‹ Histoire de la confédération suisse (volume 5)Chapitre 41 sur 72 · AMÉDÉE VIII DE SAVOIE · texte numérisé non relu

AMÉDÉE VIII DE SAVOIE

reur Sigismond, qui prit « Y Eglise et la cité sous la protection de Xaigle impériale ».

Mais ce qui valait mieux que la protection des empereurs, c'étaient le généreux courage et l'esprit public qui animaient les citoyens de Genève. Au premier rang on voyait déjà briller les noms de ces treize mémorables familles dont les descendants immédiats devaient procurer à leur patrie, an prix de leurs biens et de leur sang, l'affranchissement complet du joug étranger'.

Dans le pays de Vaud, Amédée VIII eut plus de succès qu'à Genève. Il s'empara des trente seigneuries du dernier sire de Cossonay et de toutes les propriétés d'Othon de Grandson, le plus puissant des chevaliers van dois.

Othon avait guerroyé en France, en Angleterre, en Italie; il était beau, spirituel, connu à la fois dans les cours de l'Europe comme gracieux troubadour et vaillant capitaine. Mais une passion coupable qu'il avait nourrie dans sa jeunesse pour la femme de Gérard, baron d'Estavayer, causa sa ruine et celle de toute sa famille. La mort subite du précédent comte de Savoie, Amédée VII, avait donné lieu à des bruits d'empoisonnement. Gérard accusa de ce crime Othon de Grandson, son rival. En vain, le malheureux chevalier chercha-t-il à se laver de cet horrible soupçon; il fut obligé de se soumettre kw jugement de Dieu, et de se battre en duel avec son accusateur à Bours-en-Bresse, où s'étaient rendus Amédée VIII et un grand nombre de nobles vaudois, savoyards, bourguignons, partisans d'Othon ou de Gérard d'Estavayer. Othon, qui était malade le jour du combat, fut vaincu et tué par son implacable adversaire (3 août 1397). Toutes ses seigneuries furent confisquées par le duc de Savoie. Il garda pour lui le Vully et Cudrefin, et inféoda Grandson à Louis de Chàlons, prince d'Orange, qui possédait déjà Orbe et Cerlier, et qui, de suzerain du comté de Neuchàtel, visait à devenir le souverain de ce pays.

De Lausanne, une de ses résidences favorites, et qui lui dut la fondation du couvent de Saint-François, comme Vevey celui de Sainte-Claire, Amédée VIII jetait aussi des regards de convoitise sur Fribourg, ville dépendante des ducs d'Autriche, mais entièrement isolée au miheu d'un réseau de châteaux et de villes dévouées à Berne ou à la Savoie. A Fribourg le commun peuple, les bourgeois, et les paysans allemands surtout, gardaient un dévouement aveugle à l'Autriche, pendant que la

^ Ces treize noms historiques sont ceux de Lullin, Hugues, de la Rive, Pécolat, Tacon, Berthelier, Lévrier, Jean-Philippe, Roset, d'Orsières, Carra de Baud, Bandières, Yandel. M. Pictet de Sergy, Histoire de Genève.

FRIB()UR(i ET LA SAVOIE. i'ii

[)liipart des grandes familles, auxquelles étaient venues se joindre les Wuippens, Fel^i^a, Englisberg, Gambacli, Praronian, inclinaient comme [)récédemment vers Berne et les confédérés.

Le chef de ce parti était l'avoyer et donzel Jacques Lombard, l'auteur du traité de Laupen, qui, depuis le H novembre \W'\, unissait les deux cités zceringiennes par les liens les plus intimes. Eii lilô, pendant (|ue les Bernois faisaient la con(piéte de l'Argovie sur le duc d'Autriche, 700 Fribourgeois gardaient pour eux la ville de Berne. Le (Uic Frédéric s'étant plaint amèrement de cette conduite, l'avoyer Lombard, qu'il avait mandé à ce sujet, lui ré[)ondit : « Si nous avions agi dilïéremment, votre ville serait, à l'heure qu'il est, un bailliage bernois. » Un curieux indice de la solidarité ((ui existait alors entre Berne et Fribourg, c'est l'acquisition qu'ils tirent par indivis de la seigneurie de Grasbourg (Gouggisberg) que leur vendit le duc Amédée de Savoie par acte dalé d'Annecy, où s'étaient rendus les dé[)utés des deux villes, l'avoyer Bodol[)he HoiTmeisler et Vincent Matter de Berne, Jacques de I*raroman, trésorier, et l^éterman Cudi'elin de Fribouri: *.

Pendant la guerre civile de Zurich {\\\\) l'un <lt'< chefs (hi i>arti suisse à Friboui-g, Rodolphe de Wuippens, ancicii avoyei* , avait poussé Taudace au point de faire gratter l'écusson autrichien dan< plusieurs abbayes. Bien plus, le (hic d'Autriche, ayant ordonne aux l'iiliourgeois de tomber sur Berne ou de rejoinih'e ses troupes en Argovie, les principaux magistrats, Jacipies de Praronian. aiuien avoyer, 1 avoyer Felga et Rodolphe de Wuipi^ens s'entendii'ent pour intercepter Tonlni (hi j)rince. Sur (pioi le duc d'Antrirhe iiu'iid'ormaient de tout ses partisans, donna l'ordre aux bannerets d'exclure ihi Conseil les vassaux de la Savoie. Les bannerets, (jui étaient d'intelligence avec les chefs de l'I'^tat, n'ayant pas tenu compte de cette d(''('ision, le jV'irti autrichien, à sa tête le tanneiu' Ilensli Flspach, anobli par l'empei-eur Frédéric in (MI Li'i>2, et Ulric TectluM'uiann, tanneni- an<-i. soulevèrent la [>opidatiou allemande k\^^ bas (juarliers. La peiiu' de mort fut prononcée contre (juiconque proposerait de porttM* secours aux Bernois. Une garnison vallaisanne. eiu'ôlt'e par Fl>[ta('li, Ment oiauper Fribourg pendant ti'ois mois i no\tMidiia> l 'i i 'i à mars I 'i 'i.')), arbore la plume de paon el la croix rouge, ces syndtoles autrichiens o<lieux aux confédérés \ Iri'itée du liioinphe du parti autrichien à l'ribourg, Berne déclara la guern» ;i celte vdle.

' Sciït'sscr, cuU). Ah^chudc ilo 1121 ;i 1177. '1\.

^ riaitloyors dos paysans allomands dans Cluind. Jxrfjesta Fretlrrici III.— Ilisioire de Fribonrif i>t do ses constitiitiv>ns, par l'autour i\o oo livro (en manuscrit).

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