‹ Histoire de la confédération suisse (volume 5)Chapitre 15 sur 72 · Criineis et chute des Mérovingiens · texte numérisé non relu

Criineis et chute des Mérovingiens

Les Mérovingiens, ainsi nommés de Merovée, aïeul de Glovis, régnèrent pendant deux siècles et demi sur les Francs et l'Allemagne; mais si l'on en excepte deux ou trois princes passables, l'histoire de cette première race n'est guère qu'un tissu d'atrocités et de perfidies. (( Les Mérovingiens, » dit Jean de Muller, « sont les Atrides de leur <^ époque ^ »

Deux femmes, Brunehaut, reine d'Austrasie (France orientale), et Frédégonde, reine de Neustrie (France occidentale), jouèrent le principal rôle dans ce drame lugubre. En moins de trente ans (de 568 à 597), dix princes du sang de Clovis périrent victimes de leurs haines impitoyables. Rassasiée de vengeance sans être assouvie, Frédégonde mourut de mort naturelle dans son ht (597). Délivrée de sa rivale, Brunehaut résna encore bien des années sur l'Austrasie et la Bourç^ogne. Son favori Protadius, Romain d'origine, gouvernait la Burgundie transjurane et le pays de Scodingen (Sahns), en qualité de patrice (605). Un seigneur bursjunde, uommé Welf, indigné de la faveur accordée à cet étranger, excita un tumulte dans lequel Protadius perdit la vie. Brunehaut vengea la mort de son favori par celle du meurtrier et nomma patrice Wendelin, qui se fixa comme ses prédécesseurs à Orbe dans la Transjurane (610). La reine vint s'établir auprès de Wendehn avec sa nièce Theudelane. Mais le comte franc Erpon, que Glotaire II avait fait duc ou patrice, s'empare du château d'Orbe et livre Brunehaut aux soldats de ce prince, fils de Frédégonde et héritier de ses vengeances. Cette reine sexagénaire, aïeule, mère et sœur de tant de rois, fut traînée devant les guerriers francs, puis promenée sur un âne et attachée à la queue d'un cheval qui lui mit les membres en pièces (613).

^ Gremaud, Catalogue des évêques de Sion. Mémoires et documents de la Société d'histoire de la Suisse romaiide, XVïlI, 495. - MuUer, Histoire de la Confédération, traduite par Monnard, I, p. 37.

DOMINATION FRANQUE. 6o

Un autre ennemi de Brunehaut, Alétliée, avait obtenu le titre de patrice des Alpes vallaisannes. Mais mécontent du [)artage, ce dernier assassine Erpon, et, son audace croissant avec le succès, il songeait à se faire couronner roi des Hurgundes. L'évêque de Sioii, Leiidmond, entra dans le complot ; il chercha à gagner la reine liertiade, femme de Clotaire II, en lui disant que les astres annonçant la mort prochaine de son mari, elle ferait prudemment d'épouser Alétliée et de se retirer à Sion, sa ville épiscopale et qui était très-sûre. Celte princesse, fidèle à son mari, eut horreur de la proposition et la révéla, les larmes au\ yeux, à Clotaire, Alétliée, saisi par ordre du roi, eut la tète tranchée. Par respect pour la dignité épiscopale, on se contenta de confiner I.eudmond dans son diocèse, en le menaçant du sort d'Alétliée s'il se rendait capable d'un nouvel attentat (entre 013 et 016).

Ces détails sont extraits de l'instructive chroiii(jue composée par Frédégaire ou Frédegher, écrivain contemporain, dont certain passage relatif à Aventicum a donné à penser qu'il avait reçu le jour aux environs de cette ville et (|u"il était moine dans quehiue couvent de THelvétie burgunde\

Frédégaire est le premier auteur qui ait parlé du lac de Tlioune, appelé par lui lacus Duncnsis. Le nom de lac Léman était employé par Grégoire de Tours et avait remplacé celui de lac Lousonmi ou Lausanne de ré[)oque romaine.

Le même annaliste nous api)rL'nd (jue pendant les guerres des rois d'Austrasie et de Neustrie, les Allemannes de l'Helvétie orientale marchèrent contre les Transjurairis, les battirent à Wangen près de Herne, pillèi'ent et dévastèrent le territoire d'Avenches ((UO). La ditïérence de langue, résultat de la fusion des Hurgundes avec les Ciallo-liomains, mettait aux pi'ises les deux races allemande et romande (juc séparait nu ruisseau, le ruisseau de Chandon, à iiii-ciuMuin de Payerne et île Fribourg. Pour calmer les esprits de la noblesse burgunde. toujours prête à se soulever, le roi r.lotaire II décida, dans une grande assemblée tenue à I^ii-is (Oii), (jue tous les juges et gouverneurs seraient pris dans le pays même*.

Il y eut cependant encore beaucoup plus d'un soulèvement partiel nu général contre les Francs sous la dynastie de Clovis. surtout à la tin de son règne.

Les preniiei's (\v> Mt'rovingiens avaient ele pertides et (Tuels. Les

' La ilironi<|U(> de l''rrtli\ir:iir(> va ilo ."»:> j à C. 11. l'.lle a été traduite on français par M. (iui/.(tt, dans sa Collation dts historiens de France. '^ Jalin, 11, M'.l.

HISTOIRE SnSSK. 5

derniers princes de cette race sont flétris dans l'histoire du nom de rois fainéants. La puissance et les richesses passèrent alors entièrement entre les mains de la famille d'Héristal.

Un prince de cette maison, Charles-Martel, avait vaincu 300,000 Arabes à Poitiers et sauvé la chrétienté d'une invasion musulmane (732). Il se contenta cependant du simple titre de maire du palais, sous lequel il gouvernait le royaume au nom des Mérovingiens. Mais Pépin le Bref, son fils, osa davantage: soutenu par les évêques et les grands, il détrôna le dernier roi et prit la couronne royale (752). Le pape Etienne II vint lui-même la lui poser sur la tête, à Saint-Denis, près de Paris (754). Pépin, en échange, protège le pape, bat les Lombards qui l'inquiétaient dans Rome, et, abusé par la fausse donation de Constantin, accorde au pontife un territoire considérable aux environs de la ville éternelle. Telle fut l'origine de la dynastie carlovingienne en France et de la puissance temporelle des papes en Italie (755).

Pépin le Bref est aussi célèbre dans l'histoire de notre pays par plusieurs faits importants dont le premier fut la suppression de la dignité ducale chez les Allemannes et de celle de patrice des Burgundes.

La cause en fut l'humeur remuante de ces chefs, qui cherchaient toujours à se rendre indépendants. Son père et son grand-père avaient déjà eu à lutter contre les ducs Gottfried et Lantfrid ; lui-même avait été obhgé de prendre les armes contre Diebold, fils et héritier de Leutfrid. La suppression du duché de Souabe ou d'Allemannie eut lieu aux grands plaids de Canstadt, près Stuttgard (746). Garloman, frère de Pépin le Bref, remplaça le duc et les patrices par des surintendants royaux, temporaires et révocables selon le bon plaisir du monarque des Francs,

Du temps de Pépin date probablement la division en comtés provinciaux ou landgraviats (en allemand Gaue), subdivisés en comtés de districts ou dixains. On a k tort attribué à ce prince ou à sa femme Bertrade la fondation de la première église de Saint-Ours k Soleure et l'origine du château de Bipp, siège du comté de ce nom, situé entre Soleure et Berne'. Dans les guerres fréquentes des rois francs contre les Allemannes, les premiers s'emparèrent de contrées entières et les réunirent k la couronne ou en disposèrent en faveur des nobles ou des fondations religieuses ^

^ Le château de Bipp ne date que du XIII'"« siècle, et le comitatns inpimnsis est tout à fait problématique, selon Albert Jahn. Ber Kanton Bern, 1850, 480.

* Georges de Wyss, Die Abtei Zurich, dans les MittJieiliingen, 1851, VIII, p. 12.

DOMINATION FltANnLK. Cû

li. Les luissiouiiaires dUrlaii<lo. — Frogrès de la <-ivili«%sitioii ehrétieiiue aux VII""^ et VIII""^ siècles.

Mal,!:n'é les eiïorts de l'i-vêrpie de Viiidoiiissa qui, à partii* de la fin du VI""' siècle pi'end le liti'e d'évêijue de Coustatice (vlts ôOO), beaiicoiif) d'Allemannes idolâtres et superstitieux routinuaieut à adorer 1»* <lieu Wodan au sein (](i> rochers et (\e> forêts dont ils étaient environni's. A peine trouvait-on rà et là (juelrjues champs cultivés dans la Thurgovie, et l'aspect d'une chapelle annonçait-il la présence d'un prêtre et d'une petite communauté chiétienne. Tout à couj», c'était en 010, parurent au bord du lac de Zurich {\ii> hommes extraordinaire> : ils venaient du lointain rivaL:e dlrlandc île bénie, où s'»'tait conservé intact le précieux dépôt de la foi et de la civilisation. I.e chef de ces <lruides chrétiens, Columhan, moine de Bangor, avait lait un >t'j..ui- de vingt ans dans la (laule et s'était signalé \)[iv d'immenses travaux <le défrichement et de prédication apostoli(jue (ôDO-OiO).

I.a récompense de tant de bienfaits fut celle des grands hommes, la persécution, i^roscrit })ar la reine Hrunehaut, dont il avait eu le courage de IliUrir les crimes, Columl)an passa trois années daii> l'ilelvétie (() 10-0 III) et n'y laissa pas de moindres traces de son séjour ijue dans les Gaules. On ()eut blâmer le zèle excessif avec lequel Colund)an et ses compagnons jetèrent au lac les statues de Wodan et nnrent le feu à son temple au village de Tuggen. Mais aussi (jue d'institutions i"emai'(juables m'es de l'ai'diMn" el du dtAoueiuent tie i't'> apùtres : .M»'*rei'au, le plus ancien cloître de la Ciermaïue. aux ciuilin^ de la Suisse et (l(! la havière, Sainl-Gall, Dissentis. Fuessen, Kempten. Schœnen\vei-!h. Wangen dans la Marche, entre Schwyz et Saint-(iall. (C ne sont là (jue (|uelques-unes des fondation> de Gohnnban el de ses disciples dans rilelvétie orientale. Mais de nouvelle^ jiers«''culi(>ii> alteignirent l'dluslre missionnaire, obligé de sorlu' de rilelvétie pour échapper aux vexations du duc d' Allemannie, (ioii/.o, (|ui trouvait que ses défricheiiKmts nuisaient aux chasses royale>. Selon un bioirraphe. deux de^ missionnaires auiaieiil même ('t»' tut's j>ar les >oldats du dut-. .« (> pavs est une ('on(|iie d'or, >• dit alors Cohnuban. ^ mais pleine de serpents. « l''uyoii>, mais ne iioii> attristons jta^. hini nous aidiM'a. »

K\\ (juitlanl rijelvi'tie, (lohiiiibaii dirigea ses pas vers l'abbavo de Hobbio. londt'e pai' lui en Italie dix aii< auparavant (00:?). et v liFuI scn jours le iM novembre Oir>. donnanl sans ce.sse l'exemple M\ant de l.i règle (III il a\ail trai't'e à >e> nioiiit'^ ft ((u'il a r«''snni,>,' ,«ii ^^s paro-

les : « Il faut chaque jour lire, prier et travailler des mains. » Le plus illustre des colons ii'landais, après Columban, fut Gall, l'apôtre et le défricheur des rives du Grand-Lac (614). Témoin de ses travaux, le peuple, réuni un jour à Constance pour l'élection d'un évêque avec les grands et le clergé, s'écria : « Nous voulons Gall, car « c'est un homme versé dans les saintes Ecritures, pratiquant la justice, « chaste de corps, doux et humble de cœur, le père des malheureux. » Le clergé et les grands s'associèrent au vœu du peuple, et le duc Gonzo, devenu plus humain à ce qu'il paraît, s'empressa d'y faire droit. Gall refusa : « Les canons, » dit-il, « défendent d'élire un étran- (( ger. Mais voici Jean, mon disciple, qui portera dignement le poids (( de l'épiscopat. » Le diacre Jean, qui était Rhétien d'origine, chercha en vain à se soustraire à l'honneur qu'on lui faisait. Saint Gall le prit par la main et le présenta au peuple comme son évêque en prononçant un discours en latin que Jean traduisait au fur et à mesure en vieil allemand ou tudesque.

Après la mort de Columban, le fameux cloître de Bobbio et celui de Luxeuil dans la Gaule, autre fondation de Columban, se disputèrent l'honneur d'avoir Gall pour chef. Mais l'humble solitaire dédaigna le bâton abbatial comme il avait refusé la mitre et mourut obscur dans sa cellule vers l'an 640.

Au lieu même où Gall avait vécu pauvre de sa chasse et de sa pêche, un cloître important vint peu de temps après perpétuer le souvenir de ses bienfaits.

Le premier abbé, choisi par Charles-Martel, fut Othmar, Rhétien d'origine. Il fonda l'école interne, introduisit la copie des manuscrits et la règle de Saint-Benoît, propice aux études sérieuses sans nuire au travail des mains. Vrai disciple du Sauveur, il fut un père pour les pauvres et prodiguait de jour et de nuit les soins les plus touchants aux malheureux atteints de la lèpre, horrible maladie qui paraît alors en Europe, où on croit qu'elle fut importée d'Egypte'. La première léproserie ou maladière qui ait été établie dans notre pays fut l'œuvre de cet illustre bénédictin et date de 720 à 759 ^

Un digne émule de l'abbé Othmar était le chorévêque ^ Pirmin ou Pirminius. Ce successeur de Gall et de Columban, français de naissance

^ La vie d' Othmar a été écrite par Walafrid Strabon de Reichenau, le plus savant moine duXI"»® siècle, après Rabau Maur de Fulde. Pertz, II, 42.

2 Arnold Nusclieler : Die Siechenhduser in cler Schiveiz. Zurich, 1866.

^ « Le chorévêque tient la place de l'évoque dans les campagnes et les monastères. » 8™« canon du Concile de Nicée.

DOMINATION FIU.NnUE. •'»•♦

selon les uns, selon d'autres natif de Melz, près de Sargans, a jeté k< fondements d'une foule de maisons religieuses comme Rriflienau. Pfeiïers, Murbach en Alsace, liornbach dans les Vosges. Il dirigeait en f)ersonne une communauté monastique à Pfuiigen près de Winterthour, où l'on montre encore la fontaine de Pirmin.

Othmar et Pirminius eurent beaucoup à se louer de la protection de la puissante maison d'iléristal, de Pcpiii le Bref en particulier. Les moines de Saint-Gall, comblés de donations de tous genres, obtinrent la libre éleclton de leur abbé et se virent aflVancliis ainsi de la juridiction é[)iscopale. Pépin fit cadeau en outre à Othmar d'une somme de 00 livres et d'une cloche, chose très-rare an VIIl'"^' siècle'.

La protection lointaine de Pépin le Bref ne fui pas assez forte pour mettre les deux chefs religieux à l'abri des mauvais traitements des grands du voisinage. Le comte de Thnrgan, Warin, se ligua avec un comte de la Forêt-Noire nommé Uudharl, L'évéque Sidonius de Constance, qui ne pouvait digérer la libre élection accordée par Pépin au couvent de Saint-Gall, entra dans le complot. Othmar, accusé faussement d'adultère, fut transféré dans une île [irès de Stein, où il mourut en 759. I^irminius finit également sa vie dans l'exil.

Un tyran dans le genre de Warin était Victor 1". comte de Hhetie. Après avoir lait mourii" Placide, dont le crime «'tait d'avoir donné ;i Sigisbert, le vertueux compagnon de Colundian. les terres nécessaires pour bâtir le couvent de Dissentis. Victor (Miercha h enlever les ossements de Gall pour attii'er le Ilot des pèlenus dans la Ulu'iit'. l'ne mort violente fut le \)\''\\ {h> forfaits de ce seigneui- cruel et cupide*.

La dynastie (\(i<> Victor, comme on les appelle, dominait depni> le commencement du Vl""' siècle dans les Grisons et cnnnilail même >onvent les fonctions de comte et d'évèque. Le ju'cnnei' inendwa' connu de cette famille avait «Ht' r«''vê(|n«' Valentinien, d(»nl It^jutaplie latine «l«''couverte à dix lieues de (lon«'. à Goii<. iion> a ii'dit les vertus toui'hantes et au«|uel ou atti'ibue la fondation d'iine t'rolt' «'l de r«'jliN(' d(' Sauïl- Lucnis dans la capitale di's Gii^ons '. Ge Valentinu'U a«irait éli' le bisaïeul des évèi|nes Nu'toi-et .lactatus.

' Sur 1rs nomluouses donations fjiitos à Saint-(iall. \o\v li^ Tahlcau chronoJogiquf <lcs (locKinnils suisses (S('liiiri:rfis('h(s rrhunili'nirijis(n), nultlio sons lo patron.iïîe de» la Société suisse iriiistoire. par M. le I)"^ Ilitllier. Henu\ lS(>:i.

- Il s(> nova dans 1.' Ilhiu. l.e castellntn romain de Marsoil était la résidonro ro\aIc d«> ce seigneur (lleiun». Histoire afny(ftc de la Sui^-ic pour Vtcole et le itettpk. Saint- (lall (en alhMnandi, ls:)S, p. ss).

^ ItuL d'histoire de Zurich, ISCiCi, «;. — Mooj-. Geschichte ton Citrrtitien iind der Iv'}). iienieinir drci liinide, 1S7«K l.'>0.

70 r)03IINAÏI()N FRANQUK.

Un comte-évôque bienfaisant de cette famille fut aussi Pascal, qui fonda vers 700 Tabbaye de Gazis au pied du Heizenberg, de concert avec sa femme ou sœur la comtesse OEsopéia et avec son fils Victor II, qui aurait succédé à son père comme évoque et comte à la fin du VIÏ"^« siècle. Le mariage des prêtres n'était pas chose inouïe à cette époque, et les Grisons n'étaient sans doute pas le seul pays de l'Europe où l'on trouvât des évéquesses (episco[ns<^). A la dynastie des Victorides remonte l'origine du bouquetin noir, qui a passé des armes de l'église de Goire dans celles du canton des Grisons \

Les fondations religieuses se multipliaient dans la partie allemannique de notre pays. La partie centrale du pays, jusque-là très-pauvi-e en foyers de population un peu considérable, voyait s'élever deux, congrégations, origine de deux villes importantes. La première était un collège de chanoines, fondé par le comte allemanne Ruprecht sur les bords de la Limmat, où est maintenant Zurich; et la seconde, le monastère de Saint-Léger (Léodegar), établi par le prêtre Wikard, frère du précédent, dans l'endroit déjà connu alors sous le nom de Lucerne (695). Selon une tradition, ce monastère de l'ordre de Saint-Benoît avec les seize métairies qui en dépendaient fut donné par Pépin le Bref aux abbés de Murbach, en Alsace. De cette épocpie probablement date la construction dans la vallée de Glaris d'une église due aux soins du {lieux missionnaire irlandais Fridolin. Deux gentilshommes, qui en devinrent propriétaires, en firent don avec la vallée entière au monastère de Seckingen, dans le courant du IX'"'' ou du X'"'' siècle '.

Les contrées bourguignonnes eui-ent leur part des bienfaits de la civilisation chrétienne. Romainmùtier, au pays de Vaud, Gfiàteau- (TOex, en Gruyère, Moùtier-Grandval, Sainte-Ursanne, Lucelle etSaint- Imier, dans le Jura, sont des créations dues à l'esprit de Golumban et de ses continuateui's. Simples oratoires ou chapelles dans le principe,

^ Moor, Archives pour l'histoire des Grisons. Coire, 1848, p. 8. Geschichte von ('nrrhatien und der Bepuhlik der drei Biipde. Coke, 1870. Pendant trois générations, ies Victor fournirent un Prœses ou gouverneu • à la Rbétie, un comteàBregentz, un évêque au dioc^èse de Coire. Il y eut cinq Prœses de cette famille en 166 ans. Selon VVolfgaug de Juvalta {Ind. d histoire de Zurich., déc. 1867), Œsopéia ou ÉpiscopMa aurait étô la sœur de l'évéque Pascal. Voir Gelpke, Kirchengeschidite, II, 464.

'^ La tradition, qui plaçait l'arrivée de Fridolin au V™^ siècle, est abandonnée aujourd'hui. En général, les documents authentiques manquent complètement pour cette époque et ne commencent qu'avec l'an 700 dans l'importante publication de M. Hidlter liO document de la fondation de l'église de Lucerne par Wikard est douteux, selon M. Segesser, Histoire juridique de Lucerne., 1850, I, p. 3. — Voir aussi Bliimer, Histoire des démocraties suisses, 1850, I, p. 13 (en allemand).

DOMINATION Fl'.ANtjLK. 71

ces élablissements modestes devinrent ensuite, par la munificence des [)articuliers et des grands, des centres religieux importants. Le prieuré do Komairunôtier fut doté par le comte Ramnelène, Cû> du patrice Weudeliii (042-040). Le frère de Hamiielène, Donat, élève de Luxeuil, devint archevêcjue de Besançon et métropolitain d'une partie de l'Helvétie occidentale. Il passe [)Our avoir converti au christianisme le peuple de la Gruyère (024-000). Donat avait pour sulîragant Protliais, évéque de Lausanne, digne successeur de saint Maire, (jni fut >iir[tri- par la mort dans la forêt de Bièi*e où il était occupé à couper le l)ois in'cessaire à la construction de sa ville épiscopale (vers Oiî)). Le village où il reçut la sépulture a conservi'^ le nom de Saint-Protliais, abrégé en Saint-Prex*.

Germain, gentilhomme de Trêves, autre élève de Luxeuil, lui le défricheur des bords de la Birse, et Imier de Lugnez ([)rès Porrentruy) passe pour avoir le premier cultivé les rives de la Suse (040-000). Ici aussi les ermites ont précédé les cloîtres.

Au temps de Charles-Martel, régnait >ur les Lombards le roi Lnilprand, [)rince qui était si favorable à Tévéque de Côme, Adeodal. tiuil lui fit don du comté de I5ellinzone et de ses possessions à Lugano, \ ;il Maggia, Blegno dans la Levenline^ etc.

4, ('Iiarl4'iiia;;iie (7<»H-HI I).

Charlcmagne ou Karl le Grand succéda à Pépin le Bref eu 70S cl surpassa encore de beaucoup son père en gloire et en pui>s;ini'e. La monarchie des Francs s'étendit alors de l'Kbre à la l^alliijue. v\ df rOcéan à la Theiss, à la Vistule et au Tibie.

Dans cinquante-trois expéditions militaires, Charlemagne triompha dei^ Saxons, {\(i<> Lomlianls. dc< Saiia.vius. des Grecs, des Slaves, des Danois, {\(}s Awares et de plii>ieui'> peuples l't'volh's de son empiri\

Salué par ses conleinpoi'aiii,^ du nom de nii de l' Kmai»', Gliarlemagne devait recevoii- encore la couromie et le lilrt> (renipereui" tTOr.!d(Mit (|ue lui décerna le pape L/'on lll, à Konie. où Ct^ prince s'était rendu poni- assister an\ IV'le> de Noël (SOO).

' Sohm pliisiciMs autours, (ii'lpkt^ ontr»^ autres, KiirhnujcschichU', I. l■\'^, Protliais n'aurait pas viv \o sucrrsscur, mais bitMi lo préilorossiMir ilo Marins et aurait pose au ctunnuMicrmout du Vl"»" sit'clc les foiulomonts do l'éjjliso do Saintriivrsc (un dos martyrs do la loi,Mon thôboonno). Il aurait aussi bâti la nouvollo ville de Lausanne sur la hauteur et moins près du lae ipu^ l'ancien viens de Lousonna.

- llidber, rrhi()i(linn'(fi.stvr, 'J, aux années ~22. TJl.

Mais quelque chose de plus remarquable que les exploits militaires dans le règne de Charlemagne, c'est la protection qu'il accorda aux lettres et aux arts. Ce prince multiplia les écoles, prescrivit à tous les moines la copie des manuscrits et fonda dans son palais une académie composée des hommes les plus instruits qu'il pût découvrir dans ses Etats et au dehors. Lui-même donnait l'exemple de l'étude, cultiva le le latin , sans négliger l'allemand, la langue de sa famille et de son peuple.

Comme législateur et organisateur d'empire, Charlemagne montra aussi beaucoup de sagesse. Il chercha à donner à l'empire l'unité qui lui manquait, tout en respectant les franchises nationales. Le pouvoir des comtes provinciaux et locaux fut soumis au contrôle des envoyés ou commissaires royaux (Missi) qui, quatre fois l'an, parcouraient l'empire pour connaître les plaintes portées contre leur administration. Les seigneurs prévaricateurs et rebelles étaient dépouillés de leurs dignités. Les lois, qui auparavant se faisaient par le roi de concert avec les évêques et les nobles, durent être consenties par les hommes libres dans les assemblées générales de la nation nommées champs de mai, de mars, ou plaids généraux. Les petits propriétaires et les hommes libres sans propriété trouvèrent en Charlemagne un protecteur assuré contre l'oppression des grands. Le droit de porter l'épée, accordé aux fiscalins, rapprochait ceux-ci des hommes libres avec lesquels ils se confondirent. La classe des demi-libres s'accroissait considérablement par les avantages octroyés aux hommes utiles, occupés au défrichement des lieux incultes.

Les lois ou capitulaires ' de Charlemagne furent très-favorables à l'Église, en faveur de laquelle il rétablit la dîme et la libre élection des évêques par le peuple et le clergé réunis. L'union du trône et de l'autel était l'idéal de ce prince. Cependant il ne se faisait aucun scrupule de nommer lui-même et de déposer les évêques et les abbés de monastère. Lorsque Charlemagne vit de riches personnes donner tous leurs biens à l'Église, au détriment de leurs proches, il mit un frein à ces donations excessives et punit sévèrement les mauvais prêtres qui promettaient le ciel ou menaçaient quelqu'un de l'enfer pour se faire donner sa fortune. Le droit d'asile fut restreint et l'entrée en religion défendue avant Fàge de vingt-cinq ans. Un capitulaire de 811 dispense les évêques du service militaire, et Louis le Débonnaire, fils et successeur de Charlemagne, leur défendit de porter le baudrier et les épées

^ Ainsi nommées parce qu*elles étaient divisées en petits chapitres (capitula).

DOMINATION FRANQUE. 7:i

comme les seigneurs civils. Mais les habitudes belliqueuses étaient trop enracinées chez les peuples barbares, et les idées du temps faisaient à tout vassal et à tout grand propriétaire une obli,2ation impérieuse de porter les armes, sous peine de passer pour un lâche indigne de tenir un rang et de posséder un fief dans le royaume.

Nos contrées eurent leur [)art de la gloire et des bienfait^ du règne de Charlemagne. xMais cette part, il est diiïicile de la préciser en l'absence de documents authentiques et aussi à cause des nombreuses légendes qui obscurcissent cette histoire.

Si l'on en croit la romanesque et pourtant très-instructive chronique du moine deSaint-(iall, composée à la fin du|IX""' siècle, les habitants de la Thurgovie* auraient pris une grande [)art aux expéditions de Chailes en Italie et en Hongrie. Le comte (iérold de rAllemannie, père de Hildegarde, une des femmes de Charlemagne, est mentionné comme ayanl marché à la tête de ces guerriers. Ce vaillant capitaine, célébré par le moine poète Walafrid Strabon, avait sous ses ordres Adalbert de Coire et le héros thurgovien Eischer ou Escher. « Ce dernier, nouvel Hercule. « enfilait avec sa lance des rangs entiers de Wilzes, Peschénègres, « Avares et autres guerriers slaves. Puis, revenu >ni' les bords de la « Thour, il trouvait son plaisir à forcer son cheval de bataille à fran- « chir les fiots débordés de la ïhour, en disant : < Par monseigniMU" de « Saint-dall, de gré ou de force, lu me suivras. »

Un autre héros des guerres de Charlemagne était I>aniliart. liU de Warin, comte de la Thui'govie. Le biogi'aphe de Louis le Débonnaire, l'évéïiue Thégan, nous le fait coiniafti'e comme un des chefs de l'armée franque (pii, sous le connnandeinenl du lils aîné de Charlemaijne. contribua à la prise de Tortose en Espagne (SI I)-. Ce seiuneur n'avail pas toujours joui d(^ la laveur de Charlemagne: ce piiin'e le priva même de son comté au conuneFicenieut de son règne: il le lui rendit à la suite d'une chassi» au sanglier, ou ce seigneur lin avait >an\t'' la mc en tuant l'animal finàeiix i|in avait blesst' le nidiiarque (SO:i).

Il faut peut-être ratlacîier aux exp«''ditious de Charlemagne ce (jue les IradltiiMis nous racontent du <e(-()ii!"s iloniu'' an paj'e conti't» les Sarl'asins par les hommes de> W alilsta'llen. i|iii revmi'ent lioiuM'év iTmi l)eau drapeau aux armes de l'Eglise.

Les mêmes traditions nous montriMit lt\< lionmitK dt» LiuaM'ne et d.'^

' l,;i 'lliur^ovic, iiotis te inpiu'jons au liM'tcur, eiul>rn>.^:ii! alors toutr ta Suissr oriontaU\ dos Grisons au villaiîo do Chain (Zug).

- Port/, 11. lliillMM* cite uu :\c\o {\o douât iou ou do ivparaiion ilc ce soigneur vu laveur do ISaint-Gall (SU(i).

74 DOMINATION FRANOUE.

WaldstcCtteii rapportant de ces guerres lointaines ces cors de bataille garnis d'argent et fameux dans les guerres des XIV""^ et XV"^^ siècles sous le nom pittoresque de taureaux d' Uri, de vaches d'Unîerwald et de trompes de Lucerne.

Le règne de Gharlemagne, dans les contrées qui forment aujourd'hui la Suisse, est particulièrement mémorable par les grands prélats qui y illustrèrent l'État et l'Église. L'un d'eux, Valdo, fut successivement abbé de Saint-Gall et de Reichenau, où il encouragea le mouvement littéraire et artistique, puis évoque de Bàle et de Pavie, et enfin abbé du royal monastère de Saint-Denis, près Paris (801). Cette abbaye ayant obtenu de la munificence de Gharlemagne la possession de la Valteline, les moines rendirent cette contrée florissante par la culture de la vigne et l'établissement de foires lucratives \

Un autre prélat célèbre fut Hetto, disciple du précédent et d'Alcuin, évêque de Bàle de 801 à 823, où il abdiqua la dignité épiscopale). « Le « clergé, » dit Jean de Muller, <.( eut un modèle en Hetto, l'agricul- (( ture, un zélé promoteur". » Diplomate habile, il fit un voyage à Gonstantinople pour y négocier le fameux traité qui devait unir l'Orient k l'Occident par le mariage de l'impératrice Irène et de Gharlemagne (811).

Gonseiller sincère de Gharles, et peut-être même son directeur spirituel, l'indépendant Hetto osa lui reprocher son incontinence. Get acte de courage ne fit qu'accroître l'estime du prince pour le prélat. Il lui en donna une marque frappante en l'appelant, avec quatorze autres prélats et quinze comtes, à signer le codicille qui contenait ses dernières volontés (811).

L'art religieux doit à Hetto la restauration de la cathédrale de Bàle. Ge temple, comme beaucoup d'autres de la chrétienté, se trouvait dans un état déplorable après l'invasion des Barbares. Construits en bois, dégarnis de sièges, ces édifices informes n'avaient souvent qu'une fenêtre; une lampe d'étain éclairait à peine un autel de bois où un calice d'étain ou de verre servait à la communion. Le capitulaire fait par Hetto pour l'administration de son diocèse renferme plusieurs dispositions remarquables '\ La puissance temporelle des évêques de Bàle et leur droit de battre monnaie, remontent également au gouvernement de ce prélat distingué.

L'école Caroline de Zurich a passé longtemps pour une fondation

^ A Chiavenne en 824.

2 Muller, trad. par Monnard, I, 194.

2 « Chaque curé doit avoir au moins chez lui un sacramentaire, un lectionnaire,

♦ DOMI.NAIIO.N FltA.NtjL'K. > •>

«le Cljailemagne, ainsi que la grande église (Grossmiinster), dont la tour est ornée de la statue de ce prince '. Ce prince, si Ton en croit les légendes, faisait de fi'é(iuents séjoui's aux boi'ds de la Limrnat, où se trouvait un [)alais avec une des cent soixante-cinq métairies de l'empire (jui pourvoyaient aux besoins de la mense ou table royale.

Un troisième prélat, Hemédius, évoque de Coire, se fait connaître à cette ép0(|ue (800-8^0) par ses relations avec Alcuin et par les lois «ju'il donna comme recteur de hi liliétie, titre (jui avait été conféré à son prédécesseur immédiat, Constance, par l'empereur Charlemagne (78i). Le prédécesseur de Constance, Tello, dernier comte-évé(iue de la dynastie de Victor, avait doté le cloître de Dissentis (760) et construit en pierre la cathédi^ale de Coire (vers 777)*. Ce prélat était au nombre <les évé(jues qui souscrivirent sous Pépin le Bref aux actes du concile d'Attigny en Champagne. Son testament a paru dans les recueils de Mabillon et de Moor\

La ïransjurane méritait le nom de Héotie (jue lui donnent plu> luid les chroniqueurs; elle n'a aucun nom à opposer à ceux des Hetlo et des Remédius. Aussi les évêchés dans cette partie de l'empire sont-ils le [irix de la faveur ou l'apanage des princes du sang impérial. C'est ainsi (|u'on vit Charlemagne installei- son beau-frère Udalric sur le siège épiscopal de Lausanne, et un autre de ses parents, Alélhée, sur le siège épiscopal de Sion que ce prélat cumulait avec le siège abbatial de Saint-Maurice. C'est à lui, d'après la légende, (jue le célèbre empe-

« un antiplionairo, un baptistairo, un calendrier, un ranon, un pénitentiol, un psau- T tior, un rocuoil d'iiomélies pour li-s dinianclios et tV'tes do l'annôe. Celui ijui nian- « (pierait d"un de ces livres, nirritcrait ;ï peine le nom de prêtre, » selon lletto.

* Ijes sceaux du jjrcvot du MU'"*" siècle portent aussi le nom de Charles avec le dessin de la statue. Après la canonisation de (^liarles, Zurich s'eniiiressa de fêter It' nouveau saint et on composa un otlice en scm honneur où se trouve ce vei'S : l'rbs Turc(juni, iirhs /(unosa. Ou montr(> encore à reudreit apjielé Loch la maison que doit avoir habité Charlemagne (l)luntschli. :v.\). l)aus son Jli.-'tnirc de Vabbai/c (les rcUi/icKsrs de Zurich^ M. (leorL^es de VVv.-s dit avoir vainement cherché à établir d'une taeon authentitiue les rapports de Charlemagne avec la ville de l;i Limrnat, ce (pii u'iMnpéche pas ce savant de croire à rauthenticité de ces relations et à la tradition (pli fait de Charlemagne le fondateur île la coUegiale. (îelpke dit au (luitraire que la ft)ndatiou de la colléi;iale par Charlemajine est peu vraisemblable et se rapporte» j\ Charles le (îros ou à Louis le (iermaniipie. La partie la plus ancienne de l'église actuelle date tle la tin du X'"' ou du commencement du XI'"" siècle.

- Moor, (\)d. di}>l.,\). JO. — Ilidbcr, rrLitmlcturi/istti', \\. L'éditice actuel ne ilate ceptMidant (pu* d(» la fin du Xll""" sièch>. stdon V Iltstoirc des arts jdastiquts en Suisse de M. Kalin, I, '-'27.

' IVrt/, Jj'(/uni, 1, :50. — Ivochholz, Tell und Gcsslee. Ileilbronn, 1>77. 271. Tello avait ét(' moiue au cloître de Ca/.is.

reiir aurait donné la souveraineté du Vallais par lettre royale appelée la Caroline.

Genève, l'ancienne cité de Gondebaud, vit croître son importance au VIII'"^ siècle par la tenue dans ses murs d'une des trente-deux assemblées nationales qui eurent lieu pendant le règne du grand Charles (773). En cette année-lk aussi, l'abbaye de Saint-Maurice fut honorée des largesses et peut-être aussi de la visite de l'empereur. Le trésor de cette abbaye a conservé un magnifique vase d'agate, envoyé, dit-on, à Charles par le calife arabe Aroun-al-Raschid \ En Vallais, comme à Zurich, les livres carolins n'étaient pas rares. Le trésor de l'église de Sion renfermait entre autres un évcmgéUaire de Charlemagne, incrusté d'or et de pierres précieuses. Un fait spécial semble mettre hors de doute les rapports intimes de Charlemagne avec le Vallais; c'est le culte qu'on rend k ce prince, canonisé au Xll"'*^ siècle, dans les églises de Valère à Sion, de Vouvry et de Saint-Maurice.

Le règne de Charlemagne fut en général plus favorable au clergé sécuher qu'aux cloîtres placés par les capitulaires sous la tutelle des évêques. Cette tutelle était assez dure parfois, si l'on en juge par la situation pitoyable faite au monastère de Saint-Gall par quatre chefs successifs du diocèse de Constance (760-820). Privée du droit d'élection que lui avait donné Pépin le Bref, cette abbaye fut condamnée à payer à l'évêque de Constance un tribut annuel consistant en un cheval et en une once d'or ^ Les moines ayant porté plainte auprès de Wolfhard, archevêque de Reims, qui vint en 813 présider aux plaids de la Rhétie, celui-ci leur conseilla de mettre sous les yeux de l'empereur la charte octroyée par son aïeul. Mais, informé de ce qui se passait, l'évêque Eginon pénétra dans le cloître et brûla la charte d'exemption.

Pendant toute la durée du règne de Charles, Saint-Gall fut perdu pour la culture des lettres, et la seule marque d'intérêt (si c'en est une) que lui donna le grand roi, ce fut d'y enfermer pendant quelque temps son fils naturel. Pépin le Bossu ou le Nain, qui avait conspiré contre

^ xiubert, Trésor de Saint- Maurice, p. 157. C'est une tradition constamment maintenue à Saint-Maurice que Charlemagne a visité l'abbaye, et cette tradition est confirmée par une lettre d'un abbé Rodolphe au roi de France au X™'' siècle. — Gelpke, Kirchengesdiiclite der ScMceiz, II, 93, estime qu'on pourrait placer cette visite à l'an 786, lors du voyage à Rome de ce prince. Quant à la fausse Caroline, le savant auteur la met sur la même ligne que la donation de Constantin dont on s'est servi pour étayer le pouvoir temporel des papes.

^ L'acte par lequel Charlemagne confirme ce jugement est daté de Worms, 8 mars 780. Hidber, Urkundenregister, 23. Un autre acte important est cité par Hidber, c'est celui par lequel le pape Adrien 1*^^' confirme les privilèges du couvent de Saint-Maurice (vers 780).

DOMINATION FIlANoUE. il

sa vie. «. Ce mallieureux prince, » dit un annaliste de Saint-Gall, « lui (i aveuglé de la manière la plus cruelle, tondu et jeté dans une cellule « du couvent de Saint-Gall (|iii passait alors pour Itj plus étroit et le '( plus pauvre de tout Ternpire. » Plus loin, Ekkehart IV (c'est le nom du chroniqueur) nous représente le fils de Charlemagne occupé avec les moines âgés à arracher les orties du préau pendant que les plus jt'unes frères se livraient aux travaux fatigants du labourage \

Charlemagne mourut à Aix-la-Chapelle en 8li, aprè> un règne de quarante-sept ans, et laissa le trùiie à son lils Louis, sui'iiommé le pieux ou le débonnaire.

5. Anarchie tic l'empire. — ««'veloppeiiieiit «le la leodalité après la iiiori «le C liiirleiiiagiie.

Louis le Débonnaire régna d'aljord avci: force et sagesse, mais ses nombreuses réformes ayaiil mécontenté les grands, ses propres fils se révoltèrent contre lui et le renversèrent du trône de la manière la plus indigne (8IJ0). Un parent de l'empereur, Wala, abbé de Corbie, était d'accord avec les rebelles. Louis le Débonnaire ayant été rétabli momentanément sur le ti'ùne, fit saisir Wala et l'envoya sous bonne escorte dans le fort de Chillon, au sein d'une contrée alors si sauvage qu'au dire d'un chroni(|ueur contemporain ou n'y voyait (pie la terre et ^eau^ Wala y demeura enfermé justju'à cf ([u'unc nouvelle révolution vint précijjiter définitivement du trône le lils de Charlemagne, qui linit ses jours dans une île du Uliiii en 840.

La mort de Louis le Débonnaire ne rendit point la [Kiix ii l'empire. Ses fiiss'entre-déchirèrent avec Iui'MH", Le traité de Verdun en Lorraine (843) semblait devoir accorder les |)rétentions rivales. L'Italie, l'Allemagne et la France deviiii-eiit aiilaiil d'I'.tats séparés et iiult'pendants. (Charles le Chauve, roi de {''raiice, et Louis le (lennanKjue. pri'inier roi des Allemands, échangèrent, en |)résence de leurs ai niées, des serments solennels pour lesijuels ils se servii-ent, le pi'emitn' de la laiiLiut» tudesipie et le second de la laiiuMie romane, transition du latin à la laiiLiue française. Mais la lutte recommenra de plus belle sous leurs succe>seur> et rem|)lit de troubles la seeoiule moitié du l\""' >ieil(\ L'empei'eur Charles le ('iro>, lils de Louiv \c (ierinaiiiiiue. r(''iiiiil de uouvt'au un

' IVrt/, il.

- Tasi-hasi' lladlu'it, iloiit M. Vullii'inin a suivi la voi^ion tavoralili' ."i Wala dans sou docte et i)i«iuant livre sur Chillou. Lausauue, 1854.

moment tout l'empire sous son sceptre. Mais, méprisé [)ar ses sujets parce qu'il avait acheté la paix des Normands, au lieu de les combattre, ce monarque fut déposé par les sei<ineurs comme Louis le Débonnaii'e l'avait été par les prélats (888). Les rois carlovingiens qui suivirent n'eurent aucune autorité et ne se maintinrent que par le secours des ai'mes étran aères.

Pendant ces désordres, l'ordre puissant établi par Charlemagne disparaît. Plus de gouvernement central, plus d'assemblées nationales, plus de plaids généraux et populaires. Les sept comtes les plus puissants se font rois dans leurs provinces respectives ; les autres cherchent à se rendre perpétuels et héréditaires. Chaque baron se croit roi dans sa terre, et la maxime nulle terre sans seigneur commence à être invoquée contre les simples hommes libres pour les obliger à se placer sous la [)rolection d'un seigneur, auquel, en échange de son patronage, ils sont tenus d'acquitter une redevance en argent ou en nature.

Un homme libre refusait-il de se mettre sous la protection d'un grand, laïque ou ecclésiastique, on se liguait pour le ruiner et le perdre. « Du Vll'"*^ au X'"*^ siècle, les propriétaires déterres franches ou alleux « fm^ent en grande partie dépouillés ou réduits à la condition de vas- <( saux '. » Une conséquence naturelle de cet état de choses fut qu'un grand nombre d'hommes libres, ayant perdu leurs propriétés, perdirent aussi le droit de porter les armes qui y était attaché et qui constituait la principale différence entre le serf et celui qui ne l'était pas.

Le IX"^"^ siècle donna naissance à l'institution des avoués de l'Eglise. Ces fonctionnaires (appelés aussi vidomnes, vidâmes) avaient pour principale mission de protéger les domaines ecclésiastiques, de les défendre en justice et d'en soigner les intérêts comme administrateurs temporels. En échange de leurs services, ils avaient droit à certains bénéfices et au tiers des amendes. Mais que de fois ces protecteurs attitrés et gagés des évoques et des monastères furent les oppresseurs et les ennemis les plus cruels de ceux qu'ils avaient juré de défendre et de soutenir de tout leur pouvoir. Outre les aooaés des églises (Kastvogteen allemand), le droit public de Tempire reconnaissait encore des avoués ou protecteurs de villes et de pays (nommés Schirmvogte en allemand) et des avoués ou baillis impériaux (Reichsvogte), d'un ordre plus relevé encore, parce qu'ils représentaient directement l'empereur et exerçaient k sa place le droit de glaive et de haute justice (Blutbann).

L'époque carlovingienne voit s'élever un certain nombre de châteaux-

^ Éd. Secrétan, Essai sur Ja féodalité, p. 54.

DOMINATION KHANQUK. 79

forts destinés à servir aux familles nobles de refuges, de boulevards, et (jui trop souvent aussi devaient être les re|>aires de ^op|>res^ion et des rapines des gentilshommes.

<( Sous les faibles descendants de Charlemagne, )> dit l'iiistofien des C/mteaux de la Siime, « plus l'anarchie, les guerres privées, le droit du « plus fort, la puissance et l'arbitraire même allèrent en progressant, « plus aussi les châteaux se mulliplièrent. 11 s'en élal>lit non-seulement « dans les [)assages des montagnes les plus importantes, mais dans le « voisinage des villes mêmes, comme le Freihof et la tour de Kohr, à « Aarau^ »

6. Klat «lu pays sous los dcrniors empereurs earloviiii^it'us. — Kt'tablisseiiieiit «lu royaume <1<^ Koiir;^o;;ue c^t <lu «liielié «l'Allemauuie (S 11-91 9 1.

La Ti'ansjurane avait eu à se luuer du gouverneniLMit dt* [j»iii< If Débonnaiie. La cathédiale de Lausanne en avait obtenu le petit cloître de la Haumette d'Eclépens, avec des terres sur les bords de la Venoge*: Saint-Ciall, délivrée de la tutelle oj)pressive (]e> évêtjues de Constance, et aflranchie du ti'ibut annuel (rniic once d'or et iriiu cheval «jue lui avait imposé Charlemagne, prit nu essor extraordinaire et atteignit à un haut degré de |)rospérilé matéiielle, base de sa grandeur scientili(]ue et littéraire ^ L'immunité ou e\emj)lion de la jni-idictioii civili' fui accordée il ce cloître* et à celui de IM'elïers. (|iie Louis le Débonnaire |)rotégeait contre le comte Uoderii'. L*(''vê(jue de Côme, dépouill»' j»a!ce seigneur, trouva la, même pi'otei'linn. Le cloître d'Agaune, éi'nle de vertu et de lumlèn! au VU""' siècle. (Hail devenu l'asile de vit'es alïreux. Louis le Débonnaire en chassa les moines et les remplaça partivnt-' ''i -iioines réguliers avec le consiMitemenl du pape Lugène 11 '.

Louis le^Cermaniiiue. picuner roi des Allemands. f()nda à Zuri<'h le célèbre Fninrinniins/rr où in<»ùlier de> leligieuses, ilont >e> ileux tilles. Hildegarde et Heiilie. fiiivul Nuccessivement abbosses (Sô^). L'iuiinunité octroyée à celle abbaye piincière >V'lendil ;i >es ri'ssortissants et

' .I.-.I. llottiiiLicr. Ja.< t h'it'iiKr (le la Suisse (prrtatoi. ( riio. l>alp, 162S (on allemand).

- llidbci-, rrl:i(ii(U'nirfjistei\ à l'jinnro s 17.

•'' liC petit tiMiitoirc (If Paliltaye s'enriihit »lo luMiiltiviist^s donations snr les lionls de la .SittcM-, do la Tliour, do la (ilatt, do la Limniut. du IJhin, dos lao> do Zurich ot do Constanco. l'.n tout, l(;o,000 arponts. Von Ar.\, Histoire de Sniiil-GaV.

' T/acto d'oxoniption do Saint-(Jall ost «lato d'Aix-la-Chapollc, :î juin 81S: celui do rtolVorsdo Slîi. Voir llidbor, •':'. ot ."7.

^ .lahn. II. 323.

80 DOMINATION FRAiNQUE-

rontribua au développement des franchises municipales de Zurich. Celte ville eut dès lors son juge et avoué particulier et indépendant, comme Saint- G air.

Avec le règne de Louis le Germanique coïncide la fondation de Téglise de Beromiinster, ainsi nommée de son fondateur, le comte Béro de Lenzbourg (850). Outre la maison de Lenzbourg, il se forme alors en Helvétie un certain nombre de maisons souveraines, comme celles des Montfort dans les Grisons, des Toggenbourg, des Nellenbourg à Schaffhouse, fondateurs du cloître de Tous-les-Saints, et des Kybourg, fondateurs du cloître de Rheinau (778), et dont les possessions s'étendaient alors sur les rives de la Thour et de FAar.

Les désordres de l'empire eurent leur contre-coup dans ces contrées et y enfantèrent des brigandages et des dissensions de toute espèce.

L'évêque David de Lausanne était un de ces prélats belliqueux qui endossaient plus volontiers la cuirasse que la chasuble. Il entra en guerre avec un de ses vassaux, le sire argovien de Tegerfelden, et dans une rencontre furieuse qui eut lieu au village d'Anet, entre Morat et Neuchàtel, l'évêque et son rival se transpercèrent l'un l'autre du fer de leurs lances (850). Sur le mont Etzel, entre Schwyz et le lac de Zurich, un pieux ermite de race illustre, Meinrad de Hohenzollern, tomba sous les coups de vils assassins (février 863). Découverts et saisis, les meurtriers furent jugés sous la présidence du comte Adalbert, dans la cour des Tilleuls à Zurich, et expièrent leur crime sur la roue (866).

Une année après, une guerre acharnée éclatait dans la Transjurane. Un seigneur nommé Hugbert, abbé de St-Maurice et beau-frère du roi de Lorraine Lothaire II, avait été investi par lui du gouvernement d'une partie de la Bourgogne. Mais Lothaire ayant répudié la sœur d'Hugbert, celui-ci se révolta contre ce prince et défit des troupes dans trois combats. Mais dans une quatrième affaire, le comte Conrad, général de l'empereur Louis II qui avait succédé à Lothaire, vainquit Hugbert, dont un dard perça la langue et occasionna le trépas (864-866). Cet événement arriva près du château d'Orbe, déjà célèbre par le séjour de Brunehaut et par les fréquentes entrevues des petits-fils de Charlemagne, qui y firent même un partage de l'empire (856).

Le gouvernement de la Transjurane, vacant par la mort tragique de

^ Georges de AVyss, Histoire de Vabhaye des religieuses de Zurich. L'acte de fondation est daté de Ratisbonne, 21 juillet 853.

DOMINATIÙ.N FKANQLK. 81

Hijcrbert, fut donné à son vainqueur, le comte Conrad, et passa ensuite au fils de ce dernier, nommé Rodolphe. C'était un seigneur fort ambitieux. Non content de s'être emparé de l'abbaye de St-Maurice à titre éiralement d'abbé laïque ou commendataire, comme on disait alors, il cherchait une occasion de s'agrandir encore et la trouva bientôt dans la situation déplorable de l'empire sous le règne de Charles le Gros.

Ce prince, remarquable d'abord par sa puissance et en même temps par sa sollicitude pour les lettres, était tombé si bas qu'il ne put parvenir à faire reconnaître comme évêqiie de Genève son partisan Optandus, bien que ce dernier eût été canoniquement élu par le clergé et le peuple. OItramne, archevêque de Vienne et métr()[)olitain de Genève, refusa son consentement et se saisit même d'Optandus (ju'il mit en prison en donnant pour motif l'origine étrangère de ce prélat, bien que la sienne ne le fût pas moins. Le pape Jean VIII, dont Charles le Gros réclama l'intervention, se chargea de la lui rappeler en y joignant une menace d'excommunication qui fit enfin ouvrir à l'évêque de Genève les portes de sa prison et rendit ce prélat à son diocèse (vers 882).

Charles le Gros, déposé par les princes allemands à Tribur et confiné dans le monastère deReichenau, y était mort (8S8). La nu^ne année, à l'exemple de Bérenger qui s'était fait roi d'Italie, et du comte Boson qui avait pris la couronne en Provence, le comte Rodolphe se fit reconnaître roi de Bourgogne transjurane à Saint-Maurice en Vallais, au\ acclamations des grands et des prélats, parmi lesquels Dicliidi un Didieide Sion tenait le premier rang. Ce second royaume de Bourgogne embrassait les pays que Rodolphe et son père avaient gouvernés comme margraves, c'est-à-dire les deux versants du Saint-Rernard. le Val d'Aoste, le Vallais, les contrées de Vaud, Nenchàtel, les vallt'es n<M'(louest du Jura avec Râle, Gex, Genève, le Chablais.

L'empereur d'Allemagne, Arnoulf, neven de Charles le Gros, vmilut s'opposer à ce démembrement. H marcha contre le nouveau roi et porta le fer et le feu dans le pays de Vaud. Lausanne fut occupée par les Allemands. Mais, harcelé et mainpianl de vivrez. Arnonlf traita avec Ro(lol|)he. Celni-ci conserva la couronne, mais dul se l'i'udi'e à Ratislioiuii' [)oi!r y faiic hoinmaue ;i l'tMupei'eui' l'onuni' à S(Ui suzerain (octobre 888)'. Ain.M fui Inndi' \c MVtMid Liai di» Rcuirgogne, leipiel (Mubrassait une parlie des |)ays qu'avait |)0ssédés (londebaud ^

' Chronique contc^mponiiiK^ (rilrrinnmi li^ Tarai} tinuo, ir.oin»' tlt' lùirbcuau irort/, Vit, 110).

" C'cst-iVilire qif il s'Otomlait ilu Jura ;^ l'ouost jusqu'à IWar supérieur, comprenait rObcrlaïul luMMiois, 1(> Vallai-. la Sav«>io, Geuùvo, une praiule partio ilo la

iiisioïKi; stissi:. ''

Une révolution bien différente amena, vingt-neuf ans après ces événements, le rétablissement du duché d'Allemannie supprimé par Pépin le Bref en 746. Deux frères, Erchanger et Berclithold, dont l'empereur Conrad V^ avait épousé la sœur, gouvernaient ce pays depuis quelques années avec le titre de gouverneurs royaux. Mais ces deux seigneurs voyaient de très-mauvais œil la prospérité croissante de l'abbaye de Saint-Gall. Ils portaient surtout envie au chef de ce cloître, le beau, spirituel et magnifique Salomon III, évêque de Constance, fondateur de Bischoffszell, et en crédit auprès de cinq rois successifs. Ils persécutèrent ce prélat et se firent mettre au ban de l'empire. Salomon intercéda pour eux et obtint leur grâce. Mais peu sensibles à ce procédé généreux, Erchanger et Berchthold enlevèrent le prélat après avoir tué un de ses gardes, et le retinrent prisonnier dans un de leurs châteaux. Les parents de l'abbé levèrent des troupes. Les ravisseurs furent saisis, traduits devant un tribunal d'empire et condamnés à mort.

Salomon, toujours magnanime, pria le comte Bourcard qui présidait le tribunal de surseoir à la sentence. Mais Bourcard, qui comptait hériter et du pouvoir et des biens des condamnés, se montra inexorable et fit trancher la tête aux deux gouverneurs à Aldingen en Souabe. Bourcard obtint alors pour sa vie durant le duché d'Allemannie, rétabli en sa faveur par Conrad P^ (917).

La Thurgovie, qui comprenait outre le pays qui porte ce nom, ceux de Zurich, Saint-Gall, Appenzell, Claris, Zug, Schwyz, probablement aussi Underwald, plus Lucerne et Argovie, faisait partie de ce grandduché d'Allemannie avec le territoire actuel du grand-duché de Bade, du Wurtemberg, une partie de l'Alsace et de la Bavière jusqu'au Lech. La Thurgovie elle-même se scinda bientôt en deux parties ou comtés du Zuricbgau et du Thurgau.

Conrad P^ étant venu à mourir peu après, désigna pour son successeur le vaillant Henri de Saxe, surnommé l'Oiseleur.

Henri P^ de Saxe était un prince jeune et habile, comme il le fallait pour sauver l'empire, menacé à la fois par l'insubordination des grands et par l'invasion de plusieurs peuples, Slaves, Normands, Hongrois ou Madgyares, Maures ou Sarrasins, dont l'apparition est le plus grand fléau du X'"*^ siècle. La ville de Bàle venait justement d'être dé- Franche-Comté et plus tard la Savoie du nord et la Suisse orientale (Jalin,!!, 483). — Le nom de maison de StrœttUngen, donné par une chronique du XV*°® siècle à la dynastie rodolphienne et employé depuis par Jean de Muller et tous les écrivains qui Pont suivi, n'est appuyé sur aucune donnée authentique.

DOMINATION FKANQUE. 83

truite par les Hongrois (017j. Acclam»'* pour leur roi par les Franconiens et les Saxons, deux des cinq nations qui composaient alors l'empire germanique, Henri I*'' eut un peu plus de peine à se faire reconnaître par les Bavarois et par les Souabes, dont les ducs convoitaient pour eux-mêmes la couronne im[)ériale. Mais (juand on le vit bien résolu à agir contre ses adversaires, ces quatre peuples se réunirent et leur exemple fut même suivi par les Lorrains, nation toujours un peu flottante entre l'Allemagne et la Fr.ince (0^0).

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