‹ Histoire de la confédération suisseChapitre 116 sur 127 · ÉMANCIPATION COMPLÈTE DE NEUGHATEL · texte numérisé non relu

ÉMANCIPATION COMPLÈTE DE NEUGHATEL

Thurgovie, dont la personne devail être agréable à Napoléon par ses relations intimes avec le prince en 1838. L'empereur fit bon accueil à M. Kern, et renouvela ses ofires de médiation, en termes, cette fois, si positifs que le Conseil fédéral crut pouvoir les accueillir et les fit accepter du Conseil national, après un éloqnent discours de M. Alfred Escher, de Zurich, président du Conseil national, et connu comme industriel, homme d'État, et promoteur du premier chemin de fer que la Suisse ait vu établir (en i 847).

91 voix contre 4 se prononcèrent pour l'élargissement des prisonniers, demandé par l'empereur (15 janvier 1857).

Ce ne fut néanmoins pas sans une vive opposition de la part de quelques députés intransigeants, notamment de M. le professeur et conseiller d'État Camperio de Genève. Cet orateur entraînant, d'accord avec le gouvernement de son canton et une assemblée populaire de 6127 citoyens genevois, ne pouvait comprendre qu'on pût voter, le 15 janvier, des propositions déclarées, le 26 novembre précédent, incompatibles avec l'honneur et la dignité du peuple suisse. L'opposition de Genève se fit jour encore le jour suivant au Conseil des États, par l'organe de James Fazy et de son collègue, M. Cari Vogt, le Célèbre naturaliste. Mais l'opinion contraire, habilement défendue par M. Jacques Dubs, concitoyen et ami politique de M! Escher, obtint une majorité de 32 voix contre 5 (16 janvier).

Cette décision fut mal accueillie dans plusieurs cantons. La défiance s'accrut encore par les retards que le mauvais vouloir du cabinet de Berlin apportait à la solution promise de la question nenchâteloise. Des bruits injurieux pour les autorités fédérales et pour M. Kern, en particulier, circulaient déjà depuis plusieurs semaines dans la presse, lorsque l'empereur, fatigué des tergiversations de la Prusse, convoqua de son chef une réunion des représentants de l'Angleterre, de l'Autriche et de la Russie, et contraignit ainsi le cabinet de Berlin à sortir de son inaction systématique et à prendre part à la conférence de Paris (5 mars 1857). Mais, au sein même de ce congrès, les exigences du cabinet de BerUn firent naître de nouvelles complications et paraissaient calculées pour favoriser un mouvement royaliste qui se préparait sur la frontière française. C'est ce qu'on a appelé la Conjuration de Morteaux. La vigilance des républicains neucbàtelois déjoua ce complot. Le roi de Prusse réclamait, entre autres, deux millions d'indemnité en échange des revenus annuels de la principauté ; il entendait, de plus, conserver pour lui et ses descendants le titre de prince de Neuchdtel et Valangin. Ayant réussi dans l'objet principal de leur mission, l'envoyé fédéral, M. Kern, et les deux magistrats que l'État de Neuchâtel avait délégués à la con-

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férence de Paris, MM. Marie- Alexis Piaget et Aimé Humbert, ne voyaient pas d'inconvénient majeur à laisser au roi de Prusse un titre honorifique, qui n'avait pas plus de signification à leurs yeux que celui de roi de Jérusalem, que porte dans les actes officiels le roi de Sardaigne. Le Conseil fédéral jugeant également ces concessions nécessaires pour amener un résultat et faire admettre Tindépendance de Neuchâtel dans le droit public européen, donna Tordre à M. Kern de signer le traité, sous réserve de ratification par l'Assemblée fédérale (29 avril). Mais au moment de signer à son tour, le roi de Prusse éprouva de nouveaux scrupules; il ne pouvait se résoudre à abandonner à leur sort des sujels aussi dévoués que les royalistes neuchâtelois. Une lettre autographe de Napoléon III fit cesser ces hésitations. Le traité fut signé à Paris, le 26 mai, par tous les envoyés des puissances. La Gazette d'Etat de Berlin enregistra elle-même l'acte par lequel S. M. prussienne renonçait, et sans indemnité, à la possession de Neuchàtel. Dans ces conjonctures, rapprobation du traité de Paris par les Chambres fédérales ne pouvait être douteuse ; elle eut lieu le 1 1 et le 12 juin, et avec cette même unanimité de suffrages qui, du commencement à la fin de ce différend, avait fait l'honneur et la force de la représentation nationale.

Ainsi se termina le fameux conflit qui avait été à la veille d'allumer une guerre au centre de TEurope et failli mettre aux prises la Confédération suisse et la puissante maison de Hohenzollem. Au traité de Paris, la Confédération n'a pas seulement conquis l'émancipation de NeuchAtel, elle n'a pas seulement fondé l'homogénéité de tontes ses parties par l'assimilation complète d'un pays que des liens politiques, également contraires à la nature et à l'histoire, avaient seuls pu empêcher de se fondre plus tôt avec elle; elle a donné une nouvelle consécration aux institutions fédérales et prouvé la supériorité du nouveau pouvoir central sur l'ancien Vorort avec son cortège d'instructions et de référendum, L'Unité seule, sans l'Union, n'eût probablement pas été capable de sauver la Suisse; mais sans l'unité et la concentration de forces qu'elle permet de réaliser à un moment donné, que serait-il advenu de notre petite patrie, au milieu des collisions de la politique européenne et du chassé-croisé d'une diplomatie versatile?

2. Attitade de la Saisse pendant la %aeTTe d*Italie. — Conflit entre la France et la Suisse an snjet de rannexion de la SaToie. — I^attes an sein des Conseils. — Patriotisme dn penple snisse (1957 h 1964).

Peu de temps après l'heureuse solution de la question de Neuchàtel, la Confédération se vit obligée de prendre des mesures militaires pour

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