‹ Histoire de la confédération suisse (volume 5)Chapitre 19 sur 72 · RéTolte et soumission des seigneurs bourguignons · texte numérisé non relu

RéTolte et soumission des seigneurs bourguignons

li» Trêve de Dieu.

Origine des maisons de Savoie et de Zseringen.

Les seigneurs de la Bourgogne persistaient à refuser obéissance au l'oi des Allemands. Eudes, comte de Champagne et neveu du dernier roi se mit k leur tête et s'empara de Moral et de Neuchâtel où il plaça des garnisons (1033). Conrad marche sur la Bourgogne transjurane et se fait proclamer roi k Payerne (2 février i033). Contraint par un froid excessif de renoncer au siège de Morat et de Neuchâtel, il les soumet l'année suivante. Genève, dont le seigneur nommé Gérold tenait pour Eudes, est obligée également d'ouvrir ses portes et de reconnaître Conrad qui se fait couronner. Une assemblée des grands de la Bourgogne réunie k Soleure reconnaît Conrad et son fils empereur api'ès lui sous le nom d'Henri III (1038). La dernière résistance tomba par la soumission des comtes de Genève et de Haute-Bourgogne. De grands excès avaient été commis dans cette guerre, où un général italien, le marquis Boniface, fit couper le nez et les oreilles aux prisonniers de Morat.

C'est au milieu de ces luttes cruelles que prit naissance la bienfaisante institution de la Trêve de Dieu. Touché des malheurs de son peuple, Hugues, évêque de Lausanne et fils illégitime du dernier roi, convo- ({ua k Mont-Biond sous Lausanne un synode des prélats de la Transjurane (i03G). On y voyait les archevêques de Besançon, de Tarentaise et de Vienne en Daupliiné; les évêques de Bàle, Belley, Genève, Maurienne, Aoste, Sion. Cette assemblée défendit, sous' peine d'excommunication, de faire la guerre pendant neuf mois de l'année et défendit également d'arrêter un serf, un villageois, le marchand ambulant et le moine inofïensif. La Trêve de Dieu, qui rétablissait la paix publique et assurait la sécurité aux agriculteurs, fut accueillie avec de grandes

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démonstrations de joie. Le peuple se porta en foule au-devant des évêques, des rameaux verts à la main et criant : Paix, paix ' î

Le Xr"« siècle est marqué par l'apparition de plusieurs maisons souveraines, dont la plus im[)ortante est celle de Savoie. On regarde comme le fondateur de cette dynastie, lïumbert aux blanches mains, comte d'Aoste et de Maurienne. Ce seigneur, connu (Tabord comme l'un des conseillers de Rodolphe \\\ ou de sa femme Irmengarde, s'était dévoué à la cause de Tempereur Conrad, dont il renforça avec ses troupes l'armée d'invasion pendant la campagne de I0I]4. Il en fut récompensé par la possession des passages des Alpes vallaisannes, cotliennes, grecques (10»IG-r)0) *.

Les libéralités du même monarcjue donnèrent naissance aux comtes de Neuchàtel, issus des sires de Fenis, dont le château était situé près de Cerlier, aux bords du lac de Bienne'.

A peine établis, les comtes de Savoie rencontraient de puissants rivaux dans les comtes du Genevois, dont le territoire embrassait toute la contrée environnante de Genève et d'Annecy.

Le même siècle voit surgir les sires de Za?ringen, ainsi nommés (rnn château situé dans le Brisgau et (pii prirent W titre de ducs, lorsiinOii leur eut donné la Carinthie et la Hour^o^ne. Il iTv eut jamais de duché de ZaM'ingen proprement dit. IMus [)ui^sant alors (|ue tous ces seigneurs était le fameux Rodolphe de Rheinfelden dont les faits et gestts tiennent une si grande place dans la lutte du trône et de Taulel.

•^. I^iitte €lu Irôiio o< de raiitel. — Kodolpho do ICliriiif'oldoii. vice-roi vu Alleiiniiiiiie ei cii lSoiii*i;<»uiio.

Rodolphe de Rheinfelden était frère utérin tin l)elli(]ueu\ t'vèqut^ Werner de Habsbourg, et possédait déjà de riches alleux eu Argovie et dans rUechlland, l()rs(|ue Agnès, veuve de Henri lll cl mère de l'empereur Henri IV y ajouta, avec la main de sa lille, le duché de Souabe el le rectorat de Bourgogne (lO')?). l^endant plus de vingt ans. le pays (|ui se nomme aujourd'hui la Suisse, se trouva soumis à Rodol[ihe, devenu niie sorte de vire-roi de ce j)ays el qui avait \\\ê sa résidence à

' I/aii;iIt»uN(Mlii nom dt» ^f<mt-]\i<)H(l vt d»» Ixonumt on latin a lonutomps accnnlitL^ rcrrciir ([iio la Trrvi» do 1)|(M1 avait, rtô jnr«'0 dans rott(^ doinirrc ville. Fond, Kélicites !i(). (iin^iiis, la Trnr dr Dieu (l<uu< la TransjunDu-.

'^ ("ibraiio, Tahlan chwnohhjiiiur dr r Ilistnirc </«' Savou\ papo 1. 1/origino oxacto (îilloniand«» ou romando) d(> la niaistui dt^ Savoio ost encore un objet de controvoi'so ontn» los onidits.

^ Frodoric de Chanibrior, Histoire de Xik, Ji'lt,!. lo.

Zurich, siège d'un certain commerce et parfois de diètes impériales comme celle qu'y tint en 1004 et 1018 l'empereur Henri II. On aurait pu lire sur les murs de cette ville déjà fière de sa prospérité l'inscription : C'est ici la noble Zurich, riche de tous les biens ^.

Mais un but plus élevé fut offert à l'ambition de Rodolphe de Rheinfelden. A la mort de l'empereur Henri III, un prélat audacieux, l'archevêque Siegfried de Mayence, proposa d'élire Rodolphe à l'empire au heu de Henri IV fils de Henri III. Ce dernier cependant l'emporta, et Rodolphe de Rheinfelden, comme les grands vassaux de la couronne, prêta le serment d'hommage qu'il devait violer peu d'années après, lorsque le pape Grégoire VII eut excommunié l'empereur Henri IV dans la grande lutte du trône et de l'autel.

La cause de cette lutte fut que les empereurs franconiens, suivant en cela l'exemple de leurs prédécesseurs de la maison de Saxe, prétendaient au droit de confirmer les papes et à celui de donner l'investiture aux évêques et aux abbés, par la crosse, Vanneau et le sceptre. Les rois allemands fondaient ce droit sur la position que les prélats occupaient dans l'empire, où ils étaient princes temporels, possédaient comme tels de grands domaines et commandaient à de nombreux vassaux.

Mais l'archidiacre toscan Hildebrand, homme célèbre par sa vertu et son génie, étant devenu pape (1073) sous le nom de Grégoire VII, combattit la suprématie de l'État sur l'Église et y opposa le principe contraire de la suprématie de l'Éghse sur l'État. Il s'éleva contre la simonie ou trafic d'argent qui accompagnait souvent l'élection ou la confirmation des prélats par les laïques, et condamna le mariage des prêtres, le déclarant incompatible avec la dignité et l'indépendance du saint ministère. Il défendit, sous peine d'excommunication, d'entendre la messe d'un prêtre marié (1074-75)*.

L'empereur refusa de se soumettre aux décisions papales et fut soutenu dans sa résistance par beaucoup de prêtres et d'évêques qui trouvaient le célibat obligatoire en contradiction avec le texte de l'Écriture. En revanche, les Saxons, nation opprimée par Henri IV, prince dissolu et cruel, se soulevèrent contre ce monarque et implorèrent la pro-

^ Nobile Turegum multarum copia rerum. Bertoldi annales ad annum 1056. Pertz.

^ « L'Église, écrivait Grégoire, ne sera délivrée de la tyrannie des laïques, « qu'autant que les prêtres seront d'abord affranchis de leurs femmes... Le pouvoir « des rois, écrivait encore Hildebrand, est une invention de Satan. Le siècle où « nous vivons est un siècle de fer. C'est du chef de l'église que doit partir l'amé- « lioration, la réforme. C'est à lui à combattre à mort le mal partout où il s-e « trouve. » Gregorii Épistolœ.

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tection du pape. Henri IV fat cité à Rome, sous j)eiue d'excumniunication. Mais il refusa de paraître et réunit k Worms un concile de 24 évoques allemands, qui décidèrent de ne plus reconnaître Gré^C'oire VII comme chef de l'Eglise, et envoyèrent l'évêque de H.ile, Hour<^ard d'Asuel, en Italie, pour engager le haut clergé de la péninsule à imiter leur exemple (107f)).

A cette nouvelle, Grégoire excommnnie Henri IV et ses partisans. Enhardis par l'anathème, Siegfried, archevêque de Mayence et HerthoM de Zœringen réunissent les seigneurs de leur parti à Forchheim, déposent l'empereur et nomment un nouveau roi dans la per>onne de Rodolphe de Rheinfelden (15 mars 1077). Henri IV, de son côté, fait élire un nouveau pa[)e par les évêques qui lui étaient dévoués, et ôle le duché de Souabe à Rodolphe de Rheinfelden pour le transmettre à son partisan, Frédéric de Hohenstaufen (1079)'.

Tout l'empire se divisa entre les deux rivaux. Une grande partie des seigneurs de l'Allemannie embrassèrent la cause du pape et de son protégé Rodolphe de Rhcinfelden^ La ville de Zui'ich. raïK'it'iiiit' résidence de Rodolphe el la partie bourguignonne ou romande, au contraire, se prononcèrent pour le l'oi et contre celui (pie ses ennemis appelaient par dérision l'antiroi ou le roi des prêtres (PfalTenkœnig).

L'évêque de Lausanne, Rourcard d'Oltingen, prélat marié, était le chef du parti impérial dans la TraiKsjurane. Excommunii' pour avoir pris part h la déposition de (irégoire VII, il combattit justju'à sa mort pour la cause d'Henri, (jui en avait fait son chancelier à la cour et son porte-étendard sur les champs de bataille. Les troupes de ce prélat guerrier, jointes ii celles d'Othon, évèque de ('onstance. et de Rourcard d'Asuel, évêque de Râle, portèrent le fer (H le feu sur les terres île Rheinfelden. Mais la petite armée épiscopale fui battue à jilate couture par Rerlhold II de ZaM'ingen, beau-frère de Rodolphe île Rheinfelden (jui mutila hideusement les i>risonniers (1078),

PiMidant trois ans, rAllemague dont noire pays faisait partie, fui le théâtre d'une lutte acharnée, (chaque monastère, chaijue donjon, chaque village, bit tour à loui' la ju-oie {\i'> deu\ |»artis. La bataille de rLUi.'i-. en Thui'inge, mit un terme aux pia'ttMilions île RlieinleldtMi. Il \ eut 1 1

' TIohonstauftMi ; co nom rélol)ro est relui crun cliâteau île la Soualie.

" Les ZaM-inijen, les Montt'ort, les Xellenbour!::. les Habsbourg:, les To!:«:enl»our.iî, les Kei^enshtM'.i;, les HiicIiIkm'ii et pliisi(Mirs prélats Les Len/lunirs; et l'aMx' 1*1ricli IIL (le St-(lall, restèrent, au euntraire, t'uièles î\ Henri IV avee les évëqnes lie C'oire, Hàle, Auu'slieurir, l'ou-itaïu'e, Strasitouri;. Les Len/l)(Uiri; reçurent en récompense le lamlgraviat du pays de /urieli, oiv aux Nellenl»ourg.

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main droite coupée d'un coup d'épée que lui donna Godefroi de Bouillon, créé, pour cet exploit, duc de Lorraine, et mourut le lendemain (15 octobre 1080) \ Le sort des autres acteurs de cette lutte fameuse ne fut guère moins déplorable. Grégoire VII, chassé de Rome par l'empereur, mourut dans l'exil à Salerne (1085). Victorieux d'abord, Henri IV se vit réduit à mendier son pain dans les rues, après avoir été dépouillé de la couronne par un fils dénaturé qui lui succéda sous le titre d'Henri V (1106). Ce dernier prince essaya plus tard de raviver la (juerelle des investitures. Mais abandonné par les seigneurs, il se vit contraint à signer le concordat de Worms qui, en laissant à l'empereur le droit illusoire d'investir les prélats par le sceptre, symbole de la puissance temporelle, reconnaissait au pape seul celui de conférer l'anneau et la crosse, symboles de la puissance spirituelle. Le choix des prélats fut accordé aux chanoines, contrairement à l'ancien droit canon qui faisait intervenir le peuple et le clergé réunis (1122).

Sous Henri V, Frédéric de Hohenstaufen, qu'Henri IV avait fait duc de Souabeou Allemannie, fut obligé de partager son duché avec Berthold II de Zaeringen, époux d'Agnès de Rheinfelden, son compétiteur. Berthold obtint pour sa partTavouerie de Zurich avec le titre de duc (1097). C'est là l 'origine de la domination des Zaeringen dans l'Helvétie allemande, c'est-à-dire des bords de l'Aar à ceux du lac de Constance.

La Transjui'ane obéissait en grande partie au comte Guillaume IIÏ de Bourgogne connu par ses sympathies allemandes et qui avait épousé la fille de Berthold IL Mais ce seigneur, dont la piété venait de se manifester par la fondation d'un prieuré de l'ordre de Cluny dans l'île de St-Pierre, fut assassiné peu de temps après par une main inconnue. Le même sort tragique atteignit son fils Guillaume IV, occis au pied des autels dans l'église de Payerne (1®^ mars 1127). Deux chevahers de sa suite, Pierre et Phihppe de Glane, qui avaient essayé de le défendre, périrent à ses côtés. Saisi d'un profond dégoût de la vie, le fils de Pierre de Glane se retira dans un lieu solitaire et y fonda le cloître d'Hauterive, aune lieue et demie du château de Fribor (Fribourg) (1137).

L'héritier naturel des comtes de Bourgogne était le comte Renaud de Bourtroçfne. Mais comme ce seioneur était hostile aux Allemands, l'empereur Lothaire donna la Bourgogne transjurane et cisjurane, avec le

^ On raconte que Eodolphe mourant se fit apporter sa main et s'écria avec l'accent du repentir: «Ah! cette main! c'est avec elle que j'avais juré fidélité à Henri. » Villemain, dans son Histoire de Grégoire VII, Paris, 1874, dit que c'est là la version des ennemis de Rodolphe, que ses amis le font mourir sans remords et content de lui-même. II, 290.

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litre de duc, à Conrad de ZcX'ringen, fils de Herthold II et oncle du dernier comte Guillaume (1 1^7)\ Renaud essaya de résister et combattit avec énergie pour les intérêts bourguignons et la liberté de son peuple (pro re burgunda et libertate suorum). Mais le sort des armes lui fut contraire et il succomba dans la lutte.

Le comte Amédée du Genevois soutenait la même cause et semble n'avoir pas été étranger à l'assassinat des comtes Guillaume III et IV, tombés victimes de leur dévouement aux Allemands et aux Zîcringen. Conrad et Amédée en vinrent aux prises près de Payerne six ans après le meurtre du comte Guillaume IV. Mais la fortune trahit ses elîbrts comme elle avait trahi ceux du comte Renaud de Bourgogne. « Depuis « ce jour-là, dit un annotateur du WI"'"* siècle, les Allemands [trt'valn- « rent sur les Bourguignons-. »

C'est ainsi que presque toute la Suisse actuelle se trouva réunie sous la loi des Za'ringen, ducs et recteurs du comté de Zurich (Zurichgau) et des deux Bourgognes.

a. Première croisade (lOîHi). — <>r«lres religieux et

militaires.

La pensée de délivrer le tombeau du Christ et de soustraire les pèlerins do la Terre-Sainte aux mauvais ti'aitcmcuts des infidèles donna naissance à ces expéditions d'outre-mer (ju on nomme les Croisades. Les Croisés, ainsi s'appelaient les pieux combattants, portaient une croix de soie ou de draj) rouge ou blanc sur ré[Kiiile. Co furent les papes (|ui prêchèrent les premiers et qui dirigèrent de loin la croisade : mais ils remirent à d'autres le soin de la conduire en personne. 11 y cul en tout dix croisades, et presque tous les pays chrétiens, sauf l'Lspagne. absorbée par sa ci'oisade inti'rieure contre les Maures, y prirent part\

Les habilaiils (les Alpes ne reslèi'cut pa^ eu arrière; on cite parmi lis chevaliers (pii lireiit partie de la [irciiiièia^ ii()i>ade, le cuinle Arnold

' Kopp, Gcschii'htc âcr riiUj. lhinih\ lOlîl, •I'"'' livre, \\.

• Indicateur (riiisloirr, de IsCd-Cl. Lu liataillc de rayorno eut lion on 1133, ("oininc l'a drcointM-t M. Schucinvli, arcliivist»' d'Ktat à KriliourL:.

•' L(> dt'iiart des (iruyéritMis ost racunti' en ItMiiu^s naïfs et tourhants par la tradition locahv « (,)nand ce vint le niomcnt ii(^ i>artir, les jeunes tilles baissèrent le « pont-h^vis et reniièrent les i)ortes du eastel. Mais ipianil le hanneret, armé de « toutes i)i(M'es, lit entenilre ees mots : < l'ars, (iruvère, reviendra iiui pourra. » les * jeunes (Jrnyériennes se mirent à pleurer et demandèrent si cette mer «pi'il fallait *■ traverser était ])lns irrande (pie ee lar le loni; du(piel il t'allait passer pour se « rendre à Notre-Dame de Lausanne. ^ IJridel, Conservateur sui>se.

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de Brienz, les sires de Kybourg, Thierstein, Wa3denschwyl, Grandson,, de Blonay, le comte de Rapperswyl, fondateur de la nouvelle ville de ce nom (en 1091), Guillaume l^'", comte de Gruyère, avec son fils Ulric, chanoine de Lausanne, et ses neveux ou cousins, Turin et Hugues. Cent vigoureux montagnards accompagnaient le comte Guillaume. Un autre personnage important de la première croisade était le noble Gebhard. abbé de Tous-les-Sainlsà Schaffhouse, que Godefroi de Bouillon, devenu roi de Jérusalem, fit gardien du Saint-Sépulucre (1100).

La première croisade a été chantée par le Tasse dans son poëme héroïque de la Jérusalem délivrée. Une strophe du premier chant est consacrée aux 6000 Hekétiens qui, si l'on en croit le grand poète, échangèrent le fer des houlettes contre celui des lances et des épées.

La première croisade donna le jour aux trois ordres religieux et militaires des Hospitaliers ou Chevaliers de Sain-Jean, des Templiers et des Chevaliers teutoniques. Le principal but de cette institution était de défendre la Terre-Sainte et de combattre les infidèles. Les Hospitaliers devaient y joindre, comme leur nom l'indique, le soin des malades \

Deux ordres purement l'eligieux se formèrent, avec l'approbation des papes, pendant les croisades ; c'étaient les Franciscains ou Cordeliers (1209) et les Dominicains ou frères-prêcheurs (1215). Comme ils ne possédaient rien en propre et vivaient des libéralités d'autrui, on les nomma les ordres mendiants. Très-peu de temps après la fondation de ces ordres religieux et militaires, nous les trouvons déjà établis, sous la protection des Hohenstaufen, dans la haute Allemagne, Les Templiers avaient des maisons à Genève et à la Chaux, près Cossonay ; les Hospitaliers avaient des commanderies à Buchsée, Fribourg ; les Chevaliers teutoniques, à Kœnitz près, de Berne, Sumiswald, Bàle, Zurich et à Freschels près de Morat. Les Franciscains et les Dominicains eurent des couvents à Bàle, Zurich, Berne, Genève et Lausanne ; les Franciscains seuls, à Fribourg, Lucerne et Soleure.

Le nombre des couvents avait, du reste, beaucoup augmenté depuis la fin du XI'"^ siècle. On comptait dans les diverses contrées qui forment aujourd'hui la Suisse, environ 100 cloîtres « servant k la fois d'éghses, d'écoles et de fermes-modèles '. » Une chapelle bâtie en 1061 par l'abbé de St-Gall, Norbert, sur les bords de la Sitter, donne naissance au bourg et au pays d'Appenzell (cellule de l'abbé).

^ Le costume distinguait ces ordres. Les Hospitaliers portaient un habit noir avec une croix blanche à huit pointes ; les Templiers un habit blanc avec la croix rouge ; les Teutons le manteau blanc avec la croix noire liserée d'argent.

2 Selon l'expression de M. F. Forel dans V Introduction du R^geste des documents de la Suisse romande^ p. 73.

LKS EMPEREURS DE LA MAISON DE FRANCOME. lOl)

LesXI'^'^et le XIl""^ siècles sonl les temps par excellence de> (luIKltloIl^ ecclésiastiques. Les papes, les empereurs, les priiices et les évêques ne semblent occupés qu'à octroyer des droits et privilèges aux églises et aux cloîtres ou à confirmer des chartes précédentes, ou bien encore à protéger les maisons religieuses contre les empiétements de tous genres et à régler leurs litiges avec les seigneurs et les cloîtres voisins. On s'étonne en parcourant les cartulaires et les livres de donations du nombre considérable de bulles papales et de chartes royales délivrées à cette é[)oque: toutes ces bulles et chat'tes n'étaient, sans doute, pas authentifiues. La fabrication de faux documents et la falsification des chartes n'étaient pas rares. Deux cloîtres de notre pays, Frienisberg près Aarberg, et En^elberi^ dans TUnderwald avaient là tiiste renommée d'être habiles dans l'art de simuler des actes lucratifs et de les munir de sceaux empruntés à des pièces authentiques '. Pour donner plus d'authenticité aux co[)ies de la charte de fondation de leur abbaye par la reine Herthe, le> moines de Payerne eurent la mauvaise idée d'y opposer de prétendus sceaux de cette pl•incesse^ Les falsifications de sceaux dont Saint-Bernard se plaint dans une de ses lettres (la 1 18'"^') étaient déjà anciennes. La fabrication d'actes faux ne l'était pas moins et remonte, en ce qui concerne notre pays, à la donation du roi Sigismond à l'abbaye d'Agaune ou Saint-Maurice (en ôLj). Le roi avait doté richement celte abbaye, dit riiistorien (lelpke; mais l'auteur l'a dotée plus richement dans son factum^ La fameuse Caroline par laquelle Charlemagne avait donné le Vallais aux évêipies de Sion a déjà été mentionnée dans ces pages. Les auteurs de ces faux documents étaient encore plus ignorants que rusés. Ils croyaient naïvement servir la cause du monastère ou de l'église à laquelle ils étaient attachés et (pi'ils envisageaient comme leur jmfn''' : c'est' l'expression dont se servaient les moines de Saint-dall en parlant de leur cloître. La falsification des actes ne s'est pas circonscrite d'ailleurs aux actes ecclésiasticjues.

Plusieurs (\('> chartes sur lesiinelles s'appnyaienl la libertt' des villes au Xlll""' siècle, celles de lierne, [)ar exeinjile. on! t'tt' «'jaleinent iiiteipolées ou fabri(iué(\s. « Les cliarte> le< plus grossièrement falsifiée>. dit «( un savant paléographe français, ('laienl adinistN (-unniie sincères.

' \\ atfciiw \ 1, (rcschichtr drr ShuK uml Ltuithchaft Urni. 1. ;U^. I.o savant bernois rapiit'llc à r(>tt(' oci-asion les fatissts (Iccrctalos ilos papos ot les 4(H» bullos |>a- Hult's ii'counuos taiistjos par M. .latlV, do In'ilin, et rcla sculeinont pour K\s temps antérieurs j\ 12H5.

■ liulii'dttur (Hustoirc, ISôS, 4""' année, 4H.

•' (.lelpke, Kirclu'injcH'hii'htt' (kr ^vhnri:, II, IJ:?.

ilO LES EMPEREURS DE LA MAISON DE FRANCOME.

« Les moines dont on attaque souvent la bonne foi quand il faudrait « plutôt constater leur ignorance en matière diplomatique, recevaient « souvent en dépôt dans leurs archives des actes qui portaient la trace « de la fraude. La chancellerie impériale n'était pas exempte de ces ei'- « reurs qui tenaient au manque absolue de critique paléographique'. » Au reste, les empereurs et les seigneurs ne se contentaient pas de doter richement les cloîtres et les églises ; ils se plaisaient aussi à les embellir de sculptures et d'œuvres d'art magnifiques comme la table d'or dont Henri II fit don à la cathédrale de Bâle et qui est aujourd'hui l'un des principaux ornements du musée de Cluny à Paris, et si l'on en excepte les abbayes de fondation royale comme Saint-Maurice, Payerne, Einsiedeln, la plupart des cloîtres doivent leur naissance aux dynastes et seigneurs de la partie allemannique et de la partie romande ou bourguignonne de notre pays. Aux couvents se joignent, depuis le VIII"'^ siècle, des chapitres de chanoines fondés également par les grands. Le plus ancien de ces chapitres (Stift en allemand) est Beromûnster en Argovie, institué déjà en 720 par le comte Béro de Lenzbourg et le chapitre de la collégiale (Gross-Miinster) de Zurich, dont on fait remonter l'établissement définitif à Charlemagne'^

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