduit le nombre des morts à 4 ou 500, à partir du champ de bataille jusqu'au pont de Wesen. Blumer, Jàhrbtuhj lY, 840.

' Blumer, Jahrbuch^ IV, 338. On y trouve, en fait de noms connus, des Gallati, Wanner, Stapfer, Jenny, Kilchmatter, Wala, Welti, Fr. Trûmpi, St&ger, Koli.

' L'acte qui institue le pèlerinage commence ainsi : « Au nom de la Très-sainte Trinité. Pour remercier le Dieu puissant, la rierge Marie et les princes du ciel,

Dans toute la Haute-ÂlIemagne, la guerre de Nsefels remit aux prises les deux partis. Berne et Fribourg se firent de nouveau une guerre acharnée, qui dura plusieurs mois et où les campagnes fribourgeoises eurent énormément à souffrir. La présence d'un corps de troupes considérable envoyé par le duc d'Autriche ne fut presque d'aucun secours à la ville de Berthold lY, qui ne fut défendue avec courage au combat de Villars-les- Joncs que par la milice du pays. Bûren et Nidau, quoique vaillamment défendus par leur garnison moitié fribourgeoise, moitié française^ tombèrent aux mains des Bernois.

Une entreprise des sujets autrichiens de TArgovie contre Berthoud échoua complètement par l'éclatante valeur des citoyens de cette petite ville secondés par leurs femmes. Cette participation glorieuse des femmes de Berthoud à la délivrance de leur cité y était encore naguère 1 objet d'une fête de famille appelée la soupe des poules (Hiibnersuppe) \ Par manière de représailles, les Bernois portèrent leurs armes jusque dans le Frickthal et en revinrent chargés de butin.

Les Zougois eurent moins de chance contre les Argoviens et perdirent 24 hommes avec leur chef, d'Ospenthal, dans lendroit appelé depuis Terre des Morts ou Todtenhugel. La chronique anonyme de Fribourg en Uechtland prétend que l'Entlibouch aurait été aussi châtié de sa rébellion contre l'Autriche, par l'incendie de toute la contrée et le massacre de 1,000 personnes qui auraient en vain sollicité leur grâce à genoux (juin 1388).

Au bout d'un an, les horreurs de la guerre s'étaient assez fait sentir aux deux partis pour leur rendre à tous deux la paix désirable. Les villes impériales servirent de nouveau de médiatrices et ménagèrent à Zurich une paix de sept ans, entre les confédérés et les ducs d'Autriche Albert III, frère du duc tué à Sempach, et ses cousins, les ducs Guillaume, Léopold IV, Ernest et Frédéric (avril 1389). En vertu de ce traité, toutes les conquêtes faites par les confédérés et tous leurs traités d'alliance avec les sujets des ducs étaient reconnus valides, et partant l'indépendance de Glaris assurée comme celle de Lucerne et Zoug, quoique le nom de cette vallée ne se trouvât point exprimé dans l'acte. Par une concession qui devait leur coûter davantage encore, les ducs d'Autriche prenaient l'engagement de ne pas tolérer la rentrée à Wesen des citoyens de cette ville qui avaient manqué à la foi jurée envers les confédérés ; ces derniers, de leur côté, s'engageaient à ne plus

FriJolin et Hilaire, nos protecteurs, et perpétuer la mémoire de leurs secours, nous, Conseil et gens du pays de Glaris. ...» Blnmer, Jdhrhuch^ IV, 347. * Wattcnwyl-Diesbach, II, 299.

faire de bourgeois sur les terres des ducs et à n'accepter comme têts que ceux qui résidaient sur leur territoire *.

Parmi les villes impériales qui avaient négocié cette paix, la chronique dite de Klingenberg et celle de Zurich nomment Rotwyl, Constance, Ueberltngen, Ravensbourg, que nous trouvons sourent mêlées aux affaires des confédérés. Elles faisaient partie d'une nouvelle ligue de plus de b'ente villes sous le nom de Confédération du tour du lac (Bund um den See) conclue en opposition aux ligues formées par les seigneurs sous le nom de chevaliers du Lion, de Saint-Georges, de Saint-GuiUaume. Cette ligue des villes souabes donnait la main à celle des villes rhénanes, Mayence, Worms, Strasbourg ', Mais chose étonnante, pendant que l'humble Confédération formée par les Waldstsetlen et quelques villes et peuplades du voisinage, se consolide et prospère après les guerres de Sempach et Nœfels, ces ligues bien autrement puissantes qu'on nommaient le Rheinbund eih Schwab enbund s' écroalenl. Une bataille avait sauvé les confédérés ; une bataille, celle de Dôningen, perdit la ligue des villes impériales de la Souabe. Les troupes de ces villes y furent battues à plate couture par le comte Everard de Wurtembei^ (le 24 août 1388), c'est-à-dire quelques semaines après la bataille de Nsefets. Pour achever leur ruine, un édit du versatile roi Wenceslas. daté d'Éger en Bohême (le 2 mai i389), déclara dissoutes dans l'Empire toutes les ligues existantes comme attentatoires à Dieu, au roi, au saint empire et au droit.

S. Le bourgmestre Sebceno * Karleb. — Le ConvenKiit de

Sempfteb. — Agr^ndlsBement dea État* eonfédéré»

(ISSB * 1400).

Le sortdas armes avait afîranchi les Glaronnais de la dépendance de l'abbesse de Seckingen et des ducs d'Autriche, les avoués de ce pays. Mais l'autonomie de la vallée n'était pas complète dans les vingtdeut Tagwen * ou communes dont se composait le pays émancipé.

Par l'entremise des principaux magistrats de Zurich, Claris chercha à obtenir et obtint en elîet, mais après cinq ans de négociations seulement (1390-1395), le rachat de tous les droits de l'abbesse (censés, dîmes, droit de meilleur catel) *. Les redevances des Glaronnais consis-

' Segesser, eidg. Abuchiede if 1245 à 1420, appendice, 321.

* Vischer, Gesch det acIiKiUiiichrn Slàdtebuitdts, 170. ' Blumpr, Jalirbach, VI, 362.

* Blumer, Jahrbuch, VI, 359-3G9. et LiaU dea landammans de Glarit en appendice à son Staats- and RechlsffMch. der sehw. Deotocratien.

tant principalement en nature, celles-ci durent être évaluées en argent pour l'opération du rachat. Au nombre des négociateurs zuricois on voit figurer le bourgmestre Rodolphe Scbwend, les conseillers Jean Erishaupt, Rodolphe Schœno, Henri Landolt et Rodolphe Stûssi, le père de celui qui devait jouer un rôle si considérable dans la politique suisse pendant la première moitié du XV"* siècle.

Dans cette affaire comme dans celle du rachat de Seckingen, Claris est représenté par son premier landamman librement élu, Jacob Huphan, dont le nom apparaît, le 23 juin 1391, à la tête delà landsgeroeinde et de la magistrature des Trente qui formaient alors le conseil porté plus tard à soixante membres.*

Mais la paix et les négociations ont souvent été plus dangereuses aux anciens Suisses que la force ouverte et les batailles. Le décès du bourgmestre Rodolphe Scbwend avait placé à la tête des Conseils du canton de Zurich Rodolphe Schœno, magistrat qui avait hérité des vices de Broun, mais non de ses grandes qualités. Léopold lY du nom, surnommé le Cros, profita du rétablissement des communications pour corrompre ce chef de la république et l'engager à contracter une alliance de vingt ans avec l'Autriche. Deux autres membres du gouvernement, Jean Erishaupt et Henri Landolt, entrèrent dans le complot et travaillèrent avec Schœno à gagner la majorité du conseil. Informés par leurs amis de ce qui se passait, six membres de la Ligue, savoir : les trois Waldstœtten, Zoug, Lucerne, Claris, firent des représentations au gouvernement de Zurich au sujet de ce projet d'alliance séparée, violation flagrante de Talliance éternelle. Les représentations ne furent pas écoutées. On ne s'arrêta pas davantage à l'opposition des magistrats et des bourgeois dévoués à l'union fédérale.

Au mois de juin 1393, le Sonderbund autrichien fut signé à Zurich. II était conçu en termes tels, que cet État déclarait ouvertement se séparer de la Confédération et se mettre sous le patronage des ducs d'Autriche.

A cette nouvelle alarmante, les députés de tous les cantons auxquels s'étaient joints ceux de Soleure, allié de Berne, accoururent à Zurich. C'était le 8 juillet. Comme en 1370, le peuple s'attroupa devant l'hôtel de ville. La bourgeoisie convoquée aux Cordeliers par décision du grand conseil, déposa et punit de l'exil le bourgmestre et les conseillers infidèles. Rodolphe Schœno sortit de sa ville natale pour n'y plus reparaître. 11 fut remplacé comme bourgmestre par Henry Meyss, l'un des principaux membres de la patriotique société des Renards et dont l'oncle était tombé pour la patrie à Taetwyl (15 juillet 1393).

La chute de Schœno eut pour résultat un nouveau changement dans la constitution zuricoise, où le petit conseil effrayé avait convoqué le grand à la hâte. Le conseil des Deux-Cents, subordonné précédemment au bourgmestre et au petit conseil, devint le pouvoir prépondérant de TÉtat. Tous les six mois on élisait un des deux bourgmestres et les conseillers en charge. Le grand conseil partageait avec le petit le droit de faire cette élection auparavant réservée k ce dernier. Les membres du petit conseil furent pris indifféremment parmi les constables et les hommes de métier. On remarque dès lors au sein du grand conseil la tendance à empêcher ces appels à la commune si fréquents depuis Broun. 11 décida même qu'on ne soumettrait plus aux assemblées générales que les affaires majeures de paix et de guerre, d'alliance, les relations avec le saint Empire, et cela seulement dans les cas où la majorité du grand conseil le jugerait opportun à la chose publique \

Les députés des huit États confédérés et de Soleure, l'alliée de Berne, profilèrent de leur réunion à Zurich pour élaborer en commun un code militaire doui le besoin s'était particuhèrement fait sentir dans les dernières guerres. Ce code, connu sous le nom de Lettre ou Cotivefiant de Sempach (Sempacher-Brief), a été appelé la Lettre des Femmes (Frauenbrief), à cause de certaines dispositions relatives au sexe faible. Un respect touchant pour la femme et un profond sentiment religieux et humain respirent dans cette ordonnance et en font un beau monument de l'esprit de nos pères. Nous donnons en note* les principaux

* Bluntschli, Gesch. der Bepublik Zurich, I, 276 et suiv.

' < Nous, les bourgmestres, avoyers, landammans, conseils, bourgeois et campa- « gnards des viUes libres et des Ëtats (Orté) de Zurich, Berne, Luccrne, Soleure, « Zoug, Uri, Schwyz, Underwald et Glaris, arrêtons d'un commun accord ce qui « suit : Nul ne doit commencer sans nécessité et par caprice une guerre générale € ou privée. Lorsque nous marcherons ensemble ou séparément contre l'ennemi, « chacun se rangera sous sa bannière et combattra autour d'elle, en brave, selon « la coutume de nos ancêtres. Celui qui abandonnerait sa bannière, ou s'en éloigne- « rait pour pénétrer de lorce dans une maison et y commettre quelque attentat, « s'il est convaincu de ce crime par deux témoins honorables, sera arrêté par le

< gouvernement dont il relève, et puni par le juge de son ressort dans sa personne « et ses biens pour servir d'exemple aux autres. Celui qui dans un combat ou dans « une attaque reçoit une contusion, un coup d'épée ou de lance, ou quelque autre € blessure qui le mette hors d'état d'être en aide à lui-même ou à l'armée, doit « néanmoins ne pas fuir, mais rester avec ses compagnons d'armes jusqu'à la fin du « danger. On défendra le champ de bataille et on harcèlera l'ennemi jusqu'au der* € nier moment. Comme l'ennemi aurait souffert bien davantage près de Sempach,

< si l'on s^était moins pressé de se livrer au pillage, et qu'il aurait pu profiter de ce « moment pour se rallier, personne à l'avenir ne se jettera sur le butin avant que « les chefs n'aient donné le signal du pillage. Chacun leur remettra fidèlement tout « ce qu'il aura trouvé. Ils partageront le butin, d'après la force des contingents,

passages de la Lettre ou Convenant de Sempach. Ce souci respectueux de la femme se retrouve, par une curieuse analogie, dans les dernières instructions que le grand connétable de France, Duguesclin laissa en mourant aux vieux capitaines qui s'étaient attachés depuis quarante ans k sa fortune : < 11 les pria de ne point oublier ce qu'il leur avait ( dit mille fois, qu'en quelque part qu'ils fissent la guerre, les gens < d'église, les femmes et les enfants et le pauvre peuple n'étaient point € leurs ennemis (1380)*. »

Les temps du Convenant du Sempach sont marqués par l'accroissement du territoire de la plupart des États confédérés. La ville de Berne, maîtresse de l'Emmenthal, d'une partie del'Oberland (Thoune, Untersée), deBûren et Nidau conquis en 1388, alliée perpétuelle de Neuveville, à la même date, s'agrandit encore de la vallée de Frutigen, d'Aarberg, de Signau et du Siebenthal. Le seigneur de ce dernier pays l'avait vendu aux Fribourgeois ; mais les habitants refusèrent de souscrire à cette vente et se donnèrent à Berne. Fribourg et Berne, du reste, s'étaient réconciliées et venaient de renouveler à perpétuité leur combourgeoisie dans l'église de Laupen (1403).

Lucerne garda les conquêtes qu'il avait faites durant la guerre de 1386, et ajouta ainsi plusieurs contrées à son territoire: l'EntUbouch, Hochdorf, Russwyl, Sempach. L'or lui procura Willisau, Rothenbourg, Ébikon et Weggis. Mais, ainsi que nous l'avons dit plus haut, il fallut employer le fer pour forcer ceux de Weggis à obéir comme sujets à ces mêmes bourgeois de Lucerne qui les avaient admis, quelques années auparavant, comme libres confédérés dans leur combourgeoisie. Les Waldstaetten auxquels en appelèrent les hommes de Weggis, donnèrent gain de cause aux Lucernois. Triste exemple de l'égoisme d'hommes étroits et cupides, qui, après avoir conquis la liberté pour eux, s'arrogent un pouvoir usurpé sur les autres !

La commune de Gersau qui, plus heureuse ou plus habile, était parvenue à se libérer de l'hypothèque qui pesait sur elle et à faire reconnaître ses 400 habitants avec ses cent feux comme république

« entre tous ceux qui auront pris part à l'action. Puisque le Dieu tout-puissant a

< déclaré les églises ses demeures, et qu'il a accompli le salut du genre humain par

< une femme, notre volonté est qu'aucun des nôtres n'ait la témérité de forcer,

< piller, dévaster, incendier un couvent, une église ou une chapelle, ou d'attaquer « à main armée, blesser ou frapper une femme ou une fille. Il est cependant permis

< de poursuivre l'ennemi jusque dans les églises et de sévir contre les femmes qui

< nous attaquent ou crient si fort qu'il pourrait en résulter un préjudice pour nos « armes. Ainsi fait et juré le 10 juiHet 1393. » Segesser, de 1245 à 1420, 327.

^ Hénault, Abrégé chronologique de V Histoire de France, 179.

indépeodaDte, se maintint libre et soQTeraine pendant quatre siècles^ de 1390 à i798\ Zurich acheta de la noblesse appauvrie les bailliages de Kûssnacht sur le lac de Zurich, Hœngg, Thalwyl, les seigneuries de Grûningen, Greiffensée, R^ensberg et plusieurs autres. Une combourgeoisie de dix-huit ans unit celte ville et le comte Frédéric Vil de Toggenbourg, ancien ami desZuricois (1400). L'abbé d'Einsiedeln fit une alliance analogue, et son exemple fut suivi par ceux de Rûti, de Cappel et une foule de seigneurs laïques, les Bonstetten entre autres, propriétaires de plusieurs châteaux aux environs de Zurich, Uster par exemple. Zoug acquit Saint-André près de Cham ; Underwald Hergiswyl et Alpnach, et partagea avec Uri le droit de péage du Saint- Gothard. Uri fit une alliance perpétuelle avec la vallée d'Urseren.

Le Nidwald essaya d'étendre sa domination sur les gens de la vallée d'Engelberg, dépendance de Tabbaye de ce nom, et à les attirer dans sa combourgeoisie. L'excommunication de Tévêque de Constance n'arrêta point les empiétements. 11 fallut une sentence des États confédérés de Lucerne, Schwyz et Underwald, sous le protectorat desquels Tabbéprince d'Engelberg avait placé ses droits de souveraineté.

Schaffhouse où les nobles et les bourgeois étaient aux prises depuis un demi-siècle, change pour la troisième fois sa constitution, adopte l'institution des tribuns et nomme un bourgmestre à l'instar de Zurich (I4H).

Soleure, après avoir partagé avec Berne le territoire autrichien de Buren, s'arrondissait par l'acquisition des terres de Balm, de celles du Leberberg au pied du Jura et enlevait ainsi la clef du pays aux gentilshoDunes pillards des deux châteaux de Falkenstein, dans les défilés de ces montagnes.

Un peu avant la bataille de Sempach, Tesprit démocratique en progrès à Bâle, opposait à son bourgmestre et à son grand tribun une magistrature plus démocratique, celle de YAmmésire, calquée sur la constitution strasbourgeoise. Bâle est alors le théâtre de révolutions incessantes où la

* Cette petite république {republichettay comme diniient les Italiens) a en ses liistoriens locaux. Yoir la monographie de Pabbé Rigert, Kungefagsle G^esdk. des Fnistaates Gersau (1817), et la notice plus complète insérée dans le GeschidUsfiramd de 1861 par le conseiller Damian Camenziud, de la famille la plus ancienne et la plus nombreuse de cette commune, jadis souveraine. Gersau avait sa Landsgemeinde, son Amman, son capitaine du pays, son Statthalter ou lieutenant du Landamman, et les mêmes magistrats que les Waldstietten. Elle avait un gibet, marque de son indépendance judiciaire. Les armes de Gersau étaient de gueules parti d^azur. Ce sceau portait Timage de St-Marcel. Les destinées de cet Ëtat microscopique ont fait l'objet d'une curieuse notice intitulée : La République de Oertatf, par Adolphe Gautier. Genève, 1868, chez Georg.

bourgeoisie avec les quinze corps de métier lutte avec succès contre une noblesse hautaine et de plus en plus impopulaire. L'acquisition du Petit- Bâle> celle de Liestal et la cession à prix d'argent de Tavouerie impériale par le roi Wenceslas viennent ajouter à la sécurité et à la puissance de la cité du Rhin (!«' août 1386) \

Une alliance de vingt ans avec Berne et Soleure devait peu de temps après consolider l'autonomie bâloise. Tout cela était l'œuvre de la vicloire des confédérés à Sempach, coïncidant avec le déclin de la maison d'Autriche et la faiblesse croissante de l'empire sous son mdigne chef Wenceslas. Les électeurs coalisés contre ce dernier s'entendirent à la tin pour le déposer, et le remplacèrent par un prince plus digne du trône, Robert de Bavière (20 août 1400).

La haine des confédérés pour l'Autriche n'avait pas encore altéré leur raspect pour l'Empire. A l'avènement du nouveau roi, les confédérés lui auraient, si l'on en croit Tschoudi, prêté hommage. Les Sch\i7zois seuls s'en seraient dispensés en disant : « A quoi bon ces « formalités? Nos ancêtres les ont rempHes et n'ont pas été protégés « par l'Empire. Nous nous protégerons bien nous-mêmes. »

Comme le fait observer le savant historien lucernois Segesser, ce langage est anticipé et en contradiction avec des documents authentiques, ceux par lesquels le roi Robert confirme les franchises et libertés des confédérés, y compris Schwyz, en date des 28 août et 28 septembre 1401 * par actes signés à Amberg et à Inspruck.

Jusqu'aux temps de la guerre de Sempach et de Naefels, le seul nom collectif sous lequel on puisse désigner les États de l'alliance perpétuelle est celui de Confédérés. Encore dans les actes officiels, les pays de l'alliance ne se désignent-ils eux-mêmes que sous leurs noms ethniques particuliers.

Le nom de Suisses (Suitenses) employé par le chroniqueur autrichien Jean de Winterlhour ne s'appliquait dans le principe qu'aux Schwyzois proprement dits et par extension à leurs alliés d'Uri et d'Underwald. Avant le miheu du XIV™° siècle cependant, cette appellation commence à prendre un sens plus général et paraît dans certaines chroniques du temps écrites en Allemagne*. Mais ce n'est que depuis la

' Heussier, Verfassungsgesch. der Stadi Baseîy 280 et suiv.

* Segesser, eidg. Ahschi^xle de 1245 & 1420, 99 et 100. — Bœhmer et Chmel, Begesta Euperii, 1834. 49, 55.

' Voiries annales de Zwetl (1320), Mathias de Neuchâtel sur le Rhin (1350). * Provincinque dicitur Siveines, » lit-on dans le Calendrier de Zwetl (1352). Georges de Wyss, Indicateur d'histoire de 1870, 51. On écrivait aussi Swicze.

HISTOIBE SUISSE. 18

27'* aVlLISATION AU XIV™* SIÈCLE.

guerre de Sempach que le nom de Suisse commence à devenir d'un usage plus ou moins commun dans le langage des chroniqueurs, car il n'y en a pas encore trace dans la langue officielle et les actes des diètes \

6* Tableau de la eiTllIsatlon da peuple snisse

an XIT»" sièele.

Le premier siècle de notre histoire n'en est pas lé plus brillant; mais il en est relativement le plus moral et le plus pur, c chaque siècle « étant, comme dit un penseur, un mélange de bien et de mal, « d'ombre et de lumière. » Ouvert par l'alliance éternelle de 1291, renouvelée en 1315, le XIV°° siècle se termine à cette mémorable diète de Zurich où fut juré le code religieux et humanitaire de Sempach. Le XIV™* siècle est l'ère des Attinghausen, des Stauffacher, des Erlach, des Baselwind, des Gundoldingen... C'est un âge de concorde et de dévouement, de force, de modération et de générosité ; temps de gloire aussi et d'une gloire véritable, car les confédérés ne combattent ni pour s'enrichir ni pour faire des conquêtes, mais pour obtenir ou conserver le plus précieux des biens aux yeux d'un peuple qui a la conscience de lui-même : l'indépendance nationale.

A ce beau tableau, il est plus d'une tache sans doute. Les Suisses, si grands au Morgarten, à Sempach, si généreux à Soleure, se montrent vandales à Einsiedeln, cruels à Rapperschwyl et injustes envers leurs confédérés de Weggis. A côté de magistrats purs et de prêtras dévoués, la Confédération en compte aussi d'immoraux, de cupides et d'infidèles, témoin les Zuricois Broun, Schœnoetle SoleuroisAmstein. Mais ce sont là des exceptions dans ce siècle remarquable. Le peuple, en général, y est grand et subUme. Or c'est le peuple qui fait, presque seul, les grandes actions dans notre histoire ; ce ne sont pas les princes, les ministres, les généraux, comme dans les annales des autres nations.

L'ignorance et la superstition des âges précédents se retrouvent chez les Suisses du XIV*"« siècle, comme chez leurs voisins, auxquels manquera longtemps encore la connaissance de la nature et de ses lois. Mais à cette foi trop naïve, ils unissent un rare bon sens pour comprendre leurs droits et pour démêler dans les rapports de TÉtat avec l'Eglise ce qui appartient à Dieu et ce qui appartient à Cé.sar. Avec quelle fermeté persévérante et héroïque ils savent aussi défendre ce qu'ils ont une fois reconnu être un droit inhérent à leur dignité de chrétiens et d'hommes libres!

* Voir Segesser, eiâg. Ahschiede de 1245 à 1420.

Aussi bien, pendant que l'on voit s'écrouler autour d'eux une foule de confédérations puissantes, telles que la ligue lombarde, la ligue hanséalique, et toutes ces associations éphémères formées entre les villes d'Allemagne {Schwabenbund, Rheinbund), la ligue helvéti(iue se maintient, et après avoir repoussé tous les assauts de la maison d'Autriche, elle deviendra bientôt une puissance militaire redoutable en Europe. La position géographique de la Suisse, le pays le plus élevé du continent, entouré de montagnes et de fleuves, est bien aussi pour quelque chose dans l'indépendance et la grandeur de ce peuple \

Mais la cause principale est ailleurs : il faut la chercher dans le caractère du vieux Suisse, homme de métier ou des champs, simple et mâle dans ses mœurs, intrépide au combat, loyal dans les traités, plein d'énergie et de force d'âme, habitué dès l'enfance à confondre dans sa pensée et dans son cœur la cause de la liberté avec la religion de ses pères : « Dieu et patrie » était la devise des premiers confédérés '.

Ce noble esprit à la fois pieux et national, se manifestait dans tous les actes de la vie privée et publique de nos ancêtres ; sur les champs de bataille, où toute l'armée s'agenouillait avant de vaincre ou de mourir; après la victoire, par ces fêtes et ces chapelles commémoratives, dont plusieurs existent encore aujourd'hui ; dans les actes officiels, par le respect des choses saintes et l'invocation du Tout-Puissant, de la Vierge et des saints, protecteurs de chaque peuplade.

Le même esprit est empreint dans toutes les œuvres des écrivains suisses de ce temps. Car, malgré l'ignorance générale, la Confédération vit fleurir dans son sein, au XI V"*® siècle, tout un. rameau de littérature populaire, consistant principalement en chroniques, en chansons, ou simplement en courtes sentences^ dont nous avons eu l'occasion de citer quelques-unes dans le cours de cet ouvrage.

Les chroniques sont des récits historiques composés en latin ou dans le dialecte aUemand suisse de l'époque. Les auteurs en sont des moines,

* « Montîbus pro mûris circumdaios. > Jean de Winterthour.

' M. de Segesser, en tête du second volume de son Histoire juridique de Luceme^ ne veut pas que l'esprit fédéral ait été le premier ressort de la politique de nos ancêtres. Il nie également que la fondation et le maintien de la Confédération suisse soient dus au sentiment de solidarité dont ont parlé quelques récents historiens. Et la raison en est pour ce publiciste dans le fait que les confédérés se sont souvent laissé désunir par la diversité des intérêts et des rivalités de tous genres. L'unique cause de l'origine et de la persistance de l'alliance étemelle serait,, selon l'éminent publiciste, dans la nécessité historique!!! {Beehtsgeschichtej 7 et suiv.)Plus tard, il parle de la possession des bailliages communs, c'est-à-dire de ce qui a le plus contribué à diviser les Suisses et les a mis plus d'une fois au bord de l'abîme, comme du principal lien des États confédérés.

des chanoines ou bien des magistrats des villes helvétiques. Les chansons, consacrées, comme les chroniques, à célébrer les exploits de nos pères, sont ordinairement l'œuvre des guerriers-citoyens qui les ont accomplis avec leurs épées, et qui les redisent ensuite avec leurs plumes pour les faire servir d'exemple et d'encouragement à la génération suivante. Quelquefois ces chants sont improvisés sous la tente môme, dans le feu et sous l'inspiration de la victoire. Aussi y trouve-t-on de la passion, de l'énergie, souvent une ironie amère, toujours le saint amour de Dieu, de la patrie et de la liberté.

Le premier chantre connu des batailles suisses est le Lucernois Haibsuter. 11 a combattu, semble-t-il, à Sempach, et raconte les incidents de cette sanglante journée, sans oublier celui qui les éclipse tous, la mort héroïque de Winkelried, en entremêlant son récit épique d'apostrophes chaleureuses et de sarcasmes allégoriques \ Un autre barde national est le moine dominicain bernois Ulric Boner, qui signe « Chevaher de Dieu, » et chante eu beaux vers la Liberté, « ce bouclier d'honneur qui « fait Fornement de la vie, relève l'homme et la femme, donne au pautf vrela richesse, à chacun de la valeur, et met le sceau aux paroles et au\ « actions*. » Boner a composé un recueil de cent fables qu'il a intitulé

* Voici une des strophes de Haibsuter :

< La vache bruue (emblème d'Underwald) dit au taureau (emblème d'Uri) : L'ii seigneur a voulu me traire dans la plaine ; mais je lui ai cogné ma sébUc contre la tête tant et si bievi qu'il faudra l'enterrer. » — « seigneurs de la basse Allemagne ! (lit-on dans une autre strophe), avant de vous aventurer à gravir ce haut pays, vous ferez une autre fois très-prudemment d'aller à confesse. Il pourrait vous y arriver malheur. »

Les strophes relatives à Winkelried ne seraient pas aussi anciennes que les autres et seraient une interpolation de date postérieure, selon Lorenz et Liliencron (voir notre récit de la bataille de Sempach, 261). Dans sa savante notice sur les Haibsuter et la bataille de Sempach {Geschichtsfreund, XVIII), M. l'abbé Aloïs Lutolf distingue deux citoyens de ce nom, Lucernois tous deux. Du premier, qui vivait à Lucerne au temps de la guerre de Sempach, viendrait le plus ancien texte de la chanson, le chant en raccourci que donne la chronique Russ. Au second, qui avait pris part à la guerre civile de Zurich et qui se nommait Hensli Haibsuter von Rot, appartiendrait le chant plus détaillé où l'acte héroïque de Winkelried est célébré eu trois strophes. Ce dernier des Haibsuter, s'il n'était pas contemporain de la guerre de Sempach, la suit d'assez près et pouvait, comme le dit M. Lûtolf, tenir les incidents de la bataille de la bouche des acteurs. L*existence de Winkelried elle-même est mise hors de doute par un document de 1367. Voir Liebenau, Millheilungen der antiq. Gesellschaft, XI, 2,2,^17, et l'écrit de Kauchenstein intitulé : Winkelrieds That ist keine FabeL

« Friheit ziret ailes lebcn Und kan wol gemuote geben.

Friheit hochet wib und maïf Den armen si richen machen kan.

Friheit ist der eren hort Si ueberkrônet werk und wort »

Pit^rre précieuse (Edelstein), et dont la première édition, imprimée à Baniberg en 1461, est en même temps le premier livre imprimé en langue allemande.

Aux accents de la poésie héroïque se mêlent les derniers soupirs de Ih poésie des troubadours ou minnesinger. Dans cette sombre tour des vagues (Wellenberg), qui s'élève sur la Limmat, Jean de Habsbourg trompe l'ennui de sa captivité en chantant « la blanche fleurette qu'il €ueillait avec tant de plaisir dans les prés *. »

Des travaux d'un ordre plus sérieux occupaient les savants moines de Bâle et de Béromûnster. Le prédicateur rhétien Albert de Seevis se représente lui-même, dans un avant-propos de ses sermons, accoudé <ur sa table à écrire et se servant de besicles pour soulager sa vue de septuagénaire ; première trace de l'emploi de cet utile instrument dans notre patrie.

L'art n'était pas non plus tout à fait négligé dans un siècle où l'on voit le prieur de Romainmôtier, Jean de Seyssel, orner de sculptures jrolhiques le chœur de son église ; où le célèbre curé Baselwind pose à Berne la première pierre d'une muraille de clôture, qui fait encore aujourd'hui l'admiration du voyageur. Mais le nécessaire va avant le beau et Tagréable.

Or, au siècle dont nous parlons, nos villes suisses étaient encore en jjrande partie construites en bois, et les rues n'étaient point pavées. Une amélioration s'opère à cet égard. A la fin du XIV'"^ siècle et au commencement du XV""®, Fribourg, Berne, Zurich et SchafThouse élèvent leurs premiers Rathhaus ou hôtels-de-ville ; Zurich fait paver ses rues et défend la circulation des animaux immondes.

C'est à cette époque que l'on rapporte la construction de l'église gothique de Saint-Nicolas de Fribourg, celle des châteaux de Wufflens et d'Estavayer et du Cénotaphe colorié des comtes de Neuchâtel dans la Collégiale de cette ville. La peinture sur verre continue également à fleurir et produisait des chefs-d'œuvre comme les vitraux des cloîtres de Mûri, Wettingen, Kônigsfelden et de Cappel à l'ouest de l'Albis*.

Les incendies si fréquents dans ce temps où la ville de Berne seule eut à en supporter six plus ou moins terribles ', firent sentir la néces-

Fable 59 du recueil de Boner. Les Cfiants de guerre de la Suisse ont été recueillis par M. Rochholz, professeur à Âarau (ISSô), et ont fait l'objet d'un piquant article de M. Xav. Marinier dans la Bévue des deux Mondes (15 janvier 1836).

* « Ich weisz ein wisses blûemelin » (Je cognois blanche fleurette).

* Mullinen, Die Glasmaîerei in der Schweiz, 1872, 5. — Kahn, 596 et 609.

^ Lors du grand incendie de 1405, qui détruisit une grande partie de la ville de

278 aviLiSATioN au xiv*« siècle.

site d'une police plus sévère et d'un meilleur mode de bAtisse. Aux désastres causés par le feu, venaient encore se joindre la famine et la peste, suite de l'imprévoyance générale et d'une malpropreté excessive.

Ces fléaux, envisagés en certains endioits comme une punition de Dieu, donnèrent naissance aux immorales processions des Flagellants, sectaires des deux sexas qui allaient se donnant la discipline sur les routes et sur les places publiques. En certains lieux, dans le Siebentbal, par exemple, l'approche de la peste engendra des excès d'un autre genre et fut saluée par des chants, des repas et des danses.

Rendus de plus en plus graves et mélancoliques par le spectacle des maux de la vie et de la folie humaine, les moines de Bàle, à leur tète le noble et docte Suso, natif de Constance, s'appliquèrent tout entiers à la méditation des choses éternelles. Sous le nom d'Anus de Dieu, ils formèrent une vaste association vouée au double culte de l'amour divin et de l'amour des hommes, à l'exemple du Sauveur *.

Mais, à côté de cette noble congrégation, s'en élevèrent d'autres beaucoup moins pures, comme la congrégation des frères du Libre-Esprit^ la confrérie des Lollards,eic. La première avait son centre dans TUechtland et au Pays de Vaud. Ses membres niaient l'eflicacité des bonnes œuvres, rejetaient une partie des sacrements et se confessaient entre eux. Les Lollards ou Beghards ne se séparaient point extérieurement de l'Église, mais se réunissaient dans des oratoires particuliers, et les béguines ou femmes qui appartenaient à la confrérie portaient un capuchon rabattu sur le visage. L'inquisition et les gouvernements se réunirent pour proscrire ces sectes. Des procédures furent dirigées contre elles, à Berne, k Fribourg, dans le Pays de Vaud et à Bâle, où elles comptaient plus de \ ,500 membres. Les frères du Libre-Esprit, poursuivis avec le plus de rigueur comme sectaires déclarés, furent condamnés aux flammes : l'un d'eux, Lœfller, de Bremgarten, près Berne, reçut la mort avec le plus grand courage et se moquait sur le bûcher de ia petite quantité de bois que la lésinerie des juges avait destinée à son

Berne, les Frihourgeois, oubliant les ravages des guerres précédentes, envoyèrent de grandes provisions d'habillements et de comestibles et entretinrent pendant un mois, à leurs frais, 100 ouvriers et 12 chariots pour le déblai des décombres. Un conseiller philanthrope, Jean de Gambach, présidait à ces travaux. Les Fribourgeois acquirent une réputation de bienfaisance si grande à Berne à cette époque, qu'un petit entant, à qui ses parents refusaient du pain, s'écria : < £h bien! puisque vous ne voulez pas me donner du pain, j'irai en demander aux Fribourgeois. » ^ Les Amis (le Dieu ont fait l'objet d'une monographie intéressante de M. Scbmid, Bascl iin XIV. Jahrhundtrt (Bâle 1856). Voir aussi sur Suso, en particulier, la notice de M. le doyen Greith (aujourd'hui évêque de St-Gall) dans les Kathol. SchweUerblàtter fur Wissensch, und Kunst. Luzern, 1860.

supplice. On se contenta d'expulser les Lollards, ou d'exiger d'eux une rétractation. Une horrible persécution s'éleva contre les juifs, au milieu du XIV"*® siècle. Ces malheureux, accusés d'avoir empoisonné les fontaines pendant la peste de 1348, furent livrés aux flammes à Bàle, Diessenhofen,Chillon et Zofingue.

Les excommunications n'avaient pas cessé de troubler les âmes et de porter le désordre dans les villes. Le premier magistrat de Lucerne fut excommunié par le doyen de Constance en 1401, pour avoir quelques années auparavant, étant encore conseiller à Sempach, prêté son concours à Uri dans les difficultés qui s'étaient élevées entre cette vallée et son ancienne suzeraine, l'abbaye des religieuses de Zurich*.

Un siècle de mysticisme et de guerre ne semble pas favorable aux progrès de l'industrie et du commerce. Mais, comme nous l'avons dit, le moyen âge est celui des contrastes. C'est au XIV™® siècle que commence à prendre l'essor le commerce des draps et des cuirs dans les deux capitales de l'Uechtland, Berne et Fribourg. Les vins de Lavaux et les toiles de Saint-Gall sont recherchés au dehors; Zurich exporte des étoffes de laine. Les corps de métiers prennent de plus en plus d'importance; Saint-Gall en avait 6, Zurich et Berne, chacune 13, Bâle 15*.

L'agriculture était en honneur dans la Haute- Allemagne. Un des vassaux de Kybourg, le baron de Hegnau, ne dédaignait pas de tenir luimême les cornes de la charrue et de conduire au labour son superbe attelage, entouré de ses fils qui travaillaient sous ses ordres. Le roi Albert P', s'étonnant de trouver réunies dans le même homme, la bravoure et l'élégance du chevalier avec les goûts simples et laborieux de l'homme des champs : oc Monseigneur, répond avec sagesse le baron de Hegnau, je trouve qu'après le métier des armes, le travail des champs est la plus noble des occupations pour un gentilhomme. »

Cependant aucune invention importante ne vint perfectionner un art dont les progrès sont étroitement liés à ceux des sciences physiques et naturelles alors très-reculées.

Les mêmes causes retardent les progrès de l'art militaire, le plus cultivé de tous dans cette époque belliqueuse. La découverte de la poudre à canon en Allemagne n'eut ses etlets que beaucoup plus tard ; malgré l'introduction des armes à feu dans quelques États confédérés, la hallebarde, la longue pique et la massue resteront, jusqu'au XVI™® siècle, les armes de prédilection des Suisses. Les plus avancés sous le rapport

^ GescMchtêfreund, Vin, 75. L'excommunication atteignit plusieurs magistrats d'Uri, Schwyz et Lucerne.

• Heussler, Verfasaungsgeadi. der Siadt Basely 197.

militaire étaient les Bernois. Leur ingénieur, Bourkard de Bennw)1, rendit k Laupen de grands services, soit pour la défense de cette place, soit par l'emploi dans la bataille de ces chariots armés de faux, dont rtiistoire d'Italie nous offre déjà des exemples dans la guerre des Guelfes et des Gibelins.

Le droit et la politique, considérés comme sciences, ne sont que peu ou point étudiés à cette époque. En fait de droit, on s'en tient généralement aux coutumes locales avec un mélange de droit impérial et germanique. La Confédération elle-même n'est encore qu'une agrégation d'États unis par des liens peu resserrés et à des conditions inégales. Lucerne, par exemple, n'était pas directement alliée à Berne et à GlarLs ; Berne n'avait pas d'alliance immédiate avec Zurich, Zoug et Glaris. Les WaldstâBtten seuls étaient alliés directement et immédiatement avec tous et servaient de trait d'union à tous les membres de la Ligue. Les Diètes, comme le dit leur nom, Tagsatzung (Journées) ne sont d'abord que de simples conférences entre les députés des huit Etats, auxquelles les alliés sont admis parfois, quand il s'agit d'intérêts communs. Ces diètes où les députés, au nombre d'un ou deux par État, se rendent à cheval et accompagnés d'huissiers ( Wetbel), se tiennent à Berne, et plus fréquemment à Zurich et à Lucerne. C'est que la ville de la Limmat est devenue petit à petit et sans que cela fût réglé par aucune loi, l'État dirigeant, le Vor-Ort de la Confédération. Les actes répétés de félonie de Broun et de Schœno ne changèrent rien à cette position qu'elle conserva jusqu'au milieu du XV"^ siècle.

La prééminence de Zurich s'expUque facilement par son ancienneté, son importance militaire, politique et commerciale tout ensemble, sa population nombreuse et les lumières de ses magistrats. On disait proverbialement dans la vieille Suisse : « Si tu veux un bon conseil, tu le trouveras à Zurich. » Et encore : « Dieu donne à celui qu'il aime une maison à Zurich. »

La supériorité reconnue de Zurich ne laissait pas d'exciter la jalousie de certains États de la Ligue, principalement de Schwyz, dont le patronage, accepté par les deux autres Waldstaetten, ainsi que par Zoug, Glaris et plus tard Appenzell, se serait volontiers étendu sur tous les pays confédérés. Dans cette rivalité alors encore peu marquée, mais qui ne devait pas tarder à se développer, il y avait en germe toute une guerre civile.

Les diètes particulières des Waldstaetten s'assemblent à Beggenried ou à Brunnen. Les conférences ou diétines des Zuricois et des vallées forestières se réunissent à Einsiedeln, celles des Bernois avec ces vallées au Kienholz (près Brienz).

Au XrV°*® siècle, les attributions des diètes sont encore mal définies et n'ont rien de régulier ni de systématique. La paix, la guerre, les alliances et les relations avec l'Empire et les pays voisins formaient le principal objet de leurs délibérations. Mais nous voyons ce cercle d'activité s'étendre de plus en plus au XV"*® siècle où les confédérés entreront en relations avec presque toutes les puissances de l'Europe.

Le XIV"»« siècle voit se nouer les premières relations diplomatiques de la France avec les pays de la Haute-Allemagne. C'était à l'occasion d'un marchand français dont on avait séquestré treize ballots de soie en Vallais et dont le roi de France, Jean II dit le Bon, réclamait la restitution dans une lettre adressée aux Bernois et datée de Chartres le 12 juin 1356, trois mois avant la fameuse bataille de Poitiers où il fut fait prisonnier par les Anglais *.

7. RéTolntion de Zong. — Guerre des Appenzellois pour leur indépendanee. — Ils s'allient aux SniBBes (1400 ft 1412).

Au commencement du XV™® siècle, l'esprit de liberté, ravivé par les victoires des confédérés, occasionne partout des luttes entre les gouvernés qui aspirent à des droits plus étendus ou mieux garantis, et les gouvernants, qui cherchent à maintenir leur ancienne juridiction. Une foule de villes et de seigneuries, Neuchâtel, Gruyères, Winterthour, Oltingen sur l'Aar eurent leurs petites révolutions.

Winterthour, cette ville naguère si dévouée à l'Autriche, voit se former dans ses murs un parti suisse> à sa tête l'avoyer Gœz, qui conclut avec Zurich un traité de combourgeoisie. Mais le bailli autrichien Hermann de Sulz est averti de ce qui se passe. Des troupes autrichiennes arrivent à Winterthour, s'emparent du malheureux avoyer et le précipitent dans la Thour (mars i 404) *.

A Oltingen, les serfs, menacés par leur seigneur, le tuent et se donnent à Berne, leur protectrice, après s'être rachetés de leurs obligations envers la veuve du baron, protégée en vain par la Savoie.

Cette dernière puissance et le comte Antoine de Gruyères qui en dépendait, ne sont pas plus heureux contre le Gessenay et Château d'Œlx, dont les courageux pâtres s'allient avec Berne, sans le consentement de leur souverain. Inquiets de l'appui que le comte de Savoie, Amédée VIII, prêtait au comte de Gruyères, les Bernois prennent d'assaut les trois châteaux de Bellegarde, de Vanel et de Château-d'CEx. Ils se

' Indicateur d^hisioire de Zurich, 1859, 21.

" Bluntschlj, I, 286. —Troll, GeschichU von Winterthour,

virent cependant contraints de restituer ces trois castels au comte de Gruyères par le traité de Morat (1407) *.

L'alliance bernoise était recherchée aussi par les remuants bourgeois de Neuchâtel, indignés de voir un étranger, un Allemand, parce qu'il était neveu de la dernière comtesse, devenir souverain du pays, et empiéter sur les droits des indigènes. Mais en politique habile, le nouveau comte Conrad s'empresse d'obtenir la combourgeoisie de Berne, à laquelle il joint encore celle de Soleure et de Fribourg (1406), l'ancienne alliée du comte RoUin ou Rodolphe. Cette conduite adroite sauva Conrad de sa ruine, et préserva le comté de Neuchâtel du sort de tant de seigneuries devenues la proie de l'esprit belliqueux des Suisses aux XV°»« et XVl'"^ siècles.

Conrad déjoua avec le même bonheur une autre conspiration ourdie par Vautier de Rochefort, bâtard de la maison de Neuchâtel. Celui-ci, pour perdre plus sûrement son seigneur, avait fait fabriquer une fausse charte munie de cinq sceaux octroyant entière indépendance aux bourgeois de Neuchâtel, ainsi qu'à ceux de Boudry, Landeron et Val Travers. Pris pour juges par les deux parties, les députés des trois villes déclarèrent la charte apocryphe; Vautier, le faussaire, eut la tète tranchée, et deux prêtres qui l'avaient aidé dans cette criminelle entreprise, le chanoine Leschet, de Neuchâtel, et le clerc Dacie, de Morat, furent, selon la tradition, noyés dans le lac (19 février 1412 *). Les bourgeois de Neuchâtel obtinrent la reconnaissance de leurs franchises, mais durent renoncer à élire un avoyer et un bourgmestre à la façon des confédérés, et se contenter des magistrats appelés les quatre ministraux, institution dont on trouve déjà le germe dans les temps antérieurs à leur établissement définitif, au milieu du XV"® siècle.

Des dissensions plus graves avaient éclaté peu auparavant à Zoug, et avaient failh entraîner toute la Confédération dans une guerre civile. L'État de Zoug se composait de la ville de ce nom et de trois communes rurales, Baar, Menzingen, ^Egeri. D'après la constitution du pays, les décisions des trois communes unanimes formaient la majorité et étaient obligatoires pour la ville, tout comme les décisions de la ville, jointes à l'une des trois communes, faisaient loi pour le reste du pays. En 1404

* Hisely, Histoire du comté de Gruyère, I, 417.

' Montmollin, d'après la chronique du chapitre. Les chartes fabriquées par Vautier avaient été noircies à la fumée et munies de cinq sceaux imités de ceux du comte Louis. Une chambre du château de Cerlier servait de laboratoire aux faussaires. Frédéric de Chambrier dit, dans son Histoire de Neuchâtel (128), que Leschet et Dacie furent simplement condamnés à une détention perpétuelle, sentence ratifiée par l'évéque de Lausanne, le 28 février 1412.

la ville de Zoug ayant obtenu du roi des Allemands le droit de glaive ou de haute justice (Blutbann) pour elle seule, les trois communes, réunies en landsgemeinde, décrétèrent que la ville partagerait désormais avec elles la garde du sceau, de la grande bannière et des archives, symbole de la souveraineté cantonale. Ce décret violait les anciens usages garantis récemment par l'acte d'admission de Zoug dans la Confédération, en 1352.

Les bourgeois refusèrent de s'y soumettre, ils offrirent aux campagnards de faire juger la chose par des arbitres, conformément au texte des alliances. Mais les campagnards contestèrent aux Étals confédérés le droit d'intervenir dans leurs affaires intérieures. Ils en appelèrent k Schwyz, qui exerçait depuis 1364 une sorle de protectorat sur l'État de Zoug et s'était attribué le droit d'en élire le premier magistrat ou ammann.

La majorité du conseil de Schwyz conseilla prudemment de recourir au droit fédéral. Une diète se réunit à Lucerne, pour s'occuper de cette affaire, et des commissaires furent envoyés à Schwyz et dans la campagne de Zoug pour engager le peuple à attendre avec calme la décision de l'autorité fédérale. Mais, excités par quelques membres du conseil, les jeunes gens de Schwyz courent aux armes et surprennent la ville de Zoug dans la nuit du 16 octobre 1404. Les quatre États de Zurich, Lucerne, Uri et Underwald lèvent alors 13,000 hommes et occupent tout le pays. Assemblés ensuite à Beggenried, sur le lac des Waldstœtten, le 7 novembre, puis à Zoug même, les députés de tous les États, sauf Schwyz et Zoug, condamnent les trois communes à 600 florins, et Schwyz à 1000 florins de dommages-intérêts, dont 600 pour la ville de Zoug et 400 pour les confédérés. Schwyz était tenu, en outre, de renoncer à son alliance particulière avec Zoug et à son droit d'élire Tammann de ce canton, que les confédérés se réservèrent. Quant au fond de la querelle, il fut décidé que Zoug conserverait le sceau, la bannière et les archives; mais qu'il ouvrirait l'accès de ces dernières aux campagnards et leur laisserait choisir, parmi les bourgeois, le banneret, second magistrat du pays (novembre 1404)*.

Quand cette sentence fut connue à Schwyz, elle excita le plus vif mécontentement contre les agitateurs; huit conseillers perdirent leurs places et furent condamnés à supporter une partie des frais de la prise d'armes. Ainsi se termina la guerre civile de Zoug, diversement jugée par les historiens suisses, dont les uns prennent parti pour la ville,

* Segesser, eidg. AhscfUede de 1245 à 1420, 1, 108 et 112.

d'autres pour la campagne, mais qui tous s'accordent à déplorer l'acte de violence commis par les corps -francs de Schwyz. « Car la violence, dit Jean de Muller, ne fit jamais le droit. »

L'année auparavant avait éclaté la révolution d'Appenzell. La contrée montagneuse d'Appenzell, composée de cinq Ijcendli (petits pays) et de douze Rodes ou circonscriptions financières, devait, comme nous l'avons dit, son origine aux abbés de Saint-Gall qui l'avaient fait défricher et y avaient bâti une église au XI">« siècle*. Les abbés investis, dès lors, des droits régaliens, en qualité de seigneurs et princes du pays, nommaient les baillis et les percepteurs (Rode-Meister), Mais le voisinage des Suisses et la dureté des officiers de l'abbaye faisaient depuis longtemps germer des idées d'indépendance chez les Appenzellois, peuple robuste, entreprenant et audacieux.

Vers 1377, les villes souabes voisines du lac de Constance ayant formé une ligue pour résister à l'oppression de la noblesse, les montagnards d'Appenzell et les bourgeois de Saint-Gall se firent recevoir à Ulm membres de la Ligue des sept Villes-du-tour-du-Lac ou Stœdtebund vm den See (22 mai 1378) *.

Les députés des deux pays furent admis à siéger à la diète d'Ulm, avec ceux des autres villes de la Ligue, au nombre de 27. Les Appenzellois, se considérant dès lors comme un peuple libre, se donnent une iandsgemeinde, avec un conseil dirigeant composé de 13 membres. L'abbé de Saint-Gall, Georges de Wildenstein, d'abord opposé a ce mouvement qui compromettait son autorité dans ces contrées, avait fini par donner la main aux alliances de Saint-Gall et Appenzell.

Mais un nouvel abbé moins accommodant, Conon de Stoffeln, ayant porté plainte à l'empereur et prouvé, charte en mains, que l'Appenzell avait toujours appartenu aux abbés, de la libéralité desquels il tenait son existence et même son nom, la ligue souabe abandonna ses alliés.

L'abbé Conon se fit recevoir lui-même membre de la Ligue, et reprit aussitôt une partie de sa domination sur Saint-Gall et tous ses droits sur l'Appenzell. Un bailli principal, résidant à Schwsendi, et plusieurs sousbaillis gouvernaient ce pays en son nom. Loin de ménager un peuple qui aspirait à la liberté et en avait goûté la douceur, ces officiers redou-

^ Appenzell ou Abts-ZeU (ceUula de Tabbé). Les Lœndli étaient Appenzell, Hundwyl, Urn&sch, Gais et Teuffen. Les Rhodes, ou plutôt Hodes, se divisèrent en Rodes intérieures et Rodes extérieures. Von Arx, Zellweger, Blumer.

' Ces sept villes de la Ligue des bords du lac étaient Constance, Ueberlingen, Bouchliorn (aujourd'hui Friederichshafen) , Lindau , Ravensbourg , Wangen et St-Gall.

LES HUIT ANCIENS ÉfATS. 285

bièrent de sévérité et d'exigence. On raconte que le bailli de Scbwaendi mil un droit de péage considérable sur le fromage, le lait et le beurre, et que si quelqu'un essayait de passer à côté du bureau sans payer, deux énormes chiens, dressés à cette chasse, se jetaient sur lui. Le sousbailli d'Âppenzell, jaloux de maintenir son droit de meilleur catel, fit rouvrir la tombe d'un mort pour enlever l'habit dont des enfants pieux avaient revêtu le corps de leur père. Les droits de pêche, de formariage et d'aubaine étaient exercés avec une grande rigueur. On se plaignait aussi que le prince-abbé n'eût aucun égard au vœu du peuple dans le choix des ammann où syndics de communes \

Le mécontentement n'attendait qu'une occasion pour éclater, lorsqu'un dignitaire ecclésiastique, le prévôt de Bussnang, se mit un jour à maltraiter un paysan, pendant que deux gentilshommes lui tenaient les bras pour l'empêcher de se défendre.

Aussitôt le tocsin sonne à Gossau. Le peuple, en armes, entoure le château de Helfenberg, où le prévôt s'était enfermé, et ne se fût retiré que devant le cadavre de ce dignitaire, si un conseiller de Saint-Gall, Conon de Watt, ne s'était porté médiateur. Les châteaux de Scbwaendi et de Clanx furent livrés aux flammes (1402).

L'abbé, irrité, s'adressa aux villes impériales pour réclamer la dissolution définitive du Bund um den See ou Ligue du Lac et requit leur assistance dans ses difl'érends avec les Appenzellois. Dix de ces villes tinrent une diète à Ravensbourg (le 2 novembre 1402) et donnèrent en ^'énéral gain de cause à l'abbé, « maître, disaient-elles, de choisir ses « employés comme il veut, pourvu que ce soient des indigènes. » Les Appenzellois s'étaient alliés dans l'intervalle avec les bourgeois de Saiïit-Gall (17 janvier 1401). Le prince-abbé leur ayant ordonné de renoncer à ce lien, les montagnards prirent les armes. L'abbé Conon effrayé alla s'enfermer à Wyl. Une nouvelle diète interdit aux Appenzellois toute alliance. La ville de Saint-Gall, en revanche, était autorisée à maintenir la sienne avec les villes impériales.

Les Saint-Gallois se soumirent à cette sentence; mais les montagnards de l'Appenzell refusèrent de l'accepter et invoquèrent l'appui (les confédérés. Ces derniers ne se souciaient pas de prendre fait et cause contre l'abbé. Ce prince de son côté s'était mis sous la protection (lu duc d'Autriche Frédéric, qui au nom de son frère Léopold, IV"® du nom, gouvernait le Tyrol et les contrées formant ce qu'on appelait TAutriche antérieure. Appenzell ne trouva d'écho qu'à Schwyz où pré-

* ZeUweger, Gesch. des Appenieîlischen Volkes^ I, 321.

valait !a polilique de sympathie et qui avait déjà protégé la campagne de Zoug (en 1404), et Claris abandonné par les autres confédérés dans la guerre de Naefels. Une corabourgeoisie fut conclue entre les deux peuples; trente députés d'Appenzell allèrent la jurer à Schwyz entre les mains d'Ital Reding.

Ce magistrat redouté, avant même d'occuper le poste de landamman auquel il fut élevé en 1413, dirigeait déjà la politique de ce canton avec une autorité telle que le chanoine-chroniqueur de Zurich. Hemmerlein, ne l'appelle pas autrement que le demi-dieu des Schwyzois. A cette nouvelle, les villes impériales, d'accord avec l'abbé, jugèrent qu'il fallait réduire Appenzell par la force. Une armée de 5,000 hommes, cavaliers, archers et piéfons, se réunit à Saint-Call et le 15 mai 1403 se mil en marche par le Linsenbuhl et le chemin creux (Hohlweg) vers la hauteur du Vœgeliseck, où se trouve le village de Speicher; 200 charpentiers ou sapeurs marchaient en tête de l'armée, la hache sur l'épaule.

Les Appenzellois étaient soutenus par 300 hommes de Schwyz et 200 volontaires d'Underwald et de Claris *. Une partie des montagnards se placent en embuscade dans les bois des deux côtés du chemin creux, pendant que d'autres occupent le sommet de la montagne. Après avoir Iciissé passer les sapeurs, les Appenzellois fondent sur les cavaliers pendant que leurs alliés de Schwyz, Claris et Underwald se jetaient sur l'infanterie. Les cavaliers, ayant piqué des deux pour atteindre le sommet, sont assaillis par d'énormes pierres que roulent sur eux les défenseurs du faîte de la montagne. Le cri fatal : en arriére, parti de la cavalerie qui avait besoin d'espace pour ses évolutions, produit une panique. Les troupes des villes impériales sont mises en déroute et laissent sur le champ de bataille 250 hommes, dont treize bourgeois de Saint-Call. Un quatorzième n'avait dû la vie qu'à la générosité des Appenzellois, qui l'avaient reconduit chez lui à Lisibûhl. Les bannières de Lindau, Bouchhorn, Ueberlingen et Constance, restèrent aux mains des Appenzellois qui rentrèrent en triomphe dans leurs villages.

Les bourgeois et les paysans convinrent de renouer leur ancienne alliance. Mais les confédérés, Zurich et Berne, Lucerne et Soleure en particulier, commençaient à craindre les embarras qu'attirerait sur eux l'alliance séparée de Schwyz avec Appenzell. Ils invitèrent les Schwyzois à abandonner les Appenzellois. Sch\\7z, tout en s'abstenant dès lors

* Blumor, Urhmdensammlung, V, 410.

de toule participation ouverte à la guerre, envoyait cependant à Appenzell un chef politique dans la personne de Conrad Kupferschmid, de Schwjz, avec le titre de landamman de ce pays, reconnu ainsi autonome et allié des Suisses. Kupferschmid remplit pendant plusieurs années ces fonctions, qu'il échangea plus tard contre celles de capitaine des Appenzellois. L'abbé implora de nouveau l'appui du duc Frédéric d'Autriche, IV""® du nom, avec qui les confédérés avaient conclu une paix de vingt ans, et contre lequel ils ne pouvaient ainsi porter les armes sans se parjurer.

Privé du secours des Schwyzois, mais conseillé par eux, l'Appenzell fit alliance avec un seigneur que l'Autriche avait dépouillé de ses domaines, le comte Rodolphe de Werdenberg. Le duc Frédéric ne paraissait pas disposé â courir le hasard d'une gueiTe contre les Appenzellois. Il ne s'y décida que sur les instances des villes impériales et des seigneurs, forcés eux-mêmes d'en venir là par les rébellions de leurs sujets qu'entraînaient l'exemple et les paroles des montagnards. Après avoir réuni ses troupes à Arbon et à Rheineck, le duc les divise en deux corps, va lui-même en personne ravager les environs de Saint-Gall, pendant que le gros de l'armée, 1200 hommes environ, allait débloquer Altstœtlen, chef-lieu du Rheinthal, puis se dirigeait tout à coup par la montagne du Stoss, qui conduit à Appenzell. C'était le 17 juin U05, la veille de la Fête-Dieu. Une pluie abondante avait mouillé le gazon et rendait le chemin glissant. Les Appenzellois, au nombre de 400, attendaient l'ennemi pieds nus, derrière la muraille qui défendait l'entrée du pays. Ils laissent une partie des Autrichiens dépasser le retranchement, puis soudain font rouler sur eux des troncs d'arbres et des pierres, et l'épée à la main ils se précipitent dans les rangs déjà rompus des ennemis qui cherchent à se rallier et à se défendre. Le sol glissant en fait trébucher et tomber un grand nombre. Une partie des archers cherchent en vain à se servir de leurs arbalètes, dont les cordes étaient détendues par la pluie ; on se bat lance contre lance, épée contre épée. Après quelques heures de combat les Appenzellois sont vainqueurs ; ils avaient tué près de 400 hommes * et pris les bannières de Feldkirch, Schaffhouse et de Winterthour. Cette dernière ville seule avait perdu

* 900 hommes selon Justinger et le chroniqueur appenzeUois Walser, et ce chiffre a été adopté par M. Vulliemin. Mais tous les manuscrits contemporains parlent de 350 à 450 hommes. Dierauer, Die Schlucht am Stoss. Archiv fur schw, Gcschiehte, XIX, 1721. L'inscription moderne de la chapelle du Stoss porte à tort à 12,000 hommes Parmée ducale. Le jour de la bataille est mal indiqué par Justinger, qui le place au jour même de la Fête-Dieu.

95 hommes avec son avoyer, Laurent de Sal. Les montagnards tombèrent à genoux sur ie champ de bataille et rendirent grâce de leur délivrance au Dieu des combats et de la liberté. Une chapelle consacra le lieu et le souvenir de la victoire *.

Le duc d'Autriche se relira à Schaffhouse, fort abattu par sa défaite et mécontent des nobles qui l'avaient poussé à la guerre et qui maintenant réclamaient une solde pour avoir suivi ses drapeaux.

Les Appenzellois, victorieux de tous leurs ennemis, formèrent avec les Saint-Gallois et le Rheinthal une alliance de neuf ans, forcèrent l'abbé de rentrer dans sa capitale, rétablirent leur allié, Rodolphe de Werdenberg dans l'héritage de ses pères, aidèrent ceux deSchwyz à enlever aux ducs d'Autriche la vallée de Waeggi et la Marche inférieure*, s'emparèrent du Rheinthal, et pénétrèrent jusqu'à Landeck, appelant tous les peuples à la liberté. Une nouvelle ligue du lac (Bund obdemSee) se préparait, formée non plus seulement des villes, mais de tout le peuple des contrées voisines d'Appenzell, du Vorariberg et même du Tyrol, depuis si fidèle à ses princes et qu'il eût été si facile alors d'attirer à la liberté en refoulant l'Autriche derrière les Alpes tyroliennes.

^ Il n'y a eu ni un troisième combat à Rotmouten, ni un quatrième à la "Wolfhalde. C'est la journée du Stoss qui a reçu ces noms divers dans les chroniques locales. Les traditions recueillies par des chroniques postérieures au XV»« siècle donnent pour chef aux Appenzellois le comte Rodolphe de Werdenberg, leur allié. Mais ce commandement paraît avoir été, au contraire, entre les mains du capitaine nommé par Schwyz. La chronique autrichienne la plus ancienne qui parle de cet événement, celle de Klingenberg, nous montre Rodolphe de Werdenberg combattant en simple volontaire sans cotte de mailles et en sarrau, comme les montagnards. Ainsi Pavaient voulu ces derniers. Le discours que le comte de Werdenberg aurait prononcé à la Landsgemeinde d'après Jean de Muller est une fiction oratoire du célèbre écrivain, comme les harangues que Tite-Live met dans la bouche de ses personnages.

Les mômes traditions font mention d'un héros appenzellois nommé Uli Rottacfa qui, adossé à une étable, se défendit avec sa hallebarde contre 12 ennemis, en tua cinq et périt avec l'étable à laqueUe on avait mis le feu. Ce nom d'Uli Rottach se trouve consigné dans un livre en parchemin conservé dans les archives d'AppenzeU. Mais il y aurait été intercalé à la fin du XYI*»" ou au commencement du XYII*"* siècle.

Une troisième tradition mentionne la présence d'un corps de femmes appenzelloises qui auraient contribué à la victoire du Stoss en se montrant vêtues de blanc sur la hauteur. Cet épisode parait pour la première fois dans la chronique de Walser (1740). Les chroniqueurs précédents n'en disent mot. Voir pour tous ces points la dissertation de M. le prof. Dierauer de St-6all (Die Schlacht am Stoss) dans Archivfàr schw, Geschichte, 1875, XIX.

* La Marche, partie septentrionale du canton de Schwyz, entre le lac de Zurich et le canton de Glaris ; la vallée de Wseggis, au sud-est de la Marche, dans le même canton, et qui n'avait d'analogue que le nom avec la commune lucemoise dont il a été parlé plus haut.

Tel était, à ce qu'il paraît, le plan. du landamman Ital Reding. Mais ce dessein n'était pas du goût des Zuricois, tout occupés à maintenir la paix avec TAutricbe. D'accord avec le roi Robert de Bavière et les villes impériales, ils réussirent à conclure un armistice (6 juillet 1406). Mais dès l'année suivante^ la guerre recommença et dura cinq ans.

Les Âppenzellois, unis à Schv^z et à leurs alliés du Vorariberg, firent régner la terreur sur les bords du lac de Constance, de la Thour, de rinn. Us prirent d'assaut plus de soixante châteaux, en brûlèrent plus de trente, serrèrent de près Constance et mirent enfin le siège devant Brégenz. Mais surpris pendant une nuit brumeuse par les cavaliers de la Souabe, les Âppenzellois essuyèrent une défaite qui refroidit un peu leur zèle pour le rôle de Jibérateurs. Le roi Robert de Bavière leur intima l'ordre de se soumettre au prince-abbé de Saint-Gall et les cita à comparaître devant lui à Constance, puis à Heidelberg (1408- 1409). Mais chaque fois les députés des Appenzellois se bornèrent à répondre au roi qu'ils étaient venus uniquement pour entendre les plaintes de l'abbé et qu'ils étaient sans pouvoir pour faire autre chose. Le roi ayant cité une troisième fois et attendu en vain les députés de TAppenzell, ce pays fut mis à la fois au ban de l'empire et au ban de Téglise. Vingt et une villes impériales s'armèrent contre les montagnards. Mais les douze Rodes réunies en landsgemeinde dirent : < Nous mourrons tous plutôt que de renoncer à l'indépendance. Quant « à l'excommunication, nous ne voulons pas être dans cette histoire f (wir wollen nicht in diesem ding sein). » Pour défendre leur liberté avec plus d'énergie, elles se donnèrent une sorte d'unité en décidant de n'avoir qu'un tribunal, qu'une bannière, qu'une landsgemeinde. Sur ces entrefaites, l'abbé Conon, leur principal adversaire, étant mort, et trois empereurs se disputant la couronne pendant que trois papes se disputaient la tiare, un de ces papes, Jean XXIII, fit annoncer par le curé d'Appenzell la levée de l'excommunication (octobre 1410).

L'année suivante fut plus favorable encore aux Appenzellois. Leurs députés s'étant présentés à la diète de Zoug, obtinrent un traité d'alliance et de combourgeoisie (Burg- und Landrecht), sous la condition de n entreprendre aucune guerre sans le consentement des sept cantons contractants ^ (tous donc, sauf Berne, qui ne prenait aucun intérêt aux guerres de l'est *). Ce traité en date du 24 novembre 1411 était le prix du courage et de la fermeté inébranlables qu'avaient montrés les Appenzellois. A ces qualités il se joignait malheureusement quelque chose

* Zellweger, Geschichte des Appenzeïlischen Volkes, I, 396.

* Segesser, eidg.Abscliiede de 1245 à 1420, appendice, 341.

HISTOIBE SUISSE. 19

de sauvage et de crael qai jette parfois une lueur sinistre sur hmr héroïsme et qui, comme nous le verrons, faillit faire repentir les confédérés de leur condescendance.

L'indépendance des Appenzellois se trouva tout à fait hors de cause lorsque le duc FYédéric eut compris leur pays dans la paix de 50 ans avec les confédérés. Appenzell profite alors des circonstances pour compléter son organisation politique, se donner un code et un sceau en propre.

Dans le même temps les Soleurois, déjà alliés de Berne à perpétuité, firent des démarches auprès de la diète pour être admis comme membres de la ligue suisse. Mais la jalousie des Lœnder ou États campagnards contre les États villes commençait à se faire jour. La diète refusa de recevoir au nombre des ligues suisses cette viBe libre et impériale qui avait donné tant de preuves de dévouement aux confédérés, combattu avec eux à Sempach et siégé à la diète mémorable de Zurich en 1393.

Les Saint-Gallois nourrissaient le même vœu que les Soleurois et ne furent pas plus heureux. On se contenta de leur accorder un droit de combourgeoisie (Burg- und Landrecht) pour le terme de dix ans et à des conditions plus défavorables qu'aux Appenzellois; car non-seulement il n'était pas permis aux Saint-Gallois de faire la guerre sans le consentement des confédérés, mais au cas que Saint-Gall eût un ennemi sur les bras, il était tenu de se défendre seul, sans pouvoir prétendre à un autre secours que celui de l'envoi de députés, de la part de ses co-États. Ce traité désavantageux aux Saint-Gallois avait pour les confédérés eux-mêmes l'avantage de fortifier leur alliance sans leur imposer de lourdes charges (décembre 1412) *.

^ Wartmann, BU gesehiehUiche Entwikebmg der Stadi Si-OaUen, 28.

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