LUTTES INTESTINES DANS LE TESSIN
bord, le pasteur Schenck, était tiré de son presbytère pour occuper la place de Stsempfli au Conseil d'Etat ou Conseil exécutif, comme on ■ appelle à Berne.
A Genève, le pouvoir était toujours aux mains de James Fazy. La démolition des remparts, l'extension extraordinaire donnée à la ville et la protection accordée aux catholiques, avaient encore accru le nombre de ses partisans parmi la population industrielle et cosmopolite de la cité d'Arve et Rhône. Son but était de consolider son pouvoir en faisant de la ville de Rousseau une cité moderne, un petit Paris. On vit sortir de terre une foule d'édifices splendides, l'hôpital cantonal, Tasile des vieillards, le bâtiment électoral, des ponts, des quais, de nouvelles routes. Fazy comptait pour se maintenir sur deux auxiliaires, les ouvriers et les catholiques auxquels il avait concédé un terrain pour la construction d'une église de Notre-Dame, destinée à devenir une cathédrale. Les francs-maçons, il est vrai, avaient aussi leur part aux largesses de l'État et bâtissaient leur temple unique. Mais, en s'agrandissant, la cité calviniste prenait aussi les habitudes et les mœurs dispendieuses des grandes villes. Un don de 200 toises de terrain, évalué à 300,000 fr., fut décerné à Fazy à titre de récompense nationale pai* décret du Grand Conseil (22 juin 1850).
Depuis la révision du pacte, le canton du Tessin n'avait presque pas cessé d'être le théâtre de graves dissensions religieuses et politiques. L'enseignement ùté aux corporations religieuses, des conflits sans cesse renaissants avec l'archevêque de Milan et Tévéque de Côme, supérieurs ecclésiastiques du clergé tessinois, et l'expulsion violente des religieux lombards que renfermaient les communautés de capucins, causaient eu partie cette situation déplorable. L'Autriche, déjà irritée contre le Tessin par la sympathie dont jouissaient les réfugiés italiens dans ce canton luimême italien et italianissime, prit fait et cause pour les capucins lombards. Le cabinet de Vienne demandait, ou la réintégration de ces moines dans leurs droits, ou le payement d'une pension viagère, comme Argovie en avait accordé à ses conventuels supprimés. Le 6 février 1853, le peuple s'étant soulevé à Milan, l'Autriche, informée de la présence de Mazzini, l'instigateur de l'insurrection, à Lugano, accusa le Tessin d'avoir fomenté l'insurrection et, sans autre forme de procès, expulsa du territoire lombard tous le^ Tessinois établis dans ce pays au nombre de 5100. Le vieux général Radetzki, le vainqueur des Italiens à Custozza et à Novarre, et qui avait tracé des plans de campagne pour venir en aide au Sonderbund, n'eut pas mieux demandé que de passer les Alpes et d'étouffer la liberté helvétique. Mais son souverain ne jugea pas à propos de se faire un nouvel ennemi de ce côté-là.