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CONFLIT AVEC NAPOLÉON III AU SUJET DE LA SAVOIE

point de vouloir faire la guerre pour elle dans une question de ce genre. Bien plus, le gouvernement britannique, dans cette même dépêche de lord John Russell, dont nous citions tout à l'heure un passage, disait textuellement : « Le gouvernement de S. M. n'est point d'avis que la « Suisse, si même elle en avait les moyens, ait le droit de résister à l'occu- « pation des parties neutralisées de la Savoie par les autorités civiles et « militaires de la France. Mais le gouvernement de S. M. doit décliner « toute mesure qui pourrait valider le traité de cession de la Savoie du 24 mars ^ »

La conférence des grandes puissances, que ne cessait de réclamer la Confédération, offrait à la Grande-Bretagne un moyen pacifique d'obtenir pour son alliée une solution équitable de la question de Savoie. Le cabinet de Londres fit plusieurs démarches dans ce dessein auprès des cabinets de Berlin, de Vienne et de Pétersbourg. Mais tandis que le roi de Prusse, montrant un généreux oubli du passé, donnait les mains à la réunion projetée, le cabinet de Vienne refusait d'y paraître k côté de la Sardaigne, et le ministre russe, Gortschakoff, ne trouvait pas que la cession faite à la France dérangeât l'équilibre européen, si cette puissance consentait à respecter la neutralisation des provinces (stipulée contre elle-même!)

Abandonnée par les cabinets étrangers, garants des traités de 1815 et de l'équilibre européen, la Suisse sembla aussi s'abandonner ellemême. A la réouverture des chambres, en juillet 1860, le parti delà paix perdit un temps précieux à faire le procès k celui de la guerre, et se montra moins soucieux des grands intérêts de la patrie que de la question de savoir si le président de la Confédération n'avait pas outrepassé ses pouvoirs, en donnant k l'ambassadeur d'Autriche l'assurance éventuelle de la levée de 150,000 hommes et de l'occupation de la Savoie.

Mais l'Assemblée fédérale eut assez de bon sens et de patriotisme pour écarter le blAme dont un mesquin ressentiment voulait noter la politique nationale de son ancien président. Au sein du Conseil des États, où l'accusation s'était fait entendre, le 4 juillet, des voix éloquentes vengèrent l'honneur du chef de la Confédération. L'auteur même de la proposition, M. Dubs, finit par assurer dans la discussion n'avoir jamais douté du patriotisme de M. Staempfli et excusa sa motion en disant qu'il avait voulu donner k ce magistrat une occasion de se justifier devant* le pays, k la veille des élections fédérales. Mais en

* Dépêche du 15 mai. Morin, Précis cité, IV, 81.

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attaquant la politique nationale du président de la Confédération et en révélant une fois de plus le désaccord des hommes d'État suisses^ M. Dubs affaiblissait Télan national d*une part et l'intérêt que la Grande- Bretagne avait montré pour la question suisse \

Les pleins pouvoirs demandés par le Conseil fédéral furent cependant renouvelés par les deux Chambres. Mais ce vote tardif et restreint était loin de rendre l'énergie du sentiment qui animait toute la partie saine de la nation. Pendant que le fantôme de la guerre à tout prix faisait p&mer de crainte les hommes de la finance, les officiers et les soldats de plusieurs cantons, ceux du loyal Uri en tête, faisaient éclater leur dévouement à la cause de la sûreté et de l'honneur de la patrie. Les plus Jeunes cantons, Neuchàtel en particulier, surpassaient presque les plus anciens en enthousiasme.

Les Genevois se montrèrent, s'il est possible, plus enthousiastes encore. On vit les anciens et les nouveaux Genevois, Dufour et Fazy, oubliant tous leurs sujets de divisions, n'avoir plus qu'un cœur et qu'une âme pour la patrie. Parmi les beaux exemples donnés par Genève à celte époque, l'histoire nationale cite avec admiration l'origine de cette société de Winkelried, soutien des veuves et des orphelins de l'armée ' ; les secours abondants envoyés aux inondés du Vallais et de la Suisse ; l'accueil enthousiaste fait aux miliciens fédéraux ; la fête magnifique du 6 août, couronnée par ce touchant et grandiose cortège de 1200 officiers des cantons, conduits par le magnanime vieillard dont l'habileté unie à la modération a rendu la Suisse k elle-même dans les mauvais jours de 1847. La poésie, unissant ses accents à ceux du patriotisme, poussait un cri d'amour pour la Suisse, qui était le cri de guerre contre l'étranger envahisseur :

Il est a nous, notre libre avenir ;

Morgarten, Grandson, jours de fête,

Si vous ne deviez revenir,

0! Saint-Jacques, ô! sainte défaite.

Dans ton pourpre linceul, tu nous verrais dormir ^.

Pendant les années qui suivirent l'annexion de la Savoie à la France, les relations du gouvernement fédéral avec le cabinet des Tuileries demeurèrent un peu tendues. Elles faillirent même se gâter tout à fait à la

^ Morin, Précis de Vhistoire politique de la Suisse, IV, 60. ' Un Genevois aussi, M. le baron de Grenus, avait déjà affecté un fonds de 120,000 fr. au soulagement des familles de nos soldats. ' Vers de M. William de la Rive, auteur de la Biographie de M, de Cavour.

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