HI8T0IBK 8UIS8S, TOME II
populaire pour certaines lois et l'élection du Conseil fédéral par le suffrage universel, au lieu de l'élection par l'Assemblée fédérale. Les idées de ces sociétés furent combattues par Dubs, de Zurich, et les Chambres fédérales rejetèrent les deux propositions qui lui avaient été soumises. Elles adoptèrent, en revanche, le droit pour la législation fédérale de statuer sur les poids et mesures, la suppression des loteries et des maisons de jeu, la garantie de la propriété littéraire et artistique, la liberté de culte complète et l'interdiction de certaines peines. Ce dernier vœu avait été formulé à la suite d'une sentence rendue dans le canton d'Uri, où l'imprimeur argovien Ryniker avait été condamné à la bastonnade pour avoir édité et répandu un écrit où il était parlé avec mépris du Pape et de l'Église catholique.
Tous ces points furent soumis au vote populaire (le 14 janvier 1866). Mais de ces neuf questions, deux seulement, le droit des Israélites et celui de statuer sur les poids et mesures , obtinrent la majorité. « Le peuple, dit un écrivain genevois, était resté calme, mais avait voté « avec décision. Le sentiment qui avait paru dominer était la crainte « de l'absorption des États par la Confédération \ »
Mais un symptôme regrettable de TafTaiblissement de l'esprit public, c'était le peu d'empressement des citoyens à déposer leur vote. Sur 150,000 citoyens actifs, la moitié seulement avaient rempli leur devoir civique. Cette abstention ne fit qu'enhardir les révisionnistes à tenter une nouvelle campagne et à réunir les 50,000 signatures nécessaires pour que les questions jugées fussent portées à nouveau devant le peuple. La société des Juristes vint en aide aux révisionnistes par une pétition, tendant à l'unification du droit, en matière civile et commerciale. Après de vifs débats, le Conseil national décida le renvoi de la chose au Conseil fédéral qui, en présence des événements extérieurs, jugea l'ajournement convenable jusqu'à la prochaine législature. Mais les révisionnistes ne se lassaient point et Tannée 1868 vit reparaître les pétitions de plusieurs sociétés politiques pour le veto et le référendum. Une partie des radicaux des cantons allemands, à Zurich et Saint*Gall surtout, y poussaient de toutes leurs forces et tenaient des assemblées. La plus nombreuse, celle de Zurich (19 avril 1869), vota un programme qui centralisait le droit civil, le droit pohtique, le culte, le mihtaire, l'enseignement supérieur, les chemins de fer même. On ne disait rien du veto et du référendum, envisagés par les radicaux des cantons avancés comme un sabot au progrès.
* Morin, Précis de Y Histoire politique de la Suisse, V, 130.
Mais rattention publique en ce moment était aux intérêts matériels. L'idée de percer l'un des massifs des Alpes s'était présenté à ces esprits à la fois positifs et téméraires dont le nombre va croissant dans notre vieille Europe, rajeunie par Tindustrialisrae. Percerait-on le Gothard ou le Simplon, le Lukmanier ou le Splûgen? Toute la Suisse financière et industrielle se divisait sur cette question que la Suisse orientale résolvait naturellement en faveur du Lukmanier, pendant que la Suisse centrale opinait pour le Gothard et que les cantons de l'ouest se prononçaient pour le Simplon. L'Italie et TAllemagne, trouvant leur intérêt au percement du Gothard, s'étaient offertes à couvrir la plus grande partie des dépenses et ne demandaient à la Suisse que d'y concourir pour la somme de 20 millions. Mais, quelque tentante que fut l'offre de ces deux puissances, l'entreprise ne laissait pas d'éveiller bien des appréhensions. Elle trouvait des contradicteurs et chez ceux qui trouvaient la charge au-dessus des ressources d'un petit pays, et parmi les citoyens soucieux de l'avenir de la Suisse et de son indépendance. On so demandait avec anxiété ce que deviendrait cette dernière, lorsque deux puissants États comme TAlIemagne et l'Italie auraient chacun en mains une clef de la Suisse. D'autre part, on se disait que la Suisse ne pouvait rester en dehors du mouvement européen et se condamner à l'isolement. Le percement du Mont-Cenis, opéré par la France, semblait exiger que la puisse imitAl son exemple et offrît au commerce indigène des voies de communications analogues. Après de sérieuses discussions, les Chambres fédérales se prononcèrent pour l'affirmative et une convention avec l'Allemagne et l'Itahe fut signée à Berne, le 1 3 octobre 1 869. Mais la guerre franco-allemande vint arrêter net l'exécution de l'entreprise au moment où elle allait se réaliser. La guerre finie, les travaux commencèrent et se poursuivirent avec activité sous l'habile et infatigable direction de M. Favre, de Genève.
La question de la revision, ajournée par la guerre, comme l'affaire du Gothard, trouvait encore un obstacle nouveau et inattendu dans les questions irritantes soulevées par les décisions du fameux concile du Vatican et qui eurent pour conséquences successives en Suisse l'établissement du vieux catholicisme, l'expulsion par le Conseil fédéral de M. Mermillod, créé évêque de Genève par le saint-siège à l'insu des intéressés (20 septembre 1872), la destitution de Mgr Lâchât, évêque de Bâle-Soleure par les États diocésains (29 janvier 1873), et le renvoi du nonce Agnozzi.
Mais la proclamation de rinfaillibilité papale, jointe à la publication du syllabus, cette machine de guerre dirigée contre le progrès et la
liberté modernes, ne faisaient que rendre plus désirable au\ citoyens une organisation forte de TÉtat pour résister au torrent de l'absolutisme religieux et politique.
Il faut joindre a cela le besoin d'une organisation solide de l'armée qu'avaient fait ressortir une fois déplus la guerre franco-allemande et les anomalies de législation qui rendaient l'uniGcation du droil ou de certaines partîes du droit nécessaire, au point de vue commercial. Aux yeux des démocrates ardents, les droits du peuple et son contrôle sur la législation fédérale, ne trouvaient pas non plus une expression suffisante dans la nomination des membres du Conseil national. Un Peuple, une Loi, une Armée, telle était la devise des révisionnistes à outrance^ des centralisateurs unitaires.
Une revision, qui se rapprochait, sans y atteindre toutefois, de cet idéal, fut adoptée par les Chambres et soumise au peuple, le 1 2 mai 1 872. Mais, malgré tous les efforts des révisionnistes et les pronostics des journaux, du Journal de Genève entre autres, l'organe le plus important de la Suisse française, la revision fut rejetée à une majorité de 5,5H voix.
Le souverain avait parlé ; les mandataires de la nation n'avaient, semblait-il, qu'à se taire et à accepter le verdict de la nation. Mais la faible majorité des anti-revision nistes, une grande assemblée de révisionnistes, à OIten, et qui comptait, dit-on, 30,000 personnes, plus encore la circonstance que le parti révisionniste s'était renforcé, soit au Conseil national, soit au Conseil fédéral (par l'entrée de M. Eugène Borel, de Neuchâtel), rendirent aux centralisateurs l'espoir de réaliser une partie de leur programme, en prenant la précaution de l'adoucir et de multiplier les compromis. C'est ce qui eut lieu dans un nouveau projet qui obtint l'approbation de la grande majorité de la presse. Soumis au peuple, le i9 avril 1874, ce projet reçut également la sanction de celuici par une majorité de 340,175 voix contre 198,182. Les 28 et 29 mai, la nouvelle Constitution fut déclarée en vigueur par les Chambres.
Voici un résumé des principales dispositions de la Constitution revisée de 1874, cette loi fondamentale de la Suisse actuelle. Nous laissons de côté les dispositions empruntées a la Constitution de 1848 dont nous avons donné l'analyse plus haut \ Nous nous bornerons à citer les dispositions nouvelles et celles qui ont reçu un nouveau développement ou une modification saillante.
En ce qui regarde le militaire, l'organisation et l'instruction appar-
^ Voir page 476 de ce volume.
tiennent à la Confédération, mais Texécution et la nomination des officiers restent aux cantons. Les militaires qui ont perdu leur vie ou leur santé au service fédéral ont droit au secours de la Confédération, pour eux ou leur famille, s'ils sont dans le besoin (art. 48).
En matière de droit, la contrainte par corps (le capiatis de Tancien droit) est abolie (art. 59).
La peine de mort, sous réserve du code pénal militaire, est abolie (art. 68).
Au Tribunal fédéral ressortent : 1® les crimes et délits politiques; 2** les réclamations des citoyens relatives à la violation de leurs droits constitutionnels.
La liberté d'établissement est accordée à tout citoyen suisse qui devient électeur dans le canton où il s'établit, après trois mois de séjour. Il peut être renvoyé du canton, s'il tombe d'une manière permanente a la charge de la bienfaisance publique (art. 44 et 45) ^ A la Confédération incombe le devoir de régler les frais de maladie et de sépulture d'un citoyen, tombé malade ou décédé dans un autre canton (art. 48). La durée du travail des ouvriers dans les fabriques et le travail des enfants, en particulier, seront réglés par la Confédération (art. 34). Les maisons de jeu et les loteries sont prohibées (art. 35). Il est interdit de fonder de nouveaux couvents ou ordres religieux et de rétablir ceux qui ont été supprimés (art. 52) *. La liberté de conscience et de croyance est garantie. Nul ne peut être contraint de faire partie d'une association religieuse, de suivre un enseignement religieux, d'accomplir un acte religieux, ni encourir des peines de quelque nature qu'elles soient, pour cause d'opinion religieuse. La personne qui exerce l'autorité paternelle a le droit de disposer de l'éducation religieuse de ses enfants jusqu'à l'âge de 16 ans, etc. (art. 49). La juridiction ecclésiastique, qui existait encore dans certains cantons, pour les questions relatives au mariage et à la séparation des époux, est abolie (art. 58). Aucun évêcbé ne peut être établi sur le territoire suisse sans l'approbation de la Confédération (art. 50). Les jésuites et les sociétés qui leur sont affi-
^ Cette disposition serait injustifiable aux yeux des amis de l'humanité, si on ne savait la mauvaise habitude qu'ont certains cantons d'envoyer leurs ressortissants pauvres s'établir chez leurs voisins.
' < C'est (dit M. Morin, à propos de cet article et d'autres) un arsenal de me- < naces préventives dirigées contre toute domination ecclésiastique et un affranchis- « soment complet de toute tutelle religieuse dans le domaine de l'État Ce projet « allait peut-être trop loin dans les mesures défensives en prohibant la fondation de « nouveaux couvents ou ordres, ou le rétablissement de ceux qui avaient été suppri- « m''*s. » Précis de V Histoire politique de la Suisse, IV, p. 286.
ol8 REVISION DE LA GONSTlTUTIOiN FÉDÉRALE.
liées sont exclues de la Suisse; toute action dans l'église et dansTécole est interdite à leurs membres (art. 51). Cette interdiction peuts'élendre aussi à d'autres ordres religieux dont Taclion est dangereuse pour l'État ou trouble la paix entre les confessions.
L'école primaire est rendue obligatoire, gratuite, non confessionnelle et placée sous une direction laïque (art. 27). La Confédéralion a le droit de créer une Université fédérale et d'autres établissements supérieurs, ou de subventionner des êHahlisseinents de ce genre. Le maria^'e civil est introduit. Aucun empêchement ne peut y être apporté pour motifs confessionnels, pour indigence, etc., etc. (art. 54).
L'article 42 de la nouvelle Constitution, renouvelée de celle de 1848, fixe comme suit les sources de revenus de la Confédération : l*" les péages perçus à la frontière: 2« les postes et télégraphes; 3*' le monopole de la poudre; 4^ la moitié du produit de la taxe payée aux cantons pour les exemptions du service militaire; 5'» les contributions des cantons.
Le projet de 1872 fixait k 50,000 le nombre des citoyens actifs requis pour obliger l'autorité k soumettre une loi au vote populaire: il a été modifié en abaissant k 30,000 le nombre fixé précédemment à 50,000. Le même droit que le projet de 1872 attribuait k cinq ciiiitons, la Constitution de 1874 Tallribuek huit États.
Telles sont en raccourci les disposilions les plus saillantes de la Constitution fédérale qui régit actuellement la Suisse. La Constitution de 1874, pas plus que celle de 1848, ne fait mention de la ville de Berne comme devant être le chef-lieu de la Confédération. Mais celte ville de l'Aar ayant été maiinlenue comme le siège des autorités fédérales, et Zurich étant le siège de l'école polytechnique fédérale depuis sa fondation, les Chambres ont jugé de bonne politique de placer le siège du Tribunal fédéral k Lausanne, dans la Suisse romande, pour resserrer les liens de ces deux parties principales de la Confédération.
Notre intention était de faire suivre ce tableau général d'un cou[>d'œil sur la situation intérieure des cantons pendant la période de 18G1 k 1874. Mais, comme le dit très bien dans son Histoire de France, le judicieux M. Dareste, plus on se rap|)roche de nos teni[)s, « plus il est difficile de trouver le point de vue favorable k la perspec- « tive. Nous sommes trop sous le coup de nos impressions partiales € et de nos souvenirs personnels '. »
* Dareste, Hiatoire de France, VllI, p. 574.
La difficulté que peut éprouver rhistorien d'un grand pays comme la France, à propos des événements de 1830 à 1848, est plus grande encore quand il s'agit d'événements beaucoup plus récents et de personnages tout à fait contemporains et trop près de nous pour que nous puissions en parler avec une impartialité complète, en bien ou en mal, c'est-à-dire sans colère ou sans haine, comme dit Tacite, ou avec cette absence de crainte et d'espérance dont se targuait Salluste au début de sa Vie de Catilina.
4. CiTilisatlon de la Suisse au XIX""' siècle. — Aperçu général sur le XIX*»" siècle. — Progrès matériels. — Influence des associations. — Progrès intellectuels (savants 9 lettrés et artistes).
En jetant un coup d'œil rétrospectif sur la moitié du XIX"« siècle dont nous venons de tracer le tableau avec détails, on s'étonne des PROGRÈS MATÉRIELS extraordinaires accomplis pendant cette période contemporaine de notre histoire. Roules, ponts, canaux, chemins de fer, télégraphes, bateaux à vapeur, expositions d'industrie, consulats de commerce s'étendant jusqu'à la Havane, à Canton en Chine, au Japon; 150,000 ouvriers employés à la fabrication d'objets divers, sans compter les mineurs assez nombreux travaillant à l'extraction des métaux, ce n'est là encore qu'une partie des faits remarquables qu'offre le développement des intérêts matériels en Suisse dans ce dernier âge *. Le docteur Bowring, dans le Parlement anglais, appelait le progrès de l'industrie en Suisse un progrés sans exemple. Plus récemment, un écrivain français, M. Emile de Laveleye, appelait la Suisse le pays le plus industriel de l'Europe ^
Le progrès agricole est suffisamment attesté par le bien-être croissant du paysan suisse qui est encore le roi des paysans; il se montre également par la fondation de nombreuses sociétés agricoles et par des expositions
* La route du Gothard a immortalisé le uom du landamman Meschini ; celle du Splugen, le nom du conseiller d'État Poccobelli. Un troisième ingénieur célèbre, M. Pichard, a construit la plupart des routes et des ponts du canton de Yaud. I^a route du Septimer est l'œuvre de M. la Nicca; celle du Simplon, de M. Ccard, de Genève. Le premier bateau à vapeur établi sur le lac de Genève date de 1823.
La Statistique de Franscini accusait uu chiffre de près de 50,000 ouvriers on étoffes de coton, de 40,000 ouvriers en soieries, de 20,000 horlogers, de 4000 trossears et tresseuses de paille, de 4000 ouvriers en dentelles, de 3000 bijoutiers, de 3000 tanneurs, de 1500 ouvriers imprimeurs et lithographes, de 1500 verriers, île 1000 papetiers, etc. Sur l'état économique en général de la Suisse actuelle, voir Wirth, Statistik der Schioeiz. Zurich, 1871-75.
• Emile de Laveleye, VÉconomie rurale de la Suisse^ Remie des Deux Mondes du 15 avril 1863, p. 856.
dont les villes saisses n'ont pas été seules à admirer les produits. L'entretien d'environ deux millions et demi de tètes de bétail ^ et la fabrication de 490,000 quintaux de fromage témoignent, d'autre part, de l'activité de la culture pastorale. Las fromageries étaient, en 4862, an nombre de 1000 dans les seuls cantons de Vaud et de Fribourg *• Seulement, l'ami du pauvre se prend presqu'à regretter l'établissement de tant de fromageries, en voyant le lait devenir si rare dans les campagnes et cesser de fournir à la classe indigente son aliment principal et journalier.
Le paupérisme a diminué sensiblement, il est vrai, dans certains cantons ; mais dans d'autres, au contraire, il a pris des proportions effrayantes, et l'on connaît telle contrée (l'Enllibouch par exemple) où le propriétaire campagnard paie jusqu'à 24 pour 100 de son revenu, tant la taxe des pauvres pèse lourdement sur lui. Certaines parties du grand et riche canton de Berne ne sont pas moins obérées. Aussi beaucoup de familles suisses cherchent-elles dans l'émigration un refuge contre leur misère. Des communes entières sont parties pour le Texas ou pour le Brésil. Mais des déceptions cruelles attendent ces émigrants dont un bien petit nombre seulement arrivent à se créer une existence passable dans le Nouveau Monde. Le triste sort des colons que la misère avait forcés d'aliéner leur liberté, motivait, il y a bon nombre d'années, l'envoi d'un représentant fédéral à Rio-de- Janeiro. Il en est autrement, dit-on, dans les colonies établies par des familles suisses aux bords de la mer Noire. Ces établissements sont dans un état prospère et doivent leurs premiers progrès à l'élève des mérinos. I^a statistique officielle porte le nombre des émigrants à environ 5000 par an, en moyenne, de 1868 a 1872 \
Deux choses manquent à la Suisse pour en faire un pays fertile, le blé et les forêts. Elle est le pays de l'Europe qui récolte le moins de blé eu égard à son étendue et à sa population. Elle n'a de boisé que la sixième partie de son sol. Pour ces deux articles, comme pour le vin, la Suisse est tributaire des contrées qui l'environnenU
* 400,000 moutons, 379,000 chèvres, 180,000 porcs, 100,000 chevaux et 875,000 bêtes à cornes. Voir sur VÉœnomie rurale de la Suisse^ Schatzmann, Die schwàzerische Alpenwirthschaft. Aarau, 1862. — Ëmminghaus, Die schweizerische VoUcstoirthschaft. Leipzig, 16G0. — Berlepsch, Schtoeizerkunde, Braunschweig, 1858-60, la Statistique de Franscini et la Statistique publiées par le Conseil fédéral.
' La première fromagerie fut établie à Kiesen (Signau), date de 1815, eteutpoiir fondateur un patricien bernois, M. d'Ëffinger.
' Journal de StatisUque suisse. Bern, 1874, 39. Le nombre total des émigrants, pour 1872, est de 4596; en 1869, U était de 5007.
L'esprit d'association, allié à Tamour du bien public, a apporté un notable soulagement à la gène des petits propriétaires et des travailleurs par la création des caisses d'épargne, des assurances officielles, des caisses hypothécaires, des banques cantonales et populaires établies dans la plupart des cantons. La caisse d'épargne a été introduite jusque dans les écoles.
En i845, le socialisme, qui cherche des remèdes plus radicaux à l'inégalité des conditions, n'avait fait qu'une courte apparition en Suisse à la suite des cours piibhcs donnés, à Lausanne, par xM. Considérant, et. â Zurich, par M. Treichler. Mais les boulangeries sociales, les sociétés de consommation et les sociétés de secours mutuels qui ont surgi dès lors doivent pour la plupart leur origine à une pensée chrétienne ou philanthropique plutôt qu'à l'action directe du socialisme, à moins qu'on ne consente à renfermer cette doctrine dans la devise adoptée par son fondateur, Saint-Simon : « Travailler à améliorer le sort des classes labo- « rieuses et souffrantes.» Tout Suisse, à ce taux-là, doit être socialiste.
Une société nombreuse, le Grutli- Verein, fondée par M. Galeer, un citoyen de Bienne, établi à Genève, avait d'abord des tendances extrêmes et des utopies dangereuses, qui ont fait place au patriotisme et au bon socialisme dont nous parlons.
Une doctrine bien différente du socialisme honnête de Considérant, de Treichler et de Galeer, le communisme sanguinaire de la Jeune Allemagne avait déjà essayé plus tôt de se produire à Lausanne, Zurich et autres lieux. Il y eut même un moment où le communisme parvint à posséder des clubs ou cercles clandestins dans vingt-sept villes et bourgs de la Suisse. Des sociétés de chant devaient être instituées pour cacher le jeu du prolétariat voleur et meurtrier, et les écoles dirigées de manière à donner le dégoût de toutes les institutions existantes *. Mais découverte et proscrite à cause de ses doctrines sur la communauté des biens et des femmes, cette secte, composée en grande partie d'ouvriers allemands, disparut totalement du sol helvétique où, loin de faire jamais la loi, elle a été condamnée, du premier jour de son apparition au dernier, à traîner une existence isolée et clandestine. L'un da^ chefs de la secte, le cordonnier Weitling, de Magdebourg, l'auteur de V Evangile du pauvre pécheur, fut condamné à Zurich sous le régime de septembre, à dix mois de prison et au bannissement de la Suisse à la suite du rapport publié par M. Gaspard Bluntschli, le savant publiciste de ce nom.
^ « Dieu n'est qu'an fantôme, (lisaient les feuilles communistes de Vevey, » et Gnillanme Marr, Pan des chefs de la secte, écrivait : c Puissé-je voir des crimes « monstrueux et non cette vertu qui m'ennuie > (1844).
Les Sociétés sont aujourd'hui une partie très importante de la vie sociale, intellectuelle et politique des peuples. Parmi les associations nationales exerçant au grand jour leur activité salutaire, il faut citer, en première ligne, la Société suisse d'ufUiié publique. Composée d'hommos d'élite de tous les cantons, cette société a bien mérité de la Confédération par sa sollicitude pour les malheureux, pour l'enfance abandonnée, pour réducation populaire, pour l'honneur du nom suisse. Les troubles politiques de l'année 183U suspendirent un instant ses travaux; mais aux cris de détresse des inondés d'Uri, des Grisons, du Vallais et du Tessin, toute divergence cessa à l'instant entre ses membres. 379,719 francs furent recueillis en faveur des victimes de l'inondation. La canalisation de la Reuss, près d'Altorf, est l'œuvre de la gemeinniUzige 6Vselbchaft, à laquelle on doit encore la création de deux asiles pour les enfants vicieux, l'un en faveur de la Suisse protestante (Baechlelen), l'autre en faveur de la Suisse catholique (Sonnenberg). Si la prairie historique du Grûlli n'a pas été profanée par la spéculation mercantile, on le doit encore à la généreuse initiative prise par cette société dans l'assemblée générale de Schwyz (7 septembre 1858). La souscription ouverte parmi la jeunesse suisse, à la suite de cette réunion, a produit une somme de 91,000 fr., consacrée en partie à l'acquisition du Griilli et du terrain environnant. L'horrible incendie qui détruisit en grande partie le bourg de Claris (10 mai 18G1) procura une nouvelle occasion à la Société d'utilité publique de manifester son esprit chrétien et philanthropique.
C'est aussi grâce à l'esprit d'association ou aux souscriptions de ses enfants que la Suisse du XIX™« siècle a vu s'élever plusieurs monuments nationaux comme ceux de VVinckelried à Stanz, de l'Union de Genève k la Suisse et les statues de Rousseau à Genève (1835), de Pury à Neuchâtel (1855), et du P. Girard à Fribourg (1860). Le monument de Rousseau souleva une polémique assez vive et comptait au nombre de ses promoteurs Tôpffer, depuis si célèbre comme conteur, et Franz Kuenlin, l'auteur des Schilderungen der westlichen Schweiz, le dernier des écrivains fribourgeois du chef-lieu qui aît écrit en langue allemand^.
Au premier rang des sociétés vouées aux sciences, figure toujours la Société tielvétique des sciences naturelles, dont la réunion à Samadeii, dans la Haute-Engadine, inspirait au naturaliste français, M. Charles Martins, quelques pagas sympathiques dans la Revue des Deux-Mondes, Avec cette société lutte d'importance la Société fédérale des études historiques, établie en 1840 par les soins du vénérable et savant Gaspard Zellweger, de Trogen. Ces deux sociétés, ainsi que la Société agricole des
cinq cantous français, établie en 1860, reçoivent des subsides de Taiitorité fédérale. Les Beaux- Arts sont représentés par la Soeiété helvétique de Musique, la Société des Arts de Berne, Genève, Neuchâtel, Bâle, et par 'la Société fédéi^ale de chant; les exercices du corps par la Société fédérale de gymnastique, La Société des tireurs ou carabiniers fédéraux (1824) tient à la fois d'une institution militaire et d'une société politique. Mais la Constitution de 1848, en donnant une représentation à la nation à côté de celle des gouvernements, a ôté aux tirs fédéraux une partie de leur importance politique. Une autre société exclusivement politique et radicale, VHelvetia, a exercé une certaine action qui parait s'être considérablement affaiblie depuis le vote sur la revision. La Suisse catholique a vu naître une société beaucoup plus nombreuse, la Société de Pie IX, instituée pour défendre les intérêts catholiques. Les intérêts religieux des réformés ont pour organe la Société pastorale, il existe deux sociétés d'instituteurs, dont Tune embrasse toute la Suisse, l'autre la Suisse romande spécialement *.
Malgré l'ombre ou le demi-jour dont aiment à s'entourer certaines sociétés maçonniques, un fait public et important de leur organisation actuelle, c'est la fusion de 27 loges suisses en un corps unique, accomplie à Zurich le jour de la Saint- Jean 1844, sous le nom d'Alpina. Le siège central de celte société varie avec la résidence du président ou grand-maître en charge *.
La Suisse compte, en outre, plusieurs sociétés fédérales d'étudiants. Le premier rang pour le nombre et l'influence appartient à la Société de Zofingue, dont la devise est : Patrie, Amitié, Science, et qui fait profession de rester étrangère à la poHlique du jour. En 1847, une partie
' Parmi les sociétés scientifiques^ qui n'embrassent qu'une zone circonscrite par la langue ou des relations étroites, marquent la Société d'histoire de la Suisse romande (1837); la Société d'histoire des cinq cantons, Lucerne, Uri, Schwytz, Underwald, Zoog (1841); la Société jurassienne d'émulation (1847), et plusieurs sociétés cantonales pour les études historiques et les sciences naturelles. Toutes ces sociétés libres publient chaque année des Mémoires et des Documents. L'Institut national genevois, institué par M. James Fazy (1854) et subventionné par l'État de Genève, a fait paraître plusieurs travaux importants. Une société plus ancienne, celle des Arts, publie des bulletins intéressants de ses travaux, sur l'agriculture, l'industrie, les beaux-arts proprement dits. La Société d'histoire et d'archéologie de Zurich se distingue de toutes les sociétés purement cantonales par Téclat et la profondeur de ses travaux insérés dans ses Archives de la Société des antiquaires (Mittheilungen der antiquarischen Gesellschaft).
' Voir les discours prononcés les 23 et 24 juin 1844 par trois hauts dignitaires de l'ordre, J.-J. Hottinger, l'éloquent historien, comme grand-maître, Bluntscbli, le célèbre publiciste, et l'habile jurisconsulte Fourrer, membre du Conseil fédéral. Zurich, 1844.
de la société qui ne s*accommodait pas de cette abstention de la politique brûlante, fit scission sous le nom de Nouvelle Zofingue transformée ensuite en Helvetia. La société des Belles-ljettres qui embrasse les cantons français et protestants de Vaud, Genève et Neuchàtel date de i806. Elle comptait parmi ses membres fondateurs Tun des continuateurs de Jean de Muller, Charles JMonnard. Son émule et ami, Louis Vulliemin, a coopéré à la fondation de celle de Zofingue.
Une des plus importantes conquêtes de l'époque actuelle, c'est la liberté de la presse, ce chemin de fer des idées. Les constitutions de l'année 1831 avaient consacré celte liberté, mais avec des restrictions qui en gênaient l'exercice sans oiTrir aucune garantie réelle de capacité el de moralité. Délivrée de ces entraves, la liberté de la presse a fait éclore plus de 400 feuilles publiques ^ Trop de journaux encore n'ouvrent leurs colonnes qu'à une politique de parti, de coterie ou de clocher, sans souci de leur mission élevée et des intérêts généraux de la nation. Le goiH des Lettres, des Sciences et des Arts n'a pas gagné non plus à la multiplication de ces feuilles locales qui trompent le besoin de savoir plutôt qu'elles ne réussissent à le satisfaire.
Les INTÉRÊTS INTELLECTUELS Ont uu organe spécial d'une certaine importance dans la Suisse romande. C'est la Bibliothèque universelle fondée par les deux frères, Charles et Augustin Pictet (1796), et dont une société poursuit la publication en deux livraisons mensuelles, l'une consacrée aux lettrés et au grand public, l'autre destinée spécialement aux amis des sciences positives et naturelles. Un second organe littérjiire considérable, la Revue Suisse, qui paraissait à Lausanne (de 1838 à 1846) et depuis lors à Neuchàtel, s'est fondu avec le précédent (en 1862) et a trouvé un rédacteur habile et d'un désintéressement rare, dans la personne de M. Edmond Tallichet, auteur lui-même d'articles remarqués sur la politique suisse et étrangère.
Bien que trois fois plus grande que la Suisse romande, la Suisse allemande n'a aucun organe central à mettre à côté du précédent recueil. Un individualisme excessif rend le descendant du Germain moins enclin que celui du Bourguignon à $e grouper autour d'un centre et à réunir ses forces en faisceau. La publication de la Revue mensuelle intitulée Y Helvetia, (]u\ paraît à BAle depuis trois ans, donnera peut-être à la Suisse allemande le lien qui lui manquait. Le rédacteur de cette Bévue est un Zuricois, M. Robert Weber^ poète distingué el auteur d'un recueil des poêles de la Suisse allemande, en trois volumes, publiés à Claris en 1867.
* Heitz, Statisiiquc des journaux suisses ^ Bâie 1872.
TABLEAU DE LA GlVJLISATlOn AU XIX"* SIÈCLE. 525
La Suisse est un bien petit pays k côté des grands États qui Tavoisinent. Très peu d'avantages y sont attachés à l'exercice des arts intellectuels, et que de fois un roi de France, de Prusse ou d'Italie ou une grande république comme celle des États-Unis, a généreusement payé la dette de la Suisse envers un savant méconnu ou mal secondé dans sa terre natale. Le culte des lettres, des sciences et des arts ne laisse pas de compter encore dans le pays du grand Haller et de Rousseau des représentants assez considérés des savants des autres pays pour qu'on ait vu, à quelques jours d'intervalle, l'un d'eux, M. Studer, de Berne, choisi pour présider le congrès des géologues de France, réuni à Sl- Jean de Maurienne, et un second, M. Gaspard Bluntschli, de Zurich, professeur de droit public à l'université de Heidelberg, appelé à présider le congrès des jurisconsultes allemands assemblés à Dresde (1861).
Impossible de donner ici une idée complète du mouvement intellectuel dans les 22 cantons. Nous essaierons simplement d'indiquer sommairement les notabilités de notre histoire littéraire pendant la période contemporaine, au risque de tomber dans les erreurs et omissions inséparables d'un travail pareil. Quelques-uns des hommes d'élite dont suit la nomenclature n'appartiennent à la Suisse que par un séjour prolongé et l'influence qu'ils y ont exercée pendant un certain laps d'années. Mais si,^ comme l'a dit éloquemment un des premiers historiens littéraires de France, M. J.-J. Ampère, « ce qu'un pays donne « compte dans l'inventaire de sa richesse, et ce qu'il reçoit dans l'inven- « taire de sa gloire, » nous pouvons, sans trop de scrupule, appliquer à notre usage la règle posée par M. Ampère, et dont les peuples voisins ont largement usé jusqu'à ce jour au détriment de notre patrie.
Les saENGES reugieuses ont toujours eu des représentants illustres sur le sol helvétique. La Suisse catholique place au premier rar)g. Tanner de Schwyz et les trois théologiens lucernois, Widmer, Giigler et Bourcard Leu. La Suisse protestante cite avec orgueil l'éminent et pieux autistes J.-J. Hess, de Zurich, auteur d'une Vie de Jésus qui n'avait rien de commun avec celle de Strauss, les théologiens zuricois Schulthess et Alexandre Schweizer, deWette, naturalisé Bàlois, Philippe Schaff, né à Coire, Schenkel de Schaffhouse, et les pasteurs genevois, vaudois et neuchâtelois, Cellérier, Chenevière, Monod (Frédéric et Adolphe), Chastel, Gaussen, Diodati, Munier, Alexandre Vinet, Manuel, Bridel. Bouvier, Godet. Dans la Suisse catholique, on vantait la brillante parole de l'évéque d'Hébron, Gaspard Mermillod, avant son expulsion de Genève en 1873.
Les Sciences philosophiques mettent au rang des penseurs originaux, Pierre Prévost, Charles de Bonstetten, Albert Stapfer (mort à Paris en
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1839), Paul-Ignace-Vital Troxler, Charles Secretan, Tauleur profond de la Philosophie de la Liberté, Ernest Naville, Marc Debrit.
Les Sciences politiques et sociales ont enregistré parmi les noms célèbres, ceux de Rossi, de Dumont, le traducteur de Bentham, de Benjamin Constant, né à Lausanne, de Charles de Sismondi, de Charles- Louis de Haller (l'auteur de la Restauration des Sciences politiques), de Gaspard Bluntschli, d*Antoine-Élisée Cherbuliez, de Joseph Hornung, d'Auguste de Gonzenbach à Berne, de Bellot, d'Odier, de Louis Relier du Steinbock (mort à Berlin en i860), et de Ruttimann, de Zurich, d'Edouard Secretan, de Dameth, à Genève, de Renaud d'Avenches, professeur de droit à Heidelberg.
La Science d'élever les hommes ne connaît point de plus beaux noms que ceux dePestalozzi,Fellenberg, Girard, Ernest Naville, Wehrii de Thurgovie. La littérature pédagogique, représentée par un très remarquable ouvrage de M"»* Necker de Saussure, n'est pas restée en arrière; elle cite avec honneur les noms de Gauthey, Tauteur de la Pédagogie chrétienne, de Charles Clavel de Genève, de M. Roger de Guimps, l'auteur de la Philosophie de r Éducation, à côté desquels une place considérable pour l'influence exercée sur le corps enseignant de la Suisse allemande revient à Thomas Scherr, Wurtembergeois d'origine et à Grûnholzer d'Appenzell.
Les Études msTOhiQUES, de tout temps en honneur parmi les Suisses, ont donné pour disciples k Jean de Muller (mort en 1809) et à Sismondi (mort en 1842), une foule d'esprits distingués, parmi lesquels V Histoire proprement dite cite au premier rang MM. Merle d'Aubigné, Ch. Monnard, Louis VuUiemin, de Félice, Hagenbach, J.-J. Hottinger, Frédéric Hurter, Jacques Bourkhard de Bâle (l'historien de la Renaissance en Italie), Gloutz-Blotzheim, Antoine de Tillier, Gelzer, Baumgartner, Antoine Henné, père et Otton Henné, fils du précédent.
Comme historiens érudits ou comme historiens politiques, figurent à divers titres MM. Eutychès Kopp, Frédéric de Gingins, J.- J. Hisely, Zellweger, de Rodt, G. de Wyss, Louis Wurstemberger, Philippe de Ségesser, Edouard Mallet, les deux Galiffe, Favre, Albert Rilliet, Matile, Théodore Moor, Blumer, Gelpke, Gall, Morell, Guillaume Vischer, Hidber, Fechler, Amédée Roget, Jahn, Georges Meyer de Knonau, Charles LeFort, Pierre Vaucher, Fiala, Lûtolf, Wattenwyl-Diesbach, Rochholz, Frédéric de Chambrier, Pictet de Sergy, etc.
\J Archéologie, cette science auxiliaire de l'histoire, a fait connaître les noms de Ferdinand Relier, Henri Meyer, Dubois de Montperreux, Troyon, Morlot, Auguste Quiquerez, Edouard Desor, le baron de Bon-
sletlen, etc. — Une autre science alliée a Thisloire, la Géographie, cite avec distinction les ouvrages de Gérold Meyer de Knonau, de Frédéric de Rougemont, de Guyot, de Neuchâtel, aujourd'hui aux Étals-Unis, de Paul Chaix, de Genève, de Wettslein, de Zurich. La Smistique a popularisé le nom du Tessinois Franscini, de Kinkelin de Bàle, etc.
Chaque canton, chaque contrée, souvent même chaque institution de quelque importance, a son monographe en Suisse. Longtemps en arrière de la Suisse allemande, la Suisse romande rivalise maintenant avec elle, grâce à l'impulsion donnée au commencement de ce siècle par Tauteurdu Conservateur suisse, le pieux, jovial et spirituel pasteur Bridel *, mort en 1846.
La LITTÉRATURE mentionne d'abord quelques talents hors ligne, comme M"® de Staël (morte en 1817), ou des romanciers d'élite, Henri Zschokke, Bitzius (Jérémias Golthelf), Godefroy Relier, Rodolphe Topffer, Charles Didier; un dramaturge remarquable, M. Marc Fournier; un critique éminent, Alex. Vinetet les poètes allemands. Salis, Usleri, Frœhlich, de Brugg, Leuthold, de Zurich. Parmi les plus connus de nos hommes de lettres, nous citerons encore Sayous (mort à Paris en 1870), Petit-Senn, Porchat, Richard d'Orbe, Blanvalet, Juste Obvier, Victor Cherbuliez, Aimé Steinlen, Bungener, Eugène Rambert, Henri-Frédéric Amiel, Marc Monnier, Florian Calame, Antoine Carteret, Edouard et Aimé Humbert, J. Berchtold, X. Kohier, Etienne Eggis, Rodolphe Rey, Gustave Revilliod, Sciobéret, Louis Favre, Auguste Bachelin, Charles et Fritz Berthoud, Félix Bovet, Eugène Secrétan, James de Chambrier, et dans la Suisse allemande, Kuhn, Rodolphe Wyss, KuenHn, Ernest Miinch, Nina Camenisch, Mœrikofer, Jacob Frey, Alfred Hartmann, Jean-Georges Muller.
Le champ de la philologie, en y comprenant toutes les études linguistiques, nous offre, tout comme celui de l'érudition historique auquel il confine par plus d'un côté, toute une phalange de doctes travailleurs, en tête desquels l'Europe savante a placé les Bernois Wyttenbach et Sinner, les Genevois Adolphe Pictet et Jean Humbert, le Neuchâtelois Reyff, le Bâlois Guillaume Vischer, père, Gaspard d'Orelli de Zurich et un autre savant de premier ordre, Guillaume Wackernagel, originaire du nord de l'Allemagne, mais que son séjour prolongé en Suisse, joint à un enseignement de plus d'un quart de siècle à l'université de Bàle, nous autorise pleinement à ranger parmi les gloires indigènes ^
^ Une biographie du noble pasteur a été publiée par M. YuUiemin.
' Parmi les philologues, nous devons citer encore François Gerlach, de Bàle,
i)9S TABLEAU DE LA QViLlSATION AU XIX"* SIÈCLE.
Les SCIENCES PHYSIQUES et NATURELLES disputent depuis longtemps aux études historiques la première place dans les affections des Suisses. Ici Conrad Gessner, Albert de Haller et Horace de Saussure ont fait lignée. De grands travaux et des découvertes importantes ont signalé à Tattention du monde scientifique les noms de De Candolle, Schinz, Agassiz, Bourkhard, Tschoudi, Desor, Cari Vogt, Escber de la Linlh, Mérian, Thurmann, Oswald Heer, Pictet-de la Rive, Wartmann, Rùtlimeyer,Gaudin. Bernard Studer, His, Colladon, Alph. Favre, Raoul Pictel, A.Hirsch, Flantamour, Dubois-Reymond, dont le nom révèle une origine neuchâtelnise. Les découvertes d'Auguste de la Rive, de Marcet, de Brunner, de Schœnbein, ont étendu les limites de la physique et de la chimie.
L'ancienne réputation de notre patrie dans les sciences exactes est soutenue avec éclat par les mathématiciens Sturm, Rabbe, Jacob Steiner. d'Utzenslorf, au canton de Berne, et l'astronome Wolf, le biographe des savants suisses.
Les sciences militaires ont été enrichies par les ouvrages classiques du général Dufour, de Wieland, du colonel Lecomte, et surtout du général baron de Jomini, que le célèbre historien du Cormtku et de rÈmp're, M. Thiers, appelle le premier historien militaire de l'époque.
Le groupe des artistes, le dernier de celte riche galerie, aurait droit à une des premières places par le nombre et la variété de ses chefsd'œuvre. A leur tête se placent comme peintres célèbres ou chefs d'école, les Neuchâtelois Max de Meuron et Léopold Robert, les Genevois Diday, Alexandre Calame, Neuchâtelois d'origine, mais né à Vevey et mort à Genève. Une juste et plus ou moins grande renommée s'attache aux tableaux de MxM. Lugardon, Hornung, Constantin (Genève), Gros- Claude, Albert de Meuron, les Girardet, les Berthoud (Neuchâtel), Gleyre, Vautier et Van Muyden (Vaud), Anker (Berne), Deschwanden (Underwald). La statuaire a illustré Pradier, Chaponnière, Imhof, Schlôtb, Caroni, Vêla et Adèle d'Affry, duchesse de Castiglione, connue sous le pseudonyme de Marcello, dans le monde artistique ; la gravure, Forster, Brandt, Amsler, Bovy, Weber, Landry.
L'architecture tessinoise, par la main des Gilardi, Canonica, a décoré l'Italie et les grandes villes russes d'églises, de palais et de théâtres magnifiques. Enfin, la musique, bien que moins favorisée que d'autres arts, a popularisé en Suisse les noms du Zuricois NsBgeli, des
Tobler, d'Appenzell, Bétant et Vaucher (Genève), Zûndel (Schaffhouse), Ilauchenstein (Argovie), Baiter, Ettmuller et Kôchli (Zurich), Prince (NeochÂtel), Cornu (Vaud).
Saint-Gallois Huber et Greith et de Jacques Vogt, Torgaiiiste de Fribourg, donné à la France le compositeur Niedermeyer et vu apprécier au delà du Rhin les œuvres sérieuses des Maestri lucernois, Schnyder de Wartensée et Meyer de Schauensée.
Si la Suisse, malgré son peu d'ampleur géographique, tient une place si considérable dans l'histoire de l'esprit humain, elle le doit en grande partie à ses établissements d'instruction publique, et aux fortes études que les jeunes gens du pays peuvent faire, sans sortir de chez eux, dans les trois Universités de Bâle, de Zurich et de Berne, dans les académies de la Suisse romande, dont l'une, celle de Genève, a été érigée en Université, sous l'impulsion de M. Carteret; dans les excellentes écoles cantonales d'Âarau, de Zurich, de Saint-Gall, etc. En créant une école polytechnique fédérale, la Confédération a pris en quelque sorte l'engagement de lui donner le contre-poids nécessaire d'un centre analogue pour les lettres et les sciences morales, soit par la création d'une Université fédérale, soit en favorisant les foyers existants.
La centralisation politique appelle la centralisation intellectuelle, et le professeur Gaspard Bluntschli recommandait, en i858, la création d'une Académie ou plutôt d'un Institut national, composé des savants et des écrivains les plus éminents des cantons, et qui eût exercé une sorte de patronage sur les établissements d'instruction supérieure, sur les sociétés scientifiques, favorisé les œuvres importantes par des subventions et formé une espèce de Jury scientifique de la nation. 200,000 francs eussent été affectés annuellement par la Confédération aux dépenses et aux traitements des membres de l'Institut national, composé de 25 membres ordinaires et rétribués, et d'un nombre illimité de membres extraordinaires et gratuits, honoraires, correspondants. Mais l'idée de M. Bluntschli n'a trouvé jusqu'ici aucun écho dans la région officielle et n'a pas pénétré dans le peuple où elle en rencontrerait moins encore en présence du préjugé vulgaire qui place l'avenir du pays uniquement dans ses intérêts matériels et empêche de voir que le progrès, même dans Tordre matériel, est indissolublement lié à celui de l'ordre intellectuel. Il y a même encore a l'heure qu'il est, en Suisse, des gens d'une certaine culture auxquels il est difficile de faire comprendre que, pour prospérer et grandir^ l'instruction populaire a besoin de l'impulsion d'un enseignement supérieur fortement organisé.
L'influence de la haute culture des esprits peut seule préserver la démocratie des dangers d'un réalisme excessif, aussi pernicieux pour la dignité humaine que mortel à l'honneur et à l'indépendance de la patrie. L'influence de cette haute culture est aussi le meilleur garant