‹ Histoire de la confédération suisse (volume 5)Chapitre 37 sur 72 · Guerre de Nsefels. — Émancipation définitive de Glaris · texte numérisé non relu

Guerre de Nsefels. — Émancipation définitive de Glaris

Claris avait profité aussi de la victoire de ses alliés à Sempach pour relever la tête et s'affranchir définitivement de l'Autriche. Mais la posi-

* Theodor von Liebenau, 74.

2 Ainsi les Duens, Wuippens, Velga, Rych, Praroman, Mossel, Chastel, Corpastour.

^ On nommait ainsi les pays autrichiens de la Haute-Allemagne ou Suisse.

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lion était précaire et la sécurité nulle tant que la ville forte de Wesen restait aux mains de l'Autriche. Les (ilarounais s'en emparèrent avec le secours de leurs amis de Zurich, d'Uri et de Schwyz et y mirent une garnison (17 août i38G). Les habitants les plus compromis pur leur dévouement à TAutriche avaient jugé à propos de se réfugier sur les terres ducales.

Tran(iuilles de ce côté, les Glaronnais s'organisent à l'intérieur, se donnent une landsgemeinde, une justice propre, un droit civil et pénal, sans souci de l'abbesse de Seckingen, la souveraine de la vallée et du duc d'Autriche, son avoué (11 mars l)l87j. Mais le duc Albert III songeait, lui, sérieusement à recouvrer ses Etats perdus. Les gens de Wesen préféraient la domination de ce prince à celle de leurs égaux : ils se laissèrent gagner par ses partisans. Feignant le dévouement aux confédérés pour endormir leur vigilance, il«^ introduisirent dans la nuit du 22 au 23 février 1388 des soldats ducaux cpii massacrèrent dans leurs lits trente des soldats qui composaient la garnison, avec le commandant de la place, Conrad von Au d'Uri*. (^est là ce (ju'on appelle le massacre nocturne, la Movdnacla de Wesen. Glaris et Uri, exaspérés, appellent aux armes les autres Etats et les convoquent en diète à Zurich. Mais l'absence de machines de guerre et la crainte de manquer de vivres devant la [)lacc de Wesen firent échouer rex|)édition.

Enhardis par leur facile lrionq)he, les officiers aulricliiens soniiiit'iit Glaris de reconnaître le duc. Se sentant abandonnés à leurs propres forces, les habitants de la vallée se résignent à prêter serment. Mais cela ne suffit |)as à une noblesse altérée de vengeance. « Les Glaronnais de « (juehiue conditioFi ipTils soient, fussent-ils des gens de race libi-e et à « armoii'ies (Wappengenossen), deviendront simples serf> du «lue: ils <( feront la corvée et toutes les prestations d'usage: ils renoiu'eront ;i « toutes leurs franchises, à tous leurs droits (M en particulier ;i leur « alliance avec les coidédérés. La ville de Wesen sera indeinnix'e par « Glaris de toutes s(;s j)ertes. >> A ces conditions écrasantes, (ilari^ répond par un refus formel. O.OOO Autrichiens j»éiietrent le '.♦ a\!il daii^ la vidlé(\ repoussent les 3 ;i 'iHO pâtres (|ui en défendaient le retraiH'hementetse répandent dans toute la conin'c. qu'ils li\reiit au pilla.'e et à la (h'solation ". Les feninus. jcs eiif;inl> et les honune> eux-mêmes

' niiimrr, .fnhrhitih, IV, '.V.W. l.;i chioniiiiic .|iii i«;ir'n' do 80 t nos no nuTito au-

■^ ((>ii;iMf ail Moinltrr des AiitricliiiMis, !(•> tlir()iii(|m>s varit'ut tl«» :>,0(^)!\ l.'j.OOO. Le chant lit' la batailh» porto aussi j\ ir),()00 lo nomhiv «los onnomis «lo (ilaris. Mais le chiftio (il» (;,()(>(), admis par la rhroniiiuo do l\lmir«'nl»ori; «-t collo do /.urirli. est le plus vraiscmblaldo. lUiuuiM*, JahrU. lUs Uist. Winns vnn (r/(irii<, IV, 310.

fuient dans les montagnes. Mais à l'aspect de l'ennemi ainsi dispersé, le courage revient aux Glaronnais, Aidés de 30 ou 50 auxiliaires de Schwyz, et appelant à leur secours la Vierge et les saints patrons du pays, Fridolin et Hilaire, ils vont s'adosser à un rocher défendu par un chemin pierreux (Gand dans le dialecte populaire) et attendent l'ennemi, à Naefels près de Schweisingen. Assaillis par les Autrichiens, ils font pleuvoir sur eux un déluge de pierres. Onze fois les Autrichiens reviennent à la charge ; à la onzième fois ils sont mis en déroute.

La lâcheté du comte de Werdenberg-Sargans, gouverneur de Wesen pour le duc d'Autriche, qui s'était enfui du champ de bataille avec 1500 hommes, avait démoraHsé les guerriers de ce prince. Poursuivis l'épée dans les reins par les Glaronnais vainqueurs, les fuyards encombrent le pont de Wesen qui se rompt sous le poids et précipite une foule de malheureux dans les flots de la Linth et du lac de Wallenstadt. La perte des Autrichiens a été évaluée k 17 ou 1800 hommes S celle des Glaronnais à 54 dont les noms sont consignés dans le nécrologe du Linththal \

Neuf drapeaux conquis, la grande bannière de l'Autriche entre autres, avec les étendards des comtes de Montfort, de Toggenbourg et ceux des villes de Schaffhouse, Stuttgard, Winterthour, allèrent orner le chœur de l'église de Glaris ; le drapeau de Frauenfeld fut porté à Schwyz.

Pas plus tôt leur pays débarrassé de la présence des Autrichiens, les Glaronnais unis à leurs alliés songent à tirer vengeance de la trahison de Wesen. Mais les Autrichiens ne veulent pas laisser ce boulevard aux mains des ennemis et y mettent le feu eux-mêmes avant de se retirer. La ville autrichienne de Rapperschwyl est attaquée ensuite par les confédérés auxquels s'étaient joints les Soleurois. Elle résiste avec héroïsme à tous leurs efforts.

Dans la joie qu'ils éprouvaient de la miraculeuse délivrance de leur vallée, les Glaronnais instituèrent une fête religieuse et patriotique qui se célèbre encore chaque année le 9 avril et à laquelle tout le peuple prend part. Cette fête porte le nom de pèlerinage de Nœfels (Nœfelser Fahrt) '\ '

^ Ce chiifre est celui de la chronique de Zurich et du Biirgerbuch de Lucerne, pendant que d'autres sources parlent de 2,500 morts et que la chronique de Klingenberg réduit le nombre des morts à 4 ou 500, à partir du champ de bataille jusqu'au pont de Wesen. Blumer, Jahrbuch, IV, 340.

^ Blumer, Jahrhuch, IV, 338. On y trouve, en fait de noms connus, des Gallati, Wanner, Stapfer, Jenny, Kilchmatter, Wala, Welti, Fr. Trùmpi, Stâger, Koli.

^ L'acte qui institue le pèlerinage commence ainsi : « Au nom de la Très-sainte Trinité. Pour remercier le Dieu puissant, la vierge Marie et les princes du ciel,

Dans toute la Haute-Allemagne, la guerre de Naefels remit aux prises les deux partis. Berne et Fribourg se firent de nouveau une guerre acharnée, qui dura plusieurs mois et où les campagnes fribourgeoises eurent énormément à souffrir. La présence d'un corps de troupes considérable envoyé par le duc d'Autriche ne fut presque d'aucun secours à la ville de lierthold IV, (jui ne fut défendue avec courage au combat de Villars-les- Joncs que par la milice du pays. Biiren et Xidau, quoique vaillamment défendus par leiu' garnison moitié fribourgeoise, moitié française, tombèrent aux mains des Bernois.

Une entreprise des sujets autrichiens de l'Argovie contre Berthoud échoua complètement par l'éclatante valeur des citoyens de cette petite ville secondés par leurs femmes. Cette participation glorieuse des femmes de Berthoud à la délivrance de leur cité y était encore naguère l'objet d'une fête de famille appelée la soupe des poules (Hiihnersuppe)*. Par manière de représailles, les Bernois portèrent leurs armes jusque dans le Frickthal et en revinrent chargés de butin.

Les Zougois eurent moins de chance contre les Argoviens et [)erdirent 24 hommes avec leur chef, d'Ospenthal, dans l'endroit appelé depuis Terre des Morts ou Todtcuhufjel. La chronique anonyme de Fribourg en Uechtland prétend que TEntlibouch aunut été aussi châtié de sa rébellion contre l'Autriche, par l'incendie de toute la contrée et le massacre de 1,000 personnes qui auraient en vain sollicité leur grcàce à genoux (juin DUSH).

Au bout d'un an, les horreurs de la guerre s'étaient assez fait sentir aux deux partis pour leur rendre à tous deux la paix désirable. Les villes impériales servirent de nouveau de médiatrices et ménagèrent à Zurich une paix de se[)t ans, entre les confédérés et les ducs d'Autriche Albert IH, frère du duc tué à Sempach, et ses cousins, les ducs (iuillaume, Léopold IV, Ernest et Frédt'ric (avril liiSlM. 1mi \cvin dt» ce traité, toutes les comiuèles faites par les confédérés et tous leurs traités d'alliance avec les sujets des ducs étaient reconnus valides, et partant ruidépendauce de (llans assurée comme celle de Lih'eiiit' et. Zoug, quoiijue le nom <le cette vallt-e ne se trouvait point e\[»!iine dans l'acte. Par uihî concession (|ui devait leur coùUm' davantage encore, les ducs d'Autriche prtMiaienl l'engagemiMil de ne \k\^ tnlt'ier la l'entrj'e à Wesen des citoNens ih^ cettt^ ville (pu avaienl inan(|Ut'' à la loi jurée envers les confédén's ; ces derniers, de leur t'ôie, >'engageaient à \w plii<

Fritlolin et llil;iin\ iio-^ proftMttMir^, et itiTiiciiuM- l.i nu-moire do leurs soc»)urs, nous, Consoil et K^n>^ du |>;iys de (ilaris. ...» Hlumer, Jahrbuch, IV, 317. ' Watt(Mi\vvl-I>i('^|.iuli. Il, l';m».

faire de bourgeois sur les terres des ducs et à n'accepter comme tels que ceux qui résidaient sur leur territoire \

Parmi les villes impériales qui avaient négocié cette paix, la chronique dite de Klingenberg et celle de Zurich nomment Rotwyl, Constance, Ueberlingen, Ravensbourg, que nous trouvons souvent mêlées aux affaires des confédérés. Elles faisaient partie d'une nouvelle ligue de plus de trente villes sous le nom de Confédération du tour du lac (Bund um den See) conclue en opposition aux ligues formées par les seigneurs sous le nom de chevaliers du Lion, de Saint-Georges, de Saint-Guillaume. Cette ligue des villes souabes donnait la main à celle des villes rhénanes, Mayence, Worms, Strasbourg ^ Mais chose étonnante, pendant que l'humble Confédération formée par les Waldstselten et quelques villes et peuplades du voisinage, se consolide et prospère après les guerres de Sempach et Nsefels, ces ligues bien autrement puissantes qu'on nommaient le Bheinbund ei\e Schwab enbund s' écroiûmi. Une bataille avait sauvé les confédérés ; une bataille, celle de Dôffingen, perdit la ligue des villes impériales de la Souabe. Les troupes de ces villes y furent battues à plate couture par le comte Éverard de Wurtemberg (le 24 août 1388), c'est-à-dire quelques semaines après la bataille de Nsefels. Pour achever leur ruine, un édit du versatile roi Wenceslas, daté d'Éger en Bohême (le 2 mai 1389), déclara dissoutes dans l'Empire toutes les ligues existantes comme attentatoires à Dieu, au roi, au saint empire et au droit.

5. lie bourgmestre Schceno à Zurich. — Lie Contenant de Sempach. — Agrandissement des États confédérés

Le sort des armes avait affranchi les Glaronnais de la dépendance de l'abbesse de Seckingen et des ducs d'Autriche, les avoués de ce pays. Mais l'autonomie de la vallée n'était pas complète dans les vingtdeux Tagwen ^ ou communes dont se composait le pays émancipé.

Par l'entremise des principaux magistrats de Zurich, Claris chercha à obtenir et obtint en effet, mais après cinq ans de négociations seulement (1390-1395), le rachat de tous les droits de l'abbesse (censés, dîmes, droit de meilleur catel) *. Les redevances des Glaronnais consis-

^ Segesser, eidg. Ahschiede de 1245 à 1420, appendice, 324. ^ Yischer, Gcsch- des sclnvàbischcn Stàdtcbuytdes, 170. 3 Blâmer, Jahrhnch, VI, 3G2.

* Blumer, Jahrbnch^ VI, 359-3(39, et TÀste des landammans de Glaris en appendice à son Staats- und Kt'ch'saesch. der schw. Démocratie n.

tant [)rincipalemerit en nature, celles-ci durent vive évalut^es en arpent pour Topération du rachat. Au nonnbre des négociatein-s zuricois on voit fi,irurer le bour^mnestre Rodol[)he Schwend, les conseillers Jean Erishaupl, Rodolphe Schœno, Heniù Landolt et Rodolphe Stiissi, le père de celui fjui devait jouer un rôle si considérable dans la })olitique suisse [)endant la première moitié du XV""' siècle.

Dans cette alïïiire comme dans celle du rachat de Seckin.uen, (ilaris est représenté par son premier landamman librement •'•lu, Jacob Hu[)han, doiitli! nom apparaît, le 2)] juin 1)1111, à la tête delà landsgenieinde et de la magistrature des Trente (jui formaient alors le conseil porté plus tard à soixante membres.

Mais la paix et les négociations ont souvent (Hé plus dangereuses aux anciens Suisses que la force ouverte et les batailles. Le décès du bourgmestre Rodol()he Schwend avait placé à la tète des Conseils du canton de Zurich Rodolphe Schœno, magistrat qui avait hérité des vices de Broun, mais non de ses grandes qualités. Léopold IV du nom, surnommé le Gros, profita du rétablissement des communications pour corrompre ce chef de la république et l'engager à contracter un.' alliance de vingt ans avec TAutriche. Deux autres membres du gouvernement, Jean Krishaupt et Henri Landolt, entrèrent dans le complot et travaillèrent avec Schœno à canner la majorité du conseil, iidormés

ce J

jtar leurs amis de ce qui se passait, six membres de la Ligue, savoir : les trois Waldsta^tten, Zoug, Lucerne, (ilaris. tirent des représentations au gouvernemeni de Ziu'ich au sujet de ce projet iralliance séparée, violation llagrante de l'allia iice éternelle. Les rej)résentations ne furent [Kis écoutées. On ne s'arrêta pas davantage à l'opposition des ma^Mstrals et des bourgeois dévoués à l'union fédérale.

Au mois de juin \\\\),\, le Sotidcrhund autrichien lut >igiit'' à Zurich. H ('lait couru en termes tels, que cet Etat déclarait ouvertement se séparei- de la Confédération et se nu'ttre sous le patronage des ducs d" \utii('lie.

A cette nouvelle alarmante, les (h'pult's de ttui^ les cantons au\(iU('ls s'étaient jonits ceux (le Soleui'e, allit' de Renie, accoui'uri'iit à Zurii'h. C'était le S juillet. Coinnie en L>7(>, le peuple s'attroupa devant l'hôtel de \ille. La bourgeoisie convo(|ii(''e aux (^.ordeliers par dt''(i>i(in du grand conseil, (h'posa et punit île l'exil le boiiijnie^lrt' el les conseillers iididèles. Rodolphe Sclueiio >orlil de sa ville natale \nn\v u) pliw rej)arailre. Il lut reniphu')' comme lioiir.:meslre par llemy .Me\-^. 1 un di'^ priiK'ipaux niembits de la patnotiijin^ sociéti' {\r> limanls et ih>nt l'oncle était tombé [nmi la patiae à T;el\\\i i IÔ imllel lil'Jii).

La chute de Schœno eut pour résultat un nouveau changement dans la constitution zuricoise, où le petit conseil effrayé avait convoqué le grand à la hâte. Le conseil des Deux-Cents, subordonné précédemment au bourgmestre et au petit conseil, devint le pouvoir prépondérant de l'Etat. Tous les six mois on élisait un des deux bourgmestres et les conseillers en charge. Le grand conseil partageait avec le petit le droit de faire cette élection auparavant réservée k ce dernier. Les membres du petit conseil furent pris indifféremment parmi les constables et les hommes de métier. On remarque dès lors au sein du grand conseil la tendance à empêcher ces appels à la commune si fréquents depuis Broun. Il décida même qu'on ne soumettrait plus aux assemblées générales que les affaires majeures de paix et de guerre, d'alhance, les relations avec le saint Empire, et cela seulement dans les cas où la majorité du grand conseil le jugerait opportun à la chose publique \

Les députés des huit États confédérés et de Soleure, l'alliée de Berne, profitèrent de leur réunion à Zurich pour élaborer en commun un code militaire dont le besoin s'était particulièrement fait sentir dans les dernières guerres. Ce code, connu sous le nom de Lettre ou Convenant de Sempach (Sempacher-Brief), a été appelé la Lettre des Femmes (Frauenbrief), à cause de certaines dispositions relatives au sexe faible. Un respect touchant pour la femme et un profond sentiment religieux et humain respirent dans cette ordonnance et en font un beau monument de l'esprit de nos pères. Nous donnons en note* les principaux

^ Bluntschli, Gesch. der Eejmblik Zurich, I, 276 et suiv,

^ « Nous, les bourgmestres, avoyers, landammans, conseils, bourgeois et campa- « gnards des villes libres et des États (Orte) de Zurich, Berne, Lucerne, Soleure, « Zoug, Uri, Schwyz, Uuderwald et Glaris, arrêtons d'un commun accord ce qui « suit : Nul ne doit commencer sans nécessité et par caprice une guerre générale « ou privée. Lorsque nous marcherons ensemble ou séparément contre l'ennemi, « chacun se rangera sous sa bannière et combattra autour d'elle, en brave, selon <•< la coutume de nos ancêtres. Celui qui abandonnerait sa bannière, ou s'en éloigne- « rait pour pénétrer de force dans une maison et y commettre quelque attentat, « s'il est convaincu de ce crime par deux témoins honorables, sera arrêté par le « gouvernement dont il relève, et puni par le juge de son ressort dans sa personne « et ses biens pour servir d'exemple aux autres. Celui qui dans un combat ou dans « une attaque reçoit une contusion, un coup d'épée ou de lance, ou quelque autre « blessure qni le mette hors d'état d'être en aide à lui-même ou à l'armée, doit « néanmoins ne pas fuir, mais rester avec ses compagnons d'armes jusqu'à la fin du « danger. On défendra le champ de bataille et on harcèlera l'ennemi jusqu'au der- « nier moment. Comme l'ennemi aurait souffert bien davantage près de Sempach, « si l'on s'était moins pressé de se livrer au i)illage,et qu'il aurait pu profiter de ce « moment pour se rallier, personne à l'avenir ne se jettera sur le butin avant que « les chefs n'aient donné le signal du pillage. Chacun leur remettra fidèlement tout « ce qu'il aura trouvé. Ils partageront le butin, d'après la force des contingents,

passages de la Lettre ou Convenant de Sempach. Ce souci respectueux de la femme se retrouve, par une curieuse analogie, dans les dernières instructions que le grand connétable de France, Duguesclin laissa en mourant aux vieux capitaines qui s'étaient attachés depuis quarante ans à sa fortune : « 11 les pria de ne point oublier ce qu'il leur avait <i dit mille fois, qu'en quelque part qu'ils lissent la guerre, les gens « d'église, les femmes et les enfants et le pauvre peuple n'étaient point « leurs ennemis (ll{80)\ »

Les temps du Convenant du Sempach sont manjués par l'accroissement du territoire de la plu[)art des Etats confédérés. La ville de Berne, maîtressederEmmenthal,d'unepartiederOberland(Thoune,Untersée), deBûren et Nidau concjuis en 1388, alliée perpétuelle de Xeuveville, à la même date, s'agrandit encore de la vallée de Frutigen, d'Aarberg, de Signau et du Siebenthal. Le seigneur de ce dernier pays l'avait vendu aux Fribourgeois; mais les habitants refusèrent de souscrire à cette vente et se donnèrent à Berne. Fribourg et Berne, du reste, s'étaient réconciliées et venaient de renouveler à perpétuité leur combourgeoisie dans l'église de Laupen (1403).

Lucerne garda les conquêtes qu'il avait faites durant la guerre de i38(), et ajouta ainsi plusieurs contrées à son territoire: rFntlibouch, Hochdorf, Kusswyl, Sempach. L'or lui procura NYiilisaii, Bothenbourg, Ebikon et Weggis. Mais, ainsi que nous l'avons dit j)lus haut, il fallut employer le fer pour forcer ceux de Weggis à obéir comme sujets à ces mêmes bourgeois de Lucerne qui les avaient admis, ijuelques années auparavant, comme libres confédérés dans leur combourgeoisie. Les Waldsta'tten auxijuels en appelèrent les hommes de Weggis, donnèrent gain de cause aux Lucernois. Triste exemple de l'égoïsme d'hommes étroits et cu|)i(les, (jui, après avoir comjuis la liberté pour eux, s'arrogcnl un pouvoir usurpé sur les autres!

La commune de (iersau (jui, plus heureuse ou plus habile, était parveiuie à se libérer de l'hypothèque (jui j^esait sur elle et à faire recoiiiiaître ses -'lOO habitants avec ses ccul l'euK connue réj)ubli(|ue

« entre tous r(>ux ([iii auront pris ]»art à l'action. ruis([iio U» Oimi tout-jMiissant a « drrlari' les rj^'liscs ses «Irnnuires, et (|u'il a arconiiili le salut ilu i^enro iiumain par « uno tVnnne, notre volonté est «lu'aueun des nôtres n'ait la témérité de forcer, « pill(M', dévaster, ineendier un eonveut, une église ou nue chapelle, ou d'attatjuer « à main armée, Itlesser on frappt^- une femme ou une tille. 11 est cependant permis

* de i)oursui\re l'ennemi justjue dans les églises et de sévir contre les femmes qui « nous atta(|uent ou crient si tort (|u'il pourrait on résulter un préjudice pour uos

* armes. Ainsi tait et jure le 10 juillet 1:5'.»;). v Seuesser. de liM.') à 1 I2l>, 'Ml.

^ llénault, Abrôjc chronologique lic Vlliatoin' de France^ 179.

indépendante, se maintint libre et souveraine pendant quatre siècles, de 1390 à 1798*. Zurich acheta de la noblesse appauvrie les bailliages de Kiissnacht sur le lac de Zurich, Hœngg, Thalwyl, les seigneuries de Griiningen, Greiffensée, Regensberg et plusieurs autres. Une comboursjeoisie de dix-huit ans unit cette ville et le comte Frédéric VII de Tosjgenbourg, ancien ami des Zuricois (1400). L'abbé d'Einsiedeln fit une alliance analogue, et son exemple fut suivi par ceux de Riiti, de Cappel et une foule de seigneurs laïques, les Bonstetten entre autres, propriétaires de plusieurs châteaux aux environs de Zurich, Uster par exemple. Zoug acquit Saint-André près de Gham ; Underwald Hergiswyl et Alpnach, et partagea avec Uri le droit de péage du Saint- Gothard. Uri fit une alliance perpétuelle avec la vallée d'Urseren.

Le Nidw^ald essaya d'étendre sa domination sur les gens de la vallée d'Engelberg, dépendance de Tabbaye de ce nom, et à les attirer dans sa combourgeoisie. L'excommunication de l'évêque de Constance n'arrêta point les empiétements. Il fallut une sentence des Etats confédérés de Lucerne, Schwyz et Underwald, sous le protectorat desquels l'abbéprince d'Engelberg avait placé ses droits de souveraineté.

Schaffhouse où les nobles et les bourgeois étaient aux prises depuis un demi-siècle, change pour la troisième fois sa constitution, adopte l'institution des tribuns et nomme un bourgmestre à l'instar de Zurich (1411).

Soleure, après avoir partagé avec Berne le territoire autrichien de Biiren, s'arrondissait par l'acquisition des terres de Balm, de celles du Leberberg au pied du Jura et enlevait ainsi la clef du pays aux gentilshommes pillards des deux châteaux de Falkenstein, dans les défilés de ces montaçjnes.

Un peu avant la bataille de Sempach, l'esprit démocratique en progrès kBàle, opposait à son bourgmestre et à son grand tribun une magistrature plus démocratique, celle de YAmmêstre, calquée sur la constitution strasbourseoise. Bàle est alors le théâtre de révolutions incessantes où la

^ Cette petite république {reinibliclietta^ comme diraient les Italiens) a eu ses historiens locaux. Voir la monographie de l'abbé Rigert, Kurzgefasste Gesch. des Freistaaies Gersau (1817), et la notice plus complète insérée dans le Geschichtsfveund de 1861 par le conseiller Damian Camenzind, de la famille la plus ancienne et la plus nombreuse de cette commune, jadis souveraine. Gersau avait sa Landsgemeinde, son Amman, son capitaine du pays, son Statthalter ou lieutenant du Landamman, et les mêmes magistrats que les Waldstœtten. Elle avait un gibet, marque de son indépendance judiciaire. Les armes de Gersau étaient de gueules parti d'azur. Ce sceau portait Pimage de St-Marcel. Les destinées de cet État microscopique ont fait l'objet d'une curieuse notice intitulée : La Bépubligtiie de Gersau, par Adolphe Gautier. Genève, 1868, chez Georg.

LES HUIT ANCIENS ÉTATS. H'.i

bourgeoisie avec les quinze corps de métier lutte avec succès contre une noblesse hautaine et de plus en plus impopulaire. L'acquisition du Petit- J^âle, celle de Liestal et la cession à prix d'argent de l'avouerie impériale par le roi Wenceslas viennent ajouter à la sécurité et à la puissance de la cité du Rhin (\'' août 1380J \

Une alliance de vingt ans avec Berne et Soleure devait peu de temps après consolider l'autonomie bâioise. Tout cela était l'œuvre de la victoire des confédérés à Sempach, coïncidant avec le déclin de la maison d'Autriche et la faiblesse croissante de l'empire sous son indigne chef Wenceslas. Les électeurs coalisés contre ce dernier s'entendirent à la lin pour le dé|)Oser, et le remplacèrent par un prince j»lns diime du trône, Uobert de liavière (20 août LiOO).

La haine des confédérés pour l'Autriche n'avait pas encore altéré leur respect i)our rEm[)ire. A l'avènement du nouveau roi, les confédérés lui auraient, si l'on en croit Tschoudi, prêté honnnai:e. Les Schwyzois seuls s'en seraient dispensés en disant : « A quoi bon ces « formalités? Nos ancêtres les ont remplies et n'ont pas été protégés « par l'Empire. Nous nous protégerons bien nous-mêmes. »

Comme le fait observer le savant historien lucernois Segesser, ce langage est anticipé et en contradiction avec des documents authenti- (jues, ceux par lesquels le roi Robert conhrme les franchises et libertés des confédérés, y compris Schwyz, en date des 28 août et 2S sejtiembre 1401 * par actes signés à Amberg et à Inspruck.

Jusqu'aux temps de la guerre de Sempach et de N\Tfels, le seul nom collectif sous leiiuel on puisse désigner les Etats de l'alliance |)erpèluelle est celui de Confcdm's. Encore dans les actes olliciels, les pays de l'alliance ne se désignent-ils eux-mêmes que sous leurs noms t'tlitu'ijiics [)arti('uliers.

Le nom de Suisses (Suitenses) employé par le clironitiuenr ;iulrichien .h'an de Winlerlhour ne s'appliquait dans le principe ([n'aiix S('li\\\zois proprement (lit> et p;ii* extension à leurs allu's ilTri et (Triiderwald. Avant le nnlien du \IV""' siècle cepemlant. j'elte appellation commenct^ ;i prendi-e un sens plus LMMH'ral et j»ai'ait dans certaines ("hmniijues du tein[)s t'ciites en Allemagni»\ Mais ce n'e>t (|ue depuis la

' llcussior, Vrrfassun(fs(jrs('h. de r Stadt liasil y 2S{) vl i^u'w.

" S«'t,M'ss('r, «•/(///. Ah.schU'dc de 121.') Ji 1 IJO, IH) et UH). — Uti'iuner et Chiuel. liefjt'stii Jinpvrti, is34. 41), 55.

*• Voir les annales (!«» ZNV(«tl (llî'JO), .Mathias (le Xoiuhàtel sur le Khin (1S50I. < PriH^inriti^iiu' iliritur Stirint's, » lit-un dans le C'alendrier de Zwetl (1352). GiHirf^cs de Wyss, Indiratrur d'histoire de 1S70, .')!. On écrivait aussi Swiczo.

ni8T(URK sris.sK. IS

guerre de Sompach que le nom de Suisse commence à devenir d'un usage plus ou moins commun dans le langage des chroniqueurs, car il n'y en a pas encore trace dans la langue officielle et les actes des diètes'.

6. Tableau de la civilisation du peuple suisse au XIV™e siècle.

Le premier siècle de notre histoire n'en est pas le plus brillant; mais il en est relativement le plus moral et le plus pur, « chaque siècle « étant, comme dit un penseur, un mélange de bien et de mal, (( d'ombre et de lumière. » Ouvert par l'alliance éternelle de 1291, renouvelée en 1315, le XI V""^ siècle se termine à cette mémorable diète de Zurich où fut juré le code religieux et humanitaire de Sempach. Le XIV'"^ siècle est l'ère des Attinghausen, des Stauffacher, des Erlach, des Baselwind, des Gundoldingen... C'est un âge de concorde et de dévouement, de force, de modération et de générosité ; temps de gloire aussi et d'une gloire véritable, car les confédérés ne combattent ni pour s'enrichir ni pour faire des conquêtes, mais pour obtenir ou conserver le plus précieux des biens aux yeux d'un peuple qui a la conscience de lui-même : l'indépendance nationale.

A ce beau tableau, il est plus d'une tache sans doute. Les Suisses, si grands au Morgarten, à Sempach. si généreux à Soleure, se montrent vandales à Einsiedeln, cruels à Rapperschw7l et injustes envers leurs confédérés de Weggis. A côté de magistrats purs et de prêtres dévoués, la Confédération en compte aussi d'immoraux, de cupides et d'infidèles, témoin les Zuricois Broun, Schœnoetle Soleurois Amstein. Mais ce sont là des exceptions dans ce siècle remarquable. Le peuple, en général, y est grand et sublime. Or c'est le peuple qui fait, presque seul, les grandes actions dans notre histoire ; ce ne sont pas les princes, les ministres, les généraux, comme dans les annales des autres nations.

L'ignorance et la superstition des âges précédents se retrouvent chez les Suisses du XIV"^^ siècle, comme chez leurs voisins, auxquels manquera longtemps encore la connaissance de la nature et de ses lois. Mais à cette foi trop naïve, ils unissent un rare bon sens pour comprendre leurs droits et pour démêler dans les rapports de TÉtat avec l'Eglise ce qui appartient à Dieu et ce qui appartient à César.. Avec quelle fermeté persévérante et héroïque ils savent aussi défendre ce qu'ils ont une fois reconnu être un droit inhérent à leur dignité de chrétiens et d'hommes libres !

^ Voir Segesser, eiclg. Ahschiede de 1245 à 1420.

CIVILISATION AL XIV'"" SIKCLL. ^To

Aussi bien, pendant que l'on voit s"é(:rouler autour d'eux une foule de confédérations puissantes, telles que la li;iue lombarde, la li;^ue lianséatique, et toutes ces associations éphémères formées entre les villes d'Allemagne (Scliwabenlnind, Wieinbimd), la li^^aie lielvéti(|ue se maintient, et après avoir repoussé tous les assauts de la maison d'Autriche, elle deviendra bientôt une puissance militaire redoutable en Europe. La position géographiiiue de la Suisse, le pays le plus élevé du continent, entouré de montagnes et de fleuves, est bien aussi pour quelque chose dans l'indépendance et la grandeur de ce peui)le\

Mais la cause principale est ailleurs : il faut la chercher dans le caractère du vieux Suisse, homme de métier ou des champs, simple et mâle dans ses mœurs, intréj)ide au combat, loyal dans les traités, plein d'énergie et de force d'âme, habitué dès l'enfance à confondre dans sa pensée et dans son cœur la cause de la liberté avec la religion de ses pères : « Dieu et patrie » était la devise des premiers confédérés'.

Ce noble esprit à la fois pieux et national, se manifestait dans tous les actes de la vie [)rivée et publique de nos ancêtres : sur les champs de bataille, où toute l'armée s'agenouillait avant de vaincre ou de mourir: après la victoire, par ces fêtes et ces chapelles commémoratives, dont j)lusieurs existent encore aujourd'hui ; dans les actes oniciel>, par le respect des choses saintes et l'invocation du Tout-I^iissant, de la Vierge et des saints, protecteurs de chaque peuplade.

Le même esprit est empreint dans toutes les œuvres des écrivains suisses de ce tem[)s. Car, malgré l'ignorance générale, la Confédération vit fleurir dans son sein, au XI V'"»^ siècle, tout un rameau de littérature jH)|»ulaire, consistant [)rincipalement en chroniques^ en chansons, ou simplement en courtes sentences, dont nous avons eu l'occasion de ("iter (pielques-unes dans le cours de cet ouvrage.

Les chronùjues sont des récits historiques composés en latin ou (lan> le dialecte allemand suisse de l'époijue. Les auteurs en sont des moines,

^ « Mo)itHnts fn-n miiris ciicmnddios. ^ .loaii (lt> \N'intt'rtIi(»iir.

'^ M. (le Seu:<'ssor, en tête du secoiul voliinic do son llisfoirc juriiUijuc de LuccrnCy ne vent pas ^\\lo l'esprit fédéral ait été le premier resst>rt de la pulitinne do nos ancêtres. Il nie éi^Mlement que la tondation et le maintien de la C\>ntedératiou snisse soient dns an sentinn'nt de scdidarite dont ont parlé iineltpies récents historiens, l'it la raison en «'st pour ee pnMieiste dans le fait «pie les confédérés se sont sonvent laissé désnnir par la diversité des intérêts et des rivalités de tous jjenros. 1/nniipie cause» de l'orij^ine et de la jïersistance de l'alliance éternelle serait, selon l'éminent puldiciste, dans la mtrs^it^ /i/s/orif/j/c.'.'.' [Ixechtsijfschichtf, 7 et suiv.) Plus tard, il parle d«» la possession des bailliages conununs, c'est-;\-dire de ce qui a le plus contribué à diviser les Suisses et les a mis plus d'une fois au bord de l'abime, <-omme du principal lien des Ktat? confédérés.

des chanoines ou bien des magistrats des villes helvétiques. Les chansons, consacrées, comme les chroniques, à célébrer les exploits de nos pères, sont ordinairement Toeuvre des guerriers-citoyens qui les ont accompiis^ avec leurs épées, et qui les redisent ensuite avec leurs plumes pour les faire servir d'exemple et d'encouragement à la génération suivante. Quelquefois ces chants sont improvisés sous la tente même, dans le feu et sous l'inspii'ation de la victoire. Aussi y trouve-t-on de la passion, de l'énergie, souvent une ironie amère, toujours le saint amour de Dieu, de la patrie et de la liberté.

Le premier chantre connu des batailles suisses est le Lucernois Halbsuter. Il a combattu, semble-t-il, à Sempach, et raconte les incidents de cette sanglante journée, sans oublier celui qui les éclipse tous, la moit héroïque de Winkelried, en entremêlant son récit épique d'apostrophes chaleureuses et de sarcasmes allégoriques \ Un autre barde national est le moine dominicain bernois Ulric Boner, qui signe « Chevalier de Dieu, » et chante en beaux vers la Liberté, « ce bouclier d'honneur qui « fait l'ornement de la vie, relève l'homme et la femme, donne au pau- « vre la richesse, à chacun de la valeur, et met le sceau aux paroles et aux « actions ^ » Boner a composé un recueil de cent fables qu'il a intitulé

^ Voici une des strophes de Halbsuter :

« La vache brune (emblème d'Underwald) dit au taureau (emblème d'Uri) : Un seigneur a voulu me traire dans la plaine ; mais je lui ai cogné ma sébile contre la tête tant et si bien qu'il faudra l'enterrer. » — « 0 seigneurs de la basse Allemagne ! (lit-on dans une autre strophe), avant de vous aventurer à gravir ce haut pays, vous ferez une autre fois très-prudemment d'aller à confesse. Il pourrait vous y arriver malheur. »

Les strophes relatives à Winkelried ne seraient pas aussi anciennes que les autres et seraient une interpolation de date postérieure, selon Lorenz et Liliencron (voir notre récit de la bataille de Sempach, 261). Dans sa savante notice sur les Halbsuter et la hataille de Sempach {Geschichtsfreund^ XVIII), M. l'abbé Aloïs Lutolf distingue deux citoyens de ce nom, Lucernois tous deux. Du premier, qui vivait à Lucerne au temps de la guerre de Sempach, viendrait le plus ancien texte de la chanson, le chant en raccourci que donne la chronique Russ. Au second, qui avait pris part à la guerre civile de Zurich et qui se nommait Hensli Halbsuter von Ilot, appartiendrait le chant plus détaillé où l'acte héroïque de Winkelried est célébré en trois strophes. Ce dernier des Halbsuter, s'il n'était pas contemporain de la guerre de Sempach, la suit d'assez près et pouvait, comme le dit M. Lûtolf, tenir les incidents de la bataille de la bouche des acteurs. L'existence de Winkelried elle-même est mise hors de doute par un document de 1367. Voir Liebenau, Mlttheilangen der antiq. Gesellschaft, XI, 2,2,47, et l'écrit de Rauchenstein intitulé : Winkelrieds That ist keine FaheL ^ « Friheit ziret ailes leben

Und kan wol gemuote geben.

Frihéit hochet wib und man

Den armen si richen machen kan.

Friheit ist der eren hort

Si ueberkrônet werk und wort »

CIVH.rSATIO.N AU XIV""" SIECLE. 277

Pierre précieuse (EûaUiein), et dont l;i j)remière édition, imprimée à Hamberg en 14G1, est en même temps le premier livre imprimé en lan,i.nie allemande.

Anx accents de la poésie héroïque se mêlent les derniers soupirs de la poésie des troubadours ou minnesimicv. Dans cette sombre tour des vagues (Wellenberg), qui s'élève sur la Limmat, Jean de Haltsbouriz trompe l'ennui de sa captivité en chantant << la blanche fleurette qu'il cueillait avec tant de plaisir dans les prés '. »

Des travaux d'un ordre plus sérieux occupaient les sav:iiii> moines de Bâle et de Héromiinster. Le prédicateur rhétien Albert de Seevis se représente lui-même, dans un avant-jiropos de ses sermons, accoudé sur sa table à écrire et se servant de besicles pour soulager sa vue de septuagénaire; première trace de l'emploi do cet utile in.-trunn'nt dans notre patrie.

L'art n'était pas non plus tout à fait négligé dans un siècle où l'on voit le prieur de Romainmôtier, Jean de Seyssel, orner de sculptures gothiijues le chœur de son église; où le célèbre curé Hasehvind pose à lieriie la première i)ierre d'une muraille de clôture, qui fait encore aujourd'hui l'admiration du voyageur. Mais le nécessaire va avant le beau et l'agréable.

Or, au siècle dont nous i)arlons, nos villes suisses étaient encore en grande partie construites en bois, et les rues n'étaient point j^avées. Une amélioration s'opère à cet égard. A la hn du XI V"»»^ siècle et au commencement du W""", Fribourg, Berne, Zurich et SchalThouse élèvent h'urs premiers /^//////^//^s• ou hôtels-de-ville : Ziirifli l'ail [laver ses rues et défend la circulation (\ii:> animaux immondes.

C'est à cette époque que l'on i'aj)porte la conslrudion de l'église gothique de Sainl-Xicolas de IVibourg, celle (\{i<. châteaux tK' WuIlltMis et d'Lstavayer et du (It'nolaplie colorié des comtes de Neuchâtel dans la (j)llégiale d»; celle ville. La |)einture sui* verre contiiuie également :"i lleurir et pro(hii>ail des chefs-d'ieiivre comme le< vilraux îles cloîtres d«* Muii, WVllingen, K()nig>lèldeu el de ('appel .à l'oiie-t de TAlbis".

Les incendies si fri'quenls dans ce lenq»s ou la ville de lierne seule eut il en supporter six plus ou moin> terribles \ liront sentu" la néces-

Fablc ')!> (lu r(MM(>il de UoutT. Les Chanta df guerre de In Suisse ont Hé reriu^illis jtar M. llo.lihoj/. i>n>t>ssrnr à Aaiau (lS3r>), et ont fait l'objot il'un piquant artici»' tic M. Xav. Manni«'r dans la Jîerue des d-ur Mondts 1 1.'» Jaii\i<'r H:tG).

' « Icli wris/ fin Nvis-^'s Miicmi'lin > (.Ir co^nois lilanclio tUnirctl»^).

' Mulliin'ii, Die Ghisinalerei in der Selurei:, 1S72, 6. — Kahn, 51»fi et 000.

^ Lors (1m irraïul iiictMïilic de 1 10'». ,|ui dt'truisit une çramlo pariio de la ville de

site d'une police plus sévère et d'un meilleur mode de bâtisse. Aux désastres causés par le feu, venaient encore se joindre la famine et la peste, suite de l'imprévoyance générale et d'une malpropreté excessive.

Ces fléaux, envisagés en certains endroits comme une punition de Dieu, donnèrent naissance aux immorales processions des Flagellants, sectaires des deux sexes qui allaient se donnant la discipline sur les routes et sur les places publiques. En certains lieux, dans le Siebenthal, par exemple, l'approche de la peste engendra des excès d'un autre genre et fut saluée par des chants, des repas et des danses.

Rendus de plus en plus graves et mélancoliques par le spectacle des maux de la vie et de la folie humaine, les moines de Bàle, à leur tête le noble et docte Suso, natif de Constance, s'appliquèrent tout entiers à la méditation des choses éternelles. Sous le nom d'Amis de Dieu, ils formèrent une vaste association vouée au double culte de l'amour divin et de l'amour des hommes, à l'exemple du Sauveur '.

Mais, à côté de cette noble congrégation, s'en élevèrent d'autres beaucoup moins pures, comme la congrégation des frères du Libre- Esprit, la confrérie des LoUards^ etc. La première avait son centre dans l'Uechtland et au Pays de Vaud. Ses membres niaient l'efficacité des bonnes œuvres, rejetaient une partie des sacrements et se confessaient entre eux. Les Lollards ou Beghards ne se séparaient point extérieurement: de l'Eglise, mais se réunissaient dans des oratoires particuhers, et les héguines ou femmes qui appartenaient à la confrérie portaient un capuchon rabattu sur le visage. L'inquisition et les gouvernements se réunirent pour proscrire ces sectes. Des procédures furent dirigées contre elles, k Berne, à Fribourg, dans le Pays de Vaud et à Baie, où elles comptaient plus de 1 ,500 membres. Les frères du Libre-Esprit, poursuivis avec le plus de rigueur comme sectaires déclarés, furent condamnés aux flammes : l'un d'eux, Lœffler, de Bremgarten, près Berne, reçut la mort avec le plus grand courage et se moquait sur le bûcher de la petite quantité de bois que la lésinerie des juges avait destinée à son

Berne, les Fribourgeois, oubliaut les ravages des guerres précédentes, envoyèrent de grandes provisions d'habillements et de comestibles et entretinrent pendant un mois, à leurs frais, 100 ouvriers et 12 chariots pour le déblai des décombres. Un conseiller philanthrope, Jean de Gambach, présidait à ces travaux. Les Fribourgeois acquirent une réputation de bienfaisance si grande à Eferne à cette époque, qu'un petit enfant, à qui ses parents refusaient du pain, s'écria : « Eh bien! puisque vous ne voulez pas me donner du pain, j'irai en demander aux Fribourgeois. » ^ Les Amis de Dieu ont fait l'objet d'une monographie intéressante de M. Schmid, Basel iin XIV. Jahrliundert (Bâle 1856). Voir aussi sur Suso, en particulier, la notice de M. le doyen Greith (aujourd'hui évêque de St-Gall) dans les KaihoL Schiveizerhlditer fiir Wissensch. und Kunst. Luzern, 1860.

supplice. On se contenta d'expulser les Lollaids, ou irexiger d'eux une rétractation. Une horrible persécution s'éleva contre les juifs, au milieu du XIV"'^ siècle. Ces malheureux, accusés d'avoir empoisonné les fontaines pendant la peste de 1)148, furent livrés aux namnn's à l>.ilt\ Diessenhofen,Chillon et Zofin,i!ue.

Les excommunications n'avaient pas cessé de troubiei" les âmes et de porter le désordre dans les villes. Le premier magistrat de Lucerne fut excommunié par le doyen de Constance en l 'jOl, pour avoir ({uelques années auparavant, étant encore coiL^eiller à Sempach, prêté son concours à Uri dans les dillicultés qui s'étaient élevées entre cette vallée et son ancienne suzeraine, l'abbaye des religieuses de Zurich*.

Un siècle de mysticisme et de guerre ne semble pas favorable aux |)rogrès de l'industrie et du commerce. xMais, comme nous l'avons dit, le moyen .'Ige est celui des contrastes. C'est au NIV""® siècle que commence à prendre l'essor le «'ommerce des draps et des ('uir> dans les deux capitales de l'Uechtland, lieriie et Fribourg. Les vins de Lavaux et les toiles de Saint-Gall sont recherchés au dehors; Zurich ex[)orte des étoffes de laine. Les corps de métiers prennent df plus en plus d'importance; Sainl-(iall en avait (î, Zurich et Berne, cliacunt; Ll, IMle IT)*.

L'agriculture était en honneur dans la Haute-Allemagne. \^n des vassaux de Kybourg, le baron de Hegnau, ne dédaignait pas de tenir luimême les cornes de la charrue et de conduire au labour son superbt' attelage, entouré de ses fils (jui travaillaient sous ses ordres. Le roi Albert !'-''', s'étonnant de trouver réunies dans le même homme, la bravoure et l'élégance du chevalier avec les goûts simples et laborieux de riiomine des champs: « Monseigneur, répond avec sagesse le baron de lïegnau, je trouve ({u'après le métier des armes, le travail des champs est la plus noble des occupations pour un gentilhomme. »

(Cependant aucum; invention inq>ortante ne vinl perfectionner un art dont les progrès sont étroitement liés à ceux de- sciences physiques et naturelles alors très-reculées.

Les mêmes causes retardent les progrès de l'art militaire, le plu^ cultivt' de tous dans cette é[)()que belliiiueuse. La découverte de la poudre il canon en Allemagne n'eut ses elïets ([ue beaucoup [ilus tard: malgré l'introduction dv,:^ armes à fini dans (pielipies Ltats c«uitV'd('n'>, la hallebanlr. la loii'jue |»i(|ue et la nia.>sue resteront, jusqu'au Wr"*-' siècle, les armes de préilileclion des Suisses. Lc^ plii> avancés >ou> le rapport

' (rfscliichtsfirinKl, VI II. 7'». I/oxrommunication atteii;nit plusieurs magistrats (ITri, Sclnvy/ <'t Luccnu'.

'•' IhMisslor. Vrif(issun>is(fi'sch. (hr Stadt /iast'/, 11)7.

280 CIVILISATION AU XlV"^ SIÈCLE.

militaire étaient les Bernois. Leur ingénieur, Bourkard de Bennwyl, rendit à Laupen de grands services, soit pour la défense de cette place, soit par l'emploi dans la bataille de ces chariots armés de faux, dont l'histoire d'Italie nous ofïre déjà des exemples dans la guerre des Guelfes et des Gibelins.

Le droit et la politique, considérés comme sciences, ne sont que peu ou point étudiés à cette époque. En fait de droit, on s'en tient généralement aux coutumes locales avec un mélange de droit impérial et germanique. La Confédération elle-même n'est encore qu'une agrégation d'Etats unis par des liens peu resserrés et à des conditions inégales. Lucerne, par exemple, n'était pas directement aUiée à Berne et à Glaris ; Berne n'avait pas d'alliance immédiate avec Zurich, Zoug et Glaris. Les Waldstsetten seuls étaient alliés directement et immédiatement avec tous et servaient de trait d'union à tous les membres de la Ligue. Les Diètes, comme le dit leur nom, Tagsatzung (Journées) ne sont d'abord que de simples conférences entre les députés des huit États, auxquelles les alhés sont admis parfois, quand il s'agit d'intérêts communs. Ces diètes où les députés, au nombre d'un ou deux par Etat, se rendent à cheval et accompagnés d'huissiers ( Weibel), se tiennent à Berne, et plus fréquemment à Zurich et à Lucerne. C'est que la ville de la Limmat est devenue petit à petit et sans que cela fût réglé par aucune loi, l'Etat dirigeant, le Vor-Ort de la Confédération. Les actes répétés de félonie de Broun et de Schœno ne changèrent rien à cette position qu'elle conserva jusqu'au milieu du XV™® siècle.

La prééminence de Zurich s'explique facilement par son ancienneté, son importance militaire, politique et commerciale tout ensemble, sa population nombreuse et les lumières de ses magistrats. On disait proverbialement dans la vieille Suisse : « Si tu veux un bon conseil, tu le trouveras à Zurich. » Et encore : « Dieu donne à celui qu'il aime une maison à Zurich. »

La supériorité reconnue de Zurich ne laissait pas d'exciter la jalousie de certains États de la Ligue, principalement de Schwyz, dont le patronage, accepté par les deux autres Waldstsetten, ainsi que par Zoug, Glaris et plus tard Appenzell, se serait volontiers étendu sur tous les pays confédérés. Dans cette rivalité alors encore peu marquée, mais qui ne devait pas tarder à se développer, il y avait en germe toute une guerre civile.

Les diètes particulières des Waldstsetten s'assemblent à Beggenried ou à Brunnen. Les conférences ou diétines des Zuricois et des vallées forestières se réunissent à Einsiedeln, celles des Bernois avec ces vallées au Kienholz (près Brienz).

Au XIV""^ siècle, les attributions des diètes sont encore mal définies et n'ont rien de ré^c^ulier ni de systématique. La paix, la guerre, les alliances et les relations avec l'Empire et les pays voisins formaient le principal objet de leurs délibérations. Mais nous voyons ce cercle d'activité s'étendre de plus en plus au XV""^ siècle où les confédérés entreront en relations avec presque toutes les puissances de FEurojie.

Le XI V"'^ siècle voit se nouer les premières relations diplomatiques de la France avec les pays de la Haute-Allemagne. C'était à l'occasion d'un marchand français dont on avait séquestré treize ballots de soie en Vallais et dont le roi de France, Jean II dit le Bon, réclamait la restitution dans une lettre adressée aux Hernois et datée de Chartres le 12 juin 13r>(), trois mois avant la fameuse bataille de Poitiers où il lui fait prisonnier par les Anglais *.

7. R<^voliitioii de Zoii^. — <jîuorre des Appeiizellois pour leur indépendance. — Ils s'allient aux Suisses (110<) à 111'^.

Au commencement du XV'"*^ siècle, l'esprit de liberté, ravivé par les victoires des confédérés, occasionne partout i\e> luttes entre les yourernés qui aspirent à des droits plus étendus ou mieux garantis, et les (/onrernants, qui cherchent à maintenir leur ancienne juridiction. Une foule de villes et de seigneuries, Neuchâtel, Gruyères, WintertluMir. ()ltinL:t'n sur l'Aar eurent leurs petites révolutions.

Winterthour, cette ville naguère si dévouée à l'Autriche, voit se former dans ses murs un parti suisse, à sa tète l'avoyer Gœz, (jui conclut avec Zurich un traité de combourgeoisie. Mais le bailli autrichien llermann de Sulz est averti de ce qui se passe. Des troupes aulrichicnnes ai'rivent à Winterthour, s'enipan^nt du malheureux avoyer l-I le précipitent dans la Thour (mars \\\)\) *.

A OItingen, les serfs, menacés par leur seigneur. If tiu'ut l'i m' donnent à hcrne, leur protectric(^ après s'èlre rachetés de leurs obligations envers la veuve du baron, protégée en vain par la Savoie.

Cette dernière puissance el le comte Anlonie de Cii-uNci'e^ (jiu en dt'jtendail, ne sont |)as j)lus heuriuix contre le (iessenay et Château d'Ol^lx, dont les courageux pâtres s'allient avec lierne. sans le consenltMniMil de leui' souverain. liKjuieis d,» ra|)piii ijhc ji- ('omie de Savoie, Anit'dée VIII. i^rètail an comte de Gruyères, les hernois jM'ennent d'assaut les trois châteaux de nelleL:ard(\ île N'anel et de Chàti^au-tlt Ha. 1I< se

' Indirnii'ttr d'histoire «1(> /urii'h. 1850, 21.

^ IMiintsclili. 1. J^Ci. — rroli, Geschichtr von Winterthour.

virent cependant contraints de restituer ces trois castels au comte de Gruyères par le traité de Morat (1407) '.

L'alliance bernoise était recherchée aussi par les remuants bourgeois de Neuchâtel, indignés de voir un étranger, un Allemand, parce qu'il était neveu de la dernière comtesse, devenir souverain du pays, et empiéter sur les droits des indigènes. Mais en politique habile, le nouveau comte Conrad s'empresse d'obtenir la combourgeoisie de Berne, à laquelle il joint encore celle de Soleure et de Fribourg (1406), l'ancienne alliée du comte Rollin ou Rodolphe. Cette conduite adroite sauva Conrad de sa ruine, et préserva le comté de Neuchâtel du sort de tant de seigneuries devenues la proie de l'esprit belliqueux des Suisses aux XV'"^ et XVI"^^ siècles.

Conrad déjoua avec le môme bonheur une autre conspiration ourdie par Vautier de Rochefort, bâtard de la maison de Neuchâtel. Celui-ci, pour perdre plus sûrement son seigneur, avait fait fabriquer une fausse charte munie de cinq sceaux octroyant entière indépendance aux bourgeois de Neuchâtel, ainsi qu'à ceux de Boudry, Landeron et Val Travers. Pris pour juges par les deux parties, les députés des trois villes déclarèrent la charte apocryphe; Vautier, le faussaire, eut la tête tranchée, et deux prêtres qui l'avaient aidé dans cette criminelle entreprise, le chanoine Leschet, de Neuchâtel, et le clerc Dacie, de Morat, furent, selon la tradition, noyés dans le lac (19 février 1412 *). Les bourgeois de Neuchâtel obtinrent la reconnaissance de leurs franchises, mais durent renoncer à élire un avoyer et un bourgmestre à la façon des confédérés, et se contenter des magistrats appelés les quatre ministraux, institution dont on trouve déjà le germe dans les temps antérieurs à leur établissement définitif, au milieu du XV""^ siècle.

Des dissensions plus graves avaient éclaté peu auparavant à Zoug, et avaient failli entraîner toute la Confédération dans une guerre civile. L'Etat de Zoug se composait de la ville de ce nom et de trois communes rurales, Baar, Menzingen, iEgeri. D'après la constitution du pays, les décisions des trois communes unanimes formaient la majorité et étaient obligatoires pour la ville, tout comme les décisions de la ville, jointes à l'une des trois communes, faisaient loi pour le reste du pays. En 1404

^ Hisely, Histoire du comté de Gruyère^ I, 417.

^ Montmollin, d'après la chronique du chapitre. Les chartes fabriquées par Vautier avaient été noircies à la fumée et munies de cinq sceaux imités de ceux du comte Louis. Une chambre du château de Cerlier servait de laboratoire aux faussaires. Frédéric de Chambrier dit, dans son Histoire de Neuchâtel (128), que Leschet et Dacie furent simplement condamnés à une détention perpétuelle, sentence ratifiée par Pévêque de Lausanne, le 28 février 1412.

LKS HLM ANCIKNS ÉTATS. î28ii

I.L ville (le Zoii^^ ayant obtenu du roi des Allemands le droit de glaive ou de haute justice (Blutbann) pour elle seule, les trois communes, réunies en land.syememde, décrétèrent (jue la ville partagerait désormais avec elles la crardedu sceau, de la Lrrande bannière et des avchices, svnibole de la souveraineté cantonale. Ce décret violait les anciens usages garantis récemment par l'acte d'admission de Zoug dans la Confédération, en Kî')^.

Les bourgeois refusèrent de s'y soumettre, ils olîrirent aux campagnards de faire juger la chose par i\iti arbitres, conformément an texte des alliances. Mais les campagnards contestèrent aux Etals confédérés le droit d'intervenir dans leurs affaires intérieures. Ils en appelèrent à Schwyz, qui exerçait depuis 13(j'i une sorte de protectorat sur l'Etat de Zoug et s'était attribué le di'oit d'en élire le [iremier magistrat ou ammann.

La majorité du conseil de Schwyz conseilla prudemment de recourir au droit fédéral. Une diète se réunit à Lucerne, pour s'occuper de cette affaire, et (\q^ commissaires furent envoyés à Schwyz et dans la campagne de Zoug pour engager le [>euple à attendre avec calme la décision de l'autorité fédérale. Mais, excités par (juelques membres du conseil, les jeunes gens de Schwyz courent aux armes et surprennent la ville de Zoug dans la nuit du \i\ octobre liOV. Les (juatre Etals de Zurich, Lucerne, Uri et Underwald lèvent alors !.'),()( )() hommes et occupent tout le pays. Assemblés ensuite à Beggenried, sur le lac des Waldsla^ten, l(^ 7 novembre, |)uis à Zoug même, les députés de tous les Etals, sauf Schwyz et Zoug, condamnent les trois communes à (UH) llorins. et Schwyz à lOOO llorins de dommages-intérêts, dont (iOO poui* la ville de Zoug et U)0 pour les conh'dérés. Schwyz était tenu, en onli-e. de renoncera son alliance particulière avec Zoug et à son dioil tlChre l'aminann d(3 ce canton, (jue les confédérés se réservèrent. (Juant an l<»ii(l (le la (|nei'('lle, il Int di'i'idi' que Zoug conserverait le sceau, la baninere elles archives: mais (|n'd (Mnrn'ait l'accès de ces dernières aux campagnards et leur laisserait choisir, parmi les bourgeois, le banneret, second magistrat du pays (Fio\endii-e I lOj i'.

Ouand cette sentcMice fut connue à Sehwvz. elle excita le phi^ \it" mécontentement contre les agitateni'>: huit conseillers piMihrenl leiii's phices et hii-enl condamnés ;i supportei' une partie des frais de la pri>e d'armes. Ainsi se termina la guerre ('i\ile de Zt)ug. diver>ement jugée par les hi>toriens suis<e<, dont I(N mis prcnnctii jKirti pour la ville.

' SogossiM", luhj. Ahschicdc «le 12 t.'» à 1 IJO. 1. KW ,>t 11 J.

d'autres pour la campagne, mais qui tous s'accordent à déplorer l'acte de violence commis par les corps -francs de Schwyz. « Car la violence, dit Jean de Muller, ne fit jamais le droit. »

L'année auparavant avait éclaté la révolution d'Appenzell. La contrée montagneuse d'Appenzell, composée de cinq Lœndli (petits pays) et de douze Rodes ou circonscriptions financières, devait, comme nous l'avons dit, son origine aux abbés de Saint-Gall qui l'avaient fait défricher et y avaient bâti une église au XI'"^ siècle \ Les abbés investis, dès lors, des droits régaliens, en qualité de seigneurs et princes du pays, nommaient les baillis et les percepteurs (Rode-Meister). Mais le voisinage des Suisses et la dureté des officiers de l'abbaye faisaient depuis longtemps germer des idées d'indépendance chez les Appenzellois, peuple robuste, entreprenant et audacieux.

Vers 1377, les villes souabes voisines du lac de Constance ayant formé une ligue pour résister à l'oppression de la noblesse, les montagnards d'Appenzell et les bourgeois de Saint-Gall se firent recevoir à Ulm membres de la Ligue des sept Villes-du-tour-du-Lac ou Stœdtebimd iim den See (1^2 mai 1378) ^.

Les députés des deux pays furent admis à siéger à la diète d'Ulm, avec ceux des autres villes de la Ligue, au nombre de 27. Les Appenzellois, se considérant dès lors comme un peuple fibre, se donnent une landsgemeinde, avec un conseil dirigeant composé de 13 membres. L'abbé de Saint-GaU, Georges de Wildenstein, d'abord opposé à ce mouvement qui compromettait son autorité dans ces contrées, avait fini par donner la main aux alUances de Saint-Gall et AppenzeH.

Mais un nouvel abbé moins accommodant, Conon de Stoffeln, ayant porté plainte à l'empereur et prouvé, charte en mains, que l'Appenzell avait toujours appartenu aux abbés, de la libéralité desquels il tenait son existence et même son nom, la ligue souabe abandonna ses alUés.

L'abbé Conon se fit recevoir lui-même membre de la Ligue, et reprit aussitôt une partie de sa domination sur Saint-Gall et tous ses droits sur l'Appenzell. Un bailli principal, résidant à Schwsendi, et plusieurs sousbaillis gouvernaient ce pays en son nom. Loin de ménager un peuple qui aspirait à la liberté et en avait goûté la douceur, ces officiers redou-

^ Appenzell ou Abts-Zell (cellule de l'abbé). Les Lœndli étaient AppenzeH, Hundwyl, Urnâsch, Gais et Teuffen. Les Rhodes, ou plutôt Rodes, se divisèrent en Rodes intérieures et Rodes extérieures. Yon Arx, Zellweger, Blumer.

^ Ces sept villes de la Ligue des bords du lac étaient Constance, Ueberlingen, Bouchhorn (aujourd'hui Friederichsliafen), Lindau , Ravensbourg , Wangen et St-Gall.

blèrcnl de revente et d'exigence. On raconte que le bailli de SciiWcenili mit un droit de péage considérable sur le fromage, le lait et le beurre, et (jue si quelqu'un essayait de passer à côté du bureau sans payer, deux énormes chiens, dressés à celte chasse, se jetaient ^ur lui. Le sousbailli d'Appenzell, jaloux de maintenir son droit de meilleur cnui lit rouvrir la tombe d'un mort pour enlever l'habit dont des enfants pieux avaient revêtu le cor[)s de leur |)ère. Les droits de pêche, de formariage et d'aubaine étaient exercés avec une grande ri,i:ueiir. On >l* plaignait aussi (jue le prince-abbé n'eût aucun égard au vœu du pi'uple dans le choix des amniann ou syndics de communes *.

Le méconlenlement n'attendait ipi'une occasion pour éclater, lorsfju'un dignitaire ecclésiastique, le prévût de Hussiianii, se mit un jour à maltraiter un paysan, pendant (pie deux gentilshommes lui tenaient les bras pour rempêcher de se défendre.

Aussitôt le tocsin sonne ii Gossau. Le [)euple, en armes, entoure le château de lielfenberg, où le prévôt s'était enfermé, et ne se fut ifiiré (jue devant le cadavre de ce dignitaire, si un conseiller de Saint-(iall, Conon de Watt, ne s'était porté médiateur. Les châteaiiX de Sch\va}ndi et de Clanx furent livrés aux llammes (140^).

L'abbé, irrité, s'adressa aux villes impériales pour réclamer la di>solution définitive du Bund um den See ou Ligue du Luc et retpiit leur assistance dans ses dilfércnds avec les Aj)penzellois. Dix de ces villes tinrent une diète à Ravensbourg (le 2 novembre LiO^) et donnèrent en général gain de cause à l'abbé, « maître, disaient-elles, de choisir ses « em[)loy(ls comme il veut, pourvu (pie ce soient des indigènes. » Les A|)peiizellois s'étaient alliés dans l'intervalle avec les bourgeois de Saint-(iall (17 janvier liOl). Le prince-abbé leur ayant ordonné de renoncer à ce lien, les montagnards prirent les armes. L'abbé Clonoii elfrayé alla s'enfermer à Wyl. Une nouvtilie diète interdit aux Appeiizellois toute alliance. La ville de Saint-Ciall, eu revanche, était autorisée à maintenir la sienne avec les villes impj'riales.

Les Saiiil-(iallois se soumirent à celte sentence; mais les montagnards de lAppenzell refusèrent de l'accepter il invotpiei-eiil l'appui dii^ conlédér«''s. (les dei'iiiers ne se souciaienl jkis de |)rtMidre lail cl cause contre l'abbé, (le [irince de son côté s'était mis sous la protection du duc d'Autriche Fréd('ric. (pii au nom de son frère Lt'M^jM^ld. IV'"" du nom, gouvernait le Tviol el le> (OiiIiiun t'orniaiil le (in'oii appelait l'Autriche ant(''rieiii-e. A[>pen/ell ne troiua il'echo (ju'ii Schwyz où pr«''-

' Zellue^cr, Gcticli. des AppcnicUischen Volkcs^ I, '.V2\.

valait la politique de sympathie et qui avait déjà protégé la campagne de Zoug (en 1404), et Glaris abandonné par les autres confédérés dans la guerre de Nœfels. Une combourgeoisie fut conclue entre les deux peuples; trente députés d'Appenzell allèrent la jurer k Schwyz entre les mains d'Ital Redinoj.

Ce magistrat redouté, avant même d'occuper le poste de landamman auquel il fut élevé en 1413, dirigeait déjà la politique de ce canton avec une autorité telle que le chanoine-chroniqueur de Zurich. Hemmerlein, ne l'appelle pas autrement que le demi-dieu des Schwyzois . A cette nouvelle, les villes impériales, d'accord avec Tabbé, jugèrent qu'il fallait réduire Appenzell par la force. Une armée de 5,000 hommes, cavaliers, archers et piétons, se réunit à Saint-Gall et le 15 mai 1403 se mit en marche par le Linsenbuhl et le chemin creux (Hohlweg) vers la hauteur du Vœgeliseck, où se trouve le village de Speicher; 200 charpentiers ou sapeurs marchaient en tête de l'armée, la hache sur l'épaule.

Les Appenzellois étaient soutenus par 300 hommes de Schwyz et 200 volontaires d'Underwald et de Glaris *. Une partie des montagnards se placent en embuscade dans les bois des deux côtés du chemin creux, pendant que d'autres occupent le sommet de la montagne. Après avoir laissé passer les sapeurs, les Appenzellois fondent sur les cavaliers pendant que leurs alliés de Schwyz, Glaris et Underwald se jetaient sur l'infanterie. Les cavaliers, ayant piqué des deux pour atteindre le sommet, sont assaillis par d^énormes pierres que roulent sur eux les défenseurs du faîte de la montagne. Le cri fatal : en arrière, parti de la cavalerie qui avait besoin d'espace pour ses évolutions, produit une panique. Les troupes des villes impériales sont mises en déroute et laissent sur le champ de bataille 250 hommes, dont treize bourgeois de Saint-Gall. Un quatorzième n'avait dû la vie qu'à la générosité des Appenzellois, qui l'avaient reconduit chez lui à Lisibiihl. Les bannières de Lindau, Bouchhorn, Ueberlingen et Constance, restèrent aux mains des Appenzellois qui rentrèrent en triomphe dans leurs villages.

Les bourgeois et les paysans convinrent de renouer leur ancienne alliance. Mais les confédérés, Zurich et Berne, Lucerne et Soleure en particulier, commençaient à craindre les embarras qu'attirerait sur eux l'alliance séparée de Schwyz avec Appenzell. Ils invitèrent les Schwyzois à abandonner fjes Appenzellois. Schwyz, tout en s'abstenant dès lors

^ Blumer, Urkundensavijnhing, Y, 410.

de toute participation ouverte à la guerre, envoyait cependant à Appenzell un chef politique dans la personne de Conrad Kupferschmid, de Schwyz, avec le titre de landamman de ce pays, reconnu ainsi autonome et allié des Suisses. Kupferschmid remplit pendant plusieurs années ces fonctions, qu'il échangea plus tard contre celles de ca[»itaine des Appenzellois. L'abbé implora de nouveau l'appui du duc Frédéric d'Autriche, IV"'*^ du nom, avec qui les confédérés avaient conclu une paix de vingt ans, et contre lequel ils ne pouvaient ainsi porter les armes sans se parjurer.

Privé du secours des Schwyzois, mais conseillé par eux, l'Appenzell fit alliance avec un seigneur que l'Autriche avait dépouillé de ses domaines, le comte Rodolphe de Werdenberg. Le duc Frédéric ne paraissait pas disposé â courir le hasard d'une guerre contre les Appenzellois. Il ne s'y décida que sur les instances des villes impériales et des seigneurs, forcés eux-mêmes d'en venir là par les rébellions de leurs sujets qu'entraînaient l'exemple et les paroles des montagnards. Après avoir réuni ses troupes à Arbon et à Rheineck, le duc les divise en deux corps, va lui-même en personne ravager les environs de Saint-Gall, pendant que le gros de l'armée, 1200 hommes environ, allait débloijuer AltstcTtten, chef-lieu du Rheinthal, puis se dirigeait tout à coup par la montagne du Stoss, qui conduit à Aj){)enzell. C'était le 17 iiuii 1105, la veille de la Fête-Dieu. Une pluie abondante avait mouilli' le gazon et rendait le chemin glissant. Les Appenzellois, au nombre de 400, attendaient l'ennemi pieds nus, derrière la muraille (jui défendait Tenti'ée du pays. Ils laissent une partie des Autrichiens dé|)asser le retranchement, puis soudain font rouler sur eux des troncs d'arbres et des pierres, et l'épée à la main ils se précipitent dans les rangs déjà rompus ih^ ennemis qui cherchent ;i se rallier et à s(» défendre. Le sol irli^Nant en fait trébucher (^t tomber un grand nombre. Tne partie des archers cherchent en vain ;i se servir de leurs arl)alètes, dont les conles étaient détendues i»;ii' la pluie: on se bal lance contre lance, épée contre épée. Après quel(ju(îs lnMircs de coudiat les AppcMizellois sont vaimjueurs: ils avaiiMil tiic pics de 'lOO hommes ' et |>ris les bannières ih» Feldkir.'li. Schalïhouse et de Winterthour. CiMte dernière ville siMile avait j)t>rdii

' :»()() liommrs solon .lustlni^cr c\ le <lironi<|iiciir appen/ollois Walscr, et co chirtro a viv adopte par M. Viillicmiu. .Mais tous les inanusrrits rontrmporains parlent do '^'^0 à 150 hommrs. DitMauiM-, J)ir Schlacht nm .s7.>.n-.s\ Airhiv fur scfnc Gc^rhuhtr, XI\, ITJl. I/insciiption nnxlonuMle la rhapelltMlii Stoss porte j\ tort î\ 12.0(X) lioinnit«s rnnih'.' du. nie. !,.> jour de la bataill.> est mal indiqué par Justinger, qui le pl;u-e ;ui jour uiruu' de la IVlr- Picti

1)5 hommes avec son avoyer, Lam*eiit de Sal. Les montagnards tombèrent à genonx sur le champ de bataihe et rendirent grâce de leur délivrance au Dieu des combats et de la liberté. Une chapelle consacra le lieu et le souvenir de la victoire \

Le duc d'Autriche se retira à Schaffhouse, fort abattu par sa défaite et mécontent des nobles qui l'avaient poussé à la guerre et qui maintenant réclamaient une solde pour avoir suivi ses drapeaux.

Les Appenzellois, victorieux de tous leurs ennemis, formèrent avec les Saint-Gallois et le Rheinthal une alliance de neuf ans, forcèrent l'abbé de rentrer dans sa capitale, rétablirent leur allié, Rodolphe de Werdenberg dans l'héritage de ses pères, aidèrent ceux de Schwyz à enlever aux ducs d'Autriche la vallée de Wseggi et la Marche inférieure % s'emparèrent du Rheinthal, et pénétrèrent jusqu'à Landeck, appelant tous les peuples à la liberté. Une nouvelle ligue du lac (Bund obdem See) se préparait, formée non plus seulement des villes, mais de tout le peuple des contrées voisines d'Appenzell, du Vorarlberg et même du Tyrol, depuis si fidèle à ses princes et qu'il eût été si facile alors d'attirer à la liberté en refoulant l'Autriche derrière les Alpes tyroliennes.

^ Il n'y a eu ni un troisième combat à Rotmouten, ni un quatrième à la Wolfhalde. C'est la journée du Stoss qui a reçu ces noms divers dans les chroniques locales. Les traditions recueillies par des chroniques postérieures au XV''°^ siècle donnent pour chef aux Appenzellois le comte Rodolphe de "Werdenberg, leur allié. Mais ce commandement paraît avoir été, au contraire, entre les mains du capitaine nommé par Schwyz, La chronique autrichienne la plus ancienne qui parle de cet événement, celle de Klingenberg, nous montre Rodolphe de Werdenberg combattant en simple volontaire sans cotte de mailles et en sarrau, comme les montagnards. Ainsi l'avaient voulu ces derniers. Le discours que le comte de Werdenberg aurait prononcé à la Landsgemeinde d'après Jean de Muller est une fiction oratoire du célèbre écrivain, comme les harangues que Tite-Live met dans la bouche de ses personnages.

Les mômes traditions font mention d'un héros appenzellois nommé Uli Rottach qui, adossé à une étable, se défendit avec sa hallebarde contre 12 ennemis, en tua cinq et périt avec l'étable à laquelle on avait mis le feu. Ce nom d'Uli Rottach se trouve consigné dans un livre en parchemin conservé dans les archives d'Appenzell. Mais il y aurait été intercalé à la fin du XVl'"^ ou au commencement du XVH'"'' siècle.

Une troisième tradition mentionne la présence d'un corps de femmes appenzelloises qui auraient contribué à la victoire du Stoss en se montrant vêtues de blanc sur la hauteur. Cet épisode paraît pour la première fois dans la chronique de AYalser (1740). Les chroniqueurs précédents n'en disent mot.^ Voir pour tous ces points la dissertation de M. le prof. Dierauer de St-Gall (Die Schlacht am Stoss) dans Archiv fur schiv. Geschichte, 1875, XIX.

^ La Marche, partie septentrionale du canton de Schwyz, entre le lac de Zurich et le canton de Claris ; la vallée de Wseggis, au sud-est de la Marche, dans le même canton, et qui n'avait d'analogue que le nom avec la commune lucernoise dont il a été parlé plus haut.

LES HUIT ANCIENS ÉTATS. ^Hi)

Tel était, à ce qu'il paraît, le plan du landammaii Ital Reding. Mais ce dessein n'était pas du goût des Zuricois, tout occu])és à maintenir la paix avec l'Autriche. D'accord avec le roi Robert de Bavière et les villes impériales, ils réussirent à conclure un armistice (G juillet 1400). Mais dès l'année suivante, la guerre recommença et dura cinq ans.

Les Appenzellois, unis à Schwyz et à leurs alliés du Vorarlberg, firent régner la terreur sur les bords du lac de Constance, de la Thour, de rinn. Ils i)rirent d'assaut plus de soixante châteaux, en brûlèrent plus de trente, serrèrent de [)rès Constance et mirent enfin le siège devant Brégenz. Mais surpris [)endant une nuit brumeuse f)ar les cavaliers de la Souabe, les Appenzellois essuyèrent une défaite (jui refroidit un peu leur zèle pour le rùle de libérateurs. Le roi Robert de Bavière leur intima l'ordre de se soumettre au prince-abbé de Saint-Gall et les cita à comparaître devant lui à Constance, puis à Ileidelberg (li08- 1400). Mais chaque fois les députés des Appenzellois se bornèrent à répondre au roi qu'ils étaient venus uniquement pour entendre les I)laintes de l'abbé et qu'ils étaient sans pouvoir |)Our faire autre chose. Le roi ayant cité une troisième fois et attendu en vain les députés de l'Appenzell, ce pays fut mis à la fois au baii de l'empire et au ban de l'église. Vingt et une villes impériales s'armèrent contre les montac^mards. Mais les douze Rodes réunies en landsiremeinde dirent : (( Nous mourrons tous plutôt que de renoncer à rindéi)endance. (Juant « à l'excommunication, nous ne voulons pas être dans celte histoire « (wir wollen nicht in diesein dingsein). » Pour défendiv leur liberté avec plus d'énergie, elles se donnèrent une sorte d'unité en dé(id;int de n'avoir qu'un tribunal, <pi'une bannière, qu'une landsgemeinde. Sur ces entrefaites, l'abbé Conon, leur principal adversaire, étant mort, et trois empereurs se disputant la couromu' pendant (pie trois [>apes se disputaient la tiare, un de ces [»apeN, Jean Wlll. lit aunoneer pai' le curé (l'Appenzell la levi'-e de lï'xcoinmunit ation (octobic 1 'i iO).

L'année suivante lut plus favorable encoi-e aux Appenzellois. Leurs députés s'élant [in'Neiil(''< à la diète do Zoug, obtinrent uu trailT' d'alliance et de coinboui'geoisie (Burg- uud LaudreehtK S(»u> la condition de n'i'Utvi'pvrnilvc nnruiw cfturvc s(in^ Ir constuti'im'iit {[(!<> sept cantons conti'actants * (tous donc, sauf Berne, qui ne prenait aucun inlt-rèt aux guerres de l'est '). T.e ti'aiti» en date du - « novembre 1 'i 11 était le jirix du courage et de la leiinete inèbianlables (]u'avaieul lUMniiès les Appenzellois. A ces ipialitt's il S(» joignait mallieureu^eiucnl (|U('l(jue chose

* /.cUwrucr, (iisi hidid' (Its Aiipcn:(Ui.^(hin \iiiLi\s, [,;'>'.»•;.

• i>v\ivssvi\ t'iiitj. Absvlii^ilr do IJI."» à \\'20, appcmlii t\ :> 1 1 .

UISTOIRK sinssK. 19

de sauvage et de cruel qui jette parfois une lueur sinistre sur leur héroïsme et qui, comme nous le verrons, faillit faire repentir les confédérés de leur condescendance.

L'indépendance des Appenzellois se trouva tout à fait hors de cause lorsque le duc Frédéric eut compris leur pays dans la paix de 50 ans avec les confédérés. Appenzell profite alors des circonstances pour compléter son organisation politique, se donner un code et un sceau en propre.

Dans le même temps les Soleurois, déjà alliés de Berne à perpétuité, firent des démarches auprès de la diète pour être admis comme membres de la ligue suisse. Mais la jalousie des Lœnder ou Etats campagnards contre les États villes commençait à se faire jour, La diète refusa de recevoir au nombre des ligues suisses cette ville libre et impériale qui avait donné tant de preuves de dévouement aux confédérés, combattu avec eux k Sempach et siégé à la diète mémorable de Zurich

en 1393.

Les Saint-Gallois nourrissaient le même vœu que les Soleurois et ne furent pas plus heureux. On se contenta de leur accorder un droit de combourgeoisie (Burg- und Landrecht) pour le terme de dix ans et à des conditions plus défavorables qu'aux Appenzellois; car non-seulement il n'était pas permis aux Saint-Gallois de faire la guerre sans le consentement des confédérés, mais au cas que Saint-Gall eût un ennemi sur les bras, il était tenu de se défendre seul, sans pouvoir prétendre à un autre secours que celui de l'envoi de députés, de la part de ses co-États. Ce traité désavantageux aux Saint-Gallois avait pour les confédérés eux-mêmes l'avantage de fortifier leur alliance sans leur imposer de lourdes charges (décembre 1412) *.

^ Wartmann, Die geschichtliche Entwikélung der Stadt Si-Gallen, 28.

CHAPITliK III

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