Les rois de Bourgogne. — lia bouue reine Bertbe
Rodolphe P'", le fondateur du second royaume de Bourgogne ou Bourgogne transjurane, était mort en 912, laissant à son fils nommé
^ Henri Meyer, Die Denare und Bracteaten in der Sc/iweiz. Zurich, 1858-1860.
2 Grégoire, abbé de Notre-Dame îles Ermites ou Einsiedeln (964-996), reçut entre autres d'Othon P"^ la possession de l'île d'Uffnau, dans le lac de Zurich (965) (Mulinen, Helvetia sacra, 79). Mais M. deMulinen se trompe en disant que l'abbé d'Einsiedeln fut créé prince du Saint-Empire. C'est V immunité qui fut accordée à l'ab-
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Rodolphe comme lui, la souveraineté des contrées juranes qu'il avait si vaillamment défendues contre les empereurs d'Allemagne.
Rodolphe II, qui à une valeur égale à celle de son père, ne joignait pas moins d'ambition, entra en guerre avec Bourcard 1", duc d'Allemannie, au sujet des limites de son royaume qu'il voulait étendi'e dans l'IIelvétie allemannique (919). Dans un combat livré près de Winterthour, Rodolphe eut le dessous et dut rendre le pays conqui< entre l'Aar et la Reuss; mais son courage inspira tant d'estime à Roui card qu'il préféra traiter avec lui et lui donna sa fille Rerthe en mariage (922). Quelque temps après, les Lombards, mécontents du rni usurpateur Rérenger, proclamèrent Rodolphe II.
Ce prince passa les Alpes avec son beau-père Bourcard et réussit d'abord à étendre sa domination jusqu'à Venise. Mais le ihic d'Allemannie ayant trouvé la mort dans une embuscade près de Xovarre (920), Rodolphe II, efi'i'ayé par la mort de son beau-père, se hâta de re[)asser les monts et fut très-heureux de céder ses prétentions à Hugues, comte d'Arles, qui lui donna en échange la Provence. Henri l'Oist'Ieur. le roi des Allemannes, y ajouta la cession d'une parti»' df ril''lvt'ti.' allemannique jusqu'à Eglisau '.
C'est ainsi que l'ancien empire des RuruMuidcs >c' trouva rcuiu en grande pai'tie sous le sceptre des nouveaux luis de Bourgogne, api»elés aussi rois rodolphiens, parce que trois de ces princes, sur quatre, portèrent le nom de Rodolj)he (9:{()).
Après avoir pris jiai'l aux Lzueri't's de Ki-aiirc i\\\\ renversèrent du trône Charles le Simple cl y porlci-ent son pii'cnl. le duc Raoul ilc Rourgogne, Rodolphe II mourut en IKw et ici iil les honneurs de la sé- |)ulture à St-Maurice. Il lais>ait un lil> miiicnr iioiniii»'' Conrad et une fille nommée Adclaïile. Otlion le (iraiid (|ui devait épouser j^lus tard Adélaïde, enleva Conrad à sa mère Rerthe et le lit «'lever ii sa cour, atiii de prépare!" la r<''union |>ure et simple de la Rourgogne à renq»ii'e. Pendant l'absence de Conrad, Hertlie. la boiiiu^ reine Beithe. nouNiM-na le royaume.
Oui n'a eiileiidu parler de l'huinble et L'racieuse reine ijui. nionti'e sur son paleh'oi et le fuseau à la main, allai! dt' ('hàteau eu (•hàtt\iu. de monastère en inoiiaslère. de iinMairie en métairie, ^emanl partout le^ ceuvres de j»i(''t(''et de bieiilàisauc'c ?
j.ayr (;(>li)k(', II, W^. — Gall Morci, Die J{t'<j{stcfi drr Jkncdictiucr-Ahtei Eitmc- (kin.
' Los limites »iii royaunu' do r>oiir.m<i:iio dans rilclvrlii» allonianniqiio ont varié; (>ll«\s s'rtciulaicnt inriiu^ un instant jusqu'au Sontis et comprenaient l'Undorwalil.
Un jour la reine de Payerne (c'est le nom que lui donnent les traditions de la Transjurane), rencontra dans les pâturages voisins d'Orbe, une jeune paysanne qui filait tout en gardant son troupeau. Berthe, charmée, fit un riche présent à la jeune fille. Le lendemain, les dames de sa suite parurent toutes devant elle une quenouille k la main. Mais la reine souriant à cet aspect : « Mesdames, fit-elle, la jeune paysanne, comme Jacob, est venue la première, et elle a emporté ma bénédiction. »
L'administration de la reine Berthe et de son mari Rodolphe II fut signalée par une foule de fondations pieuses et utiles : éghses, monastères, ponts, routes, châteaux, hôtelleries. On lui a attribué avec plus ou moins de vraisemblance la construction ou la réparation des églises de Saint-Ours, à Soleure (930), de Moùtier-Grandval et de St-Imier (932), d'Amsoldingen, d'Einigen, de Wimmis (933), de Notre-Dame de Neuchàtel (954) et de l'Abbaye royale de Payerne (962), où le tombeau de la noble reine se voyait encore en 1519 '. Les tours de Gourze, Moudon, de Bertholo, près de Lutry, celle de la Molière, le prétendu ocidus Helveliœ des Romains sont, à ce qu'il paraît, des monuments de l'époque rodolphienne et auraient été construits pour résister aux aux invasions des Sarrasins et des Hongrois \ Organisées pour la défense et fermées de murailles d'une épaisseur extraordinaire, elles avaient pour entrée unique des portes percées à dix ou douze pieds du sol et auxquelles on ne parvenait qu'à l'aide d'échelles.
Les rois de la Transjurane n'avaient, en général, pas de résidence fixe; ils séjournaient tour à tour à Orbe, Ghavornay, Yverdon, Lausanne, St-Maurice, Payerne, Soleure, Bùmplitz près de Berne, Chiètres près de Morat, StraHtlingen sur les bords du lac de Thoune et Neuchàtel dont le château est appelé regalissima sedes (le siège trèsroyal) dans un acte de Rodolphe II (1011).
Le règne de Berthe et de Rodolphe II voit paraître les premières hordes des Hongrois et des Sarrasins. Ces derniers, après avoir pillé et ravagé les campagnes, disparaissaient comme par enchantement à l'ap-
* Indicateur cVhistoire de Zurich, 1873, p07.
^ La reine Berthe a fait l'objet d'une charmante étude de M. Vulliemin (1843) et d'une notice critique de M. l'abbé Dey, qui a publié aussi une' vie d'Adélaïde, fille de Berthe et impératrice d'Allemagne (Genève, 1861). L'histoire des rois rodolphiens a été travaillée avec beaucoup de soin par de Gingins dans plusieurs mémoires. Voir aussi l'introduction au Régeste ou Bépertoire chronologique de documents de la Suisse romande, de M. Forel. Lausanne, 1862. — Au point de vue artistique, voir Rahn, Gescliichte der hildenden Kûnste in der Schweiz, 223.
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proche des troupes régulières. Selon une tradition, hi reine Herllie se Vit réduite à fuir devant leurs hordes cruelles et h se réfugier avec son oncle l'éveque Ulric d'Augsbourg au fort de Xeuchàlel. Walton, doyen de St-Gall, s'étant mis à la tête des gens de l'Abbaye, parvint à surprendre un jour ces terribles ennemis dans les ravins et les cavernes où ils avaient appris à se tapir comme des chevreuils. Il »'ii tua une partie et emmena les autres prisonniers au cloître où ils se laissèrent mourir d'inanition.
Dans un acte du règne de l{odol[)ht' l-' ou de Rodolphe II i UUU- 923) on voit paraître le nom de Turinibert, comte d'Ogo ou de (iruyère. Turimbert est le premier chef connu de ce petit Etat alpestre ^
Conrad, fils de Berthe et de i^odolphe II, fut couronné à Notre-Dame de Lausanne. La pensée de son salut et la crainte de la lin du monde, annoncée pour Tannée 1000, préoccupaient exclusivement ce prince dévot. Aussi lit-il de grandes donations aux couvents de St-Maurice, Payerne, Romainmùtier, Saint-Victor de Genève. On le voyait, couvert d'un froc, suivre tous les exercices spirituels des moines. Ce prince s'honorait du titre de pacififiue ei se borna à faire reconnaître son autorité dans la Provence et le Dauphiné, (jui avait été soumis à son père. Il ne crut cependant pas pouvoir se dispenser de marcher avec Olhon le Grand, son suzerain, au secours du roi de France, Louis d'Ontre- Mer, son beau-père, menacé par les Capétiens (1)40), ijui, avant la lin du siècle, devaient détrôner la dynastie carlovinj^ienne (UST"».
Conrad fit, (juehiues années plus tard, une campagne plus prulitalde à son peuple. Les Hongrois et les Sarrasins s'étaient jetés tous ensemble sur son royaume: rt'vèijiK^ de !lde, Rodolphe, avait péri sous les coups des premiers, et l'abbaye dc^ St-Maurice ain^^i ([ue le village de ce nom avaient été livrés an\ tlannne< pai" le> lior(le> sai'rasmes ('anipt-es ^lU" 1»' Saint-Reriiai'd (!)'i<h '. Coiii'ad e\('ila les Sal'^asl^^ l'diitre les Hongrois
' Oi^o (Hocli.u'iui) est le plus iincifii n()m (.'cliii de (IruyiTt' parait ilan^ iiiî :\c{c do Van 1177. Iliscly, Histoire du comté ih' (fruvtV^*. Lausauno, 185.'). l. J 1 , ;;.'..
"^ Les Sarrasins ou Arabes avaitMit jtaru eu Fraiirt» prps.iut» on ihi-uk^ toinps qu'on Espagne. On les trouve d'abord à Ninies (710), ;\ 'ioulousc ensuite (721), en Proveuee (730). Hattiis à Poitiers (73!)) et expulsés de Narbonne (759), on les retrouve en Provence et eu Oaupliiné (^^^i^-î^Od). Le mont .loux ou Saint-Hernard était leur ([uartier général vl leur boulevard dans les Alpes. r)e là ils portaient leurs invasions jus(pfii Avenehes et Neueliàtel. Le fort de Fraxinet. capitale des po.ssessions sarrasines en France, en Italie et en Suisse, tut pris par (luillaunie. comte de Provence, et l(>s Sarrasins anéantis par ce seigneur appelé jiouf cet exjdoit le Père de la Patrie.
et feignit de vouloir leur porter secours. Puis, quand il les vit aux. prises et affaiblis par leurs pertes réciproques, il fondit sur eux. avec son armée et les tailla en pièces (952-54)'. Les Sarrasins ne disparurent cependant pas totalement; car plusieurs années après que le roi Conrad eut transporté sa résidence des bords du Léman dans la cité de Vienne en Dauphiné (960), nous retrouvons leurs hordes barbares occupant le Mont Joux ou Saint-Bernard dans le Vallais. Une bande de 1000 Sarrasins, cantonnés dans les montagnes de ce pays, fit prisonnier, à Orsières, sur la Dranse, le vénérable Mayeul d'Avignon, abbé de Payerne, l'un des conseillers de la reine Berthe. Ils le retinrent pendant toute une année enchaîné dans un antre et ne le relâchèrent qu'au prix d'une rançon de 1000 livres que la congrégation de Cluny, dont Mayeul jetait le chef, dut leur faire compter sur place.