‹ Histoire de la confédération suisse (volume 5)Chapitre 4 sur 72 · DiTiko et César. — îSeconde émigratiou des Helvètes · texte numérisé non relu

DiTiko et César. — îSeconde émigratiou des Helvètes

(l'an 58 av. J.-C).

La mort d 'Orgétorix ne changea point les pians d'émigration des Helvètes. Au jour fixé, toute la nation s'ébranle et prend la résolution héroïque de ne rien laisser derrière elle qui puisse exciter ses regrets et lui laisser un espoir de retour. Les quatie tribus, de concert et simultanément, mettent le feu à leurs i2 villes et 400 villages. Puis, à la lueur de ce vaste incendie, les Helvètes se dirigent vers Genève à la fin du mois de mars de l'an 58, dans le dessein d'y passer le Rhône. Ils sont rejoints en route par leurs auxiliaires des bords de la Birse, du Rhin, et de la Forêt-Noire. Le rôle des émigrants, dressé en lettres grecques par les Druides, portait leur chiffre total à 368,000, et celui des combattants à 92,000. Dans ce nombre, les Helvètes figurent pour 263,000, les TuUngiens pour 36,000, les Latobriges pour i 4,000, les Rauraques pour 23,000 et les Boïens pour 32,000 '.

A la nouvelle de l'entreprise des Helvètes, le sénat romain, craignant pour la Gaule, s'était hâté d'envoyer à Genève le fameux consul et général Jules César. Outre l'affront sanglant fait aux armes romaines, un demi- siècle auparavant, sur les bords de l'Atlantique, César avait à venger le ressentiment privé de son beau-père Pison dont l'aïeul, nommé Pison comme lui, était tombé dans cette même journée sous les coups des Tigorins.

Aussitôt arrivé à Genève, César fait rompre le pont qui communiquait avec la rive helvétique. Il fortifie les passages du Rhône au Jura et mande en hâte les légions stationnées dans la Gaule romaine'.

un autre Orgétorix, par le motif qu'on n'a xms trouve de monnaies de ce chef en Sidsse. Mais en brûlant leurs 12 villes et leurs 400 villages, les Helvètes durent emporter tout ce qu'ils avaient de précieux et le numéraire par conséquent.

^ César, I, 19. — La guerre des Helvètes a fait l'objet d'un curieux et important mémoire de M. de Saulcy. Paris, 1860.

2 La légion romaine se composait, au temps de César, de 6,000 hommes. Ce général en avait quatre avec lui à Genève : la 7% la 8°, la 9« et la 19«; en tout 24,000 hommes, plus le contingent des alliés.

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Apprenant Tarrivée de César, les Helvètes lui dèfiiitent (\e< hommes (listinuiiés de leur nation, à leur tête Nammeius et Verucloetius, dans le but de solliciter le passage*. César feint d'être sans ordres, les amuse par de belles paroles et les renvoie au 13 avril. Dans l'intervalle, les renforts qu'il avait demandés arrivent et le passage des montagnes au lac est fermé d'une muraille de seize pieds de haut et de dix-neuf mille pas de longueur. Se voyant en force, César lève le masque et refuse le passage. Les Helvètes surpris tentent en vain de le forcer; puis ils se détournent par le pas de rKclu-c. ^ur la rive droite du Uhùne, vers la Séquanie (Franche-Comté), dont l'accès leur est ouvert par Dumnorix, gendre du malheureux Orgétorix. Ils pénètrent ainsi en Gaule, mais par des chemins étroits, le long de rochers escarpés au pied desquels le Rhùne mugit dans ses abîmes. Arriv»''< sur les bords de la Saune, ils perdent vingt jours à construire des radeaux pour passer cette rivière, et n'avaient encore elTectué qu'en partie leur traversée, lorsque César paraît tout à coup avec ses légions, fond sur Tarrière-garde, composée de Tigorins, et en tue un grand nombre*.

Etonnés de ce revers, les Helvètes envoient à César leui- ain'ien chef Diviko, le héros d'Agen, alors blanchi par les années, et (jui avait échappé au carnage de sa tribu. « César, » dit le vieux général, dont le consul romain a eu soin de rapporter les paroles dans ses Commentaires, « César, laisse-nous nous établir en paix (lan> la (iaule. <( No\is occuperons les cantonnements que tu voudrai bien nous a»i- « gner. Mais avant de nous faire plus longtemps la guerre, n'oublie « pas le désastre (jue nous avons fait subir aux Komaius, et ne te lais.-îe « pas éblouir par la facile victoire (pie tu as renq^orlée par surprise « sur nniî seule de nos Iribus à laijuelle nous n'avons pas pu porter <( secours. Nous sommes, d'aillenrs. plus acconhiiiit'v à ('(imlMitit' par « la force cpie |>ar la ruse, selon la Iradition de nos ancèlre>. Prends <( garde, si tu nous infuses, (pie le lien on tn ('(^nbaltras conli'e nous «( ne devioniKî fameux par ta défaile el raiiiMiili^^cinent de t(Mi armée. » (( — «< Les dieux, iM'jiondil Ct'sai". ne vous onl at'i'oi'dt' nue victoire « (|ue poni' vous rendre la (h'Iaite pln> sensible, .le \oii> laisserai cou pendant conlinner votre route, sons uni' condition, (''e^l (|ue vous « nie (lonnere/, (\{'> otages. » — *( Des otages. s'tVrie Divik(> indigné, « iK» pèics noiiN ont a[t[iri> ;i en re("e\oirei non a en donner. Home (i (lesiaM le >a\oir " î »

' Crsar, dr hcUn (jaUivo, Lt's meilleurs éditions Uonnent ces noms sous cette forme. ^ Le :'»0 juin, si'lon les ealculs île M. de Saulev, (|iii place la ilate de rontrevue au liîjuin et celle delà bataille de Uibiacte au "Juillet. ■' César, de ht Ho <niUico, I.

iiisu'uu; srissE. 2

Là-dessus Diviko rompt brusquement Teritrevue et les Helvètes reprennent leur marche que le nombre et le bagage des émigrants rendaient lente et pénible. Les Romains les suivent pendant quinze jours en les harcelant par des escarmouches. La cavalerie de César, forte de 4,000 hommes, serrait de près les Helvètes. La cavalerie de ces derniers, composée seulement de 500 bommes, repousse l'ennemi et lui cause une perte considérable. Enhardie par ce succès, l'armée entière fait volte-face.

Une bataille générale s'engage près de Bibracte'. Les Helvètes, formés en phalange, attaquent l'ennemi avec leur bravoure ordinaire, et pendant toute l'action qui dura de la septième heure jusqu'au soir, on ne vit, au témoignage de César lui-même, aucim Helvète tourner Je dos^. Mais ils avaient commis la faute de ne pas occuper les hauteurs. Les Romains s'en emparent et font pleuvoir des grêles de javelots, longs de sept pieds, qui s'accrochent aux bouchers flexibles des Helvètes. Pendant que ceux-ci cherchent en vain à se dégager, les légionnaires se précipitent dans les rangs, l'épée à la main. Les Helvètes rompus sont contraints de se retirer en partie sur une montagne voisine, en partie vers les barricades de chariots, où ils avaient mis en sûreté leurs femmes, leurs enfants et leurs trésors.

César les poursuit l'épée dans les reins. Là, un nouveau combat commence, combat désespéré auquel les femmes et les enfants même prirent part, selon Plutarque. Au milieu de la nuit. César parvient à forcer ce retranchement et massacre tout ce qu'il trouve sur son passage. On fit très-peu de prisonniers. Dans le nombre se trouvaient la fille et le fils du malheureux Orgétorix. Le gendre de ce dernier, Dumnorix obtint grâce de la vie par égard pour les Éduens et sur la prière de son frère Divitiac, aussi dévoué à Rome que son frère lui était bostile. César n'a pas daigné nous faire connaître le sort du vieux Diviko ; il eui sans doute une fin digne de son héroïsme.

Cependant le reste de l'armée helvète, forte de 130,000 hommes, avait réussi à s'échapper à la faveur des ténèbres vers le pays des Lingons (Langres et Troyes); mais traqués par les tribus gauloises, ils furent réduits k implorer la clémence du vainqueur. César exigea avant tout qu'on lui livrât les armes, les transfuges et les otages. 6,000 Yer-

^ La ville de Bibracte serait celle d'Autun, selon plusieurs auteurs. Dans sa Vie de César. Napoléon III, d'accord avec les savants qui ont collaboré à son œuvre, place Bibracte au Mont-Beuvray où l'on a exhumé beaucoup d'objets celtiques. Mommsen partage cette opinion : Histoire romaine^ YII, 4G.

^ « Aversum hostera videre nemo potuit. » I, 2G.

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bigènes, qui essayèi'ent de se soustraire à cet ordre et de s'enfuir \er> le Hliin, lurent traités en ennemis, passés au fil de l'épée ou vendus comme esclaves. Puis, comme ce général l'avoue lui-même dans ses Commentaires, non point par générosité, mais pour ne pas laisser envahir par les Germains les solitudes des Alpes, il enjoint aux Helvètes, aux Tulingiens et aux Latobriges, au nombre en tout de 1 10,000, de rentrer dans leur patrie et de rebâtir leurs villes et leur> villages. Les Allobroges reçurent l'ordre de leur fournir le blé nécessaire. Les Boïes. par grâce spéciale, et à la prière des Eduens fidèles, obtinrent <1»' pouvoir s'établir sur le territoire de ces derniers. César ne nous dit pas <|uel fut le sort des Rauraques.

Un traité formel (fwdus), dit Gicéron, fjui fut conclu à cette occasion «entre Rome et les Helvètes *, leur laissait le droit de se gouverner euxmêmes. Ge traité est le premier acte ï»ositif de droit international <jue mentionnent les annales de l'Helvétie.

7. Iiisurrcctioii «les Ciiaulois. — S ou mi *•>*<« ion <lu \ allai*-» et de la Itliétie. — (I>e 56 à 15 atv. J.-C)

Les Helvètes avaient cédé à la force, mais ils n"étaienl [)as devenus les amis des Romains. On le vit bien six années après, lorsipn» la (jlaule s'insurgea sous le commandement d'un chef Arvcine (AuvcrgMiat), nommé Vercingétorix, et dont le père, nommé Gellill, avait été condamné au feu pour un crime d'Etat semblable à celui d'Orgétorix. Les Helvètes ne furent pas des derniers à prendre les armes et fournirent à l'armée gauloise 8,000 hommes, c'est-à-dire nn contingent aussi fort que le territoire de Lutèce (Paris). Mais le> Gaulois éprouvèrent une défaite totale, et Gésar, atroce [)ar calcul, connue il avait été clément, six ans auparavant, lit couper le poignet aux j)ri>onniers j)our épouvanter les vaincus et leur ôter l'envie de se soulever une seconde fois (f)^ av. .I.-G.). Gouvaincu de la nécessité de surveiller un i)euple aussi entreprenant (jue les Ib'lvèles. le génr'ral romain envoya la XII""' légion campera Noviodunnin, sur les lionl> du Léman. Lu peu plus taid les Romains étahlirenl dan- celle localit.' (!(•> vélérans, et l'ancien oppidrccliu^ue. se trouva Iraiislornie eu colonie julienne ('(jnestn^ *.

Vainqueur [l'> Gaulois, {\o> G(M'mains. des Créions, des Helvètes, •Gésar eul encore la gloire de réduire le N'allais.

' CicriH), \no IJall)»), IL

* MoimnsoM, llistoiir mmaim\ Vil. 17. — (Joler. Napolron III. — Kœclily et Hustow. Introdiution aux Commrnttiin's de Ccmr, Gotha. 1S57, - Gisi, 2C>5.

20 TEMPS CELTIOUKS.

Les peuplades de ce pays que traverse le Rhône, avant de se jeter dans le lac de Genève, étaient accoutumées à jouir d'une liberté sauvage et à rançonner les voyageurs. Dans le but d'établir la sécurité du passage et la libre communication avec l'Italie, Césai* envoya la XIl'"*^' légion et un corps de cavalerie, commandés par son lieutenant Galba. Après avoir livré plusieurs combats et pris plusieurs forts. Galba parvint à occuper le pays des Nantuates et Octodure (Martigny), chef-lieu des Véragres, où il prit ses quartiers d'hiver. Exaspérés par la présence de ces étrangers, les montagnards séduniens et véraores, au nombre de 30,000, fondent à coups de pierres et de javelots sur Galba et les huit cohortes qui occupaient Octodure. Mais la tactique romaine l'emporte sur l'héroïsme des barbares. 10,000 Vallésiens sont taillés en pièces. Après six heures de combat, l'ennemi est mis en déroute.

Galba jugea cependant opportun de quitter le Vallais et de transporter ses quartiers d'hiver chez les AUobroges, après avoir incendié la ville d 'Octodure (de 58 à 52 ans av. J.-C.).

Le Vallais n'en dut pas moins obéir aux Romains et consentir à l'établissement d'une route au Saint-Bernard',

Quarante ans environ après la défaite des Helvètes et celle des tribus vallésiennes, sous l'empereur Auguste, petit-neveu et successeur de Jules César, les Rhètes ou Rhétiens subirent, à leur tour, la loi des Romains. Peut-être eussent-ils conservé leur liberté, s'ils se fussent contentés de la vie paisible de celles de leurs peuplades qui échangeaient avec les peuples voisins le fromage, le miel et le bitume contre les fruits de la terre. Mais une partie des Rhètes, pareils aux hordes du Vallais, se livraient au brigandage et portaient la terreur jusqu'aux portes de la ville de Côme détruite par eux (vers l'an 91 av. J.-G.). Ils se croyaient hors d'atteinte derrière leurs glaciers et leurs hautes montagnes ^

Auguste envoya contre eux deux armées, dont l'une était commandée par son fils adoptif Drusus, et l'autre par Tibère, son gendre, qui lui succéda à l'empire. L'armée de Drusus passa les iVVpes et descendit vers l'Inn ; l'armée de Tibère traversa le Grand-Lac. Une lutte acharnée s'engagea. Les eaux et les défilés des montagnes furent rougis du sang des défenseurs de la liberté rhétienne. Mais Rome demeura partout victorieuse.

Un sombre désespoir s'empara alors des intrépides et malheureux

^ Mommsen, Histoire romaine, fixe à 57 ans av. J.-C. la date de ces événements, et attribue à César et à Auguste l'établissement de la route du Saint-Bernard. - Mommsen, ibid. II, 167. de la 6™^ édition allemande. Berlin, 1874.

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l»liétiens. Un grand nombre se dévouèrent à la niort, et les femmes, partageant l'héroïsme cruel de leurs maris, écrasèrent leurs enfant» contre les armures de leurs ennemis H'an 15 av. J.-C). Le théàtiv du dernier combat livré pour l'indépi^ndance rhétienne a reçu dans la langue romanche le nom de Colline des rhertiu.r ( tumba di chiavals i.

La victoire remportée par Drusus et Tibère sur les Uhètes fut célébrée à Home à l'égal des plus grandes victoires. Lji des poètes d»' la cour d'Auguste, Horace, chanta les exploits de Drusus Nur les Rhete> farouches et la destruction des imprenables forteresses perchées sur les Alpes \

Home, en revanche, ne tarda pas ii munir les défilés al[)estres d»* forts destinés à la fois à défendre et à contenir le pays con<jui>. On attribue du moins aux iiomains la construction du château de ^Lirsoil (Mars in oculis) k Curia (Coire), et celle de la tour de Valère ( Valeria), à Sedunum (Sion). Des traces de fortifications romaines existent également sur le Lukmanier ".

' « Arces cali)il)us impositas trememlis dojecit. > Horace, Odes. IV, 14 ^ J.-G. Zolhveger, dans le Geschichtsfoyschei\ IV, 13.

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