‹ Histoire de la confédération suisse (volume 5)Chapitre 35 sur 72 · A LA CONQUÊTE DE L'ARGOVIE · texte numérisé non relu

A LA CONQUÊTE DE L'ARGOVIE

(de 1353 A U15)

1. Défection de Broun. — Paix de Katisbonne et de Thorberg (135»-l»6»j.

Les ducs d'Autriche estimaient que la paix de Brandebourg avait fait purement et simplement rentrer Zoug et (ilaris sous leur obéissance et que ces deux vallées avaient cessé de faire partie de la Confédération. Zurich et les autres Etats de la ligue alléguaient, en revanche, que le traité en question réservant l'alliance per[>étuelle, les Glaronnais et les Zougois ne devaient prêter serment d'allégeance au duc que sous cette réserve. Les ducs portèrent leurs doléances au roi Charles IV contre les violateurs de la paix jurée. Ce prince avait intérêt en ce moment à ménager les Habsbour»:: dont il était d'ailleurs l'oncle par alliance. 11 se rendit en personne à Zurich pour aplanir le différend et ouïr les débats contradictoires des envoyés autrichiens et des magistrats confédérés (octobre 1353). Les premiers, non contents de revendi(|uer pour l'Autriche la possession de Zoug et Claris, renouvelaient les prétentions des ducs sur Schwyz et Underwald qui s'étaient, disaient-ils, injustement soustraits à leur domination. Les confédérés o[)posaient à ces prétentions les chartes des rois et empereurs précédents.

Des alfaires pressantes rappelant le monarque en Allemagne. Charles IV (juilta Zurich sans se prononcer d'une manière catégoriijue. mais en exigeant des Etats de la Ligue (ju'ils assurassent par écrit le duc d'Autriche de liMir iiit('ntion sérieuse d'ohsiM'ver le traité de Brandebourg.

Six mois après, en avril ['A')\, Charles IV revenait ;i Zurich et cherchait à obtenir des confédérés l'engagement de >oumettiv à sa sentence tous leurs dillerends avec le duc d'Autriche. Ce dernier comptant sur

HISTUIUK SUISSE. 16

une sentence plus favorable encore que celle du margrave de Brandebourg, avait accepté d'avance et de confiance son jugement. Mais c'était une raison pour que les confédérés ne se montrassent pas aussi disposés à l'accepter. Par déférence pour le chef de l'Empire, ils consentirent cependant, par l'organe du bourgmestre Broun, à se soumettre à l'arbitrage impérial, mais toujours soiis la réserve de leur alliance. L'empereur ne voulait pas entendre parler de cette réserve. Les chroniqueurs contemporains font parler ainsi le prince et les Zuricois :

« Vous, Zuricois, disait Charles IV, vous appartenez k l'Empire. « Vous n'avez donc pas le droit de conclure une alhance à l'insu et « contre le gré du roi ou empereur. Cette alliance est nulle et non ave- « nue. » — « Nous sommes gens simples et peu experts dans les affai- « res, répondaient les Zuricois, mais ce que nous avons juré, nous vou- « Ions le tenir. » Charles IV, les voyant inébranlables, parla alors de racheter Lucerne et Zoug pour les placer sous la mouvance de l'Empire, en indemnisant les ducs d'Autriche de la perte de ces deux pays. Mais les Habsbourg ne l'entendaient pas de cette oreille et se montrèrent courroucés de cette combinaison. L'empereur, ne voulant pas pousser à bout ses neveux, leur promit de joindre ses forces aux leurs pour soumettre les Zuricois.

Fort de l'appui du chef de l'Empire, le duc Albert II vint alors pour la troisième fois mettre le siège devant Zurich (18 juin 1354). A l'ouïe des armements de l'iVutriche, les confédérés s'étaient hâtés de secourir la ville de la Limmat et d'y jeter des troupes. Tout à coup le duc lève le siège de Zurich, va occuper Rapperschwyl qu'il s'était fait céder par le comte Jean, et ordonne de rebâtir les maisons des bourgeois et le château-fort. Puis il va reprendre le siège de Zurich, de concert cette fois avec Charles de Luxembourg qui arrivait à la tête d'une armée impériale (13 septembre). Aux levées d'une foule de seigneurs de la Haute et Basse-Allemagne, aux troupes de six évêques (ceux de Bâle, Coire, Constance, entre autres), s'étaient joints les contingents des villes impériales, parmi lesquelles on cite Bâle, Strasbourg, Schaffhouse, Constance, Soleure et Berne elle-même. En dépit du traité d'alliance perpétuelle qu'elle venait de signer avec les Waldstsetten, la ville des Boubenberg et des Erlach n'avait pas osé résister à l'appel du chef de l'Empire, ni enfreindre le traité conclu pour dix ans avec l'Autriche en 1341 et renouvelé en 1351.

L'armée assiégeante ne comptait pas moins, dit-on, de 50,000 hommes. Zurich n'avait à leur opposer que 1,000 guerriers pleins de courage, il est vrai, et dirigés par l'habile bourgmestre Broun. Celui-ci

LES lim ANCIENS KTATS. 2't3

donna une nouvelle preuve de son savoir-faire en arborant tout à cuu|» sur les tours de la ville V Aigle de sable en champ d'ur, ijui étaient les couleurs de l'Empire. Cet acte de soumission fut accueilli avec satisfaction par les villes impériales qui combattaient malgré elles contre une cité sœur; elles en profitèrent pour intervenir auprès de Charles IV en faveur de Zurich. Le prince, <iiii liii-iiième n'avait pris les armes que pour tenir la parole qu'il avait donnée au duc d'Autriche, céda auK représentations des villes, se retira avec ses troupes et laissa le duc d'Autriche continuer seul avec ses troupes le siège de la cité (li septembre). Mais le duc d'Autriche, réduit à ses propres forces, perdit res[)oir de s'emparer de Zurich et se renferma dans une guerre de dévastation et de bri^anda^^e également onéreuse aux deux partis. Les Zuricois surtout, dont les campagnes et les vignes avaient beaucoup souflert, soupiraient ajirès la paix. Une trêve fut conclue à la Saint-.ïacques (25 juillet 1355) et des négociations entamées pour une paix définitive à Uatisbonne, où séjournait l'empereur depuis son retour de Rome. Rodoli)he Broun dirigeait la négociation pour Zurich. Cet homme d'Etat, aussi déloyal qu'habile, consentit alors à signer ce fameux traité de Ratisbonne en vertu duijuel l'Autriche re[)renait tous ses droits sur les pays où elle avait exercé sajuridiction, et la ville impériale de Zurich s'engageait formellement à lui |)réter main forte pour cette revendication*. L'em[)ereur Charles IV donna sa sanction à ce traité.

Quoique Zoug et Claris ne fussent pas indiiiués nominativement dans ce document, ils y étaient désignés d'une fa(;on assez claire par les paroles qu'on vient de lire. Même en ce qui C(Micerne les prétentions des ducs sur rUnderwald, Schwyz et Lucerne, Ihoun se déclarait également prêt a les défendre par les armes, moyennant (jut» les ducs {parvinssent à faire la [)reuve de leurs droits devant un tribunal («niiposé de trois jugi^s autrichiens et de trois juges zuricois.

Le traité de llatisbonne trouva bon accueil à Zurich où l'on était las de la guerre. Les autn^s Etals de la Ligue, au contraire, se montrèrent indignés de ce (|u"il> envisageaient connue mit* trahison. Dans une tlièle lenue à Zurich, les Sclnvyzois suiioiil se prononcèrent avec vigueiu' contre l'abandon de l'alliance perpétuelle. Mais l'opiiuon dt>^ prudents l'emporta (>l la cause lui remise à l'empiM-iMn', auquel on (Mivova une dèputalion pour faire appel ;i sa bienveillance. Charles IV at'i'uedlit tavorablemenl les dt'pnltN el [u-oinil de s'ot'iMiper de l'alTan'e. |)an< l'in-

' L'alliiinct^ c<i ilti 2.» juillot. \,ti sanction imporialo ost tlii '2'k Segossor. eitïg.

Ahsrhinh- do 1215 ;i 11 'JO. JDl.

tervalle, les Waldstaetten, loin de continuer la guerre comme on Ta dit, songèrent également aux moyens de mettre un terme à la lutte qu'ils soutenaient depuis quarante ans contre TAutriche et firent la paix le 18 août*. Mais Broun, poursuivant sa politique particulariste et dénaturée, se rapprochait de plus en plus des ducs et signait un traité d'alliance offensive et défensive pour le terme de cinq ans avec le duc Albert II, l'ancien ennemi de Zurich et des confédérés (29 avril 1356). Ce traité réservait sans doute, pour la forme, les alliés de Zurich, Lucerne, Schwyz, Underwald, Schaffhouse, mais maintenait l'exclusion de Zoug et Glaris, en attendant que vînt le tour des autres. En échange, l'Autriche a;arantissait la constitution de Broun à Zurich*. Le puissant bourgmestre ne s'était pas oublié lui-même. Par un acte spécial qui ne fut écrit que trois ans plus tard, Broun recevait avec le titre de conseiller aulique (hofrath) 1000 florins de gratification et une pension de 100 florins qui lui était assignée sur le pays de Glaris, redevenu bailliage autrichien ^ En dépit des efforts des pâtres glaronnais et des Zougois de la ville et de la campagne, ces deux pays abandonnés de tout le monde, excepté de leurs frères et amis de Schwyz, s'étaient vus contraints de renoncer à l'alliance perpétuelle et de rentrer sous l'obéissance des ducs d'Autriche*.

Le chef de cette famille ducale était alors Rodolphe IV. Il avait succédé à Albert II, son père, surnommé le Paralytique ou le Sage, mort le 20 juillet 1358. Albert II avait été pendant plus de trente ans un ennemi redoutable et persévérant des confédérés. Mais à côté des mouvements d'orgueil et de dédain qui formaient le défaut capital de ce prince, il y avait place pour des sentiments nobles et généreux. Un horrible tremblement de terre ayant renversé en partie la ville de Bâle, de misérables conseillers, comme il s'en trouve toujours auprès des princes et des peuples, l'engageaient à profiter de ce moment pour assaillir les Bàlois avec lesquels il entretenait des rapports hostiles : « A Dieu ne « plaise, dit Albert, que je sois assez lâche pour tuer ceux que Dieu a « blessés. » Et il envoya 400 hommes de la Forêt-Noire pour aider les « Bàlois à relever leur ville. « A quelque chose malheur est bon. » Bâle sortit de ses décombres mieux bâtie et plus forte qu'auparavant.

Le nouveau duc d'Autriche, Rodolphe IV (1358 à 1365), était en-

^ Georges de Wyss, Indicateur d'histoire de Soleure, 1866, 43.

* Blumer, Jahrb. des liist. Vereins des Kantons Glarus, III, 235.

3 Blumer, Jahrb. von Glarus, III, 285. — Bluntschli, Gesch. der JRepublik Zurich, I, 242.

* Blumer, Jahrbuch, III, 232 j IV, 361.

core bien jeune, mais ne semblait pas moins destiné à donner un nouvel éclat à la maison d'Autriche, soit par l'acquisition du Tyrol, soit par son mariage avec la fille de l'empereur Charles IV. Cette alliance lui procura toutes sortes d'avantages et de concessions de la part de son beau-père. Il obtint entre autres la confirmation du titre de landgrave de la Bourgogne, accordé jadis au duc Léopold ^'■;il prit sur lui d'y ajouter celui de duc d'Alsace etdeSouabe, qu'il fit reconnaître dans une assemblée de ses vassaux àZofingueen Argovie. L'alarme déjà grande dans les Waldsta'tten à la nouvelle de cet accroissement de j)ouvoir, le fut bien plus quand on sut que le duc avait fait faire un pont de bois d'environ 4000 pieds de long, pour unir la ville rebâtie de Rapperschwyl à la terre ferme de la Marche et couper ainsi les communications de Claris et Schwyz avec Zurich. Berne, menacé déjà par le voisinage du duc comme landgrave de Bourgogne, se vit atteint directement par l'hypothèque que Charles IV accorda à son beau-fils sur les terres impériales de Laupen, Gumminen et du Ilasli soumises à cette ville. Ce fut bien pis encore lors(iu'on reçut de Charles IV l'ordre d'obéir au duc Rodolphe IV comme au bailli ou avoué choisi pour représenter l'empire à Berne et à Soleure (19 juillet i:]5S). Cette dernière ville, qui avait soutenu un siège contre l'Autriche quarante aus auparavant, s'en rapprochait maintenant au point de promettre son concours au dur contre les Wal(lsta3tten, sous la simple réserve que si les Bernois, ses plus anciens alliés, se mettaient avec les vallées forestières, Soleure no fournirait (jue cinquante hommes.

Mais heureusement pour les Waldsta'tten et pour leui's allit's d.' Berne, l'entente de l'empereur et de son beau-lils ne fut pas de longue durée. L'ambition démesurée de Rodolphe IV n'était pas assouvie par les concessions partielles de son beau-pèrt^ il croyait d'ailleurs avoir à s'en plaindre à cause de la Bri.LK n'ou, loi loinhinicntale (]ueCh;irlt'< IV avait édictée dans les diètes de Metz et de Xureinberg pour li\ei* l:i constitution de l'empire, et régler entre autres les droits et les alinluitions des sept princes électeurs (l;ir>(i). Hxclu de co collège électoral on d«'pit (les traditions ijui faisaient ifiniuiter sa niai>on au loni[i> do Julos César, le duc d'Autriche entreprit {\c roiivorsoi* roinporonr. Il tornia contrtî lui [uw coalition secrète dans laijuolh» ontrèreni uni* lonlo de puissants S(Mgneurs ecclésiasti(iues ot c\\\\> d(>s dt'ux Allomagnes. le comte de WurtoinluM'g, le duc de iiavioro. les «'vôtjuos {\o Conslam-o c\ i\o Bàlo. le comte de Xeuchàtol »M hs (1«mi\ mIIos iin|M'i lalo^ de H.ilo et de Zurich, où l'astre de Broun n'avait pas l'Osso do hure. Mais au moment menu» où l(»s atïairtN (lo> llab-honrj pr(MiaitMit ('clto tonrnnri^

240 LES HUIT x^NCIENS ÉTATS.

dangereuse pour les confédérés, la maison d'Autriche se vit frappée de plusieurs coups funestes. D'abord l'empereur Charles, irrité contre son beau-fils dont il suspectait les desseins, le contraignit à main armée de renoncer à ses titres usurpés de prince d'Alsace et de Souabe (i 360). Cinq ans plus tard, une mort prématurée enlevait le duc Rodolphe presque en même temps que la reine Agnès. Cette grande protectrice de la famille des Habsbourg s'était éteinte vers l'année 1364 à Kœnisfsfelden, sa résidence depuis près d'un demi-siècle.

L'avènement au trône ducal de deux jeunes gens, Albert III et Léopold IIL celui qu'on appela plus tard le Pieux, n'était pas fait pour relever les affaires de la maison d'Autriche. Elle venait, au contraire, fort à propos pour ranimer le courage des confédérés, celui des Schw7zois surtout, dont le malheur des temps n'avait pas éteint l'ardente sympathie pour leurs frères de Zoug. Ils saisirent avec empressement l'occasion de leur venir en aide. Aidés des campagnards de ce pays, notamment des gens d'iEgeri, ils occupèrent la ville et le pays et renouvelèrent l'alliance de 1 352 '.

Schwyz s'attribua dès lors un certain protectorat sur Zoug, et le droit de lui donner un ammann pour présider à l'administration du pays.

Les Glaronnais, moins favorisés, avaient dû reprendre leur position dépendante de l'abbaye de Seckingen et se soumettre au bailli autrichien résidant à Windeck. Il s'écoulera un quart de siècle jusqu'à leur complet affranchissement.

Les changements qui s'étaient produits dans la situation de la maison d'Autriche avaient aussi eu leur contre-coup dans la politique zuricoise. Lorsque l'alliance de cinq ans conclue avec les ducs par Rodolphe Rroun fut arrivée à son terme, les Zuricoisne jugèrent pas à propos de la renouveler (novembre 1361).

La mort du fameux bourgmestre n'avait pas peu contribué à ce résultat. Rroun avait cessé de vivre le 15 octobre 1360, la même année que Rodolphe d'Erlach; il fut inhumé avec pompe dans l'église de St- Pierre '. Mais tandis que Rodolphe Rroun mourait tranquillement dans son lit, Rodolphe d'Erlach, retiré dans son château de Reichenbach près de Rerne, expirait (si l'on en croit la chronique) sous les coups d'un vil assassin. Le meurtrier d'Erlach fut son propre bèau-fils, Jost Ru-

^ La date de 1356 assignée par les liistoriens à cette expédition est erronée. En mai loG4: Zoug était encore soumis à un bailli autrichien. L'événement doit s'être accompli immédiatement après cette date.

^ Bluntschli, Gesck. der EcpuhJik Zurich, I, 242.

LES HUIT ANCIK.NS ÉTATS. 2'i7

denz, gerililliomme d'Underwald, avec lequel le vainqueur de Laupen était entré en conllit [)Our la dot de sa fille, l'épouse de Rudenz. Les chiens de Rodolphe d'Erlach poursuivirent l'assassin qui réussit à se cacher dans les bois et à échapper au sup[)lice de la roue.

La politique versatile et cauteleuse de Rroun, cet Aratus de la vieille Suisse, comme l'appelle Jean de Muller, n'a pas empêché quelques-uns de nos publicistes d'admirer cet homme d'Etat. « Zurich, dit '( Bluntschli, a eu de [)lus grands hommes (|ue J^roun, elle n'en a pas '( eu qui l'aient emporté sur lui en tact et en vues politiques*. » A Rroun, homme d'Etat heureux et habile, mais vénal et sans foi, l'historien [>alriote doit certes préférer le généreux et vaillant défenseur de la République bernoise, dont les dernières années s'écoulèrent comme celles de Cincinnatus, au milieu des champs, non loin de la ville qu'U avait sauvée par son patriotisme.

L'occupation de Zoug par les Schwyzois avait failli provoquer de nouvelles hostilités entre la maison d'Autriche et les confédérés. Les Zuricois se posèrent en médiateurs et parvinrent à ménager un accommodement d'après lequel Zoug s'engageait à acquitter aux ducs les redevances accoutumées. Persuadés de l'inutilité de leurs elïorts pour amener en ce moment un état de choses plus favorable à leurs intérêts, les princes Albert et Léopold autorisèrent même Pierre de Thorberg, leur bailli en Alsace, Thurgovie et Argovie, ii transformer les trêves précédentes en une [)aix fjui reçut le nom de Thorberg, son négociateur (7 mars L]()«S-), fut renouvelée en 1309, [)uis en 1375 et 70 pour le terme de dix ans.

Dans le traité par lequel Zoug avait promis d'acquitter les redevances dues à la maison d'Autriche, on réservait le cas où le> ducs se décideraient h hypotlu'Mjuer leius droits sur le pays de Zoug aux Schwyzois, les protecteurs de la contrée, moyennant la sonnne de iUXKi llorins. HeureusemenI poiii- les Zougois celle Jiypothèiiue n'en! pa- lien. ear il aiu'ait bien |)u leur ('choir le sort de^ lialutanl> de Wieggis sur le lac des Waldsl;elteii (|Ui, d'aliii's de Lncei'ne. (le\iijrenl • en li)S()) ses sujets, lors(jue celle ville eut acliet»' le droit d'avouerie de la maistui d'Autriche sur cette commiiiie.

L'alliance de Wa'ggis avecLucerne datait C(»pendant de ralïraïu'lussomeiil même île celte villeet les Waldsta'tten v avaient adlien''. La t'onniunie

' niimtsclili, (icsrh. drr Ixt'puhlik Zurich, I. H.

* Sojicsscr, f«/(/. Ahschinh' de IlM.') à \\20, 2C>Î). — (i. tic Wyss, Induatmr d'hùitoirt', \ il"'" a II née, 30. — WatttMnvvl-l)i.>sl>acii. Htc Lamlschajt Bfni. II, 258.

de Waeggis avait contracté cette alliance de concert avec celle de Gersau. Mais cette dernière, plus heureuse que sa voisine, réussit à maintenir son autonomie. L'historien Kopp relève avec raison le peu d'équité des Lucernois qui trouvèrent alors tout naturel d'imposer aux gens de Wseggis un joug qu'ils n'avaient pas voulu reconnaître ni accepter eux-mêmes des ducs d'Autriche*.

2. Ordonnance des prêtres. — Invasion dite des Anglais. Conjuration de Kybonrg contre S»olenre (1365-138:3).

Les Waldstaetten, dont c'eût été le devoir de défendre la cause de Waeggis, ne firent rien pour elle. L'Underwald dans le même temps ne se faisait cependant aucun scrupule de prendre fait et cause pour les vassaux du sire Pierre de Ringgenberg dans l'Oberland, démohssait son château et retenait prisonnier ce seigneur, enlevé par ceux de Brienz pendant qu'il était à la pêche, et après avoir refusé avec menace d'entendre ses explications à la landsgemeinde. Berne, dont Ringgenberg était bourgeois, prit les armes deux fois et occupa l'Oberland. Les confédérés intervinrent à la prière d'Underwald, et un tribunal arbitral siégeant à Lucerne, sous la présidence de Tavoyer Petermann Gundoldingen, déclara l'alliance (Landrecht) conclue entre les vassaux de Ringgenberg et l'Underwald dissoute (juin 1381). La colère du peuple de l'Underwald se tourna alors contre les trois gentilshommes du pays qui avaient mené cette affaire, le landamman Jean de Waltersberg, Walter de Hunw^yl et Walter de Tottikon. Dans une landsgemeinde tenue à Wysserlen, on les exclut des fonctions publiques eux et leurs descendants (1382) \

En mourant, Rodolphe Broun avait laissé une famille puissante dont le chef était son fils aîné, Rruno Broun, prévôt du Grand-Moûtier ou église collégiale de Zurich. L'empereur Charles IV l'avait fait son chapelain et donné à son église la haute juridiction de plusieurs villages. Mais le prévôt Broun était un prêtre violent et de mauvaises mœurs. Associé à d'autres gentilshommes de sa trempe, il se mit en embuscade à Wollishofen sur la route de Lucerne à Zurich et enleva l'avoyer Petermann Gundoldingen qui revenait de la dédicace de l'église de la ville (13 septembre 1370). Cet attentat commis sur la personne d'un magistrat vénéré, chef pendant vingt-trois ans de larépubUque lucernoise, mit en émoi tout le pays et surtout la ville de Lucerne, qui

* Kopp, Urkunden, I, 165.

^ Businger, Die Gesch. von Undenvaldcn, Liizern, Meyer, 1827, 288 et suiv.

demanda à cor et à cri la délivrance de son avoyer et la punition des coupables au gouvernement de Zurich. Celui-ci avait alors à sa tête le vainqueur de Taetwyl, Roger Manesse (de 1300 à 1383), qui pouvait bien être un habile capitaine, mais qui était loin d'avoir l'intégrité d'un magistrat digne de ce nom. Ami de Broun, il refusa de faire justice. La bourgeoisie ne partageait pas les sentiments du bourgmestre. Au son du tocsin, elle se porta en tumulte hors de la ville et se mettait en marche pour aller délivrer le prisonnier lorsqu'elle apprit qu'il n'était {)lus à Wollishofen. Le lendemain, l'assemblée générale, composée de tous les bourgeois âgés de plus de seize ans se réunit dans le Grand-Moûtier : Broun et ses complices furent bannis du pays.

Peu d'années après un nouveau crime consomma la ruine de la famille Broun. Le coupable, cette fois, était le second fils du bourgmestre (jui, aidé d'un valet, noya dans le lac un parent de sa mère auquel il devait quelque argent. Le gouvernement d'Uri n'obtint qu'au bout de trois années de sollicitations et de menaces la punition du meurtrier: encore se borna-t-on à confisquer ses biens.

L'aiïaire du prévôt Broun donna lieu à une loi rédigée à Zurich le 7 octobre 1370 par les délégués des six Etats de Zuiii h, Liicerne, Zoug, Uri, Schwyz, Underwald. Elle était destinée à réprimer les excès des ecclésiastiques, dont plusieurs, ainsi que l^roun, se livraient impunément à des désordres de divers genres, grâce à l'exemplion des triliunaux civils. Cette loi, appelée le Code des prêtres ou PfnffenJnief, devint la base du droit public suisse en ce qui concerne les rapports de l'Eglise et de l'Etat. En voici les dispositions principales: « Les alTaires ecclé- « siastiijues exceptées, aucun prêtre ne citera un confédéré devant les « tribunaux étrangers. S'il le fait, le manger, le boire, le gîte, l'asile et « les tribunaux lui sont refusés dans les six Etats. Les routes doivent « être sûres pour l'indigène et pour l'étranger, et si quelqu'un soulïre « à ce sujet, les Etats confédérés y |)orteront remède. Doivent également « être interdites, les discussions, les attaijues personnelles, les exactions. « Quiconque se permettrait de pareilles choses doit être contraint à « payer des dommages-intérêts. Les droits di» l'abbesse de Zurich (^t d(' « révêcjuede Constance sont réservés \ »

La chute (V'i^ Broun eut encore pour suite un changement dans la constitution de Zurich, où les tribus se conférèrent It^ droit d'élire le petit CoFiseil (»t restnMgiurent le pouvoir excessif attribué par BnMin au bourgni(\«^tre (Li7in. L'onloiuiance rtMidiu^ à C(Mte occasitMi porte le

* Sogossor, <•«(///. Ah'^chirth' do lJir> à 1 120. .' 2 rt aiHUMulicr. 'MM.

2o0 LES HUIT ANCIENS ÉTATS.

nom de seconde constitution ou /^«^'^^^/^^(zweilergeschworner Brief).Une autre modification eut lieu à la mort du bourgmestre Manesse. Mécontents de ce magistrat qui, pendant son administration de vingt-trois ans, avait hypothéqué des propriétés de l'État pour payer ses dettes et accepté de l'empereur Charles IV les fonctions de bailli de Saint-Gall, le Conseil, les Tribuns et les Deux-Cents convinrent de donner deux chefs à l'Etat au lieu d'un seul qu'il avait eu depuis le gouvernement de Broun (1384). Chacun d'eux était six mois en charge et les bourgmestres cessant d'être inamovibles étaient élus comme le Conseil. Les deux nouveaux bourgmestres furent Jean Winko et le chevaher Rodolphe Schwend. L'histoire du tribun Sigbot qui aurait tenté d'opérer une réaction est dénuée de fondement * .

Peu de temps après la mort du duc Albert IL une invasion imprévue était venue mettre en danger la ville impériale de Bâle et menacer l'existence de la Confédération elle-même. Des bandes indisciplinées, qui se trouvaient sans ressources par suite du rétabhssement de la paix entre la France et l'Angleterre, s'approchèrent de Bàle. Aussitôt les confédérés d'accourir au secours des Bàlois au nombre de 1500 hommes, Bernois, Zuricois, Lucernois. Le chef de ces brigands, archiprêtre défroqué d'Italie, Cervola, ne jugea pas à propos de les attendre et s'éloigna en toute hâte (1365).

Dix ans après, de nouvelles bandes plus nombreuses menacèrent l'Argovie. Leur chef, le seigneur français Enguerrand de Coucy, réclamait la possession de ce pays comme formant la dot de sa mère, fille de ce même duc Léopold que les confédérés avaient défait au Morgarten. Pendant trois jours, les soldats de Coucy, auxquels leurs casques pointus avaient fait donner le nom de Gugler *, défilèrent devant Bâle couverts d'armures brillantes et montés sur des chevaux richement caparaçonnés. Un péril commun menaçait les Suisses et les ducs d'Autriche. Berne et Lucerne le comprirent, et joignirent avec d'autant moins d'hésitation leurs troupes à celles de ces princes que la paix de Thorberg venait d'être renouvelée à Rheinfelden (28 mars) avec le duc Léopold d'Autriche, III™® du nom, si connu par la fin héroïque qu'il fit quelques années plus tard à Sempach. Un traité formel d'alUance fut signé entre ce prince et ces deux villes, plus, Berne et Soleure (13 octobre 1375). Moins exposés par leur position géographique et plus animés contre l'Autriche, les Waldst?etten refusèrent toute entente avec la vieille ennemie de leur indépendance.

^ Bluntschli, Gesch. der Bepublik Zurich, I, 253. ^ Gugler, de Gugel, objet terminé en pointe.

LKS HLIT A.NCIKNS ÉTATS. !2ol

Le désaccord des confédérés, joint à la lâcheté du comte de Kyhourg et de Rodolphe IV, comte de Nidau, donna beau jeu au\ soldats de Coucy. Ils franchirent presque sans coup férir le col du Hauenstein et s'avancèrent en pillant, en dévastant, jusqu'au cœur des États confédérés. Le comte de Nidau, assiégé par eux dans son château, lut lue d'un coup de flèche, au moment où il levait la visière de son casque pour observer la position des ennemis. Enguerrand de Coucy établit son quartier général au couvent de Saint-Urbain. D'autres chefs s'installèrent avec une partie de l'armée au couvent de Fraubrunnen, entre Berne et Soleure, d'où ils faisaient des incursions jus(ju'aux portes de Zurich et dans le Jura neuchâtelois. Les abbayes surtout étaient l'objet de leur convoitise et de leur rage de destruction. Celles de Wettincjen, Kœnigsfelden, Gottstatt, eurent beaucoup à soutTrir. Fontaine-André près de Xeuchàtel fut livré aux llammes. Un prélat corrompu, qui était aussi l'un des plus méchants princes don» parle notre histoire, ne rougit pas de se réunir avec 500 lances aux aventuriers de Coucy. C'était l'évêque de Hàle, Jean de Vieiine (jui, (juelques années auparavant, avait traîtreusement brûlé la ville de Bienne, sa vassale, et perdu contre les Bernois le combat de Pierre-Pertuis ( UJ(i7 et Uir)8». Cette invasion aussi terrible (jue soudaine plongea toute la Haute- Allemagne dans la terreur et la désolation. Le duc Léopold, qu'on nommait l'honneur de la chevalerie, ne se sentit pas de force à lutter contre le torrent. Enfermé dans la ville forte de Brisach, il adopta un système de défense ([ui consistait à dévaster son propre pays et ii couper les vivres à l'ennemi. Il lit incendier les villes de Lenzbourg, Willisau et une foule de villages. Les vaillants Bernois eux-mêmes semblaient frappés de stupeur et j);u'lai(Mit (r.ibaltrr toutes les granges (jui se trouvaient autour de leur ville.

Les montagnards di' l'I^jillilioucli, rai'e vigoureuM' et licre, ri'CouNrerent les picinicrs leur sang-lVoid et leur énergie». Ailles des volontaires de Lucenic, (rriidcrwald. et au nombre de (ioo. ils coupent des massues dans l:i l"oi-r( (le Buttisholz pri'> de Willisan, tM (ouiIm'IiI mii' une horde de ilOOO (imjlcr (jui rcloiu'iiait ;i Sainl-lrliain, l'hai-jt'c dt'> Iruils de ses rapines et de ses moIciiccn. Lts (iutjlcr >oiit lialln-^. Ic^ \aillants EnllUmurlii r rcnlrciil lriomphaiit> (laii> l('nr> villa.'fN. uioiilo >ur les <"hevau\ et rouvcrls \\iy< aruuu'es des vamcus ( \\) deccmbit' Lw.") i.

L'héroïsme (h's l'jiflifumrlirr, {\u\ («taieut eneorc >uj«'ts de l'Autriche, rendit li(»uten\ le> rmdV'dérés. Sous leconnnandement d'Othnii de Boubenberg, lils du précèdent avoyer d«' ce uon\, quelipu^ leiil- honnnes de Berne, de JMMboui*'.' et du Seelaiid turreiil pi'e^ d' Anel Ô(M) (iuiilrr,

la nuit du lendemain de Noël. Les Fribourgeois rapportèrent de cette rencontre le drapeau doré (Giildin Pfan), qui orna depuis le chœur de leur collégiale. Mais le principal combat se livra à Fraubrunnen le 27 décembre, où les aventuriers de Coucy, assaillis par les troupes bernoises, se défendirent en désespérés jusque dans les corridors du cloître qui fut livré aux flammes. L'intrépide banneret Hans Rieder y trouva la mort avec une foule de guerriers. Trois bannières, beaucoup d'or, d'armes et de dépouilles de tout genre furent la proie des vainqueurs, qui revinrent dans leur ville au milieu des acclamations et des chants joyeux de la multitude. Le meilleur résultat de la victoii'e fut la retraite de Coucy qui, ne se trouvant plus en sûreté dans la Haute- Allemagne, regagna l'Alsace par les défilés du Jura. Un marbre commémoratif de l'événement fut encastré dans le mur du cloître qui a été transformé en hôtel de préfecture.

La guerre que nous venons de raconter est connue dans les annales helvétiques sous le nom de Guerre des Anglais. Le nom de Colline des Anglais (Englœnder-Hilgel) a été donné par nos pères au tertre sanglant que l'on voit encore près du bois de Buttisholz. La plupart des soldats de Coucy venaient en effet de la Grande-Bretagne, mais sortaient'en majeure partie de la principauté de Galles, envahie depuis le siècle précédent et horriblement opprimée par les rois d'Angleterre, qui avaient fait décapiter le prince national des Gallois, Lewellyn, fils de Griffith avec son frère David, à la tour de Londres (1283). Réfugiés en France, les Gallois y combattaient, non pour le roi d'Angleterre, mais pour le roi de France contre leur oppresseur '.

Six ans après l'invasion de Coucy, la ville libre et impériale de Soleure courut un grand péril par les entreprises du comte Rodolphe de Kybourg. Cette maison, jadis si puissante des Kybourg, avait vu une grande partie de ses domaines passer en d'autres mains. Du château de Bipp où il faisait sa résidence, le comte Rodolphe jetait un regard attristé sur les contrées qui avaient jadis formé le patrimoine de ses ancêtres, entre autres sur Thoune et Aarberg hypothéquées aux Bernois (depuis 1375). 11 prétendait aussi avoir quelque droit sur Soleure et

^ Thierry, Histoire de la conquête de V Angleterre par les Normands^ IV, 188, 194, 398, 400. Enguerrand de Coucy tomba entre les mains des Turcs à la bataille de Nicopolis et finit ses jours dans les prisons de Constantinople. Les principaux chefs des Gallois, Ivain, descendant de Lewellyn, et Jévanap. Eynion ap. Griffith, qui commandait à Fraubrunnen, finirent sous le poignard d'assassins apostés par le roi d'Angleterre. Voir aussi Wattenwyl-Diesbach, II, 207, et Rochholz, Schw. Liederchronick^ 22.

résolut de s'emparer de cette ville par un de ces coups de main nocturnes flétris dans Thistoire sous le nom de nuit du meurtre TMordnacht ). Une circonstance facilitait ses desseins ; Everard de Kybourg, prévût de Téglise de Saint-Ours, était son oncle. Un chanoine dévoué aux Kybourg, Jean Amstein, devait faire entrer la troupe par sa maison, adossée au remf)art, et envelopper de linges le marteau de la cloche d'alarme. Tout était prêt pour le crime et la horde ennemie s'avançait déjà vers la ville à la faveur des ténèbres (dans la nuit du 10 au 1 1 novembre 1382).

Mais un paysan, Jean Roth, de Houmisberg, prit les devants et révéla aux gardes de la porte orientale de la ville les projets meurtriers du comte. On court sonner la cloche d'alarme : elïort inutile. Des cris de détresse retentissent alors dans les rues ; la bourgeoisie entière prend les armes et courut sur le rempart. Rodolphe de Kybourg se retira couvert de honte et mourut de chagrin une année après. Jean Amstein, le traître chanoine, fut mis en prison, sa maison démolie par le courroux populaire et une inscription commémorative de sa trahison fut gravée en lettres d'airain au frontispice de la Collégiale \ Mais son caractère sacerdotal le déroba au supplice qu'il méritait et on le retrouve plus tard curé à Madiswyl*. Un complice d'Ainstein, Jean Inlasser, fut tiit'. dit-on, dans une émeute [jopulaire. La connivence du chapitre de Saint-Ours, déjà punie par l'écriteau de la Collégiale, trouva un second châtiment dans la suppression de la riche dîme de Selzach, qui fut convertie en une distribution annuelle de blé faite aux pauvres et aux riches indistinctement le jour delà Saint-Martin. Le sauveur de la ville, Jean Roth, reçut uin' récompense en nature et en argent, et un habit aux couleurs de la ville (jui devait être accordé également au premierné de chacun de ses descendants. Le don d'un habit aux Roth île Roumisberg s'est conservé jusqu'à nos jours.

Les Rernois et lesSoleurois avaient envahi, pour se venger, les Liais de Rodolphe de Kybourg. Après la mort de ce dernier, ses frères irvoiidiquèrentson héritage les armes à la main; Renie appela les conféilérés à son secours. Oltcii, ville du comte de Kybourg, et Rerthoud, capitale de ses Ltats, furent assiégées, cette dernière ville pcinianl si\ m»maines et par 15, ()()() confédérés. Mais Olten fut sauvée [)ar les pluies et herlhoud par la ruse du coinlt^ de Kybourg. Il feiL'uil de voiiloii' rendre la ville el obtint {\c> ('liefs bernois une trêve pendant laijnelle li'

' Cette inscri|i(i(»ii tut in;i.s([Ut(' vu IC.iVJ. à la jn-irn' du nonre, par iino plaque de Auiict, .I.-.I. Svhtv. Gcschkhtskakmhr, 1810 et l'rkundiOy 1857, I, 230.

ciiivrt

dac Léopold d'Autriche, qui avait promis de rester neutre, envoya un secours de 1500 hommes aux assiégés (1383).

Berne leva le siège, mais prit sa revanche sur les partisans de Kybourg, dont les châteaux se rendirent ou furent pris et livrés aux flammes. Mais, dès l'année suivante, le comte de Kybourg, obéré de dettes, se vit contraint de vendre sa capitale aux Bernois pour la somme de 37,800 florins. Le Landgraviat ou haute juridiction de la rive gauche de l'Aar restait encore à ces seigneurs. Ils le vendirent également aux Bernois au commencement du siècle suivant (1406) \

Les bourgeois de Berne s'imposèrent généreusement pour faire face aux charges publiques créées par cette acquisition et par les guerres qui l'avaient précédé. Mais, au sortir de la guerre de Berthoud, en 1384, la bourgeoisie de Berne se montrait profondément irritée de ce que la ville devait payer au poids de l'or ce qu'elle eût pu acquérir par le fer, et en accusait hautement les vassaux de Kybourg qui siégeaient au Conseil. Béunis le mardi gras (24 février 1384) dans l'église des Dominicains, les citoyens ne réélurent de tous les membres du gouvernement que l'avoyer Othon de Boubenberg et trois conseillers. Tous les autres furent remplacés par des hommes plus indépendants et plus dévoués au bien public. On apporta les modifications suivantes à la Constitution : « Les bannerets et leurs assesseurs choisiront chaque année « les membres du grand Conseil ou Deux-Cents dans toutes les tribus. « Aussitôt nommés les Deux-Cents prêteront serment à la Commune. « Les vassaux de Kybourg ou d'un autre seigneur ne pourront siéger « au petit Conseil, ni deux frères ensemble. »

Ces changements ne touchaient pas aux bases de la Constitution qui resta toujours plus aristocratique que populaire.

L'héroïsme guerrier des grandes familles, leur probité, leur talent pohtique et les sacrifices pécuniaires qu'en plus d'une circonstance elles s'imposèrent avec joie pour la chose publique, contribuèrent à éloigner toute pensée d'une révolution comme celle de Broun à Zurich.

L'esprit aristocratique de Berne se montre dans les relations de cette république avec les seigneurs voisins et avec les confédérés. La conduite des Bernois envers les sujets oberlandais du sire de Binggenberg en avait été un premier exemple. Le tribunal établi par les Etats confédérés et dans lequel siégeaient l'avoyer Petermann de Gundolditigen, Henri von Moos et Cuno von Stauffach ne fut pas plus favorable aux Oberlandais. Il

^ Wattenwyl-Diesbach, Ueber das offentliche Recht der Landschaft Kleinburgund, Archiv fur schw. Geschichte, XIII, 1862, Zurich.

déclara dissoute l'alliance des Underwaldois et de leurs voisins. Il y ajouta la défense pour les premiers de recevoir comme combour,i:eois les habitants d'une contrée soumise aux Bernois ou à leurs alliés à titre de propriété, de vasselage ou (ïengafjêre en deçà du Brunig (1381) \

Les Bernois avaient renouvelé leurs anciennes alliances avec la Savoie. Ils aidèrent le comte de Savoie, Aimé ou Amédée VI, surnommé le Comte Vert (de la couleur de ses armes), à soumettre les barons vallaisans révoltés contre leur évoque Guiscard Tavelli. Sion fut pris et brûlé, les trois châteaux (jiii dominent cette ville forcés, la cathédrale dépouillée de ses trésors et souillée par le meurtre des personnes qui s'y étaient réfugiées. Le Comte Vert exigea des vaincus l'engagement de lui fournir annuellement un continizent de 300 hommes.

L'un des plus audacieux seigneurs du Vallais était Antoine de la Tour, qui à ses nombreuses seigneuries sur les bords du Uhùne alliait le titre de seigneur d'Arconciel, d'Illens et de Planfayoïi, dans les environs de Fribourg. Irrité contre l'évéque de Sion, Guiscard Tavelli, dont la famille devenait trop puissante à son gré, il le fit précipiter par la fenêtre de son château de la Soie (8 août 1374). Battu ensuite par les dizains à Saint-Léonard, Antoine de la Tour se déroba par la fuite à la vengeance populaire et alla mourir en Savoie. Ce seigneur était fils de ce Pierre de la Tour qui s'était engagé à fournir 3,000 hommes au duc Léopold contre les Waldsta3tten -.

Le Comte Vert avait placé son cousin Edouard sur le siège épiscopal de Sion. iMais à la mort du comte, les Haut-Vallaisans chassèrent cet évoque savoyard. Le comte Amédée VII (surnommé le Comte Rouge) assiégea Sion, comme son prédécesseur, à la tète d'une armée composée entre autres de Bei'uois, Vaudois, Fribourgeois. Lagarnisou de celte ville fit une défense héroïque, secondée par les bourgeois et les femmes (jui jetaient de l'eau bouillante sur les assaillants. Mais la place est prise, pillée et livrée aux fiannnes (21 août 138'i') \

Quatre ans après, la bataille de Viège délivra un ukuiiimiI le Bas- Vallais. Dans cclh^ miMUorable journée. S, ()()() hommes, commandés par le comte Bodolphe l\' de Gruyère, et en pailie Knès tlans ses Ftats, furent surpris dans les granges où ils donnauMit t^t aiixiiut^llcs les Val-

^ Sopfosscr, cithf. Abscfncde ilo 1245 à 1 IJO. (il.

* Furror, 1, \2. Dans sa tradiictidu tVaiiraist% M. Wo^^ov do Hons a niotlitiô plusiiMiis passaijos «•ontonncnuMit aux r«M-lieiThos posU'iiourcs. Ainsi Antoine lio la Tour n'ciaii itoint \o nctit-iu'vtMi il(> l'cvrque que SCS gen8, et non hii personnellenuMit, assassiiicrrnt au cliàtcau ilc la Soio.

^ Watt(Mnvvl-l)iosl)acli. Il, •2:^l. — Furr.T. I, 1 H.

laisans avaient mis le feu. 4,000 Gruyériens et Savoyards y périrent. Les hommes du Gessenay, cette Gruyère allemande, plus heureux ou plus adroits, résistèrent avec énergie et eurent même l'honneur de sauver la vie à leur souverain (décembre 1388)*. Mais le comte Amédée VII rentrait en maître dans le Vallais l'année suivante et toujours avec les contingents de ses alliés de Berne et de Fribourg. Les députés du Haut- Vallais durent implorer à genoux une paix onéreuse.

L'empereur Charles IV de Luxembourg avait beaucoup ajouté aux prétentions des comtes de Savoie en leur concédant le titre de Vicaires de V Empire dans les trois évêchés de Genève, de Sion et de Lausanne (1355). Dans cette dernière ville, le comte de Savoie se faisait représenter par un juge. Il avait promis de respecter les franchises des Lausannois et de leur évêque. Mais on sentit le besoin de garantir ces droits par un Recueil de lois qui fut publié par ordre de Tévêque Aymon de Cossonay, sous le nom de Plaid général (1368).

Au milieu des troubles incessants dont le Vallais était le théâtre, les libertés populaires avaient fait des progrès quand même. L'épiscopat de Guiscard de Tavelli surtout avait été favorable aux communes. L'autonomie de ces dernières se manifesta par les traités conclus avec les Lucernois, les Waldstaetten et d'autres pays voisins où les dixains du Haut-Vallais s'intitulent : les patriotes de la terre du Vallais (Patriotse terrse Valesii).

Mais on voit avec étonnement (en 1383) ces patriotes vallaisans arborer les couleurs de Milan sur les châteaux de Valère, Tourbillon et Majorie ; c'est qu'ils n'étaient pas encore assez forts pour en avoir en propre, et il leur paraissait de bonne politique d'opposer puissance à puissance.

Page 1