‹ Histoire de la confédération suisse (volume 5)Chapitre 23 sur 72 · I»ierre de Savoie, le l»etit t liarleuiaKiie · texte numérisé non relu

I»ierre de Savoie, le l»etit t liarleuiaKiie

Quel que fût le progrès des confédérations, il n'était cependant pas encore arrivé à un degré de consistance qui permît an\ villes et aux peuples libres de se passer entièrement de l'alliance ou du patronage de certains seigneurs puissants. C'est ainsi fjue les Bernois et leurs alliés du Hasli et de Morat, inquiétés par le comte Hartmann V de Kybourg, résidant à Berthoud , se virent réduits à implorer la protection du fameux Pierre de Savoie, comte de Bomont, le >ixième des huit fils du comte Thomas F'" de Savoie, (pii remplissait, dès 1:2:5:2, dans la terre romande, le rôle décisif que l{odol[)he de Habsbourg, plus jeune de (|uinze ans, commençait à jouer depuis peu d'années dans la terre allemande". I^ierre accéda avec joie aux vœux des Bernois : mai>. aussi habile que brave, il se fit donner par le loi (inillaume de Hollande (7 mai 125')). le titre de protectcuf ih' la Bouv(fo(ini\^\\\\ lt','itimait son intervention, puis travailla à agrandir la ville de Berin' cl posa lui-même la première pierre d'un pont dont le comte de Kybourg, 1 Vnuemi de cette ville, avait cherché à empêcher la construction. Beiiu', il est vrai, dut payer cher cette protection, en j)rêtant honunage au comte de Bomont comme russule. Mais après avoir servi fidèlement Pierre dans plusieurs de ses expéditions, les Bernois |)arvinnMit à se délier, après la bataille de Chillon, d'un vasselage incompatible avec la dignité d'hommes investis de la liberté impériale. Moins puissante (jue Berne, la ville de Morat Fi'cut pas la même chance et demeura vassale de la Savoie jusqu'au temps de la gueri'e de Bourgogne.

I/avénemiMit de Pierre ii la dignité de comte souverain de Savoie, en 1-N)i), vint accroître beaucouj) son poiiNoir. La plupart chevilles l't seigneurs de la réuMon oi'i'identale, Bonioiil. Une. Paverne. Anbonne.

' A. lllils^lt'l^ \'rrf<(s.'<i()i(iS()fSi'}urJitr ron Ihiscl, 1S(U"), IJS.

^ riiMTc porta Ictitrr do comiv de Hoinont depuis IlMO justiirau Jour do son avénonuMil au trùuc dos comtos souverains di» Savt)io et l*i«'Mu<tut en \2^y^. Piorro était no (Ml rJO;i à Suso ot avait ôtô oloro ot ju-ovùt dos cathôdralos d'Aosto, Gonôvo et liausauuo. 11 (juitta los (U'dros à la mort do sou poro (lL':»-M. Voir Cilirario, réniinent histtuiou dt> la uiai^ou do Savoie, et Wurstemliorgor, le judicieux biographe du <"oiul(> rioirc».

132 KKS TEMPS DE l/lNTERRÈGNi:.

Estavayer, Moudon, Yverdoii, Cossoiiay, Gerlier, Gumineii, P'rutigeu dans le Sibenthal, Corbière, Arconciel et Illens aux portes de Fribourg, furent achetées, obtenues ou conquises sur leurs seigneurs ecclésiastiques ou civils. Plus lieureux que le duc de Zœringen, Pierre contraignit Tévêque de Lausanne k lui céder plusieurs possessions et celui de Sion à lui rendre ses possessions dans le Vully. Le comte de Neuchcàtel-Nidau lui pi'êta hommage pour plusieurs fiefs (1265). Le comte Rodolphe 111 de Gruyère, bienfaiteur d'Hauterive, ploya le genou devant Pierre à Homont et lui remit en alleu le château de ses pères que ce seigneur rendit ensuite en fief à un parent du comte. L'avouerie de la ville de Vevey avait élé également cédée par Rodolphe de Gruyère au comte Pierre qui l'agrandit vers le port. Le comte du Genevois lui-même, le comte des Vandois et des Genevois, comme il s'intitulait, auquel le Petit CImrlemagne (c'est ainsi qu'on nommait Pierre) avait déjà enlevé le comté de Romont, dut reconnaître ce prince pour son souverain. Des châteaux forts construits à Evian, à la Tour près de Vevey (Tour de Peilz) et sur les murailles ruinées de Chillon, étaient destinés à assurer ses conquêtes.

De tous les peuples environnants, un seul presque restait debout, refusant de servir à quelque titre que ce fût. Deux fois Pierre porta la guerre dans le Vallais; il prit d'assaut Sion et Martigny et remplit les souterrains de Chillon de prisonniers vallaisans (1266). Enfin la paix se fit et la rivière de la Morge servit de limite entre le Vallais épiscopal et le Vallais savoyard.

Un ennemi plus dangereux, Rodolphe de Habsbourg, assiégea un jour le château de Chillon avec 15,000 hommes allemands et romands. Le plan de Rodolphe était de dépouiller la Savoie de tout ce qu'elle possédait dans la terre romande du chef de Marguerite de Savoie, femme de l'avant-dernier comte de Kybourg, mort en 1264. Mais Pierre fondit à l'improviste sur l'armée habsbourgeoise et la mit en déroute (1266). Il alla ensuite mettre le siège devant Laupen et Fribourg, où il eût fini par arborer la croix blanche de Savoie comme dans tous les bourgs environnants, si la paix, signée au Lœwenberg sur le lac de Morat (8 septembre 1267), n'eût mis fin aux prétentions réciproques des deux grands antagonistes.

Dans toutes ses entreprises, Pierre s'aidait de l'or et des archers anglais qu'il avait pris à sa solde. Le roi d'Angleterre, Henri 111 Plantagenet, avait épousé sa nièce Eléonore et comblé Pierre d'honneurs et de seigneuries au gi-and mécontentement des barons et des bourgeois (pii se liguèrent pour arracher au roi « l'exécution de la grande charte

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et Texpiilsion de:^ étranizers '. » Un autre protecteur de Pierre lil était le frère du roi d'An^crleterre, ce liichard de Cornouailles qu'une parti»' des électeurs avaient fait roi des Allemands en 1-Î57; c'est à ce pi'ifice. son neveu, que Pierre de Savoie dut la cession du fortin impérial d»* Guminen sur la Sarine, qui reliait Berne et ^Iorat^ Peu s'en fallut. « comme dit M. Vulliemin, (jue le Petit Charlemagne, après avoir rejeté « son rival au delà du cours de l'Aar, ne renouvelât le royaume d»' « Bourgogne et ne donnât à sa maison une direction vers le nord <|ui (( l'eut fait entrer dans une voie bien différente de celle (|n'(*llrasuivie\))

Mais Pierre, épuisé par une vie orageuse, ne songeait déjà plus (ju'â se reposer en faisant â Chilloii de petites courses en bateau -iir le lac, ou en écoutant les chants de son troubadour Ferrato. Peu de tcuqiaprès il mourut (le IGmai l^GS) et reçut la sépulture à Tabbaye de Hautecombe, la nécropole des princes de la maison de Savoie *.

On peut reprendre dans le Petit Cliarlemagne une ambition excessive et qui n'était pas toujours scrupuleuse sur le choix (h'> movens. Mais la postérité lui tiendra com[)tc de l'usage qu'il a fait du pouvoir en faveur de ses peuples. Législateur éclairé et bienfaisant, non moins que vaillant capitaine et habile politique, I^ierrc de Savoie est le premier prince qui ait doruié des stafiifs (ji'iinnu.r avec le consentement des nobles et des plébéiens. A lui revient le mérite d avou" >Mnphli»'' la procédui'e, sidjstitué l'enquête â la torture el créé Varontt (jnifuit ilrs pauvres {\m existait dans les Etats-Sardi'>. Sous <n\\ rè.Mif. le pa\v fut divisé en bailliages, châtelhMiies, meslralies, et Moudou di'\inl If siège du bailli de Vaud. Des plaids annuels se tenaient dau> ehaijue châlellenie où le châtelain jugeait avec le concours d'honnues pi-obe- et XGVi^vs dans les lois '. Tue assemblée générale i\e> >eignenrs et de^ n)agistrats {\v<> villes doit avoii' (Mi lieu à. Morges (mi I-Tj'i.

<>. IC4mI<»1|»Ii<' <!«' llahslMMirt;. IiiiKl^ravo d* A ri;4»vi<' vi

«l'A IslK'f.

La mort de Pierre de SaMue ne chang(M ()as gi'and'ehost» ii la situation i\{) la tei're i-omaiide. La feiMnete du ronite Pluhppe, frère et suc-

' 'l'iiicirv, ('<)H(iiirtt' iT AtK/htcrrc, II, :V2'k ' K()j)i), (rcscliiclil(\ Hiirh IV, 2r»«;. Kn \'2')Ct. •' ^■^lIli(Mlli^, Ilistiinr dr la Confàh'ratum , 1, î)8. ' M. ('il)r:iri(> I«^ fait mourir à Chillon inrino (Stnrin <U Savoin. ISfi'J) ; MM. Forol

et VuUitMiiiii à ri(>rr(>-('Ii;itt'l.

'■ Ou ;i ]K\v\r mciut^ d'un i»('tit piirltMUiMit Nauilnis par. il à ros r«^imnunos ilont lo

134 LES TEMPS DE l' INTERRÈGNE.

cesseur de ce prince, maintint presque toutes les conquêtes, sauf Grasbourg et Laupen, qui passèrent à Rodolphe de Habsbourg. Si l'on en croit certaine tradition, ce dernier aurait cherché aussi, mais en vain, à s'emparer de Neuchàtel, dont la valeur de Philippe l'obligea de lever le siège (1269) '. Rodolphe fut plus heureux contre Rerne qui avait de nouveau recouru à la protection de la Savoie et attiré sur elle les armes du comte de Habsbourg. Ce seigneur envoya contre les Rernois son cousin Godefroi avec lequel il s'était réconcilié, et qui fit essuyer aux Rernois une déroute complète et leur tua 350 hommes (i27i). Un trait qui a quelque analogie avec celui de Winkelried signala cette journée. Un chevalier se précipita par ordre de son général sur le bataillon carré des Rernois et y fit une trouée dont profitèrent ses compagnons pour pénétrer dans cette phalange et la disperser. Les Fribourgeois avaient combattu sous les drapeaux des Habsbourg. Rs se rapprochèrent cependant des Rernois et signèrent avec eux la paix dans Téslise de Neueneck'.

Chaque jour voyait croître la puissance el la renommée de Rodolphe. Le peuple s'attachait de plus en plus à ce seigneur intrépide, habile et d'une affabilité extraordinaire avec tout le monde, sans distinction de rang. On eût même dit qu'il préférait à la société des nobles celle des bourgeois et des artisans, tant il se plaisait à fréquenter leurs ateliers et leurs abbayes. Combien de plaisir on avait à l'y voir apparaître avec son visaire à la fois riant et sérieux, son front élevé et chauve, sa haute taille et ce pourpoint bleu et râpé qu'il ne dédaignait pas de raccommoder de ses mains. Celui-ci l'avait vu dans les camps se contenter des premiers légumes venus, comme un simple soldat. Celui-là rappelait les aventures de sa jeunesse un peu trop joyeuse et ces facétieux récits excitaient le rire et rendaient son nom de plus en plus populaire. C'était avec un l'espect mêlé d'orgueil que le bourgeois de Rrem-

roi, son oncle, combattait l'établissement en Angleterre. Voir le contraire dans VHisfoire de la Covfcdératwn suisse de Jean de Muller, traduite par Monnard, II, p. 63 et suivantes. «■ On a commis l'erreur, dit aussi M. Vulliemin, de placer dès l'origine dans la constitution tout ce qu'elle devint depuis. »

^ Guicbenon, Maison de Savoie, I, 293.

- Kopp, Geschichie, Bucb IV, 290. Jean de Winterthour, dont la chronique rapporte le trait du chevalier que Gottfried de Habsbourg envoya à la mort, ne mentionne ni le nom de ce héros, ni le lieu et le jour du combat, ce qui a fait penser aux érudits bernois Zeerleder et Wattenwyl-Diesbach que cet épisode pourrait bien appartenir au combat de la Schosshalde (1289), et se rapporter au comte Louis de Homberg dont la chronique de Matthieu de Neuchàtel sur le Rhin dit que, s'étant trop avancé, il tomba percé de lances. Geschiclite der Stadt und Landschaft Bern^ I, 112.

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