CONFLIT AVEC NAPOLÉON III AU SUJET DE LA SAVOIE
La première, représentée par M. Escher, de Zurich, équivalait à dire : « Que, pour un petit État, mieux vaut attendre le péril que de le pro- « voquer avec des forces insuffisantes en elles-mêmes et sans espoir réel « d'en obtenir d'efficaces du dehors. » La seconde politique, personnifiée en M. Staempfli, de Berne, se résumait en cette maxime : « Que ^ lorsqu'un péril est certain, mieux vaut aller au-devant de lui que a d'attendre lâchement qu'il arrive. » Ces divergences assez marquées, comme on le voit, ne se produisirent guère, dans la séance du 3 avril, que par les discours énergiques de MM. James Fazy, Camperio, de Genève et Dapples, de Lausanne, défenseurs éloquents de la politique fédérale et des pleins pouvoirs illimUés. Au vote, 106 députés contre 4 se prononcèrent pour les pouvoirs conditionnels proposés par la commission.
Les divergences et les temporisations des Conseils helvétiques servaient à merveille les vues de la France. A peine les députés étaient-ils rentrés chez eux que des commissaires impériaux, M. Laity en tête, arrivaient à Bonneville et à Thonon pour préparer les esprits, de concert avec les fonctionnaires ecclésiastiques et laïques acquis à l'annexion.
Une circonstance qui n'a pas été assez remarquée vint servir à souhait les desseins des impérialistes : c'était le refus que faisait le canton de Vaud de s'incorporer le Chablais, qui demandait à lui être uni. Le Faucigny et le Genevois désiraient, au contraire, être joints à Genève qui ne se souciait pas beaucoup non plus de cet accroissement de population catholique et cléricale.
Le vote du peuple savoisien était fixé au 22 avril. Les bulletins trouvés dans l'urne, en ce jour décisif, se trouvèrent conformes au vœu de l'empire. Mais les procédés employés pour fausser le vote demeureront comme un triste et curieux exemple de l'application du suffrage universel. Le premier ministre d'Angleterre, lord John Russell, en porta le même jugement que les patriotes suisses et savoisiens dans une lettre officielle adressée un mois après le vote à l'ambassadeur britannique à Paris : « L'argument sur lequel s'appuie la France pour refuser la ces- « sion estHe vote des populations du Faucigny, du Chablais et du Ge- « nevois. Mais la manière dont le vote s'est fait lui ôte toute autorité « aux yeux de S. M. britannique \ »
Mais, tout en blâmant hautement les artifices mis en œuvre pour opérer l'annexion de la Savoie, le cabinet de St-James ne cacha point au parlement qu'il ne pousserait pas la sympathie pour la Suisse au
■ Lord John Rnssel à lord Cowley, 15 mai 1860.