ij:s phuplks r.ianiAMouKs
race biirgiinde, mais déjà colonisées par les Romains, comme la Basse- Gruyère.
Ami des lettres, Gondebaïul ne négligeait cependant pas les arts utiles. L'agriculture fut encouragée et la loi burgunde fait mention de labourage au moyen de bœufs. I/amélioration de la race bovine serait aussi un fruit de cette émigration germanique et Scandinave. L'introduction des belles vaches tachetées de la Suisse occidentale a été attribuée aux Burgundes *. La culture de la vigne, abandonnée pendant les invasions, recommence. Les Burgundes étaient habiles à travailler le bois et s'en servaient pour la construction de leurs palais et de leurs éslises comme les Ostroaoths d'Italie \ Les défrichements surtout étaient leur affaire, témoin les nombreux endroits appelés Essert^ on Essertines, Collonges, dans la Suisse romande et dont on leur attribue l'origine. La venue de ces hommes forts et de haute taille doit avoir contribué encore à l'amélioration de l'espèce humaine par le croisement de la race burgunde avec la race romaine physiquement dégénérée. Les mariages fréquents des deux peuples favorisèi'ent la fusion, et partant la romanisation, si l'on ose parler ainsi, des bandes chevelues de la Scandinavie ^ Les règnes de Gondebaud et de Sigismond virent aussi se relever beaucoup de villages et de bourgs ravagés ou détruits dans les guerres. Gondebaud, par exemple, fit relever à ses frais la cathédrale de Genève, brûlée dans la guerre avec Clovis. La ville elle-même eut son enceinte agrandie, ainsi que le prouve une inscription *.
Les nobles sentiments dont se montrait parfois animé le roi barbare ne se montrent nulle part d'une façon plus expressive que dans les lignes suivantes que Gondebaud adressait à Tévêque Avitus : « Quand vien- « dront enfin les temps dont il est parlé dans l'Écriture et où les « peuples transformeront leurs boucliers en charrues et leurs lances en « faucilles à couper le blé et ne combattront plus l'un contre l'autre? »
La civilisation ne doit pas oublier non plus de mettre au rang de ses bienfaiteurs Lupicin, Romain, Sigonius, Ponce, pieux et vaillants anachorètes qui, la cognée et la bêche à la main, fécondèrent de leurs
^ Jahn, T, 139.
'^ Ralin, 62, 63, et Blavignac. Des fragments de construction découverts dans la démolition des remparts de Genève révèlent l'existence d'édifices en bois. La plus ancienne cathédrale paraît avoir été également en bois.
^ Jalin, Gescldchte cler Burgimdionen, I, 14.
* L'inscription est ainsi conçue : « [Gon]dabadus rex clementissimus emolumento proprio spatio multiplicato. » Déchiffrée par Ed. Mallet, elle a été reproduite par Bordier et Charton dans leur curieuse et savante Histoire de France. Paris, 1859, p. 115. Refjeste genevois^ de Le Fort et Lullin, 17.
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sueurs les coiili'ées arrosées par le Xozoïi, TOrbe et le lac de Juiix. Les anachorètes ou solitaires sont les précurseurs (ht> moines ou cénobites (c'est-à-dire i\e^ religieux qui vivaient en communauté). Les premiers moines aussi maniaient la hache et la bêche. Ces mots : <( Prie et tni- « vaille, » [rravés plus tard au lVontis[)ice des couvents de l'ordre de Sainl-IJenoît, sont la devise de tous les premiers cloîtres et justifient le beau nom de maisons de Dieu et d'hommes de Dieu donné par le siècle à ces saintes demeures et à leiu's nobles hôtes.
La nièce de Gondebaud, Sédéleube, sœur de Clntilde,, reine des Francs, passe pour avoir fondé à l'endroit où est auJDinMriiiii l'Église russe, à Genève, une église qui devint un couvent de l'ordre de Cluny au X"'^ siècle. Mais le monastère le plus important est celui que Sigi>mond avait fondé ou restauré à Agaune. Plusieurs centaines d»* moines étaient attachés à ce cloître doFit les voùles devaient relenlu- de \d psalmodie perpétuelle instituée par Sigismond. A cet elïet, une règle nouvelle dispensait les moines de tout travail maniiel et les livrait aux loisirs de la vie purement chorale et contemplative.
Le couvent de Saint-Maurice est le plus ancien fluilre de l'ilelvi-iie et le berceau de l'instiliilioii monastique tl;iii> noire pay-. ou jOn comptera un jour près de trois à (]uatre cents maisons religieuses. Sainl- Maui'ice était aussi une école en renom, fréquentée pai' des jeunes gens des pi'emières familles de lu Gaule. Les moines Achivn> el ran-lii- tondent la littéi'ature chi'étienne et l(\L:endaii-e en retraçant les vertu- de leurs premiers abbés, de Sév«''nn enti'e aiili'es. ijui étonna de ses cures merveilleuses la cour de Clovis. La légende, nous le répétons, n'est j»as de l'histoire, mais elle la complète souvent et l'einl s(Miveiit nneiix la |)hysionomie et la couleur d'une époipie: ou a [mi dwt' cw »'«' >en> (pj'elle ('lait plus vi-aie (|ue l'hi-toii-e: cette ilei'iiiere. au re>le. était aussi cultivée à Auauiie.
5. I.oi <>oiiil>(^to. — Iteaii rôlo de ri!a:li*<e à «-otlr «•|»o«hm'.
La loi Gomliète. dont non- allons parlei" tout à l'heure, l'sl le piinripal nioiuuneiii (}ue imu- a\ou- de la ('i\ iliNaliou de- Hur^'unde-. De leur langue, nous n a\ou> d'auti"e> donnée- que ('l'iMaïue- e\pi'e>>ion> de ce (a»(le, les insciiplions grav«''e> sur le- tond>eau\. le- armes ol les bi'acelels. agral«'s el auti'cs objets de paiiire tiu'iui y a det'ouverls '.
' Iroyou. l.rs tomhcdit.r (Jr Ii>lAir. — WowMcUvi)^ liccfuU (l'antiquitvs SuissfS. —
l{;ilin, (n-srIiK li(>- (hr lnliliii'lni h'iinslr in ilcr Sch^ris. ZuricI», 187S.
34 LKS PEUPLES GERMANIQUES.
Mais les affinités de ridiome burs^unde avec les autres dialectes 2:ermaniques, le gothique, par exemple, ne permettent pas souvent de distinguer avec précision ce qui est burgunde proprement dit*. L'art de ce peuple offre plus d'une réminiscence d'ornementation gallo-romaine \ Mais les restes d'architecture qu'on trouve à l'abbaye de Saint-Maurice en Vallais et à la Baume dans le canton de Vaud allient la symbolique chrétienne (le cep et le poisson), avec les entrelacs de l'art germanique et Scandinave, pareils à ceux qu'offre le village nommé Borgund, en Norwége. Quant à la tour ronde d'Orbe qui a été attribuée aux Burgundes, ce curieux monument du moyen âge ne remonterait qu'au XII"'^ siècle ^ En somme, il ne se serait conservé dans notre pays aucun édifice de quelque importance qu'on puisse avec certitude rattacher à l'époque burgunde*.
Au titre de civiUsateur, Gondebaud voulut joindre celui de législateur de son peuple.
Lorsque ce prince monta sur le trône, les Burgundes, pareils aux autres peuples barbares, ne possédaient que des coutumes et n'avaient aucune loi écrite. Dès la seconde moitié de son règne, le fils de Gundioc fit rédiger un code, publié en partie en 501, et promulgué en entier par Sigismond en 517.
La supériorité de ce code sur les autres lois germaniques a été reconnue par tous les publicistes^ La loi Gombète, tel est le nom donné à la loi de Gondebaud, révèle déjà, dès la |)réface noblement écrite qui l'accompagne, des principes d'ordre, d'équité, de justice et de raison politique très-rares à cette époque ^ Cette loi prescrivait entre autres que chacun serait jugé par ses pairs, et renfermait ainsi en germe f institution du juri/. Plus humaine que les autres lois barbares, elle
^ Voir la remarquable dissertation de WilhelmWackernagel, 5^:)rac^e und SpracJidenkmdler der Burgunder, en appendice à l'ouvrage cité de Binding.
'^ Jahn, Geschichie der Burgundionen, I, 238.
^ Hochfeld, Geschiclite der Architectiir in Deutscldand.
* llahn, 15.
^ De Montesquieu à Sismondi, Savigny {Histoire du droit romain dans le moyen âge^ II, 1-4). La priorité d'âge du code burgunde est également reconnue par ces publicistes. La loi des Allemannes, par exemple, ne commence à être rédigée que sous Clotaire P"- (558-561).
® Voici cette préface :
« Le très-glorieux roi des Burgundes, après avoir, pour l'intérêt et le repos des « peuples, réfléchi mûrement à nos con titutions et à celles de nos ancêtres, et à « ce qui, dans chaque affaire, convient le mieux à l'honnêteté, la règle, la raison « et la justice, nous avons posé tout cela avec nos Grands réunis, 1 1 autant de notre « avis que du leur nous avons établi ces statuts. » La loi Gombète porte la signature de 32 comtes burgundes.
LES PEUPLES (iERMAXlnUES. OO
mettait sur la même ligne le Romain et le Burgunde et empêchait, tJit un chroniqueur presque contemporain, que l'indigène ne fût comme ailleurs opprimé par le barbare'. Elle i)unissait quiconque refusait le gîte et le couvert au voyageur. La femme, injustement exclue de la succession par la loi franque, était habile k succéder d'après la loi biirgunde*. Le mélange de barbarie et de civilisation s'y trahit par phisieurs dispositions bizarres éternelles. Ainsi celui qui vole un épervier est condamné à se laisser manger par l'épervier sur le corps six onces de chair. La composition (Wehrgeld), ou rachat des crimes à [)ri\ d'argent, est inscrite dans la loi burgunde comme dans tous les autres codes de roccuf)ation germanique \ L'homme riche disposait ainsi à son gré des oreilles, des^ membres et de la vie de ses semblables.
On trouve également dans la loi Gombète les épreuves judiciaires et l'institution du duel. Accusé et accusateur combattaient en champ clos devant le juge. Le vainqueur était censé avoir soutenu la cause légitime. La foi naïve de ce temps s'imaginait que Dieu ferait plutôt un miracle que de laisser succomber l'innocence. De là le nom de jugement de Dieu, que le peuple donnait à ces épreuves et à celles qui avaient lieu par l'eau, le feu, la croix. Le clergé romain, et l'évêiiue Avilus en particulier, tirent tous leurs elTorts [)Our abolir cette législation barbare. <( Il « n'y a pas plus de mal, » répliiiuait (lOndebaud, « à terminer les « dilïérends des particuliers par le duel (jue les conllils des rois jku- « la guerre. David ne tua-t-il pas (ioliath en combat singulier? >•
Tout irrationnel et inique fjue fût le duel judiciaire, il eut cependant pour avantage de mettre un frein au droit du plus fort (Kaustrecht) ft aux vengeances atroces (jui se commettaient auparavant. L'humaïute. d'ailleurs, ne gagna pas grand'cliose à la su[>pression des épreuves judi-
^ Grégoire de Tours.
'^ La loi des Allemannes n'excluait i)as ontiùrenient les femmes, mais celles-ci ne l)0uvaient hériter (lue les biens meuhles (IMuntschli, Histoire de Znricli, p. "JO). ^ La composition pour le meurtre était tlxce comme suit : 150 sous pour un noble:
lôO « < un orfèvre distingué;
100 « « un médecin ;
70 « * un homme libre du commun ;
()0 « « un serf employé comme homme de contiance:
ôO « « un fori^eron ;
1)0 « * un serf hibouriMir, p(»ri'her.
Connue on \c \o'\t, la valeur d'un honnne se mesurait à la t'ois sur son rang et sur son utilité i)résumee ilans la société barbare. Voir l'analyse détaillée de l;i loi Gombète dans VJIi^stoire ik la civilùiution en France, par (uiiKOt, I, 370.
Dans la loi des Allemannt^s, le tarif était beaucoup plus élevé. Voir l'ouvrage cite de lUuntschli, p. \'2 à 1.').