‹ Histoire de la confédération suisse (volume 5)Chapitre 24 sur 72 · LKS TEMPS DE L'INTERRÈGNE · texte numérisé non relu

LKS TEMPS DE L'INTERRÈGNE

^crarlen montrait la demeure fortifiée que Rodolphe s'était choisie dans cette petite ville de l'Argovie'.

Au clergé seul Rodolphe restait encore suspect en sa qualité de gibelin et de partisan opiniâtre de Frédéric IL Mais le comte de Habsbourg, voyant la cause gibeline perdue sans retour, changea de drapeau, se fit guelfe et rechercha toutes les occasions de montrer son respect pour le clergé et les choses religieuses. Ainsi il fit recevoir à Zurich Tordre nouvellement fondé des moines augustins (1:200; ; il baisait de même avec recueillement les reliipies exposées à la vénération des fidèles de cette ville. Ainsi encore, se trouvant un jour à la chasse près de son château de Neu-Habsbourg, à trois quarts de lieue de Lucerne, il prêta son cheval à un pauvre prêtre qui, par un temps orageux, allait [lorter le viati(jue à un malade. Le prêtre ayant voulu lui renvoyer son cheval : < A Dieu ne plaise, dit-il, (pie je monte sur nu ciicviil qui ;i porté le corps de Notre-Seigneur » (l^fHî). Ce changement de conduite ravit le clergé, qui se montra dès lors aussi favorable au comte de Habsbourg (pTil lui avait été hostile précédemment.

De toute manière la fortune souriait ;i Rodolphe. Ce n'était plus ce petit seigneur réduit, comme un chef de bande, à mettre son épée au service de plus puissant que lui. Tant par héritage que par transaction, il était parvenu à réunir sur >a tête presque tous les domaines des Lenzbourg, des Kybourg, des Habsbourg et joignait le landgraviat de l'Alsace à celui de l'Argovie, sans parler des commissions importantes qu'il tenait de la couliauce des [)(mi[)I('>. Aiii>i les \Valtl>l;i'U('n l'avaient accueilli avec [)laisir pour leur bailli impt''ri;il, jiendant le temps de l'interrègne. Les Fribourgeois Tavaieul pii< pour hMir avoué (Schirinvogt), et comme capitaine (lt'> Zuricois il lit nut» l'ude guerre au baron de I{(;gensberg et ;i l'abbé de Saint-lial! i hJ(>i '. Les bourireois de Saint-(iall lui reniircul de niénic \c toiumaiideuu'iit de de leurs troupes. A Ràh^ aussi il avait des pai'tisans dévoués dans la société ou abbaye d(i rA'A^/Aw/\//y/^'/</, hostile ;i celle du l^firoijuri ipie dirigeaient les diMix plus grandies fanulles, celles des Moiieli et d(*s Schal- 1er, (h'vouées à l'évèipie Heini de Xeuchàlel, le (jualiii'ine des til< <lu comte lllric de Neuchàtel sur le lac de ce nom *.

' .Icaii ilt> \Vint(>rtli(pur. \.cs autres irsidcncrs t'avoritt^s do lloilolplio étaient lo château de Kyl»ourtî et crlni (1(> la ricMii* (St(Mii) à \Vm\o.

■ Kopp, liiicli III, (>')!. llcussler, l'JJ. A rahliayr ilii iVno*/»»/ appartouaiont oncorc les MaisclialU, les Kainint'rrr et les /u IvhiMU ; à ccWo i\o l'Ktotlc les KptiniliMi, lîanistein. etc. Les pnMniers avaient leur salle ;\ lM»ire à la ^fouchc, dans le plus atu'icMi quartitM- de la vill(> ; leurs adversaires à reuiirojt appelé 6VM/irM dans la jiouvell(> ville.

136 LES TEMPS DE l'LNTERRÈGNE.

Déjà en 12G7 Rodolphe avait pris les armes en faveur de la société de V Etoile, expulsée de la ville par l'abbaye du Perroquet. Quatre ans après la guerre recommença de plus belle. Rodolphe, dont la haine pour la maison de Neuchcàtel étouffait tout autre sentiment, livra aux flammes le cloître de Moûtier-Grandval avec plusieurs villages et le faubourg de Saint- Jean à Râle. Le but secret de ce prince était de contraindre les Ràlois à le recevoir pour bailli impérial, à l'instar des autres villes et peuples dont les milices avaient dû le suivre dans cette expédition. Mais l'évêque Henri avait su s'attacher beaucoup de gens par la protection accordée aux métiers et l'octroi d'une Handfeste qui consacrait les franchises et droits de la bourgeoisie concernant l'élection du conseil et du bourgmestre. Pour mettre le faubourg situé sur la rive droite du Rhin à l'abri d'un coup de main, il l'avait fait entourer de fossés et de murailles et l'avait élevé au rang de ville. De là le nom de Petit-Râle sous lequel on le désigne depuis lors. Aussi, ni menaces ni séductions ne purent décider les Ràlois du parti épiscopal à se soumettre. La mort du bourgmestre de Marschalk, tué dans nne sortie, et la mutilation des prisonniers auxquels Rodolphe fit couper le poing, ne purent abattre leur courage'.

Un événement inattendu vint mettre fin à ces cruautés. Les princesélecteurs réunis à Francfort sur le Mein pour nommer un roi, s'accordèrent à mettre Rodolphe sur le trône (29 septembre 1273). L'archevêque de Cologne avait le plus contribué à cette élection ^ Il écrivit en termes flatteurs pour le comte de Habsbourg au pape Grégoire X qui confirma l'élection avec plaisir, lorsqu'il eut appris que Rodolphe renonçait aux prétentions de ses prédécesseurs sur les États de l'Eglise. Cet engagement, Rodolphe dut le réitérer solennellement deux années après, dans une entrevue qu'il eut avec Grégoire, à Lausanne, à l'occasion delà dédicace de la cathédrale de cette ville (1275) \

Au bruit de l'avènement de leur ennemi au trône, les Ràlois parurent d'abord stupéfaits et indignés. Mais ils se remirent promptement et ouvrirent les portes de leur ville au nouvel empereur avec toutes sortes

^ Kopp, Geschichte, Bucli III, 650. Heussler, Verfassungsgeschichte der Stadt Basel, 134. Ochs, Geschichte von Basel, I, 398. Fechter, Die politische Emancipation der Handiverker Basels. Arcliiv fiir Schweizergeschichte, Band XI. 1856.

- On raconte que le pauvre prêtre de Meggen, auquel Rodolphe avait prêté son ^^ cheval, influença en sa faveur l'archevêque de Cologne dont il était devenu le chapelain, Tschudi.

^ Voir sur ce sujet la dissertation du chanoine Fontaine, le Père de V Histoire fribourgeoise, dont la belle collection de 70 volumes a servi de base et de canevas à V Histoire de Frihourg de Berchtold et au Becueil diplomatiqiie de Werro.

LES TKMI'S I)K L"I.NTI:RI\K(JNK. 1"j7

(le mar(juos de respect. Rodolphe y entra avec toutes su> troupes, ut la maison où il descendit au Seldenhof, fut décorée par la suite d'une statue de ce prince.

L'élection de Rodolphe répandit une joie générale dans la Haute- Allemagne. La plupart des villes envoyèrent des députations féliciter le nouveau monarque. Quand il partit de Rheinfelden, en octobre, pour aller recevoir, selon l'usage, la couronne de Charlemagne à Aix-la-Chapelle, des hommes d'armes de Râle, de Zurich, Soleure, Fribourgct Lausanne accoururent grossir son cortécre. Partout nn allait au-devant de lui et on lui offrait le vin d'honneur. Les seigneurs de Neuchàtel seuls ne partageaient pas l'enthousiasme public. Le comte Amédée refusa de s'incliner devant le coupeur de poiiu/s et se rapprocha de la Savoie, dont Tinfluence grandit dès lors de [)lus en [)lus dans la terre romande nu RoMANiE (Romania), comme rap[)elle un document de 1:^77. La Sarine (aqua Senonia) formait alors la limite entre les Romands et les Allemands '.

* Dans le partage des doux frères Guillaume et Hartmann, sires de Montagny. l'un d'eux reçoit le château de Belp avec juridiction, domaine et gens, ah aquù Soionia versus Allcmauniam, et l'autre le castruni ou château do Montagny, ah aqiià Senonia versus romanam ft'rmm. Acte du 28 novembre 1277. Ilidher. i'rkundenregister .

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