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NEUGOATEL ADJUGÉ AU ROI DE PRUSSE

n'osèrent pas s'aventurer à secourir cette ville hérétique \ Neuchâtel ne devint pas un canton suisse, mais il fut enlevé à la France et passa au roi d'Angleterre, puis au premier roi de Prusse (1707).

L'histoire de la principauté de Neuchâtel dans la dernière moitié du XVH"* siècle est un tissu de cabales, de troubles de to:: > genres. Quinze prétendants se disputaient la souveraineté de ce payj. Dans le nombre figurait le canton d'Uri qui avait constamment refusé de renoncer à la possession de ce pays. Mais deux seulement avaient des chances et des partisans dans les communes, le prince français de Gonti et le roi de Prusse. Ce dernier avait pour lui l'État de Berne, soumis à l'influence de WiUading. Fribourg, Lucerne et Soleure au contraire étaient acquis au candidat français, que patronnaient l'avoyer de Fribourg Fégely, pensionnaire de Louis XIV, et les d'Aiïry, distributeurs de l'argent français à Neuchâtel ; ils y tenaient table ouverte au (^r/* et au Cog d'Inde*. Le roi Louis XIY intervint dans la querelle et appuya les prétentions de son sujet le prince de Conti. Il fit avancer des troupes jusqu'aux frontières pour soutenir ce candidat. Mais Berne eut Taudace d'en faire autant et le parti anglo-prussien l'emporta dans la principauté. Les trois États (composés des quatre ministraux de la ville, de quatre châtelains et de quatre conseillers) décidèrent la question de la succession en litige en faveur du roi de Prusse, que représentait le comte de Metternich, appuyé par St-Saphorin, ambassadeur de Tempereur.

Le motif politique qui fit préférer ce monarque aux autres prétendants était que ce prince, « assez puissant pour protéger au besoin l'État de Neuchâtel, était trop éloigné pour pouvoir lui nuire. » Le grave chancelier de MontmoUin, qui nous apprend ce fait dans ses curieux mémoires, était lui-même le principal chef du parti anglo-prussien, avec le trésorier de Chambrier, le conseiller d'État Hory, un Pury, un Osterwald, un Tribolet et l'avocat Brandt. Un moment, Montmollin avait incUné pour l'opinion bernoise qui voulait faire de Neuchâtel un canton suisse. Il y renonça ensuite par crainte de voir s'établir le gouvernement populaire et par frayeur aussi, dit-il, « que les Suisses ne cherchassent à faire de Neuchâtel moins une répubtique qu'un bailliage. «

Mais ce que MontmoUin n'a pas pris soin de nous dire, c'est qu'il

^ Papikofer et Kaiser, eidg, Ahschiede de 1649 à 1680, p. 738.

* Dagaet, Alex., Musée neuchâteUns de 1871, 169. Correspondance secrète (inédite) di Vavoyer Fégely avec Villeroy et Pttisieux, ambassadeurs de Louis XIY. — Roth, Neuenhurgiscke Studien. Bern, 1850. — Hottinger, Archiv fur schweiz, OescUchte^ IX, 1856.

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en coûta 400,000 livres à la maison de Brandebourg pour gagner les principaux personnages. Dans les instructions secrètes qu'il donna à ses agents en Suisse, le roi de Prusse, Frédéric I*', leur avait recommandé de s'assurer Tappui d'un certain nombre de ministres du saint évangile dans toute la Comté, mais surtout à Neuchàtel V Le peuple dont on disposait ainsi ne fut pas consulté. On avait cependant bien su le réunir quelques années auparavant, lorsqu'il s'agissait de protéger les Trois États contre le même prince de Conti, alors en concurrence pour la principauté avec les Longueville en faveur desquels s'étaient prononcés les membres de cette assemblée.

Malgré leurs dissentiments avec Louis XIV, les Suisses n'avaient pas cessé de fournir à ce prince les levées stipulées pai* les alliances. Dans les grandes guerres de la succession d'Espagne et d'Angleterre, on comptait jusqu'à 32,000 Suisses sous les drapeaux de la France, en Italie, en Flandre, en Catalogne.

Une foule de brillants officiers, des Erlach, des Stouppa, des Zourlauben, des d'Affry, des Reynold, des Casteila, des Salis, des Courten, des May, des Pfyffer, des Polier, des Surbeck, servirent avec éclat Louis XIV dans toutes les campagnes de son long règne ^ (1661-1715).

Pierre Stouppa, sujet grisou et Valtelin de naissance, dont le frère avait épousé une cousine de Colbert, le ministre de Louis XIV, offre une grande ressemblance de caractère avec son compatriote Jénatscb. Il en avait Thabileté, l'audace, mais aussi l'ambition et la vénalité. Il 6t cependant un jour à un ministre de Louis XIV et en présence de ce monarque lui-même une réponse pleine d'énergie et de fierté nationale. < Sire, disait Louvois, avec toiit l'or que votre majesté et les rois ses prédécesseurs ont donné aux Suisses, on paverait d'écus le chemin de Paris à Bâie. » — « Sire, repartit Stouppa, avec tout le sang versé par les Suisses, on ferait un canal de Bàle à Paris \ »

Ces paroles sont belles, mais les actions en disent plus que les paroles. Séduit par l'appât des honneurs et des richesses, Stouppa qui avait changé de religion pour plaire à Louis XIV, sacrifia plus d'une fois les intérêts de sa patrie à ceux du puissant monarque dont il voulait capter les bonnes grâces. C'est ainsi qu'au mépris des ordres formels de

' BoDhote, Musée fieuchâtehis de 1876, p. 180. Les noms des magistrats de Berne auxquels sa majesté envoyait de l'argent sont aussi indiqués dans ses instructions.

* Vulliemin, Histoire de la Confédération ^ XIII, 388.

* On a fait un calcul duquel il résulterait que de 1474 à 1715, la Suisse aurait sacrifié 700,000 hommes à la France et en aurait retiré 2,675 millions de livres. Mais ces sortes de calculs sont plus que hasardeux.

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