CONFLIT AVEC NAPOLÉON UI AU SUJET DE L\ SAVOIE
Mais c'était tout d'abord devant l'Assemblée fédérale que devait se traiter la grande question à l'ordre du jonr. Les deux Conseils s'ouvrirent à, Berne» le 29 mars» et prirent connaissance dans leurs séances respectives, comme le veut la Constitution fédérale, des propositions du pouvoir exécutif. Ce dernier demandait l'approbation de sa conduite et des pleins pouvoirs pour agir selon les circonstances. Chacune des deux Chambres nomma une commission» composée de neuf membres, chargée d'examiner et de faire rapport. Mais avant que les commissions eussent eu le temps de délibérer, on reçut de Genève d'étranges nouvelles.
Une bande d'hommes armés, à leur tête M. John Perrier, chef d'atelier, qui avait présidé la réunion populaire du 23 mars, s'était emparée du bateau à vapeur VAigk, dans la nuit du 30 au 31, et s*était dirigée vers Thonon et Évian dans le but de provoquer une manifestation en faveur de la Suisse. Déjà cette prise d'armes faisait naître les défiances les plus injustes, lorsqu'on apprit que, ni le gouvernement, ni le peuple genevois, n'avaient trempé dans cette tentative insensée, désavouée le jour même par 5000 citoyens réunis sous la présidence d'un conseiller d'État dans le bâtiment électoral. La circonstance, d'ailleurs, que M. John Perrier et ses compagnons avaient paru sans armes et s'étaient bornés à chanter des airs patriotiques dans les cabarets de la côte de Savoie, ôtait beaucoup de sa gravité à cet incident, qui n'en était cependant pas moins une action répréhensible et risquait d'ajouter à la position critique où se trouvait la Confédération. Aussi le navire à vapeur qui portait M. Perrier et ses argonautes fut-il capturé promptement par deux autres bateaux à vapeur que mirent à sa poursuite le gouvernement de Vaud et le colonel Ziegler, envoyé par le Conseil fédéral pour commander les troupes genevoises, vaudoises et neuchâteloises réunies à Genève. Un commissaire civil arrivait aussi dans cette ville ; c'était M. iËpli de Saint-Gall, membre du Conseil national. Les hommes qui montaient V Aigle se virent transférés, le 31 mars, dans les prisons de cette ville» où ils subirent une détention de plusieurs mois.
Le 3 avril» le Conseil national se réunit enfin pour entendre les propositions de sa commission. Celle-ci, par l'organe de son rapporteur, M. Alfred Escher, se montrait unanime à accorder les pleins pouvoirs, mais le fit d'une manière qui en restreignait singulièrement la portée, en forçant en quelque sorte le Conseil fédéral à maintenir la question dans la phase diplomatique où le Conseil d'État de Vaud avait témoigné le désir de la voir se renfermer, dans sa lettre du 21 mars. Deux politiques se trouvaient dès lors en présence au sein du Conseil national.