‹ Histoire de la confédération suisse (volume 5)Chapitre 38 sur 72 · Concile do Constance. — Conqnête de IVirgovie · texte numérisé non relu

Concile do Constance. — Conqnête de IVirgovie

Ktablissenient des bailliau^es communs.

Robert de Bavière était mort après un règne de dix ans (mai ! '» 10). Sigismond de Luxembourg, frère du précédent roi Wenceslas, élu par une partie des électeurs seulement, eut d'abord deux compétiteurs à combattre, son propre frère Wenceslas que soutenaient encore quel- <|ues princes, puis Josse de Moravie. Mais après la mort de ce dernier (1411), Sigismond est reconnu roi, même par son frère, et l'éunit comme ses prédécesseurs l'unanimité des suffrages. Le nouveau roi se montra favorable aux confédérés dont il conlirma les libertés, y compris celles de Claris. En revenant de l'Italie où il était allé cliercher en vain la couronne impériale qu'il ne recul iiuCii 1 'i33, ce prince lit une entrée triomphale à Berne, dont les bourgeois, les enfant> eu léte, portant l'aigle imp«'riale à leurs cliapiMux, allèi'enl au-devant df lui. Les magistrats lui ayant présenté les clefs de leur ville, h Beprenez-les, « dit-il, et gardez-les bien. ^' Les députés dts autres ligues vinrent complimenter le nouveau roi, en rbonneur duipiel ou donna des|»lendides galas jus(|ue dans les maisons de joie, ouvei'tes à Sigismond et à sa suite, selon les imrurs lascives de l'j'poijut» i l 'i l 'i ». Occupé à rétablir \ui peu d'ordi'e ti d'iuiilé dans l'Lglisc et ILiupire. Sigismond avait converti la paix de vingt ans, conclue entre le> conlédérés et rAutri('lie. on une paix de cirniuante ans jM'oclamt'e à Badeii le "JS mai 1 i hJ '.

' S»»«;rssrr, cidij. AhscJutdt- (!(> 124.") ii 1420, apjMMuliro, ;>42 L'aoto rommonro par CCS mots : « Nous, les liourumc>trcs, avoycrs, landaininans, conseils, lunircoois, paysans et les j;cns en .u:«'néral des villes et pays «le Zurich. Heine, Soleure, Lucerne, Uri, Sclnvy/, l'ndtMwalil. /«ii;, la ville et la campajjne, (îlaris. . . » Soleurc, dont on avait r(\ict(' la demande d'adïni^sion, est nommée aNant Lucerne.

292 CONQUÊTE DK l'aRGOVIE.

accepté par le duc Frédéric d'Autriche, le traité fut annoncé à sonde trompe dans les seize villes autrichiennes de l'Argovie, de la Thurgovie et de la Forêt-Noire, Schaffhouse, Waldshout,Laui"fenbourg, Seckingen,. Rheinfelden, Diessenhofen, Baden, Rapperschwyl, Brougg, Bremgarten,. Zofingue, Sursée, Lenzbourg, Mellingen, Aarau et Frauenfeld.

Mais cette paix si solennellement jurée, qui devait durer un demisiècle, ne dura pas trois ans et fut violée par les confédérés sur Tordre même de celui qui en avait été le promoteur, le roi Sigismond. Ce monarque, dans le but de faire cesser le schisme qui désolait l'Église, avait convoqué à Constance un concile général formé de quatre patriarches, trente-trois cardinaux, trois cent quarante-sept évoques et archevêques, plus de deux mille prélats, prêtres et moines, et plus de quatre cents docteurs et maîtres es arts, représentant toutes les parties de la chrétienté et les cinq nations principales de l'Europe: Allemands, Français, Italiens, Anglais, Espagnols. On y voyait, en outre, des ambassadeur.^ de presque tous les rois, même de ceux de Pologne, de Suède et de Danemark. Ce concile, pendant les trois années qu'il fut assemblé, fit des choses mémorables. Il commença par déposer les trois papes qui se disputaient la tiare et les remplaça par Martin V,Othon Colonnade Rome.

Dans sa quinzième session, il condamna comme hérésiarques et livra au bras séculier, Jean Huss, fameux docteur de Prague, et son disciple Jérôme, qui avaient attaqué dans leurs écrits la papauté, les indulgences, la confession, la communion sous une seule espèce, et qui refusaient de se rétracter. Sigismond avait donné un sauf-conduit à Jean Huss; il le laissa violer sous prétexte qu'on n'est pas obUgé de tenir parole aux hérétiques. Jean Huss, après une cruelle détention subie au château de Gottheben, fut brûlé vif, le i6juillet 1415; Jérôme, le 30 mai de l'année suivante. Tous deux subirent leur horrible sort avec un calme héroïque, en invoquant le nom de Jésus. Un bloc de granit de dimension colossale marque, depuis 1862, la place où Jean Huss et Jérôme de Prague scellèrent de leur sang leurs convictions religieuses.

Le duc Frédéric IV d'Autriche encourut aussi les rigueurs de l'assemblée de Constance. Non-seulement il avait refusé à Sigismond de Luxembourg l'hommage qu'il lui devait en quahté de prince de l'empire, mais il avait pris fait et cause pour Jean XXIII, l'un des papes déposés par le Concile. Cité à paraître pour rendre compte de sa conduite, il se borna à envoyer des messages insignifiants. Pour punir sa désobéissance opiniâtre, le concile prononça contre lui l'excommunication majeure. Le roi, de son côté, le déclara coupable du crime de lèsemajesté envers sa personne et envers l'empire et le dépouilla de ses droits

CONQUÊTE DE l'aRGOME. 293

lie souverain et de ses fiefs. Tous les sujets de l'empire furent sommés de prendre les armes contre le duc; la même sommation fut adressée aux confédérés. Si^uismond enc^a^aea la ville de Schafï'house à se détacher du duc, son souvei'ain, et promit de lui rendre la liberté impériale dont elle avait été dépouillée par Louis de Ikvière, au siècle précédent. Les Scliaiïhousois saisirent avidement cette olïre de liberté. Ua[»perscli\vyl suivit l'exemple des Schalïliousois. Jalouses d'obtenir le même avantage. Constance, Frauenfeld, Diessenhofen, Winterlhour et presque toute la Thurgovie prêtèrent serment d'obéissance au roi.

Les confédérés, dans le principe, se faisaient un juste scrupule de violer la paix de cinquante ans qu'ils venaient de conclure avec le duc Le concile eut beau les absoudre de leur manque de foi, et le roi leur promettre la propriété de tous les pays autrichiens dont ils feraient la conquête; les députés des Waldsta'lten, de Zurich, de Zou^l: et de (ilaris, asssemblés en diète, le 30 mars, à Beggenried. répondirent : « Nous ne saurions nous persuader qu'un mamiue de foi puisse jamais être louable. » Le bourgmestre de Zurich, Henri Meyss, fut envoyé à Sigismond de Luxembourg poiu' le prier de se désister de ses ordres.

Herne ne partageait pas ces scrupules. L'occasion hu parut belle pour étendre sa domination et affaiblir la puissance de l'Autriche dans son voisinage. Cet Etal réussit à entraîner Zurich, où la iirande majorité se prononce pour la guerre. Aussitôt Berne lève l'étendard et marche sur l'Ariiovie avec ses alliés de Soleure, Xeuchàtel. Bienne et

Neuveville. Il est suivi par Zurich, puis par Lucerne, et entin par tous les confédérés, sauf L^ri, fidèle observateur de la paix de cinquante ans. A l'ouïe de ces événements, les députés des villes et de la noblesse argoviennes s'étaient réunis à Sursée pour délibérer sur I»' parti à prendre dans la circonstance. Les villes exprimèrent le vn'u d'une alliant'e perpétuelle avec les coid'édi'rt's. (Vêtait, en elTel. le >eiil moyen de soustraire l'Ai'govie à la condition d'un pays coihiuin. Mais K'> nobles préféraient avoir un [)riuce j)Our maiire (jue des bourgeois pour égaux. La conférence n'eut aucun résultat, et les diquités de> ville> n'avaient pas encore regagné leurs foyers (ju'iU eui-eiil la douleui' de Mnv >e déployer les bannières des confédtM't's. H y eul peu de ic-i-^lance, sauf ;i Trovtbourg, (|iii lui i'avag(' |»ar le l'en, et à \\ ildegL:, ou le^ vaillants >wi'> d»' llallwvl se défendii'ent avet' vigiKMii" et tiii'iviil i liiuiinie> aux Bi-iiiois. (ieu\-('i choisirent naturelleuient le nieilKMii' loi el siMuparerent de 17 \illesel forteresses ( Aai'au. Zotiugue, Aaibom,. Lcii/bnurg, BroiiL'-M (avril l 'il')). Le château di' Ilal»b >iu'g, bei'c'eau d»» la pui>santt» maison de ce nom, tondta (MiIi'(' I«'v maiiiN dt» BtM'iie.

294 CONQUÊTE DE l'aRGOVIE.

Les Zuricois, passant l'Albis, firent jurer fidélité au bailliage de Knonau et au Kelleramt, et les Lucernois aux villes de Sursée et de Béromunster, Meyenberg, Richensee, avec les villages environnants et le couvent de Saint-Urbain. Au confluent de la Limmat et de la Reuss, les troupes des sept cantons se rencontrèrent et firent en commun la conquête de Bremgarten, Mellingen et Baden. Mellingen se défendit pendant quatre jours; Baden tint plus longtemps, parce que le château dit « leStein, » qui défend cette ville, renfermait une forte garnison, commandée par lebrave seigneur de Mannsberg. Mais le manque d'eau et les machines de guerre des Bernois obligèrent la garnison de se rendre. L'antique manoir fut livré aux flammes. Toute cette campagne s'était faite au nom et sous la bannière de l'empire, l'Aigle de sable (noire) en champ d'or (jaune).

Mais pendant le siège de Baden, Sigismond de Luxembourg s'était laissé fléchir par le duc d'Autriche et se repentait d'avoir provoqué l'intervention des Suisses; il envoya l'ordre aux confédérés de lever le siège et de remettre l'Argovie à l'empire (16 mai 1415). Mais les Suisses refusèrent de se laisser frustrer du fruit de leur prise d'armes, et grâce à quelques milliers de florins, ils obtinrent du roi la confirmation de leurs conquêtes (juillet). Le malheureux Frédéric, connu dès lors sous le nom de Poche vide, fut abandonné de tous ses sujets, hors des braves paysans du Tyrol et de la Forêt-Noire.

Les confédérés n'eurent plus qu'à s'occuper de l'organisation des pays conquis. x\ucune voix ne s'éleva parmi eux pour demander quef Argovie devînt libre et formât un État de la ligue comme Zoug et Glaris. Berne, Zurich, Lucerne et les autres États confédérés se substituèrent simplement aux ducs d'Autriche, laissant aux pays conquis par eux tous les droits et franchises dont les avait dotés le régime d'Autriche. Sursée, par exemple, conserva son avoyer et son grand conseil de 20 membres.

Les pays soumis par tous les confédérés réunis formèrent les bailliages communs, c'est-à-dire appartenant à tous les États confédérés, sauf Berne et Uri. Berne fut exclu, parce que ses armes avaient déjà tropétendu son territoire. Uri refusa loyalement de prendre part à un partage qu'il envisageait comme une injustice, et parla en faveur de la restitution. Mais les confédérés se moquèrent de ces honorables scrupules : K Ces goitreux d'Uri, dirent leurs voisins de Schwyz, veulent être plus pieux que les autres; ce sont des originaux, voilà tout. » Ils décidèrent que, puisque Uri refusait sa part, Zurich, Lucerne, Schwyz,. Underwald et Glaris feraient gouverner, tour à tour, pendant deux ans,.

les bailliages communs, et que chaque année des députés de ces cantons examineraient l'administration et les comptes de ces préfectures.

L'époque de la conquête de l'Argovie ouvre au peuple suisse des destinées nouvelles et glorieuses en apparence. Occupée jusque-là à défendre son territoire et son indépendance contre un ennemi redouté, la confédération victorieuse et conquérante va prendre rang parmi les Etats européens. Mais cette gloire et cette puissance, en éveillant au sein des peuples et des États confédérés l'orgueil, l'ambition, la cupidité, détruisirent la simplicité, l'union, la loyauté du premier âge, et préparèrent au pays des calamités sans nombre.

« Le nouveau siècle, dit l'historien schalThousois Gelzer, a commencé avec les conquêtes et les guerres civiles: il finira par les guerres mercenaires. » « La guerre d'Argovie, dit Jean de Mùller, en foulant au\ pieds le principe de l'égalité républicaine, souille la robe d'innocence de la confédération primitive. »

Page 1