TROUBLES A GENÈVE
Les rebelles pupis, Berne récompensa magoifiquement tous ceux qui avaient contribué h la répression de la révolte, à commencer par le bourgmestre de Grousaz et son fils le major, dont un ancêtre avait déjà éventé la conjuration du parti savoyard un siècle et demi auparavant. On destitua, au contraire, le ministre de Saussure, qui avait parlé en termes trop favorables de Davel dans l'allocution qu'il avait prononcée sur Téchafaud.
La leçon toutefois ne fut pas perdue pour le gouvernement de Berne.
Comme Davel l'avait prévu, son coup hardi tourna à l'avantage de sa patrie. Une partie des abus cessèrent, et c ce qui les fit cesser, dit l'historien anglais Gibbon, ce fut le courage de Davel, enthousiaste, il est vrai, mais enthousiaste pour le bien public. » Du reste, le plus grand avantage que retira le pays de Vaud de l'exemple de dévouement donné par cet homme unique, n'est pas dans les réformes administratives. Qui sait dans combien d'âmes honnêtes, mais engourdies par le bien-être matériel et la mollesse, le sang de ce juste aura réveillé l'idéal du patriotisme et de la vertu ? Pour la beauté morale et la profondeur du sentiment religieux qui anima toute sa vie, Davel n'a qu'un rival dans notre histoire, c'est Nicolas de Flue. Son héroïsme patriotique et les voix intérieures auxquelles il disait avoir obéi, l'ont fait aussi comparer à la libératrice de la France, à Jeanne la Lorraine *.
Le grand calme des Vaudois à cette époque et leur obéissance passive à la volonté des hauts seigneurs de Berne font un contraste singulier avec l'esprit remuant et les luttes républicaines qui agitent le petit État voisin de Genève. Le supplice de Fatio et de Lemaitre n'avait fait qu'aigrir la bourgeoisie. Les deux conseils des Vingt-Cinq et des Deux- Cents ayant décidé de leur chef, sans consulter le conseil général, de fortifier la ville, et établi à cet effet un impôt pour 10 ans, le mécontentement fit des progrès. Un membre du conseil des Deux-Cents, appartenant aux familles aristocratiques, capitaine au service de France,
^ An reste, Davel a été jugé bien différemment selon les époques et les points de vue. Poor Paateor da Précis historique de la BévoluUon du Canton de Vaud^ M. de Seîgneiix (Lausanne 1881), Davel n'est qu'un cerveau dérangé et son entreprise, un icte d'inexplicable démence, sans cause sérieuse, attendu que Berne gouvernait le psysavec justice et sagesse. L'auteur nous montre le gouvernement bernois favorisant l'agricQltore et l'industrie sur les bords du Léman, prohibant l'entrée des vins et des draps étrangers, abolissant la servitude personnelle, établissant l'égalité devant la loi et rendant la justice avec impartialité et à peu de frais (I, p. 65). c L'entre-
< prise de Davel, dit-il encore, est la seule qui ait troublé le pays de Vaud pendant
< tonte la durée de la domination bernoise. Elle n'exigea d'ailleurs pour être ré-
< primée que le cours ordinaire de la justice (I, 67). »