LUTTE DES SEIGNEURSET DES BOURGEOIS DE BERNE
bourgeois de Berne voyaient avec peine les baronnies féodales continuer à former autant de petits États dans l'État.
A la fin du XV°® siècle, cette tendance à la fois égalitaire et centralisatrice trouva un champion courageuse dans la personne de Pierre Kistler, boucher de profession, que ses talents politiques et militaires avaient élevé au rang de banneret et de membre du Petit Conseil '. Comme banneret et à ce titre chef d'une des quatre juridictions de la campagne, Kistler entendait faire observer les lois aussi bien dans les seigneuries librement annexées par leurs propriétaires au territoire de la ville que dans les bailliages acquis par l'or ou le fer de la bour- ^^eoisie.
Les Freiweibel, stimulés par le banneret Kistler, mirent un zèle inconnu jusqu'alors dans leur ministère. A Konolfingen, terre qui dépendait du sire Nicolas de Diesbach, un de ces agents, nommé Gfeller, frappa un magistrat communal qui refusait de reconnaître l'autorité du gouvernement de Berne. Diesbach ayant fait arrêter le téméraire agent, celui-ci en appela au gouvernement de Berne. Diesbach déclina cet appel, comme violant ses droits seigneuriaux, et demanda la suppression des Freiweibel, comme source perpétuelle de conflits entre les seigneurs et la ville. De longs et orageux débats s'élevèrent à ce sujet au sein des Deux-Cents que présidait l'avoyer de Scharnachthal. Kistler, chef du parti de la bourgeoisie, soutint avec habileté et véhémence la cause de l'État et celle de l'huissier qui n'avait agi que d*après ses ordres. Le parti de Diesbach et des seigneurs lui opposa Adrien de Boubenberg, fils du pacificateur de 1450, et, depuis, si célèbre lui-même, par son héroïque défense de la ville de Morat contre Charles le Hardi. Un autre magistrat bernois habile et considéré, le trésorier Fraenkli, quoi- (]ue plébéien d'origine et pelletier de. profession, penchait pour les nobles, auxquels il trouvait qu'on devait laisser leurs anciens droits en reconnaissance des grands services qu'ils avaient rendus à la ville et pour ne pas violer les conditions sous lesquelles ils avaient été admis dans la bourgeoisie. Cette opinion était aussi celle du chancelier Frickard, l'homme le plus instruit de la république, mais qui était loin d'avoir la courageuse loyauté de son collègue « le Caton de la république bernoise". »
^ Kistler avait servi comme porte-étendard dans le corps commandé par Adrien de Boubenberg dans la guerre du Bien public.
• Expression de Frickard lui-même dans sa chronique, où Thuissier d'État Gfel- 1er lui rappelle Catilina, Kistler et Boubenberg, Annibal et Hannon en lutte dans le sénat de Carthage. Quoique très-instruit pour son temps, Frickard croyait aux présages et à Tastrologie.