Guerre «lu Vallais et eouquête du Val d'Oj^Mola et de la
Levantine (1418 à 11»0).
Pendant que la conciuête de l'Argovie étendait au nurd, vers le Uhiu et l'Allemagne, les frontières de la Confédération, une autre comjuête, celle de la Levantine, reculait ses limites au sud, au delà des Alpes et vers l'Italie. Soixante-douze ans après le traité de Cùme', l'enlèvement de troupeaux appartenant aux gens de la Levantine, sujets d'Uri, donna lieu à de nouveaux conflits et amena l'occupation de ce pays (1403), suivie de celle de Domo-d'Ossola en septembre 1410, et d'iiiie troisième expédition en mai 1411, où Domo dut être reconijuis sur les Milanais par les six Etats d'Uri, Underwald, Lucerne, Zoug, Zurich et Glaris. Les nobles de Sax-Masox, acquéreurs de la villt» de IkMlinzona, menacés dans leur possession j)ar le duc do Milan, faisaient cau<e commune avec les confédérés.
Le duc de Milan, ne pouvant se décider à laisser aii\ coiilédért's la possession tranquille de cette vallée, la vendit au duc de Savoie. Celui-ci envoya à Domo-d'Ossola dc^, troupes (jui traversèrent le Vallais. (iuiscard de Harogne, capitaine général de ce jKiys et combourgeois de Herne, leur montra le chemin à travers les montagnes; la garnison suisse de Domo, tro[) fad)le pour résister avec avantage, fut obligée de so retirer (^1 4 1 4).
Le sire de Harogne ne put s'empêcher de dire : Ah î si j'avais été là.
' Voir paiîo lM 1 de cette histoire.
aucun de ces paysans suisses ne serait resté en vie. » Ces paroles insultantes aigrirent les hommes d'Underv^ald et d'Uri. Le landamman Zelger, de Stanz, se rendit en vain à Berne. Alors les Waldstaetten s'adressèrent aux dixains du Haut-Vallais \ dont les anciennes relations s'étaient renouées par un traité de combourgeoisie conclu avec Lucerne, Uri et Underwald, le 3 juin 1403 ^ Ce traité s'était fait au nom de Tévêque et des paysans (Landlût) du Vallais en général. Mais quelques années plus tard l'alliance s'était cimentée par des traités spéciaux et directs de combourgeoisie de Luce^ne, Uri et Underwald avec les deux paroisses vallaisannes d'Ernen et Munster (14 octobre 1416), les deux dixains de Naters et de Brigue (8 août 1417), le dixain de Viége (11 août de la même année) et du dixain de Sion, des gens de Sierre et Gradetsch (12 octobre). Ceux-ci avaient déjà d'anciens griefs contre le sire de Rarogne, ils lui reprochaient l'alliance qu'il avait faite avec la Savoie, sans leur consentement ; ils l'accusaient, ainsi que les grands du pays, de violer les droits acquis et de vouloir mettre le peuple sous le joug. Les habitants du dixain de Brigue s'émurent, et l'exaspération croissant dans le pays, la mazze fut levée contre le sire de Baronne.
La mazze, symbole bizarre et terrible de la vengeance populaire, était une énorme massue, sur laquelle on taillait un visage humain avec l'expression de la tristesse, et que l'on entourait de verges et d'épines. Cette longue image, figurant la justice opprimée, était placée en évidence sur une place publique. Lorsque le peuple, accouru en foule, faisait cercle autour de la statue, un homme hardi s'approchait en qualité de chef de la mazze, et se chargeait de porter la parole pour elle. Beaucoup de gens du peuple, s'adressant à la sombre image, lui demandaient : « Mazze, pourquoi es-tu si triste ? Mazze, pourquoi es-tu venue ici? » On lui disait aussi : a Mazze, nous voulons te porter secours; mais dis-nous contre qui. Est-ce De la Tour, est-ce Asperling, est-ce Hennegarten ? » Lorsqu'on venait à désigner le seigneur qui était l'objet du courroux populaire, le chef de la mazze inclinait la massue. Alors chacun de ceux qui prenaient parti pour la justice opprimée s'approchait de la mazze et y plantait un clou en signe d'adhésion. Un grand nombre
^ Les sept dixains on dizains du Haut-Yalais étaient : Rarogrie, Louëche, Viége, Sierre, Sion, Conches, Brigue. Naters est aussi qualifié de dixain dans l'acte d'alliance du 8 août 1417. LeBas-Valais formait (nous l'avons vu plus haut) une province savoisienne. L'origine du nom de dixain a été diversement indiquée par les auteurs. C'est probablement un vestige de la division territoriale introduite par les Francs, en comtés, districts, dixains.
^ Segesser, eidg. Ahschiede de 1245 à 1420, 103.
de clous assurait l'impunité à ceux qui prenaient part au iuulevfment.
Cette fois-ci, lorsqu'on vint à nommer le seigneur de Rarogne. la mazze fit un mouvement aiïirmatif et s'inclina profondément. On la porta ainsi de village en village dans tous les dixains du Vallais, en disant que la mazze se rendait vers le capitaine général, vers tous ses adhérents et vers son neveu, l'évêque de Sion (1414).
Le seigneur de Harogne n'attendit pas relïet de ces menaces: il s'enfuit en Savoie et implora l'assistance dAniédée VIII que rempereui- Sigismond venait d'élever à la dignité ducale. Mais pendant «jue celui-ci était occupé à faire ses préparatifs de guerre, les Vallaisans réduisaient en cendres le grand château et la tour bîltis au-dessus de Sierre, la forteresse de l'évêque qui dominait Lour^che et le chàteau-fort de Beauregard, situé sur le haut d'un l'ocher voisin de (^hippis.
En attendant les secours de la Savoie, le seigneur de Harogne suppliait ses concitoyens de Berne de le soutenir et de le sauver. Les Vallaisans de leur côté (Gonches, Yiége et Brigue) s'adressèrent à ceux d'Uri et d'Underwald avec la promesse de leur aider à reprendre la vallée d'Ossola qui touche au Vallais. Sur-le-champ, les troupes d'Uri et d'Underwald passèrent les Ilautes-Alpes ; celles de Schwyz. df Luzerne et de Zurich les siiiviriMil : les Vallaisans franchirent les Alpes sur un autre point, chassèrent le célèbre général milanais Carmagnnla, €t toute la vallée d'Ossola fut reconquise (1416).
Berne avait refusé de marcher avec ses confédérés; il ne s'en tint pas là. 11 prit en main les intérêts du sire de Uarogntv son combourgeois et demanda (ju'on lui rendit justice. Le roi Sigismond intervint également cfi sa faveur. Pendant ce temps, Barogne se faisait juslico à lui-même, pillait et incendiait en partie la ville de Sion avec des troupes savoisiennes. D'autres ofliciers savoisiens tuaient et pillai(Mit dans le Haut- Vallais. De longues négociations s'en>iiiviriMil. Les iiernois voulaient marcher contre le Vallais et sommaient Its eoiileilci.'s de les suivre, ;i teiieui' (lu di'oit IVMli'ral : Un, linlei-waM et Lui-erne sommaient, ;iu contraii'e, Berne de uiarchtM- ;ive(' eux contre Barogne. Une guerre civile faillit ('dater jKirmi les conlV'd«'rés. Pour pri'NtMur ce nialheni', les Ltats neutres. /iiii<"li. ScIiwnz. /oug et (dans convti(juèrcnl une diète à /ni-icli. où api-es avoii- entendu les anus et ennenn< du seigneur de Barogne. les représentants de ('es pays. parmi l«vs(]uels liguraient le bourgmesti'e Henri M(>yss et Ital Beiling. landannnan de Schwyz, arrêtèrent : - (|u'a\anl liuil h'^ N'allaisans re>litueraient à Barogne toii> m'n biens, puLs ijue, de son •■"'i''. eelui-ci ferait droit à leurs plaint(\s ^^ ( l 'i \\h.
Les chefs vallaisans refusèrent de se soumettre à cet arrêt et engagèrent le peuple à une résistance opiniâtre. Ils rassemblèrent des gens armés, entrèrent dans l'Oberhassli, d'où ils emmenèrent des troupeaux, de moutons, alléguant qu'aidé par des gens de l'Oberland, le seigneur de Rarogne avait bien envahi le sol vallaisan et y avait exercé de grands ravages. Berne usa de représailles. Schwyz et Uri tentèrent encore à plusieurs reprises de terminer cette querelle à Tamiable. Dans plus de seize diètes, on s'occupa des affaires vallaisannes : les Vallaisans ne voulurent rien entendre, préférant la guerre à un arrangement équitable. Les ducs de Savoie et Rarogne avaient fait prononcer contre eux. l'interdit par le concile de Constance. Mais les armes spirituelles n'eurent pas plus de succès que les autres \
Alors les Bernois, renforcés par les bannières de Fribourg, de Soleure, deNeuchàtel, de Bienne, de Neuveville, de Gessenay, de Gruyères,, etc., en tout 13,000 hommes, franchirent les hautes Alpes et entrèrent par le Sanetsch, du côté de Sierre, dans le district vallaisan de Conches. Ils reçurent là un contingent de Schwyz, tandis qu'Uri et Underwald n'en envoyèrent point aux Vallaisans dont ils blâmaient l'opiniâtreté, Lucerne seul penchait pour les Vallaisans et parlait de joindre ses armes aux leurs. En attendant, les Bernois portaient le fer et le feu dans le- Vallais et la terreur se répandit dans ce pays.
Un simple paysan, Thomas Riédi du village d'Inder Binnen, rendit le courage à ses concitoyens *. Il se place en embuscade au village d'Ulrichen avec 400 Vallaisans courageux et, au moment où les confédérés passent, il se jette à l'improviste avec sa troupe sur leurs nombreux bataillons. 200 Vallaisans, commandés par un prêtre patriote, le chapelain Jacques Minichow, fondent d'un autre côté sur l'armée bernoise, Riédi et Minichow combattirent en héros ; le premier fit mordre la poussière à 40 Bernois; à la fin il tomba lui-même sur leurs cadavres. Les Bernois commençaient à chanceler (septembre 1419). Le secours de Schwyz arriva à propos pour forcer les Vallaisans à regagner leur première position. Mais personne n'osa les y poursuivre. Le lendemain du combat d'Ulrichen, les auxiliaires bernois du Gessenay ayant rencontré une résistance terrible près de Sion, les chefs de l'armée ne ju-
^ Furrer et Boccard, historiens du Vallais.
2 Boccard, 117. Le Père Furrer (I, 190) donne à ce héros le nom de Thomaa Riédi, du village de Binnen. « Puissions- nous faire reverdir dans notre histoire les lauriers de cet homme courageux, » dit Brantschen dans sa chronique. Minichow, pour avoir répandu le sang, dut, en sa qualité de clerc, se faire absoudre par le cardinal Albani (1420).
gèrent pas à propos de tenter de nouveau le sort des armes et rentrèrent dans leurs foyers.
On fit de nouvelles propositions de paix. Les députés du Vallais et des confédérés traitèrent à Evian sous la médiation d'Amédée VIII, duc de Savoie et de deux prélats, l'évéque de Lausanne et rarchevêquede Tarentaise. Les Vallaisans consentirent enfin à restituer au seigneur de Rarogne toutes ses seigneuries et à lui payer la somme modi(iue de 10,000 (lorins ; aux Bernois, la même somme pour les frais de la guerre; au chapitre de Sion, 4,000 fiorins (25 janvier L420).
Mais la paix ne fut pas entièrement rétablie à l'intérieur par le traité d'Évian, Les hommes du dixain de Couches, enhardis par leurs succès et bravant les foudres de l'église, levèrent de nouveau la imzze. 2,000 hommes reprirent à rim[)roviste le château de Naters, où se trouvait l'évoque Guillaume de Rarogne, et l'obligèrent à reconnaître l'autorité des dixains, même sous le rapport spirituel (1() mars 1425). La constitution démocratique de Naters mit le sceau à l'abaissement de l'évéque^ privé de sa juridiction civile et criminelle ( 144G) '.
Mais le successeur de ce prélat, Henri Asperling, parvint ;i recouvrer ses droits avec le titre de comte du Vallais. Alors déjà, commeaujourd'hui, les Vallaisans avaient la libre élection de leur chef s[)iritue? qui se faisait sur la proposition et en présence des chanoines de la cathédrale.
Cependant le duc de Milan, Philippe-Marie Visconti, ne pouvait se consoler de la perte de la Lévenline. Son ressentiment fut au comble, lorsqu'il apprit (|u'llri et Obwald venaient d'acheter, des barons de Sax, la seigneurie de Belhnzona et toute la contrée qui s'étend de la Léventine au lac Majeur, pour la minime somme de 2400 tlorins (1419). Après avoir vainement réclamé la résiliation de ce marché. \\ arma en secret et s'empara, par surprise, d'Ossola et de Rellin7A>iK^ (1422). La Levantine elle-même, malgré son attachement aux Suisses, fut contrainte de \\\vvv lidélité. Reprise deux fois par Uri et Obwalil, elle dut êtrti abandonnée de nouveau , faute de forces sullisantespour s'y maintenir contre les Milanais. Ces deux Ltats requirent le secours des confédérés.
C'était la huitième expédition (|u'oii allait faire en Li^mbardie. Plusieurs membres de la ligue étaient las de ces guerres d'outre-mont, (induites tout à fait en dehors du cei'cle (V^^s Ktats confédérés. Le bourgmestre de Zurich, Henri Meyss, (h'jà opposé à la (•(Ui<in(Mt^ de l'ArL^i^vie,
' l''iirror, (irsrh. r<m ]\'<illis, 1, 210.
s'éleva contre la demande d'Uri et d'Obwald aux diètes de Lucerne et de Schwyz. « Bellinzona, disait le chef des Zuricois, est située hors des limites naturelles des ligues suisses. « Mais les Lucernois étaient favorables à la guerre, et le vote de ce dernier Etat entraîna tous les autres, sauf Berne (24 juin).
Malheureusement la concorde avait cessé de régner parmi les confédérés. Dans la marche des troupes fédérales, les Schwyzois, auxquels on ne pouvait pardonner. d'avoir fait cause commune avec Berne dans la guerre vallaisanne, furent l'objet de railleries amères.L'avoyer Lucernois, Ulric Walker, qui commandait l'armée, pressa le pas pour laisser les Schwyzois en arrière. Suivi seulement de 3,900 hommes, Lucernois, Bernois, Underw^aldois et Zougois, il eut la folle hardiesse d'engager la bataille dans les champs d'Arbedo, près de Bellinzona, contre une armée milanaise forte de 24,000 hommes et conduite par les deux célèbres co/^Jo^m italiens, Carmagnola et Pergola * (30 juin 1422).
La mêlée fut sanglante et dura une journée entière. Mais les confédérés y perdirent près de 400 hommes et, entre autres, plusieurs capitaines et magistrats intrépides, le ban neret Piintiner et le landamman Jean Bott d'Uri, Pierre Rolin, de Zoug, et Jean son fils, morts tous deux en défendant la bannière cantonale, que recueillit de leurs mains mourantes et releva teinte de leur sang et du sien propre, un autre Zougois héroïque, Jean Lantwing. Aussi lâche qu'imprudent, Walker osa parler de reddition et se laissa prendre par l'ennemi, sans avoir reçu de blessures, portant un marteau à la main en guise de hallebarde.
Carmagnola et Pergola allaient dicter la paix aux confédérés, lorsqu'un corps de 600 hommes, qui s'était détaché de l'armée fédérale pour se livrer au pillage, arriva a propos pour sauver cette armée d'une^ défaite totale ou d'une capitulation humihante. Le lendemain arrivèrent les hommes de Schwyz que les Lucernois avaient refusé d'attendre. Mais ces derniers étaient cruellement punis de leur conduite. De sept barques pleines de guerriers qui étaient parties de Lucerne, deux seulement revinrent. Le sjouvernement lucernois, craignant les effets du désespoir, défendit aux parents et au peuple d'aller recevoir les arrivants sur les bords du lac. On eut beaucoup de peine à empêcher le pillage de la maison de l'avoyer Walker*. Le malheur des Lucernois ne les
* Condottieri, littéralement conducteurs, était le nom dont on se servait au moyen âge pour désigner les chefs de bandes mercenaires qui passaient d'un service à l'autre, selon l'intérêt, le caprice ou les circonstances politiques.
2 Casimir Pfyffer, Geschichte dér Stadt und Cantons Lnzern, 129. Walker, mis en jugement, fut cependant acquitté et maintenu en charge; on le trouve plus tard revêtu de missions diplomatiques. Segesser, eidgen. Abschiede, de 1421 à 77. 46.
GUERFŒ DU V.VLLAIS K T CONOUKTE DK LA LEVANTIN K. 30!
mit point à l'abri des outrages. Un député de Zurich alla jusqu'à dire à un député de Schwyz. que « les Lucernois avaient mérité la potence à Arbedo. »
Toutefois, Uri et le Nidwald songeaient à se venger et surtout à iit» pas perdre la Levantine. Le roi Sigismond, hostile aux ducs de Milan, ordonnait aux confédérés de prendre les armes. Une ambassade llorentine travaillait dans le môme sens une partie des confédérés (Zurich.. Berne, Schwyz, Claris et Soleure), qui ne voulaient pas servir directement la politifjue personnelle du chef de l'empire. « Que le roi, disaient-ils, se mette à notre tète, et nous marcherons. » Mais Uri et Nidwald ayant entraîné Lucerne, les représentations des autres Etats, demeurent infructueuses. Lucerne, Uri et NidwaKl entreprennent une expédition (jui reste sans résultat, par la trahison de Uolt iTUri. indigne fils du héros d'Arbedo (1425). Ce nouvel outrage, fait à l'honneur national, indigne Tàme généreuse d'un gueri-ier Schwyzois, nommé PétCF'mann Fiysig. Cet homme intrépide et plein d'audace rassemble autour de lui un corps- franc de DUO hommes, passe le Saini- Gothard, descend avec la rapidité de l'éclair dans la vallée d'Ossola, en chasse la garnison et s'y établit à la place des troupes milanaises. Toutes les forces du duc de Milan marchent contre lui; Pergola somme les Suisses de se rendre. « On ne prend pas les Suisses avec des mots, » répondit Péiermann Rysig et, avec ses 000 héros, il brave liO.iKio hommes et les potences que Pei'gola élève pour TelTrayer sous les remparts de la ville.
L'héroïsme de la [lelile troupe de Schwyz réveilla l'énergie des confédérés. ^:î, ()()() hommes mai'chent \ev<> la vallée d'Ossola i^l'i n<^vembre 11^»")). On y conqitait des soldats de tous les Llats suisses et des auxiliaii'es de Soleure, <lii Vallais, du Toggenbourg, d'Appen/.ell e[ de la Khélie. Hei'iie lui-même, ct'danl aux prièrt^ des députés de Schwyz, vieillards à barbe blanche, (jin t'Iaient venn< lui i-appelei' Laupen et leui* g»''n(''reux secours, a\ail aime ÔODd lionnne>, (duunandés par l'avoyer Kodolphe Mofmeislei-, ilejà ca[)ilaine des lU'rnois K>rs de la conquête de l'ArL'ovie. L'ai-riv(''e de ce^ li'oupes jeta le iluc dans la consternalmii. Il (MaU [>eiilii, saiL< la viMialile de^ chefs suisses et les finesses delà di[»lomali(^ milanaise, l ii cliand>ellaii tlii diit. Ollchii Zoppo. se l'endil dans le iMuq» de^ conlV'dérés. Par ses arlilices, accompagnés de largesses, \\ parMiU à diNL^'c le> Ltals, gagna d'abord Zuiich, Scliwy/. Zoug et Claris, en leur i-ninplaiil ."î.ndo llorin^ (1^ juillet I 'rJ( il. linil jours après, LuctMMie. Uri et Nidwald. moyennaiil 10.001) llniiiis. cl (•oiiclul ile^ traités séparés à Sion. ii Hngue el
302 EXCÈS DES APPENZELLOIS.
à Bellinzona'. L'Obwald fit la sourde oreille pendant plusieurs mois^ -et ne se rendit que le 7 novembre, par un traité séparé et signé à Brigue. Au prix de 31,000 florins et de quelques privilèges commerciaux, le Val d'Ossola, Bellinzona, et la fidèle Levantine furent abandonnés au <iuc, et la plus grande armée qu'eussent levée jusqu'alors les Suisses, rentra sans gloire dans ses foyers.
Ainsi fut rendu inutile l'héroïsme de Rysig; ainsi le sang des nobles Kolin teignit vainement leur bannière sur le champ de bataille d'Arbedo. Une paix mercantile, c'était là tout le fruit de vingt-quatre années d'efforts et de dix expéditions consécutives \ Dans tous les temps, les Suisses, nous avons déjà eu l'occasion d'en faire la remarque, ont eu bien plus à redouter les artifices de l'or des étrangers que leurs armées. Toutefois, la Levantine n'était pas perdue sans retour. Quatorze ans plus tard, Uri, profitant des embarras du duc, s'empara de nouveau de ce pays.
Pendant les dernières expéditions d'Italie, des événements graves s'étaient passés dans l'Appenzell. Le peuple des Rodes, cher aux confédérés par sa loyale coopération à leurs guerres extérieures, s'était rendu coupable dans son propre pays des excès les plus déplorables. Égarés par leur haine pour l'abbé de Saint-Gall, ces montagnards pratiquaient le vol à main armée, le meurtre et l'incendie dans tous les pays voisins, sans en excepter même le territoire de leurs amis de Saint-Gall. En dépit de toutes les défenses des empereurs et des remontrances des confédérés, ils imposaient de force leur combourgeoisie aux sujets des seigneurs voisins. Mis une seconde fois au ban de l'empire et de l'église, ils n'en devinrent que plus intraitables et se mirent à fustiger et à tuer même les prêtres hostiles ou suspects. Une croisade, prêchée contre eux par l'évêque d'Augsbourg, n'eut aucun résultat. La diète de Lucerne rendit en vain une sentence équitable aux deux partis (mai i421). Les Appenzellois refusèrent de s'y soumettre et maltraitèrent ceux de leurs magistrats qui conseillaient la modération.
A la fin, cependant, un seigneur puissant et qui jusque-là était resté neutre, le comte Frédéric de Toggenbourg, résolut de briser leur fougue indomptable. Ce seigneur prévoyant fet habile avait successivement acheté l'alliance des trois États, de Zurich (1405), Schwyz (1417) et
^ Les négociations traînèrent en longueur et donnèrent lieu à plusieurs traités, celui de Sion entre autres (26 janv. 1426), que fit échouer l'opposition d'Obwald. Les traités définitifs de Bellinzona ne furent conclus que le 12 et le 21 juillet 1426.
2 Segesser, eidgenôssische Abschiede, de 1421 à 1477, 53, 61, 62 et suiv. appendice 738-745. En 1402, 1410, 1411, 1417, 1422 deux fois, en 1424, 1425, 1426 deux fois.
ORIGINE DKS LIGUES GRISONNES. 303
Claris (1419). Rassuré du côté des Suisses, il assemble autour de lui toutes les forces ennemies au nombre de 10,000 et s'avance contre les Appenzellois, Ceux-ci font bonne contenance. Mais une défaite près d'Hérisau, où Appenzell perdit 82 hommes, et l'intervention énergique des cordédérés, réunis en diète à Baden, les contraignirent à accepter un accommodement sur les bases de la sentence de Lucerne. Les Appenzellois conservèrent leur liberté, mais avec l'obligation d'acquitter les redevances dues à l'abbé et de cesser leur propagande terroriste dans les contrées voisines (1429). Afin d'assurer Tordre public et l'observation des traités, la Confédération subordonna le landamman indigène k un capitaine d'Underwald \
La paix de Baden lut suivie de celle de Constance où Appenzell fit droit aux réclamations du prince-abbé de Saint-Gall, et s'engagea à lui payer 2,000 livres. Mais comme ce prélat ne pouvait prendre son parti de la perte de l'Appenzell, il essaya encore d'intéresser le pape et l'empereur au recouvrement de ses droits. Ces démarches n'ayant eu aucun résultat, et les Appenzellois se montrant très-exacts à payer leurs redevances, l'abbé s'amadoua au point de solliciter lui-même de leinpereur la concession du droit de glaive (Blutbann ) aux montagnards. Les confédérés, à leur tour, trouvant les Appenzellois mûrs pour la liberté, retirèrent le tuteur qu'ils avaient donné à ce peuple sous le nom de capitaine, et Appenzell émancipé put signer en toute sécurité un traité d'alliance étroite avec la ville de Saint-Call. devenue presque ville impériale, en 1415, où elle avait obtenu du roi Sigismon<l le droil de glaive et celui de frapper monnaie. La ville de Saint-Ciall lit de nouveaux efl'orts pour être admise dans la Confédération: mais ses démarches pour se faire recevoir par la diète demeurèrent >an< succès pondant jilusiours années'.
tl. I.t'S trois ]i;;iios t^risoimos. I,a li^iir li;ris«* ot <'oIl<' ^lv la
.'>lais4Mi-l>i4'ii. alli4'<'*<i tirs Siiiisst'is i^llOOà 1 i;U» .
Tandis que les confédérés, d«''viant de rantiiiuo lionniMir et des niAles viM'tus de Iciii's jièi-cs, vendaiiMil à )»n\ d'ai-L'cnt ce ijue tant dt> lit'ros <ivaient ac(|uis au prix de Iciii- sang, ICspiit de hberté faisait de» progrès parmi les habitant> des vallées di^ l;i llaute-BluHic.
Au XIV""' siècle, sons le l'anuMix Douât de Vaz. I('> (iiiM>iiv avanMit
' /('ll\\(>u;(>r. Grsvhichtc (les ApprtKrUischrn Vulkc^^ 1, liil. lieum^ .OtfnV f'i'SchicJiU " \V;irtm;inn, Anhiv. fur Sch. (.icscUichU', \VI. .^0.