MOUVEMENTS RÉVOLUTIONNAIRES DU XVIU** SIÈCLE
lutioDS. Tandis que les uns, enthousiastes pour le bien public comme Davel, rêvaient l'affranchissement de leur patrie ou d'une classe de citoyens opprimés ; d'autres , mus par des considérations moins élevées, cherchaient avant tout à satisfaire leur soif de domination ou de puissance * . Ces tentatives de révolutions ayant toutes échoué, on vit plus d'un ami sincère et ardent du droit populaire tomber victime de la rigueur des lois ou de la vengeance des gouvernants. La sinistre figure du bourreau occupe une grande place dans l'histoire du XVIII™* siècle, et les progrès de la civilisation ne l'empêchent pas d'être considéré comme le principal soutien de la société civile et religieuse. La révolution française elle-même ne le supprime, en 1789, que pour le rétablir avec la guillotine en 1 793.
Le mouvement de Zurich, en 1713, ne présente pas le caractère lugubre qui distingue d'autres mouvements révolutionnaires de l'époque. Les bourgeois du chef-lieu étaient mécontents du gouvernement, composé de soldats et de marchands enrichis, qui administraient négligemment et vendaient même la justice. Ils s'assemblèrent sur la place des Tilleuls, le 8 septembre, au nombre de 600, et par la fermeté unie à la persévérance, ils obtinrent la réforme de plusieurs abus et la restitution à la commune de droits importants (le droit de décider de la paix, de la guerre, et celui de réviser la constitution). Tout cela se passa très légalement et sans grand tumulte, grâce à la modération de l'orateur du peuple, le noble physicien et naturaliste Scheuchzer ; grâce aussi à la prudence du bourgmestre Escher, magistrat estimé et aussi populaire que l'était peu le bourgmestre Holzhalb, son collègue. On prétend que le mouvement de 1713, en intimidant les magistrats, eut le bon effet d*empêcher la formation d*un patriciat de naissance, comme celui qui existait dans d'autres villes, ou une oligarchie de richesses, comme celle qui s'était formée à Bile. L'esprit relativement libéral qui animait le gouvernement de Zurich se manifesta en 1719 par Tordonnance qui astreignait les communes rurales à ou\Tir de bonnes écoles primaires. Les Junker ou nobles continuèrent néanmoins à ne se voir qu'entre eux à Fexclusion des bourgeois, et à considérer comme une mésalliance le mariage de leurs filles avec de simples bourgeois ou des étrangers. Les Orelli, originaires de Looarno et alliés aux premières familles de Zurich, n'obtinrent leur admission aux honneurs qu'en menaçant d'aller s'établir à Berne.
^ < Presque tons les trrans. on peut dire, ont été des démagogues qui avaient gagné la confiance du peuple en attaquant les principaux citoyens. L'oligarchie a ses démagogues comme la démocratie. > ( Politique cTAnstoU^ Ut. VIII, chap. YUI.)
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Une révolation, ou plutôt une restauration du genre de celle de Zurich, eut lieu dans le Nidwald Tannée suivante. Le landamman ZeWev étant sorti de charge, son successeur, Jean-Jacques Âckermann (le même qui s'était signalé par ses exploits et par son humanité dans la guerre de 1712) voulut abolir par une loi nouvelle le droit traditionnel qu'avait chaque citoyen de faire une motion à la landsgemeinde. f C'est l'abus de ce droit, dit Ackermann, dans l'assemblée du peuple, qui a été cause de la guerre et de la défaite de Villmergen. » Il proposait également de ne plus porter les affaires majeures devant la landsgemeinde, mais devant le double ou triple Landrath, comme présentant des garanties de. sagesse et de prudence qui manquaient à la première. Le peuple ayant refusé sa sanction à cette loi inconstitutionnelle, le gouvernement entier quitta la landsgemeinde et alla siéger dans les cabanes des charbonniers qui se trouvaient dans le voisinage, pensant par cette retraite inopinée mettre le peuple dans l'embarras. Mais un simple paysan, nommé Melchior Odermatt, de Dallenwyl, appelé à présider l'assemblée, s'en acquitta avec convenance, et ordonna aux magistrats de reprendre leur place. Ils obéirent. On procéda ensuite aux élections. Le peuple, qui voulait donner une leçon à ses gouvernants, élut landamman Odermatt, et lui donna pour second (Statthalter) Âckermann (14 mai 1713). Toutefois, dans une troisième landsgemeinde tenue à ce sujet, le peuple consentit à faire pour une année l'essai de la restriction proposée par Ackermann. On voit même les gouvernants édicter des peines contre quelques-uns des auteurs de la première landsgemeinde « ce qui ne « laissait pas, comme dit l'historien d'Underwald Businger, de consti- ( tuer un petit empiétement (nous dirions un grand) sur les droits < d'un peuple libre et sur l'institution de son existence politique'. »
Le canton de Schaffhouse, où les bourgeois avaient dû mettre un terme aux empiétements oligarchiques du gouvernement vers la fin du siècle précédent, fut agité pendant quelques années pour la minime affaire d'une patente d'aubergiste, qui donnait un concurrent à l'aubergisle de la commune de Wiichingen. Les habitants de ce village refusèrent de prêter serment. Deux occupations militaires, l'une de 200 et l'autre de 800 hommes, ne parvinrent pas à briser la résistance de ces villageois. Au nombre de 1 30, ils se réfugièrent sur le territoire autrichien du Hégau et y vécurent quelque temps, sous la protection de Tempereur d'Allemagne, Charles VI, qui avait grande envie de s'en servir pour faire une mauvaise querelle à la Suisse et revendiquer ses
* Businger, Die Geachicliien des Volkes von Unteii€alden, ÎI, 343.
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ftQviroDs et l'on expédie un courrier à Berne pour avertir Leurs Excellences. Puis, lorsque toutes les mesures sont prises pour la sûreté de la YÎUe, et tous les principaux quartiers occupés par la troupe fidèle» on arrête Davel au moment où, en grand uniforme, il se disposait à monter à cheval pour aller soulever la ville de Moudon, comme il croyait l'avoir lait de celle de Lausanne. Étonné d'abord et prenant son arrestation pour un malentendu, il ne tarde pas à lire la vérité sur le visage de ceux qui Temlronnaient. Alors il remet son épée avec calme à l'officier qui l'arrêtait, en disant : c Je vois bien que je vais être la victime de cette affaire. Mais qu'importe, il en arrivera quelque avantage à ma patrie. »
 la nouvelle des événements de Lausanne, le gouvernement de Berne, croyant à une insurrection générale, avait fait partir en toute hâte les baillis et le commandant militaire du pays de Vaud. Mais il fut bientôt rassuré par les protestations de dévouement qui arrivaient de toutes parts et les marques d'indignation qu'on donnait contre ÏMentat odieux de Davel. Comme on ne pouvait croire cependant que le major fût sans compUce, on le mit à la torture à plusieurs reprises et même avec tant de cruauté que les ongles lui sautèrent des pouces qu'on écrasait entre deux étaux. L'un des juges lui ayant demandé sll souffrait : c Oui, Monsieur, lui répondit-il avec sérénité ; mais je suis persuadé que vous souffrez autant que moi. » Puis, s'exaltant à la pensée du bien qu'il avait voulu faire à son pays : « Jour heureux, dit-il, je suis dans les fers pour la gloire de Dieu et de ma patrie. »
Davel fut jugé non par les tribunaux de Berne, mais par les propriétaires de maisons de la rue de Bourg, à Lausanne, qqi avaient conservé, depuis des siècles, le droit de haute justice dans la cité. Sur trente- un citoyens qui composaient ce jury, trente votèrent la mort de Davel, motivant leur sentence sur ce que Davel avait trahi son serment et abusé de la confiance de Leurs Excellences, en se servant contre elles des troupes qu'il avait à ses ordres. Le jugement, confirmé à Berne le 21 avril, fut exécuté à Vidy, près Lausanne, le 24. Les derniers instants du major furent ceux d'un sage et d'un chrétien.[Sur l'échafaud, il exhorta le peuple à la vertu, de la manière la plus touchante, et, serrant la main aux ecclésiastiques qui l'entouraient et fondaient en larmes, il s'assit avec le plus grand calme sur la chaise fatale, d'où sa tête roula quelques minutes après \
^ La mort de Davel a inspiré le pinceau d'un artiste vaudois, M. Gleyre. L'histoire de Davel a été écrite en détail par on littérateur vaudoiR, M. Juste Olivier ; elle a aussi fait le sujet d'un drame de MM. Gaullieur et Hurt-Binet.