ÉTAT PK LA CIVILISATION
d'un style gothique moins élégant, lui est postérieure en date. La bâtisse de cette église avait déjà commencé avant Tan 119i, mais fut interrompue pendant quelque temps, puis reprise au siècle suivant où cet édifice et sa magnifique rosace faisaient l'admiration du célèbre architecte voyageur Villard de Honnecourt '. Le choeur de l'église des Gordeliers à Lausanne, et l'église de Moudon, un des ornements de l'architecture suisse, datent à peu près du même temps ' et appartiennent au style gothique primitif comme l'église de Valère à Sion. L'architecture civile était encore dans l'enfance comparativement à celle de l'époque romaine; mais elle fait quelques progrès. La chronique de Justinger cite avec éloge le frère Humbert, supérieur des Dominicains à Berne, où il bâtit non -seulement des églises, mais un beau pont en pierre sur l'Aar^
L'art architectural avait été longtemps entre les mains du clergé. Mais au XIIP"« siècle cet art se sécularise comme bien d'autres et donne naissance à la formation des corporations ou confréries laïques. Dès 1229, il est question à Genève de deux confréries, l'une vouée aux travaux de la cathédrale, l'autre à la construction des ponts*.
L'ameublement ordinaire était très-simple. Il consistait en une longue table pesante avec un banc fixé au mur, quelques escabelles et un bahut qui servait de garde-robe et de coffre-fort à la famille. Des lances et des hallebardes accrochées à la paroi complétaient le mobilier. Le luxe des lits était inconnu à nos bons aïeux du XIII™® siècle. Ils prenaient leur repos sur le plancher nu, sur une peau de mouton ou une paillasse grossière.
Le costume des confédérés à la fin du XIII"''^ et pendant toute la durée du XIV™® siècle n'était point ce pourpoint bariolé et tailladé avec lequel on se plaît à représenter Guillaume Tell et les trois Suisses. Une jaquette sans plis fermée par une ceinture et arrêtée sur la poitrine par une agrafe, des boutons et des aiguillettes, tel était le vêtement de nos ancêtres. Les manches ornées de broderies et une étoffe un peu plus fine distinguaient les personnes d'un rang supérieur. Un manteau de la longueur de l'habit et un chaperon achevaient la toilette du noble et des riches bours^eois.
Au combat, le noble s'avançait tout bardé de fer, c'est-à-dire revêtu
^ Album (le Villard de Honnecourt, Msc. éd. par Lassus et Darcel. Paris, 1858* '^ Rahn, Geschichte der hildenden Kïuiste, 374. 2 Rahn, 388.
^ Rahn, 401.