‹ Histoire de la confédération suisse (volume 5)Chapitre 10 sur 72 · I.KS PEUPLES GERMANIQUES · texte numérisé non relu

I.KS PEUPLES GERMANIQUES

Francs. Au lieu de s'unir avec les Ostrogoths de l'Italie et les Visii:oths de la Gaule, il s'allie aux Francs pour faire la guerre à ces derniers, prend une pai't active avec ses guerriers à la bataille de Veuille où le roi des Visigoths fut tué de la main même de Clovis (507), et s'empare de la ville de Narbonne'. L'intervention des Ostrogoths et leur victoire à Arles arrêtèrent les armes des alliés; mais elles ne purent empêcher la chute de la monarchie des Visigoths et la conquête d'une grande partie de la Gaule méridionale par Clovis. Les côtes, en revanche, restèrent entre les mains des Ostrogoths. Malgré sa coopération à la guerre de Vouillé, Gondebaud n'en perdit pas moins une partie de la Provence qui demeura également au pouvoir des Ostrogoths (508).

Gondebaud survécut encore huit ans à ce démembrement de son empire, condamné à périr avec tous les Etats ariens sous les assauts irrésistibles de la dynastie mérovingienne.

a. Destruction «le l'empire burgunde (516-534).

Conformément à la volonté de Gondebaud, son fils aîné Sigismond avait été proclamé roi unique des Burgundes. La solennité se fit dans une villa que les uns placent à Carouge, les autres au Carre, hameau près de Meynier au nord de Genève '\

Déjà avant de monter sur le trône, Sigismond, docile aux enseignements des évoques orthodoxes, s'était signalé par son zèle contre les évoques ariens dont il avait cherché à empêcher les réunions à Genève, sa résidence, et le foyer de la secte, selon l'expression d'Avitus. La tombe des martyrs de la légion thébéenne, à Agaune en Valais (l'ancienne Tarnaïa), avait été honorée de la fondation d'un modeste cloître par l'évêque d'Octodure. Un an avant la mort de son père, Sigismond le transforma en une abbaye grandiose.

Devenu roi, Sigismond continue à favoriser le clergé et autorise la tenue d'un concile de vingt-cinq évoques à Epaone, dans le Dauphiné, auquel assistaient plusieurs évêques de nos contrées, entre autres Maximus, évêque de Genève, Constant, évêque d'Octodure, Bubuclus, évêque de Vindonissa, et Salutaris, évêque d'Aventicum, ou son envoyé

* Ed. Secrétan veut que Gondebaud n'ait, pris les armes qu'en 508 pour reprendre Narhonne aux Ostrogoths. La participation de Gondebaud est passée sous silence par Grégoire de Tours, mais elle est attestée par Isidore de Séville.

2 Sur les conjectures relatives à ce lieu, voir Pictet de Sergy : Histoire de Genève, I, 96.

LES l'KUPLKS GKRMA.MUUF.S. 'i\)

le prêtre Pelladius (517; '. Il paraîtrait même fjiie la nation entière ou une partie de la nation embrassa, à l'exemple de son roi, la loi (•atholir|ue '.

Mais la servilité de Sigismond envers les empereurs d'Orient, auprès desquels il mendie le titre de patrice, le brouille avec son beau-père Théodoric, le roi (\e<> Ostro,t:oths, (pi'un crime aiïrêux achève de rendre hostile à son gendre. De son mariage avec la fille de Théodoric, il était né à Sigismond un fils nommé Sigeric. La mère de ce jeune |)rince étant morte, Sigismond prit une seconde femme (jui lui persuada (jue Sigeric conspirait contre ses jours avec son aïeul, le roi des Ostroi:oths.

Aveuglé par la colère, le roi burgunde envoie deux esclaves étrangler le jeune prince pendant son sommeil (5^^). Le crime accompli, le malheureux père va cacher sa douleur et son repentir dans le monastère qu'il a fondé à Agaune, et reçoit des consolations des évêques, heureux des progrès de l'Eglise catholique à Genève et dans les autres parties du royaume. Mais comme le dit nu anti-c évèijue, Grégoire de Tours, « l'heure de la colère divine avait sonné, w Les lil- de Clovis. [loussés par leur mère, la vindicative Clotilde, envahissent le royaiune burgunde au nord pendant (|ue le roi des Ostrogotlis en occujje la partie méridionale et probablement aussi la ville de Genève (5:2)^). Sigismond et son frère cadet Godemar essayent en vain de résister: ils sont battus non loin du couvent d'Agaune où Sigismond avait eherclié un rehige et avait pris le froc: il est livré par trahison à Clodoinir, roi des Francs, (jui le fait précipiter dans un puit< la tète la première avec sa fenune et ses enfants. Trois ans après les restes de ce prince infortuné étaient, ;i la prière de l'abbé d'Agaune. tiansporlés dans ce monastère et Sigismond honoré connue un >aint et un niait\r.

Il restait un défenseur an\ lbn*gundes daiis le vaillant Godemar". ('e i)rince combat encon^ dix ans pour l'indép-Midance burjunili'. Proclamé roi après la mort tragiipie de son frère, il bat Ic^ l'ram's à Véséronce où Clodomir tond)e perc«' d'un javelot (lan> la poitrine (le ^i juin ')t^i) et i^xpie ainsi la ci'uautt' avt'c la(|uelle \\ avait traité SiLMsniond. Sa tète, jtorti'c <ni' une \ni\\w par lt'< Ibn'junde^. ji'lte

' Sur 1«^ noiiiliro des ('vrciiics ot tes acti'sde ro t'onrili>, voir .l;ilin.

'^ Hindiuir, 22^,

^ Soloit Hiiulini;, (iodiMuar rtait reste arien, .lalm lui opposo l'oxprossion do ;)iV.<si)ni (h)inini, dont so sert l'('vè(|UO Avitus tMi parlant à Sii^ismond ot i\ (lodoniar o\ (|u'il n'aurait ]ias cniideviM» si (îitdiMnnr l'Af cti* arion (Gcs( fiwfitt ilrr liurgunduirru, IL l-"-M.

uisioiur. siissK. 4

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l'effroi dans le camp des Francs et achève la déroute de ce peuple*. Vainqueur de Clodomir et de son frère Théodoric, Godemar se réconcilie avec le grand roi des Ostrogoths dont il obtient la restitution d'une partie de ses conquêtes. Il ne songe plus alors qu'à repeupler ses Etats dépeuplés par la guerre, émancipe les esclaves, cherche à calmer les esprits irrités et protège tous ses sujets sans distinction de croyance. Mais acharnés à sa perte et à celle des Burgundes, deux rois francs, Ciotaire I^^ et Childebert, s'arment de nouveau contre eux et leur livrent bataille près d'Autun où Godemar est complètement défait et disparaît de la scène sans que l'histoire puisse dire quelle a été la fin de ce génél'eux prince, digne par son intelligence et son courage d'une meilleure destinée.

La chute des Visigoths et des Burgundes a été envisagée comme un fait providentiel par un historien philosophe, M. Laurent : « Le catho- « licisme pouvait seul civiliser l'Europe. Clovis fut l'instrument du « salut-. » Mais le triomphe de Clovis, œuvre de la fourberie, de la trahison et de la violence, n'a-t-il pas été celui de la barbarie et d'une religion tout extérieure plutôt que d'un christianisme humain et profond? On a abusé et on abuse encore tous les jours de la théorie des hommes et des événements providentiels.

Les Burgundes, devenus sujets et tributaires des Francs après cette bataille, durent néanmoins à leur bravoure la conservation de leur nom, de leurs lois et de leur organisation à part dans l'armée franque. Des patrices, élus par les rois francs, exercèrent le pouvoir militaire et civil en leur nom dans la Burgundie transjurane et cisjurane. Un patrice de la première s'établit à Orbe, château-fort important par sa position géographique entre l'Helvétie et la Gaule franque.

Les Ostrogoths, qui avaient coopéré à la ruine des Burgundes, ne furent pas épargnés par les Francs. Le roi Théodebert leur enleva la Rhétie, gouvernée dès lors par un préfet de la nation victorieuse (536). Le règne de Théodebert est marqué encore par la soumission complète des Allemannes du sud, préparée déjà, sous le règne de Clovis. C'est ainsi qu'avant le milieu du YI'"'^ siècle toutes les contrées connues aujourd'hui sous le nom de Suisse se trouvèrent assujetties à la domination franque.

^ Binding place Véséronce dans le Dauphiné, Secrétan dans le Bugey (95), Jalin entre Vienne en Dauphiné et Belley, II, 148.

^ Laurent, Études sur l'histoire de Vhumanité, Y, p. 112.

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4. Tableau de la eiviliMation du V'"" au VI'"^ siècle. Gondekaud, roi civilisateur.

Les Ostrogolhs n'ont laissé aucune trace durable de leur pas>a<:e dans laRhétie, envisagée par eux unifjuement comme une [)rovince militaire et comme un boulevard de leurs Ltats d'Italie. La belle larrjuf gothique s'y effaça complètement devant les idiomes d'ori^'ine italiijnf parlés sur les bords de l'Inn et de l'Albula '.

Les Allemannes, au contraire, imposèrent au peuple (Nunjuis leur langue nationale ; c'est le dialecte germani(pie ou le vieil allemand, parlé encore aujourd'hui dans toute la Suisse orientale, niai^ ipii n'av.ui été travaillé et poli par aucun écrivain distingué. Les langues celtiques €t romaines sont remplacées par l'idiome que parlaient les Allemannes incultes et dont les seuls monuments consistent dans les tombeaux nombreux dont ils ont semé le sol occupé par eux-.

Les Burgundes parlaient un dialecte très-peu dilï»''rent de la langue gothique; ils possédaient, en germe du moins, une belle et forte poésie. la poésie des Niahelungcn, dont le nom j)araît avoir été eelui de l.i dynastie burgunde, comme le nom (VAninluufji'n désignait une dedynasties de la nation gothique. Le fameux |)oëme des yicht'lungrn. composé sous sa forme actuelle au XIII'"'' siècle et t|ue Jean de Mulleiappelle Vllùide germanique, n'est autre chose (jue le récit grandiose et merveilleux des traditions héroïques des Burgundes et le tableau d-hîurs luttes avec les Huns et les autres barbares.

Mais aux yeux des Burgundes et de lein* roi (londebaud surtout, l.t culture latine |)araissait bien supérieure à toutes leurs coiuiai>sances antérieures. Le roi burgund(* se montra jaloux de livaliser aNee Tliéodoric, roi des Ostrogoths et grand protecteur de la cnltiu'e romaine en Italie. Il conmiença sur lui-même l'œuvre civilisatriee. tiavailla à polir sou langage (A s'entoura de letlrt's de rata* ;jallo-roiuaiiie. évètpie< et laïques. I^^loquenl el snlilil, avec le- laï(|ues il pai'Iait de graïuniaii-e ou de h'gislation : avec les prt'lals. il discutait >\\v la Bible. L'exemple de (iondebaud lut imité par son piMiple. et la lanjue laliiit' ou romaine, telle (in'on la parlai! aloix dan- le- campagne-, jin'valut ;i la longue. même dans «aplanies coiilit'es oiaMiju'iv- en partie par h'S lamilK's de

' L'idiome nmianscJu' ost roirardé par los l'nuîits rommo un proiluit do Pocrupntion loniiiiiic. \.o huUn a plus tl'ariiuitr avrr l'italiiMi arlurl. ro qui Ji'a pas omp» rhr <luol(|U('s s;ivaiit"< lie lui assi^jniM" uut' ori-^iu^ t'trus(pu\

^ 1'. Kt'lli-r, (lit lurnJnqisrtw KnrU' der Ostschircis.

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