‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 3)Chapitre 52 sur 77 · ESSAI DE RÉFORME REUGIEUSE · texte numérisé non relu

ESSAI DE RÉFORME REUGIEUSE

haut point l'honneur et la dignité de la république. Adrien de Boubenberg, appauvri par un grand train de maison et par ses coûteuses ambassades, était mort en 1479 sans payer certaine dette qu'un de ses parents par alliance avait contractée envers Tltalien Garriliati, un de ces prêtres sans prébende envoyés par la cour de Rome en Suisse. Garriliati eut le front de demander que le corps de Tillustre avoyer, du défenseur de Morat et de la patrie, fût exhumé et jeté à la voirie \ comme celui d'un insolvable. Pour empêcher ce scandale, Berne, qu'on menaçait d'interdit, dut envoyer une députation à Rome, pourvoir l'impudent Italien de la prévôté de Rûggisberg, d'un canonicat à la cathédrale de Lausanne et lui conférer la bourgeoisie de Berne.

C'étaient ces abus et d'autres pareils qu'avaient voulu faire disparaître les conciles de Constance et de Bâie. L'opposition de la cour de Rome avait paralysé ces grandes assemblées. Cependant, avant de se dissoudre, le concile de BâIe avait décidé qu'un concile général se réunirait tous les dix ans. Or, comme trente ans s'étaient écoulés sans qu'une nouvelle réunion eût lieu, un cardinal, slave de nation, André de Crayna, entreprit de convoquer de son chef un nouveau concile et se rendit à Berne, puis à Bàle, où son projet fut d'abord bien accueilli (1482). Une espèce de concile s'assembla dans le chœur de la grande église. Les Médicis, de Florence, et Sforza, de Milan, ennemis du pape Sixte IV, envoyèrent leurs ambassadeurs. Mais le pape jeta l'interdit sur la ville et l'empereur Frédéric III se joignit au pape pour condamner la réforme projetée. Le malheureux Crayna, abandonné de tout le monde, et enfermé au Spalenthurm, se donna la mort dans son cachot (1484). Crayna, au dire de son propre secrétaire, Numagen, avait le cerveau malade*. Mais l'époque même de cette tragédie voyait naître les deux réformateurs qui, plus heureux dans leurs efforts que leur infortuné devancier, devaient porter la hache à l'arbre et séparer de l'église romaine une grande partie de l'Allemagne et de la Suisse. Martin Luther était né en Saxe le 10 novembre 1483, et Ulric Zwingli avait vu le jour à Wildhaus, dans le Toggenbourg, le 1*' de l'an 1484.

Pendant que la question religieuse occupait quelques esprits aux bords du Rhin, le bruit des armes troublait les bords de l'Âdda où

^ A PEngi-halde. Anselm, C^romfc, II, 263. Geschichisf cracher, VII, 161-214. Voir la lettre da gouvernement de Berne au pape Sixte lY sous date du 28 janvier 1481. « In procerum militem A. de Bubenberg quondam scultetum nostrum adeo * sevierit ut eumdem religiosissime sepultum nunc denuo exhumandum et inter « canes procultandum censuerit. » -- M. Hi Iber (Adrian t>on Bubenberg, 36) fait de Garriliati un légat du pape , ce personnage ne figure pas dans la liste des nonces.

^ Beiiràge zur Vaterland, Geschichte, Basels, 1854, 45.

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