ÉMANCIPATION COMPLÈTE DE NEUCHATBL
modifié le personnel du Conseil fédérai. Mais le nouveau pouvoir se montra digne du précédent en cette occurrence par la fermeté polie avec laquelle il repoussa l'immixtion de l'étranger. Les deux Chambres législatives se trouvant réunies le 1 5 septembre pour délibérer sur la question du chemin de fer de l'Ouest, donnèrent par l'admirable unanimité du vote une sanction éclatante à la conduite du pouvoir exécutif de la nation.
Toutefois, la Prusse n'en poursuivit pas moins auprès de la Confédération les négociations relatives à l'élargissement des prisonniers et chercha à s'assurer l'appui des autres puissances signataires du protocole de Londres. La France elle-même intervint dans ce sens auprès du Conseil fédéral, lui promettant, en échange, de faire accepter l'émancipation de Neuchâtel par les cabinets européens. Le Conseil fédéral ayant posé, comme condition préliminaire de l'élargissement das prisonniers la reconnaissance en principe de l'indépendance de Neuchàtel, Napoléon III fut blessé au vif de la défiance que lui témoignait l'autorité helvétique. II s'adressa au général Dufour, dans la maison duquel il avait séjourné comme pensionnaire en 1830 et 1831, a Genève, et dont il avait plus tard suivi, au camp de Tboune, les leçons sur l'art militaire. Le Conseil fédéral n'en persista pas moins dans son refus que le général Dufour, nommé envoyé extraordinaire à Paris, eut la mission pénible de communiquer à l'empereur et de lui faire agréer, si possible, de concert avec l'envoyé ordinaire, M. Joseph Barman, du Vallais.
Mais l'empereur, de son côté, persistait à demander l'élargissement des prisonniers et fut appuyé par tous les autres cabinets, y compris celui de Londres, toujours le plus favorable à la Suisse. Le Conseil fédéral ayant essayé de négocier directement avec le cabinet de Berlin, ce dernier y répondit par le rappel de son ambassadeur et la mobilisation de l'armée prussienne forte, dit-on, de 300,000 hommes. Napoléon III se prononçait également contre la Suisse. Une note insérée, le 17 décembre, an Mmiteur, organe officiel du gouvernement français, accusa le gouvernement fédéral de céder à des infltiences démagogiques. Â l'ouïe de ce hautain langage, les feuilles absolutistes se mirent à chanter victoire et croyaient déjà voir les bonnets à poils des grenadiers de la garde impériale aux portes de la ville fédérale. D'autres prédisaient l'occupation prochaine de Bâie et de Schaffhouse par les troupes prussiennes.
Les ennemis de la Suisse comptaient sans le patriotisme de ses habitants ; il se déploya d'une manière admirable au sein du peuple et des gouvernements. Celui de Berne donna un grand exemple. Sur la pro-