ETAT DE LA CIVILISATION
endroits il suffisait de posséder une maison, ou de posséder une propriété libre de la valeur d'un marc d'argent. L'usage s'introduisit aussi d'accorder la bourgeoisie à quiconque avait suivi la bannière en temps de guerre. Plus tard ces dispositions devinrent encore plus larges. On admit au rang des bourgeois, moyennant une contribution, les habitants du voisinage qui s'engageaient à remplir les devoirs du citoyen, à payer une redevance annuelle et à fournir un gage(Udel). Des villes, des contrées entières deviennent combourgeoises de la ville de Berne. On y admettait les serfs; les Juifs même n'en étaient pas exclus. A Payerne il suffisait d'épouser la fille d'un bourgeois pour le devenir. Mais le droit de bourgeoisie n'était pas héréditaire, il fallait que le fils du bourgeois se fît reconnaître tel k son tour et renouvelât sa bourgeoisie.
Le progrès des lois et de l'ordre public fut favorable au commerce, longtemps borné aux marchés et aux foires de localité. Les toiles de St- Gall, les étoffes de soie et les laines tissées de Zurich, les draps de Fribourg et de Berne, acquièrent quelque importance. Plusieurs de ces villes s'allient aux villes commerciales de l'Allemagne. Genève était Tentrepôt des épices de l'Orient, des fruits de l'Italie et du midi de la France : figues, raisins secs, amandes, sucre, gingembre, poivre, safran, etc. Le commerce d'argent ou banque était entre les mains des Juifs et des Lombards ou Caversches, placés tous sous la juridiction spéciale de l'empereur.
Les métiers gagnèrent beaucoup à l'organisation des tribus ou abbayes (Ziinfte). Nul ne pouvait s'établir comme maître s'il n'avait passé par les degrés ^'apprenti, d'ouvrier, fait son tour d' Allemagne pour se perfectionner dans son état, et s'il n'avait soumis à l'examen des prud'hommes ou anciens de la tribu à laquelle il devait être incorporé, un échantillon de son savoir-faire (MeislerslUck).
Dès le XIII™® siècle, la considération qui s'attachait aux métiers était très-grande. L'évêque de Bâle, Lutold, ne rougissait pas d'emprunter de l'argent au boucher Eppo (1213). L'empereur Rodolphe dînait un jour chez un tanneur de Bàle. Se voyant splendidement servi dans de la vaisselle d'or et d'argent chez cet artisan qu'il avait vu auparavant tanner ses peaux et exhalant autour de lui une odeur peu agréable : « Comment se fait-il, dit Rodolphe à son hôte, qu'étant si riche vous « continuiez cependant à faire un métier si sale? — C'est que c'est le « métier qui fait la richesse *. »
L'agriculture était aussi en progrès, grâce aux efforts des moines de
* Jean de Winterthour, 22.
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Saint-Benoit, dont la devise était : prière et travail. Ceux (J'Hautenve, cloître fondé à une lieue de Fribourg (1 137;, avaient défriché de leurs mains toute la contrée environnante. Même les jours de fête, ainsi l'avait permis un bref du pape Innocent III, on voyait ces vaillants cénobites cultiver le froment, Tavoine, les pois, les châtaignes, variant les cultures selon l'espèce et la nature des terrains. Si la fabrication des draps ou tisseranderie prospéra ensuite sur les bords de la Sarine, on le dut en partie à l'heureuse initiative des religieux, alors si laborieux, d'Hauterive. Une autre abbaye de l'ordre de Citeaux, Hautcrest, sur la Broie près d'Oron, fertilisa les coteaux du Jorat et î)lanta les premièi'es vignes du Dézaley, dont les crûs sont réputés les meilleurs de Lavaux '. Les moines de Fontaine-André à Neuchàtel, se livraient aux plus pénibles travaux de la terre et cultivaient la vigne de leurs propres mains (1209) *. Leduc de Za3ringen, en donnant des troupeaux de moutons à la colonie naissante de rUechtland, contribua ainsi à la création de l'industrie de la laine et en fit naître une seconde non moins lucrative, la fabrication des cuirs.
Les progrès de l'aisance, de la vie publique et des arts ne restèrent |)as sans influence sur la manière de bâtir et d'entretenir l'intérieur des villes. Les maisons, composées d'un seul étage, étaient alors pres(jue toutes en bois. De là les fré(juents incendies qui ravageaient les centres de population un peu considérables. Zurich, Saint-GalL BtM-ne, Bâle, sont presqu'entièrement détruits par le feu à la lin du XII""' et tin XIII'"" siècles ; Bâle, en particulier, le fut à deux reprises en 12r)S et en 1294 où GOO maisons brûlèrent. Quelques particuliers commençaient cependant à bâtir en pierre, à Berne, à Bâle, à Zurich et dans plusieurs villes. Mais ce ne fut guère (ju'un siècle plus tard ipie ce mode de construction devint un peu général en Suisse. Les maisons des citoyens n'étaient ni spacieuses, ni élégantes, ni commodes. Les chambres étroites et basses laissaient à peine pénétrer le jour par de rares et petites fenêtres aux carreaux de toile, de canevas, de corne ou de papier liuilt'. en guise de vitres. La |)einturesur verre avait conunencê à cj^tle êp»)i|ue. Les beaux vitraux de l'abbaye de WelliugiMi et ceux (]ui (HiiciiI la ros;it'»» de la cathédrale de Lausauiie sont altribuês an Xlll"" siè('le*.
L'historien d(i<> beanx-ai'ts ou Suisse, M. Balin, niiMitionne ('omine la plus ancieniH^ église du style gothi(jU(» primitif la cathédrale th» Saiiil- Pierre à (iiMiève. CaAIv de Lansaini(\ d'un clTel phis LM-aiidio>e. mai>
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