liC roi Gontran et l'évéque Marius
Les Burgundes el les Allemannes, privés de leur indépendance, cherchèrent une diversion dans des guerres d'outre-mont tentées au profit d'autres peuples germaniques. Ils combattirent sous les drapeaux des Ostrogoths ariens d'Italie, menacés à la fois par les Grecs de Constantinople et par le soulèvement de leurs sujets italiens et catholiques. Dans une de ces expéditions, les Ostrogoths et leurs farouches auxiliaires ayant pris la ville de Milan, y massacrèrent 30,000 personnes de tout âge et de toute condition (539). Le secours des Allemannes, des Burgundes et des Francs ne fut cependant pas assez fort pour empêcher la chute de l'empire des Ostrogoths, qui tomba sous les coups des généraux de l'empereur grec Justinien. De 70,000 Francs et Allemannes qui avaient passé les Alpes en 553, aucun, dit-on, ne revint dans son pays. Ceux qui avaient échappé au glaive des Grecs périrent par les épidémies. L'Itahe avait déjà commencé à être le tombeau des Allemands.
A peine maîtres de l'Italie, les Grecs furent troublés dans la possession de ce pays par l'arrivée des Lombards, peuple venu des bords de la Baltique (568), bien moins civilisés que les Burgundes avec lesquels on prétend qu'ils avaient une parenté d'origine. Pendant sept ans, ils remplirent l'Italie et les pays voisins de leurs rapines et de leurs brigandages.
La Bourgogne transjurane (nom sous lequel nous avons vu qu'on désignait l'ancienne patrie des Helvètes et des Vallésiens), ne fut pas épargnée. L'abbaye de Saint-Maurice, en particulier, eut beaucoup à souffrir des incursions de ce peuple qui jetait ses essaims sauvages le long de la vallée du Bhône. A la fin cependant, Theudfrid, patrice de ces contrées pour Gontran, roi d'Orléans et de Burgundie, parvint à en débarrasser la contrée; il tailla en pièces une partie des Lombards
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près de Bex (574). Mais le malheureux Theudfrid, accusé de conspirer contre le roi, fut mis à mort. Son accusateur Kariat, simple honmie d'armes de Contran, obtint pour prix de sa délation Tépiscopat de Genève. Les rois barbares disposaient assez souvent ainsi des évêché> comme de simples fiefs, contrairement à la loi canonique qui prescrivait que « nul ne fût élu évtMjue qu'il n'eût été postulé comme tel et apréé « par le peuple et le clergé. » Car tel était le droit commun de rK;:lise. du VI"^« au X1I'"« siècle.
Le règne de Contran fut du reste assez favorable à la Tran-juraur. Il répara les routes romaines, construisit des hospices pour les pèlerinages (celui du Saint-Bernard entre autres), des hôtelleries pour les voyageurs. La basilique de Saint-Pierre à Cenève, construite par (iondebaud, s'étant écroulée, Contran la fit rebâtir en pierre (entre ÔO.'^ et 593). La protection de ce monarque s'étendit aussi à la contrée du Léman et au noble prêtre Marins ou Saint-Maire, premier évêque de Lausanne.
Marins, Callo-Homain d'origine, était né de parents nobles à Autun (vers 530). Évè(]ue d'Avenches dejiuis 573, il contribua à la fondation de Payerne et à l'agrandissement de Lausanne, après y avoir transféré le siège épiscopal (entre 5Sr) et 593). Il mourut a[)rè< \'\\V2\ ans d'épiscopat, le 31 décembre 59^.
Marius était un contemporain du ('t'Ièbre chroniqueur des Francs. Crégoire de Tours, avec lequel il a [)lus d'une analogie.
La vie de Marius nous oiïre une image touchante des vertus apostoliques delà primitive Eglise. Ce saint prélat partageait son ttMnp> «'ntrc la culture de ses cham[)s et les fonctions du saci-é ministère. Pui-. rentré dans la métairie (jui lui sci'vail de demcun'. il sculptait. i\o >ies mains vénérables, des vases de bois pour sis autels ou it'digeait sa chroni(pie, indication exacte, mais malheureusement tro|» abrégée des évéïunnents de son siècle. La ('hr(MU(|ne de Marins conunenc»^ vers l'an 455 ci finit vers 5SL
Pai'ini les faits curieux inenlionm's [)ar r(''vêque chroni(|ueur. lijuri» r^'houlement du inoul Taui-t'luiie. (|ui loinlta avei* iiii IimiMn t'jxMivaiitable dans les e;ui\ du hhôiie el eiiLiloulil daiK ie^ detaJudirtN It' Imuu'j d'Octodure (Martigny) el tous ses habitants. A (leiièvi' même, le ilhône r()ini)it le pont, et plusieui's persoiuus iierdii'enl la vu» (.')H3i.
Le lli'au (le la Liuerre civile se joiLMut aux la'voliilioiis de la nature " Va\ celle aiiii(M\ » dil re\èi|ue MarnK, - le< nioiiie-^ d Ajaiinr. « excili's pal' Tespril de colen», cliei-cliereiil à liiei- pendant la nint <* rt'vèipie Agricola (jui s't'Mad relrani'jie dans |V'gli<(' ave»' les clercs e|
« les citoyens. Les portes furent forcées et beaucoup de citoyens (( blessés » (565). La chronique ne nous apprend pas les causes de cette collision sanglante. Mais il se peut qu'il faille déjà y voir un exemple des luttes assez fréquentes au nioyen âge, que soutinrent les cloîtres jaloux de leurs immunités et de leur indépendance contre les évoques qui voulaient les soumettre à leur juridiction.
Vingt années après cet événement, sous l'évêque Héliodore, le siège épiscopal fut transporté d'Octodure à Sion (avant 585)'.