GENÈVE ALLIÉE DES SUISSES
supplices, le duc convoqua un conseil général à Saint-Pierre, où, entouré de hallebardes, il se fit reconnaître souverain de Genève (10 déc. 1525).
Mais à peine le duc avait-il quitté la ville que les proscrits y rentraient au nombre de quarante. Un nouveau conseil général annulait les décisions précédenta^^, instituait un conseil des deux-cents à la façon des villes suisses, et nommait Bezanson Hugues premier syndic et capitaine général, avec trois autres syndics du parti des Eiguenots, enti'e autres Jean Philippe, l'un des chefs de ce parti, et l'un des proscrits qui avaient suivi Hugues à Fribourg. Aussitôt installés, les nouveaux magistrats se hâtent de conclure une combourgeoisie de 25 ans avec Berne et Fribourg; alliance sanctionnée par un second conseil général libre formé de tous les citoyens (12 mars 1526). L'évêque de Genève, qui n'était plus Jean- Louis de Savoie, mais le faible et changeant Pierre de la Baume, donna sa sanction au traité dont Bezanson Hugues avait réussi à lui faire agréer la teneur.
« En ce jour mémorable, dit un écrivain genevois, Genève, de ville savoyarde, était devenue une ville suisse. »
Les Genevois, cependant, étaient loin d'être au bout de leurs épreuves. Leduc, en même temps qu'il essayait de nouveau du pouvoir de l'argent pour faire rompre par la diète suisse la combourgeoisie des trois villes, désolait les environs de Genève et se vengeait sur tous les citoyens qui tombaient entre ses mains. De ce nombre fut encore Bonivard. En revenant de Fribourg, sur la hauteur du Jorat, il fut enlevé par Beaufort, capitaine de Chillon, et enfermé dans ce fort où il passa plusieurs années*.
Les Genevois usèrent de représailles, chassèrent les Mamelus et confisquèrent leurs biens, malgré l'opposition du premier syndic, Bezanson Hugues, toujours dévoué à la liberté, mais modéré et équitable dans son patriotisme. L'expulsion des Mamelus donna des auxiliaires aux ennemis de Genève. Les bannis s'unirent aux gentilshommes du voisinage et formèrent la redoutable ligue de la cuiller, ainsi nommée parce que l'un de ses chefs avait dit en levant sa cuiller : <r Nous avalerons ainsi les enfants de Genève, »
La guerre dura plusieurs années. Tantôt assaillie de nuit, tantôt bloquée pendant des mois entiers, Genève dut fréquemment recourir aux Suisses par l'entremise de Bezanson Hugues, le plus considéré de tous chez Messieurs des Ligues et regardé comme le futur avoyer de Genève, si ce pays parvenait à fonder son indépendance.
^ Du jeudi 26 mai 1580 au 29 mars 1536.
En 1530, l'approche d'une armée de 15,000 Suisses contraignit la Savoie à la paix de St-Julien, confirmée à Payerne (30 octobre). Mais alors encore, Berne et Fribourg lui-même, las de la guerre et circonvenus par la Savoie, parlèrent de rompre l'alliance. « Plutôt mourir, » répondit d'une voix unanime le conseil général. Les magistrats bernois se retirèrent mécontents.
Mais les Fribourgeois, ces anciens pères et protecteurs, comme on les appelait à Genève, se laissèrent engager à renouveler la combourgeoisie. Le sentiment d'un avenir meilleur se peint dans la devise latine adoptée par les Genevois de cette époque: « Après les ténèbres, j'espère voir briller la lumière » (Post tenehras spero lucem^).
Le voisinage des Suisses, la crainte de Berne et l'exemple des Genevois n'étaient pas restés sans influence sur l'esprit des bourgeois de Lausanne. Cette cité, épiscopale et impériale à la fois, s'était rapprochée das Suisses en se donnant un bourgmestre et un conseil des deux-cents. Puis, risquant un pas plus décisif, elle avait signé un traité de combourgeoisie pour 25 ans avec Berne et Fribourg (7 déc. 1525)'.