ÉTAT DE LA CIVILISATION
bourgeois de Neuenbourg sur le Rhin, coupables d'avoir refusé l'hommage à ce seigneur aussi débauché qu'inhumain (1272) \
La cruauté est un des traits distinctifs du moyen âge et fait contraste avec les fêtes brillantes et la riche poésie de cette époque chevaleresque.
La poésie du siècle des Hohenstaufen était à la fois religieuse et guerrière ; elle célèbre tour à tour les joies du printemps et celles de Tamour pur, ce printemps des belles âmes. L'épée, une croix, une rose, toute la poésie du moyen âge est là. Les poètes de cet âge sont presque tous chevaliers et se nomment chantres d'amour, Minnesinger en Allemagne, Trouvères ou troubadours en France ".
L'un des principaux foyers de la poésie chevaleresque était cette Thurgovie, déjà tant illustrée dans l'âge antérieur par ses hommes de guerre, de foi et de génie, et qui devait l'être encore au temps de Frédéric 11 par l'éloquence entraînante d'un prédicateur populaire, le Bridaine du XIlï'^^ siècle. Frère Berthold, ainsi s'appelait ce moine, était franciscain au cloître de Winterthour. Ses œuvres de charité lui donnaient un ascendant extraoï'dinaire sur le peuple. Le plus souvent, il prêchait en plein air, du haut d'un arbre ou d'une tribune improvisée. A la fm d'un de ses sermons, on vit des gentilshommes restituer les domaines acquis par la fraude et la violence de leurs pères. Un autre jour, une pauvre orpheline, tombée dans le vice par abandon et misère, confesse, en sanglotant, sa vie licencieuse. Qui veut servir de père et d'époux à cette jeune fille plus égarée que coupable, s'écrie le moine. « Moi, frère Berthold, » fit entendre une voix, et un homme de bien sortit de la foule. Le missionnaire bénit leur union devant tout le peuple et fit une dot de dix livres à la pauvre fille. Plus éclairé que la plu-
^ Albert de Strasbourg, écrivain contemporain, cité par Trouillat, II, 231.
^ Rabn compte 30 troubadours dans notre pays. Le plus illustre est sans doute ce Walthervon der Vogelweide (de la prairie aux oiseaux) qui chantait avec tant de feu et d'enthousiasme Dieu, son pays, les femmes allemandes et les Hohenstaufen. Les troubadours de la Souabe se réunissaient au château de Maneck, séjour du conseiller zuricois Roger Manesse, par les soins duquel les chants de 142 poètes ont été sauvés de l'oubli et réunis dans le môme volume. Au nombre des chants les plus curieux sinon les plus poétiques de la collection figurent les complaintes d'amour d'un pauvre bourgeois de Zurich qui, s'étant épris d'une demoiselle de la noblesse, en fut cruellement puni par les dédains de la jeune personne et de toute sa parenté. Les poésies de Hadloub ont paru à Zurich par les soins dii savant philologue M.-L. Ettmuller, 1838. Une étude sur les Minnesinger de la Suisse, par A. Daguet, a paru dans le Musée des familles de Paris, 1843. G. Wackernagel et Rieger ont fait Walther von der Vogelweide, Franconien de naissance ; Kurz le revendique pour la Suisse; le célèbre Uhland partageait l'opinion de ce dernier.
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pari (Je ses contemporains, le franciscain de Winterthour blâma sévèrement un mari qui voulait quitter sa femme pour entrer dans un cloître. « Ou vous irez tous les deux au couvent ou vous continuerez « k vivre ensemble dans le lien conjugal. »
Les sermons du franciscain Bertliold ont été recueillis et figurent parmi les monuments les plus remarquables de l'éloquence religieuse et de la prose allemande au XIII™^ siècle '.
A la fin du XIII'"*' et au commencement du XIV"'*^ siècle, apparaît un autre cordelier, frère Jean de Winterthour, auteur d'une chronique latine composée vers 1340, imprimée également et à laquelle nous devons beaucoup de détails curieux sur les hommes et les choses des XIII"^« et XIV""^ siècles '.
Les cloîtres cependant avaient bien dégénéré. Dans ce Saiiil-Gall nai^uère encore le sanctuaire de la science, l'abbé de Hamstein ne savait pas signer son nom ^ A Lucerne, les chanoines n'étaient guère plus habiles et empruntaient la main d'un notaire pour écrire l'acte de vente de leur ville au duc d'Autriche (1201). La fui du XIII'"^' siècle voit s'établir les scholastifjucs, instituteurs à gages auxijuels moines et chanoines, dédaigneux de ce qui avait fait leur gloire, abandonnèrent le soin d'instruire la jeunesse.
Délaissées par une grande partie du clergé, h's lettres se réfugièrent chez les laïques jusque-là sans instruction, ignares même. Les villes bourgeoises établirent des écoles et envoyèrent leurs jeunes gens les i)lus distingués aux universités récemuKMit fondées de Bologne, Paris, Pise.
Les temps de Uodolphe de Habsbourg et de ses successeurs sont beaucoup moins propices à la poésie et à la science (]ue ceux des Hohenstaufen. Le règne de Rodolphe eut cependant un poète lalni très-i't*nomnié dans ('oru*ad de Muic. chanoine et urand chanti-e du Moiitu'ide Zurich. Peu cultivé lui-même, Uodolphe cependant honorait les savants et ne voulut d'antic j)airain de >a tille (iuta, l'eine de Holiènie. (ju(; son ami et compère (iOni'ad de MunM l-SL. (le p(teie. il (V^t vrai.
' FrÎTi' nt'rtliot t ('tait ur à liatislMMiiii^ et y nioiinu le l:'. ilt''i'oml>n' 1J7J. Mais lîcrîliol I api)arti«'nt à la Suisse par le Ioiilt séjour (|ii'il tit dans ce pays
- La nicilli lue édition do Jean d«» VViiitcitliour (\>t ndlo t|u'en a lioniu'»» M. (i. di' Wyss ' ans 1(> \1"" vidiiiiK» d(>s Anhiv fur M-hiitt:. C»r.«f(7iiW»^r. isr»(;. Jean de Wiiitcrtlioiir inoiuiit ncis 1:MS à Liiuiati, où il avait passé plnsipurs aiuuM's di» sa sic. 11 était né ù \\ intiMtliKiir. <i>iniin> il iu>uî> l'nppr nd djiis sa (•l»r(>iii([U('.
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