FRI0OUR6 ET LA SAVOIE
Dans ce moment critique, le premier magistrat de la république, Guillaume d'Avenches, que Ton venait de destituer et de punir d'emprisonnement à la Tour Rouge*, comme concussionnaire, trahissait sa patrie adoptive. Retiré à Romont et protégé par Amédée VIII, ce vassal de la Savoie faisait, nouveau Goriolan, une guerre de plusieurs années à ses concitoyens, portant dans tous les villages environnants le meurtre, Tincendie et le pillage. Les Fribourgeois , secourus par leurs auxiliaires vallaisans, usèrent de représailles, noyèrent, décapitèrent ou précipitèrent du haut des rochers les émissaires d'Avenches qui tombaient entre leurs mains. Le traître Ricca ayant montré aux ennemis un côté faible du rempart, vers la porte de Moral, fut écartelé. Néanmoins Taudace des partisans de Guillaume d'Avenches était telle que l'un d'eux, nommé Drochat, pénétra dans la chambre de l'avoyer Felga et y déposa sur un buffet une lettre de défi. Les efforts que firent à diverses reprises les Fribourgeois pour obtenir de la Savoie une paix équitable, restèrent infructueux. Le combat malheureux du Gotteron, où ils perdirent 260 hommes contre les Rernois alliés des Savoyards, acheva leur ruine. Ils furent obligés d'accepter la paix humiliante de Moral (16 juillet 1448). Cette paix les obligeait à indemniser et à rétablir dans ses honneurs l'avoyer Guillaume d'Avenches; à payer 40,000 florins au duc de Savoie pour frais de guerre; à renoncer à la combourgeoisie de Berne et à toutes leurs prétentions sur le bailliage de Grasbourg, possédé en commun par les deux villes, et en dernier lieu k envoyer une députation au duc de Savoie pour implorer à genoux leur pardon de ce prince.
Albert VL duc d'Autriche, surnommé le Prodigue, frère de l'empereur Frédéric III et seigneur de Fribourg, ne s'était jusque-la qu6 trèsmédiocrement inquiété des loyaux sujets qui s'exposaient à tant de malheurs par dévouement à la cause de sa maison. Mais cédant aux instances des chefs du parti autrichien et des députés des paysans qui s'étaient rendus auprès de lui, il se transporte à Fribourg accompagné de son maréchal Thuring de Hallwyl, casse le conseil, fait jeter l'avoyer Felga et ses collègues d^ns les tours de la ville, les remplace par des magisti-ats du parti autrichien et disparaît, en enlevant l'argenterie qui avait servi à le régaler lui et sa cour. Après avoir encore indignement rançonné les cinq plus riches des conseillers destitués qu'il avait traînés à sa suite jusqu'à Fribourg en Brisgau, il abandonne Fribourg en Uechtland à
* La Tour Rouge est cette tour qui s'élève fièrement entre les deux ponts suspendus, sur le roc vif qui domine la route.