‹ Histoire de la confédération suisseChapitre 107 sur 127 · LUTTES INTESTINES A FRIBOURG · texte numérisé non relu

LUTTES INTESTINES A FRIBOURG

est battu, fait prisonnier par la garde civique et condamné à 15 ans de détention. Libéré par le Grand Conseil, qui commue sa peine en bannissement, Carrard reparait deux ans après avec plusieurs centaines d'hommes, se barricade dans le collège, soutient un siège contre la garde civique, commandée par le colonel Gerbex, et tombe percé de balles dans une sortie meurtrière (22 avril 1853),

La garde civique de Fribourg, courageuse dans le combat, se montra clémente après la victoire ; elle fit grâce de la vie à M. Ferdinand Perrier, officier distingué, revenu du sernce du pacha d'Egypte, et qui, après avoir combattu à sa tête contre Carrard, le 22 mars 1851, avait combattu et commandé côte à côte de ce même Carrard dans Tattaque dirigée contre elle le 22 avril. Perrier fut condamné à 30 ans de détention. Mais le Conseil fédéral cassa la sentence, et le bannissement fut substitué à la prison.

Dans l'intervalle de ces deux échauffourées, les chefs légaux de Topposition, MM. Charles, Vonderweid, Wuilleret, avaient essayé d'un moyen moins compromettant de renverser le régime issu de la révolution de 1847. Ils convoquèrent, le 24 mai, à Posieux, près de Fribourg, une assemblée qui réunit de 10 à 15,000 personnes. Cette assemblée populaire n'eut point l'effet immédiat qu'en attendaient ses chefs. Une motion de conciliation faite en Grand Conseil, le 15 juin, par Alexandre Daguet, recteur de l'école cantonale, et appuyée par son ami, le poète et conseiller national Nicolas Glasson, faillit coûter la vie au premier, désigné aux vengeances des exaltés de la garde civique. La pensée coupable d'une intervention étrangère se présenta alors à quelques esprits, mais, combattue par d'autres, elle ne reçut pas d'exécution définitive *. Fort de Tappui de cette garde et de celui du gouvernement central, le gouvernement issu des événements de 1847 continua à gouverner le canton, en dépit des vœux et des réclamations de la majorité. Il chercha du moins à justifier la possession exclusive du pouvoir par une administration éclairée et progressive \

* En écrivant cette phrase dans la précédente édition de ce livre en 1865, nous faisions allusion à la pièce qui a reçu depuis la publicité sous le nom de V Aperçu, de M. Wuilleret, et dont l'auteur de ce livre avait eu Poccasion de prendre connaissance plusieurs années avant sa divulgation. Cette pièce était destinée à Napoléon III et devait être portée aux Tuileries par une délégation de 6 personnes. Le jour n'est pas entièrement fait sur cette affaire oii il paratt que le principal rôle a été joué par un personnage dont le nom n'a pas encore été prononcé en public.

* La création de deux institutions de crédit (la banque cantonale et la caisse hypothécaire) et plusieurs des meilleures lois qui régissent le canton de Fribourg, sont dues au régime radical. Il Pavait aussi doté d'une école cantonale qui rapprochait Fribourg des autres cantons suisses et d'une loi scolaire appréciée des connaisseurs.

48i LUTTES DES PARTIS A BERNE.

^'abolition du serment, en ouTrant TarëDe électorale aux citoyens qui y étaient demeurés étrangers jusque-là, métamorphosa en cinq députés conservateurs les cinq députés radicaux que Fribourg envoyait au Conseil national. Ce premier triomphe, joint à l'élection de deux conseillers d'État conservateurs, MM. Vonderweid et Bondallaz, contribua à faire prendre patience à l'opposition jusqu'aux élections générales de 1856. A la veille de ces élections, éprouvant le besoin de se concilier l'opinion, le Grand Conseil vota le rappel de l'évèque, contre l'avis de Julien Schaller et de Nicolas Glasson. Cette concession tardive n'eut d'autre effet, aux yeux de la majorité, que de mettre à nu la faiblesse du pouvoir (décembre 1855). Les élections du 7 décembre 1856 donnèrent une victoire signalée au parti de Posieux, formé d'un fort élément ultramontain et d'un certain nombre d'anciens libéraux, ralliés au parti précédent, en haine du radicalisme. Le parti radical, dont les adhérents formaient au moins le quart des citoyens actifs du canton, n'obtint que cinq ou six représentants dans le nouveau Grand Conseil.

Le gouvernement radical de Berne, qui était depuis 1849 aux mains de Staempfli et d'Ochsenbein, s'était fait de nombreux ennemis. On faisait valoir contre lui l'appel d'un disciple de Strauss (Zeller de Tubingue), comme professeur de théologie, les dépenses excessives du système et l'influence accordée à la dynastie de Nassau. On donnait ce nom au parti du professeur de droit Guillaume Snell et de ses deux beaux-fils Staempfli et Niggeler.

Une coalition de patriciens, de bourgeois de Berne et de paysans se forma contre eux et se vit renforcée par les débris du parti des Schnell, les admirateurs de Neuhaus et les mécontents du Jura, inquiets, disaient-ils, pour leur nationalité et leur législation. Une grande assemblée populaire ayant été convoquée dans le village historique de Munsingen pour le 25 mars 1850, les radicaux de leur côté, réunirent une assemblée rivale, au même Heu et pour le même jour. On eut alors le curieux spectacle de milliers de blancs (conservateurs) assemblés dans une prairie, pendant que leurs adversaires, les noirs (radicaux) campaient dans une prairie voisine (Baerenmatte). Une haie vive séparait les deux camps.

A la tribune des blancs, on vit apparaître le tribun populaire de 1831, Hans Schnell, fier et superbe comme avant sa défaite. Il avait à ses côtés le colonel Kourz et l'avocat biennois Edouard Blœsch, beaufils d'un des Schnell et jurisconsulte consommé \ Blœsch n'était pas un

* Né à Bienne en 1809, mort en 1866.

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