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HISTOIRE SUISSE, TOME II

18 ÉTABI.ISSËUKNT DE LA RÉFORMi..

De Sainl-Gall la Réformation gagna TAppenzell, où Vadian avait beaucoup d'amis et de connaissances. La plupart des communes établirent le prêche. D'autres passaient alternativement de la messe au prêche, du catholicisme à la réforme.

La même année fut marquée par la défection de Schaffhouse et de Bâle. L'établissement de la Réforme dans ces deux villes fut amenée par des mouvements populaires. A Schaffhouse, où le cordelier Wagner et l'abbé de Tous-les-Saints comptaient parmi les promoteurs de la foi nouvelle, le bourgmestre Peyer, àk tête de 500 bourgeois en armes, réussit k comprimer l'émeute. Les changements désirés s'accomplirent alors par les voies pacifiques et légales (septembre 1529). Il n'en fut pas de même à Bâle où, divisé comme l'avait été autrefois le Petit-Conseil de Berne, le gouvernement suivait tantôt les inspirations du ministre Jean OEcolampadeet de son protecteur le bourgmestre Adelberg Meyer, tantôt les directions opposées des chanoines de la cathédrale et du savant jurisconsulte Boniface Amerbach, l'ami d'Érasme, qu'appuyait le second bourgmestre Meltinger, l'un des hétos, de Marignan et l'un des chefs du parti catholique dans le gouvernement. Un édit qui accordait la liberté de conscience irrita les réformés qui se sentiiient en majorité dans la ville. Au nombre de 2000, ils prirent les armes contre leurs adversaires au nombre de 600 seulement, et braquant de l'artillerie contre l'hôtel de ville, ils forcèrent le Petit-Conseil d'éliminer de son sein le bourgmestre Meltinger et 12 de ses collègues favorables à la noblesse et au catholicisme (8 février 1529). La fuite de Meltinger menacé de mort et celle de son gendre le conseiller Offenbourg, achevèrent la déroute des vieux croyants.

Les actes de vandalisme qui avaient signalé la victoire des réformés à Zurich, à Berne et k Saint-Gall, se reproduisirent alors à Bâle; le bourreau en tête, ils dévastèrent la cathédrale, et firent douze feux de joie sur la place publique, des objets d'art qu'ils avaient trouvés dans cet édifice et dans les autres églises de la ville.

La révolution religieuse avait été faite en grande partie contre le pouvoir de l'évêque déjà fort diminué, mais qu'il s'agissait de détruire totalement à Bàle et dans la contrée environnante, au profit de la bourgeoisie et du pouvoir civil. Le prélat qui administrait le diocèse en qualité de coadjuteur, Nicolas de Diesbach, protesta en vain contre cette violation du droit. Privé des derniers restes de son |)Ouvoir temporel et spirituel, ce prélat dut tran^^porler sa résidence à Delémont et k Porrentruy, devenues dès lors les deux premières villes du diocèse. Les magistrats déposés, les chanoines et beaucoup de personnes notables

émigrèrenl dans la ville voisine de Fribourg en Brisgau, asile ouvert à tous les Bàlois qui fuyaient la révolution politique ou religieuse. Érasme et Glaréan y cherchèrent également un repos qui leur manquait à Bâle. ils furent accompagnés de la plupart des professeurs et des étudiants de l'université *. Mais ce n'était qu'à regret et le cœur serré qu'Érasme prenait congé d'une cité où il avait passé les années les plus heureuses de sa vie et où il devait, en dépit de tout, revenir finir ses jours six ans plus tard : « Adieu Bâie, s'écriait-il, adieu ! De toutes les villes, celle « qui m'a offert la plus douce des hospitalités! De cette barque, je fais « tous mes vœux pour ton bonheur ; que tu ne voies jamais arriver « dans tes murs d'hôtes plus incommodes qu'Érasme. »

L'abjuration de Bâie et de Schaffhouse fut suivie de celle des bailliages communs de la Thurgovie et de l'Argovie. La crainte des armes de Zurich, alors prépondérante dans cette partie de la Suisse, eut pour le moins autant de part à ce changement que le zèle des ministres de la doctrine évangélique. A la tète de ces derniers était le Zuricois Henri Bullinger, doyen de Bremgarten, qui devait succéder à Zwingh comme chef de l'Église sacramentaire.

La Réforme faisait aussi des progrès à Soleure, où l'un des avoyers, Stœlli, était très prononcé en faveur de la foi nouvelle, pendant que son collègue Hébolt défendait avec ardeur le catholicisme. Au milieu de ces tiraillements, l'État de Soleure parvint cependant à conserver un esprit de modération et de tolérance dont il devait donner dans la suite plus d'un exemple à ses confédérés.

A Claris les cathoUques l'avaient emporté à la landsgemeinde du 15 mars 1528, où une majorité de 33 voix se prononça en faveur de la profession de foi catholique réclamée par les cinq cantons. Mais à la landsgemeinde suivante (le 3 mai) les réformés l'emportèrent avec l'appoint des simples domiciliés (hinterssess) illégalement admis au vote. Les chefs des vieux croyants, le bailli Tolder et le baiUi Bussi, et ceux des nouveaux, Coni^ad Schindler de Mollis et Nicolas Schuler de Claris, allèrent plaider la cause de leurs partis respectifs à la diète de Lucerne. Celle-ci se borna a les engager à ne rien entreprendre les uns contre les autres*. D'autres diètes assemblées à Baden et Einsiedein cherchèrent en vain à établir un mode de vivre entre les deux partis. Les nouveaux croyants qu'excitait Zwingli, et les anciens soutenus par Lucerne, ne voulurent entendre à aucun arrangement. La guerre civile eût infailli-

* OchSt Gesch. von Baael, V. — A. Heossler, Ver/assungagesch» der StadtBasèl, 443. — W. Vischer, Gesch, der Umcers. Basd. ^ Blumer, Jahrhuch, IX, 27.

blement éclaté si Glaris n'eût possédé dans son sein deux hommes de paix et de tolérance, le landamman Hans Aebli et Valentin Tschoudi, curé du chef-lieu. Bien que le premier appartînt plus décidément que le second au parti réformé, il s'entendit avec lui pour faire nommer un catholique prononcé au poste de bailli de Sargans et donner ainsi un gage de conciliation au parti contraire. Ce bailli était Egide Tschoudi,. alors au début de sa carrière publique, mais que son civisme et ses lumières devaient élever au rang des plus grandes illustrations de la patrie. Le curé de Glaris, Valentin Tschoudi, cousin du précédent, ne voyait pas de bon œil la séparation religieuse et la division en vieux et nouveaux chrétiens. Aussi catholiques et protestants écoutaient-ils avec le même plaisir sa prédication évangélique, et pendant les trente années^ de son ministère, il lui arriva plus d'une fois de faire dans la même matinée un prêche aux protestants glaronnais, puis un sermon aux catholiques, sans blesser aucune ci-oyance*. Un autre pasteur éclairé Jean Heer, ancien pensionnaire de Glaréan à Paris, se distinguait par la même tolérance.

Combien un prêtre animé du même esprit que Valentin Tschoudi eût été nécessaire dans les ligues grisonnes, déchirées par les luttes civiles et religieuses I Irrité par les articles d'Ilanz, Tévêque Paul Ziegler s'était uni avec l'abbé de Sainte-Lucie et le fameux chef de bande, Jacques Médighi, châtelain de Musso dans le Milanais, dont les irruption.^ portèrent plusieurs fois le fer et le feu dans la Valteline. Le traité fut découvert et l'abbé de Sainte-Lucie, appliqué à la torture, condamné à mort et exécuté (le 23 janvier 1529) non sans, la coopération- de quelques pasteurs réformés. Le plus influent des ministres grisons était Jean Comander (Dorfmann), de Lucerne, élève de Zwingli et curé de Saint-Martin à Coire, qui avait pour seconds Blasius et Gallicius. Frédéric de Salis, autre collaborateur de Comander, avait porté la Réforme dans la Haute-Engadine. A la fîn, les troupes grisonnes commandées par Jean Travers et Jean Gouler, et renforcées par les Confédérés, parviennent à refouler les bandes espagnoles du châtelain de Musso. Le manoir de ce

* Ce fait est attesté par tous les historiens du temps, et n'a paru si étrange k quelques historiens modernes que parce qu'ils oublient qu'il n'y avait pas au début dans les doctrines la ligne de démarcation précise qui fut tirée plus tard, et que nonobstant toutes les divergences il y a encore un fond commun de christianisme assez considérable entre les diverses confessions. Le célèbre Mœhler lui-même le reconnaît en tête de sa Symbolique ou Exposition des contrariétés dogmatiques entre protestants et caihoUques^ trsidvLite en français par Lâchât de Porrentniy (1836). Jusqu'au milieu du XV!*"* siècle la conciliation des doctrines était encore tellement possible, qu'elle fut proposée au colloque de Ratisbonne (1541) par les modérés des deux confessions. Voir Ranke, Oesch, der Pâbste, I, 153.

tyran est pris et rasé par ordre du duc de Milan, qui craignait de voir les rives du lac de Côme tomber comme la Valteline et les bailliages italiens aux mains des Grisons et de leurs alliés \

La Réformalion avait aussi pris possession de Mulhouse, ville alliée des Suisses, et de Constance, ville autrichienne, que son adhésion au zwinglianisme contribua beaucoup à rapprocher des Suisses protestants de Zurich et de Berne en particulier. Ce fut l'inverse à Rothwyl, autre ville alliée des Confédérés. Son attachement au catholicisme Téloigna des Suisses et la rapprocha de TAutriche, l'ancienne ennemie de son indépendance. L'intolérance accompagnait partout la victoire d'une confession sur l'autre. Les habitants de Rothwyl, qui acceptaient la nouvelle croyance, furent obligés de s expatrier au nombre de 400.

A la même époque, l'irritation des catholiques contre Berne se trahissait par un nouveau pamphlet de Mourner où Berne était fort maltraité, «r La noblesse qu'on a proscrite, disait Mourner, n'a jamais fait « autant de mal à la Suisse que les Bernois. La noblesse n'a jamais ^< empêché les Confédérés d'être bons chrétiens, et ne les a pas con- « iraints de violer leurs serments, comme les Bernois font avec leurs « sujets. C'est pourquoi je dis sérieusement que ceux qui tiennent pour < la foi nouvelle et déshonorée, ne sont pas seulement déchus de la « chrétienté en général, mais aussi de l'ancienne Confédération. Car « en refusant de jurer par les saints du paradis , ils ont violé leur *t serment d'alliance; en un mot ils ne sont plus confédérés. J'ajoute « que les Bernois ont perdu tout pouvoir sur leurs sujets qui ne leur «< doivent plus aucune obéissance. Ils ont encouru la peine des infâmes ^ et des parjures. »

On comprend la colère et les haines qu'un pareil langage devait exciter entre les Confédérés, les nouveaux croyants ayant aussi comme les anciens leurs boutefeux et leurs énergumènes.

3. lilgnes séparées des protestants et des catholiques. — Première fpierre religieuse. — Hans JEbli, ou paix publique de Steinhausen. (1520 ft 4581.)

Jaloux de consolider les progrès de la Réforme et de les étendre à toute la Suisse, Zwingli conçut le projet d'une alliance offensive et défensive des villes protestantes. Sûr de Zurich, où son influence dans les affaires d'État croissait tous les jours, il s'adressa au gouvernement de

* Von Moor, Ristorisch'chronologisclier Wegweiser durch die Gesch. Curràtiens, Chur, 1873, 62 et suiv.

Berne, et, secondé par Diethelm Roist, il parvint à gagner en partie les magistrats de ce canton, déjà pendant la durée du colloque. Bàle où dominait Œcolampade, Mulhouse, Sienne, St-Gall, Schaffhouse ne furent pas difficiles à persuader. Ces sept États formèrent avec la ville de Constance une alliance séparée sous le nom de combourgeoisie chrétienne (Christliches Burgrecht)*. Un conseil secret, dontZwingli était Fârae, fut établi pour diriger cette alliance. Ce Sonderbund réformé irrita les adversaires; ils y opposèrent un Sonderbund catholique, formé par les États d'Uri, Schwyz, Underwald, Lucerne, Zoug, Fribourg et Soleure, auxquels se rallia plus tard l'État du Vallais qui contractait également en mai 1528 une alliance de 101 ans avec la Savoie'.

Ce premier pas vers la dissolution de la Confédération fut suivi d'un second plus dangereux. La ville étrangère avec laquelle les cantons évangéliques avaient fait alliance n'était après tout qu'une ancienne voisine et amie, dont il s'agissait de protéger la foi et la liberté impériale contre l'Autriche. Mais les cantons catholiques par excellence, les trois Waldslœtten, Zoug et Lucerne s'étayèrent de cet exemple pour conclure une union étroite avec l'ennemie héréditaire de la Confédération, la maison d'Autriche. Le landamman Gilg Rychmouth et le chevalier Ander Halden de Schwyz allèrent solliciter l'appui de Ferdinand d'Autriche, roi de Hongrie à Bude, sa capitale. Une alliance discutée dans plusieurs diètes et dans une conférence commune à Feldkirch (le 18 février 1529) aboutit au traité de Waldshout signé deux mois après par les délégués de l'Autriche et les députés des cinq cantons, Jean Hong et Jacques Fehr de Lucerne, Béroldingen et Imhof d'Uri, Am Stein d'Obwald, Andacher du Nidwald, Rychmouth et Am Berg de Schwyz, Jôrg et Gôtschi de Zoug*. Quelques mois plus tard, un autre chef du parti catholique, l'amman Thoos ou Toss de Zoug, se rendait auprès de Charles V à Bologne pour réclamer son intervention armée contre les cantons évangéliques *.

Le traité de Waldshout jeta l'alarme parmi tous les États étrangers

^ Un traité d'aUiance de Constance avec Zurich pour la durée de 10 ans fut signé le 25 décembre 1527. Voir le texte de ce traité dans Strickler, eidg. Abschiede (1521-1528), appendice, 1510. Berne y adhère le 31 janvier 1528 Voir le BeibrieJ ou lettre d'adhésion, ibid. Strickler, eidg. Abschiede de 1521 à 1528.

' En tête de cet acte figurent, après le nom de l'évêque Philippe de Platea, ceux des familles encore existantes de Yenetz, Werra, Inalbon, Kalbermatten.

* Fassbind, Gesch, des Kantons Schivyz, IV, 15. — Bluntschli, Oesch. des schweiz. Bundesrechts, 322. — Strickler, eidg. Ahfick. de 1529 à 1532, 49 et 52. Les délégués des cantons à Waldshout étaient les mêmes qu'à B^ldkirc i. Eidg, Absch., 123.

* Herminjard, Correspondance des Réformateurs, II, 210.

l'RKMIÈKK (iUKRRE RKLIGIRUSË. 23

à celle alliance. An mois de mai suivant, les députés des Liais confédérés, Zurich, Berne, Claris, Bâle, Soleure, SchafThouse et de leurs alliés de Mulhouse, Bienne, Coire et Constance parcoururent les cinq cantons pour les engager à rompre leur traité séparé de Waldshout. Mais ceux-ci s'v refusèrent et réitérèrent leur refus dans une dièle tenue

à Baden.

L'irritation déjà très grande des deux partis, sans cesse alimentée par des prédications violentes, monta alors à son comble. Le fanatisme releva ses échafauds et ralluma ses bûchers. Les Zuricois prirent l'initiative de ces horreurs. L'huissier du bailli de Thurgovie, Marc Wehrli, traversant les rues de Zurich en costume officiel et à la suite de son chef, qui était un magistrat du canton d'Underwald, on se jette sur lui, on l'enferme au Wellenberg et on lui tranche la tête (5 mai 1528). Les Schwyzois usèrent de représailles. Le 29 mai de l'armée suivante, le pasteur Kayser fut enlevé et livré aux flammes à Schwyz, malgré toutes les suppHcations des députés zuricois. La résignation du malheureux pasteur, qui meurt en chantant les louanges de Dieu, ne sert qu'a exercer la verve caustique et cruelle du landamman Rychmouth. « Mes- « sieurs de Zurich, dit-il aux députés, vous n'oublierez pas de dire « chez vous que Kayser est mort en chantant nos louanges. »

Zwingli voulait la guerre, qu'il envisageait comme un moyen d'écraser ses adversaires et de faire triompher la Réforme dans toute la Suisse. La mort de Kayser et les pamphlets de Mourner de Lucerne le servirent à souhait dans ses desseins belliqueux. Malgré l'opposition du commandeur Schmid et de tous les protestants modérés, sans même consulter Berne qui cherche en vain par l'organe du banneret Manuel à le retenir, et signifie qu'il ne prendra pas les armes, le grand conseil de Zurich déclare la guerre. La grande bannière blanche et bleue de la république déployée devant l'hôtel de ville appelle les citoyens aux armes; ils accourent les uns pleins d'enthousiasme, d'autres mécontents d'avoir à combattre des frères. Le bourgmestre Walder, couvert de son armure, les harangue et cherche à enflammer leur courage. Tout à coup Zwingli paraît à cheval, la hallebarde sur l'épaule'. Tel on l'a vu autrefois à Pavie (1512) et à Marignan. Le second bourgmestre a cherché en vain à le retenir à l'hôtel de ville avec les magistrats. « Cela « ne se peut, s'écrie le réformateur; les traîtres qui sont à l'armée dit raient que j'ai prêché la guerre à condition de n'y pas prendre part. « J'irai au nom de Dieu. » Les Zuricois se mettent en marche, divisés

* Blantschli, Geschichte, II, 431. — Merle d'Aubîgné, HisL de la Béformation, II, 545.

2i PREMIÈRE GUERRE HEUGiËUSE.

en trois corps: l'un s'avance sur Rapperschwyl, un second sur l'Argovie, et le troisième va prendre position à Gappel, où l'armée catholique arrivait au même instant. Elle était forte de 8,000 hommes commandés par Hong de Lucerne, et Andermalt de Zoug. Mais les députés des cantons neutres, Glaris, Fribourg, Soleure, Schaffhouse, Appenzell, Grisons et des villes alliées de Constance, Rolhwyl, Strasbourg, Constance, Sargans même, partis en toute hâte pour prévenir les hostilités, arrêtent les deux armées, et portent d'un camp à l'autre des messages de paix et de conciliation. Plein d'émotion et les larmes aux yeux, le landamman de Claris, Hans .Ebli, conjurait les deux partis de ne pas verser le sang de leurs frères. Les députés de Berne appuyèrent le généreux magistrat de toutes leurs forces. Cet Élat donnait maintenant à Zurich des leçons de tolérance qu'il avait lui-même peu observées jusque-là. « Ce n'est pas par les hallebardes, écrivait Manuel a Zwingli, « qu'on propage sa croyance. Dieu veut la paix et l'union. Pour Dieu « donc ne soyez pas si impétueux (3 juin 1529)*. »

Zwingli s'opiniâtrant dans ses dessins tyranniques, voulait contraindre les cantons catholiques à abolir les pensions et à châtier dans leurs corps et leurs biens ceux qui en recevaient. Quoique mécontent de la conduite de l'Underwald, dans la question deTOberland et de son refus de se soumettre a la sentence des arbitres, Berne ne veut pas s'associer à ces exigences. Pour donner plus de poids à ses paroles, ce canton avait placé un corps de 10,000 hommes aux frontières de TArgovie, avec menace de tomber sur celui des partis qui attaquerait le premier. Le zélé protestant Jean- Jacques d'Ërlach avait fait place comme avoyer et commandant des troupas bernoises à Sébastien de Diesbach. Ce dernier ayant embrassé quelques années après le catholicisme, à Fribourg, on a voulu en conclure qu'il était déjà alors un partisan secret des cinq cantons. Mais loin de songer alors à une défection qui devait être le résultat de circonstances étrangères à la religion et à la politique, Sébastien de Diesbach se bornait à suivre à la lettre ses instructions, conformes à la politique conciliante de Manuel et de Berthold Haller*.

Cependant l'acharnement était tel dans les deux camps que la paix eût été impossible à maintenir sans la grandeur d'àmeet la persévérance du landamman glaronnais iËbli. Cet homme généreux pria et

' Strickler, eiig. Abschiede de 1529 à 1532, 212.

■ Luthy, Die bemisehe Politik in den Kappeîer Kriegen, Bern, 1878, 54. Déposé pour avoir reçu un présent de 10 écus, Diesbach, sans fortune et père de neuf enfants, ne trouva pas de meiUeur parti à prendre que de se retirer à Fribourg, auprès de son frère Rocb,qui habitait cette viUe depuis plusieurs années et jouissait d'une grande fortune. Par conviction ou non, Sébastien dut alors se faire catholique.

supplia les chefs des deux partis jusqu'à ce qu'il eût arraché leur adhésion au traité, dont les préliminaires posés à Âarau avaient reçu àSteinhausea la sanction des médiateurs après 9 jours de discussions orageuses (du 17 au 26 juin).

Ce traité renfermait les clauses suivantes : « Nul ne doit être con- « traint en matière de foi, ou haï et persécuté pour sa croyance. Les « cinq cantons sont libres de conserver la leur. Dans les bailliages cornai muns, c'est à la majorité de chaque endroit à décider si elle veut garder <i la messe ou accepter la parole de Dieu; la minorité doit se soumettre. « Dans les lieux où la messe et les images ont été supprimées, on ne ^ pourra pas les rétablir et les auteurs de ce changement n'encourront « aucune peine. Les injures et les diatribes sont interdites; ceux qui

< s'en rendront coupables seront punis. Mourner sera cité à Baden

< pour y répondre aux plaintes de Berne et de Zurich. Les villes prient « les cinq cantons d'abolir le service mercenaire et les pensions ainsi « que de ch&tier les délinquants. Ni les cinq cantons ni les autres Etats « ne tiendront de réunions séparées concernant les objets qui regardent « la Confédération tout entière. Les alliances anciennes seront renou- « velées. Il est défendu aux partis de porter des signes de ralliement ( comme les branches de sapin des guerriers des cinq cantons. Les frais « de guerre seront fixés par les médiateurs ; si les cinq cantons refusent

< de les payer, les villes sont autorisées à leur couper les vivres. Le con- « Ait pendant entre Berne et les cinq cantons, relatif aux affaires de « rOberland, doit faire l'objet d'une sentence des médiateurs; les mè- « mes arbitres prononceront sur l'indemnité que Schwyz est tenue de « payer aux enfants du pasteur Kayser. On aura égard aux griefs des « Thurgoviens et de la ville de Saint-Gair. »

Quelque humiliant et onéreux que fût ce traité pour les catholiques, iEbli parvint à le leur faire accepter. Zwingli au contraire refusait d'y souscrire et se retira consterné dans sa tente : « Cher amman, dit-il à

< Jlbli, qui cherchait à vaincre sa résistance, tu rendras compte à Dieu

< de ce que tu fais. Aujourd'hui les ennemis prodiguent les bonnes pa- « rôles parce qu'ils sont pris dans nos filets et que tu as la bonté d'in- « tercéder pour eux. Mais un jour viendra où nous serons pris comme ■ eux et personne n'intercédera pour nous. »

Odieuse au réformateur zuricois, peu goûtée des cantons catholiques dont elle détruisait la prépondérance numérique dans les bailliages, la paix de Steinhausen, officiellement nommée la paix du jmys ou paix pu-

^ Voir pour les détails des négociations, Strickler, eidg^ Abschiede de 1529 à 1532, 256 ; et le résomé du même dans son I^hrbtich, 260.

blique (Landfrieden), devait être de peu de durée et nous rappelle la paix boiteuse de l'histoire de France.

Divers épisodes précédèrent et suivirent la ratification du Landfrieden dans Tintérieur des deux camps. Ces scènes émouvantes mettent dans tout son jour le noble patriotisme d'^Ëbli, et peignent bien les mœurs et l'esprit de nos ancêtres du XVI"® siècle. Le jour même de leur arrivée au camp, en abordant aux avant-postes, les médiateurs étrangers de Constance et de Strasbourg s'attendaient à trouver l'image de la méfiance et de la haine qui armaient l'un contre l'autre les deux partis de la Confédération. Quelle fut leur surprise de voir les soldats des deux camps plaisantant ensemble et mangeant à la même gamelle! Frappé de ce spectacle, le député de Strasbourg, l'ammestre Jacques Stourm, ne put s'empêcher de dire : « Vous autres Suisses, vous êtes de curieuses « gens ; vous avez beau être désunis par les plus graves dissensions, rien « ne peut détruire la vieille amitié confédérale. »

Les médiateurs, ix)nvaincus que la meilleure manière de rapprocher les esprits était une explication franche et loyale, avaient obtenu des chefs et des magistrats des deux armées, que catholiques et protestants se rendraient visite dans leurs camps respectifs et auraient une conférence publique. Le 14 juin, les chefs et les députés des cinq cantons entrèrent dans le camp zuricois au son des trompettes ; ils étaient conduits par les médiateurs et escortés par une garde d'honneur du parti opposé. On les introduisit dans un grand carré formé par les troupes zuricoises, au milieu duquel s'élevait, ornée des drapeaux particuliers des bataillons et de la bannière cantonale^ une vaste tribune destinée aux orateurs, ^bli y monta le premier : « Nos dissensions, dit-il, n'ont « piis seulement pour effet de nous rendre malheureux ; elles font la joie « de nos ennemis de l'étranger qui en profiteront pour nous asservir. « Confédérés I pensez à l'avenir de la patrie. »

L'avoyer Hong exposa d'une manière ferme, mais digne et mesurée, les griefs des catholiques : « Notre alliance avec l'Autriche est une <c suite de votre traité avec Constance. Si nous avons pris les armes, « c'est pour notre défense. Du reste, si Zurich nous tend une main « fraternelle, nous serons pour elle amis aussi dévoués qu'autrefois. »

« Confédérés de Zurich I s'écria un député de Schwyz, si le pasteur « Kayser a péri, c'est à cause des horribles imprécations qu'il a vomies <r contre ce qui nous est cher et sacré, notre croyance. Qui oserait par- « 1er à Zurich de votre religion avec le mépris dont ce pasteur a parlé a de la nôtre à Schwyz? »

Zwingli ayant pris la parole pour détruire l'impression qu'avaient

produite les orateurs catholiques : « Ne soyez donc pas inflexibles, s'écria

< Hans Esclier, Tun des principaux officiers de Tarmée zuricoise, celui

< que Zwingli avait fait exclure du conseil. Une paix honorable n'est-

< elle pas préférable à la plus brillante victoire remportée sur des cont fédérés? »

Deux jours après Escher, accompagné de cinquante officiers et soldats de l'armée zuricoise, se rendit dans le camp des catholiques, au brait des salves d'artillerie. L'armée des cinq cantons les reçut en bel ordre, les Underwaldiens en tête, l'œil menaçant et couverts de leurs armures. Escher prit la parole et, après avoir exposé les griefs des réformés, comme Hong avait formulé ceux des catholiques : « Confé-

< dérés, ajouta-t-il, nous eussions tout souffert, sans le traité conclu « avec ceux que nos pères ont toujours considérés comme leurs plus

< dangereux ennemis. N'objectez pas le traité de Constance. Cette ville ^ était notre ancienne alliée et son adhésion au traité de combourgeoi- « sie ne pouvait rien présenter d'inquiétant pour la Suisse. Que veut « l'Évangile, qui est notre règle à tous, sinon la prospérité et la liberté •< de la Confédération, la foi aux traités, la concorde dans l'esprit de •« nos ancêtres ? »

Une parole imprudente, proférée par un officier zuricois, faillit détruire la bonne impression qu'avait faite le discours d'Escher, vieil officier, cher à plusieurs depuis Marignan. Le calme pourtant se rétablit et les chefs des deux armées apposèrent leurs signatures à l'acte de pacification.

Restait une condition importante à remplir : la remise par les cinq cantons du document contenant la fatale alliance de Waldshout. Les catholiques ne se dessaisissaient pas volontiers de cette pièce, qui prouvait l'intimité de leur alliance avec le roi de Hongrie. Au moment où .Ebli se présenta pour recevoir le document, personne ne voulait l'avoir entre les mains. L'hésitation des cinq cantons irrita les Zuricois et leurs alliés de Berne. « Morbleu ! s'écria le banneret bernois Pierre Imhaag,

< si Ion ne veut pas nous le donner de bon gré, nous irons chercher

< ce parchemin en procession. » Enfin le 25 juin à 5 heures du matin, iEbli apporta le document tant désiré. Les médiateurs entourés de soldats de divers cantons, le reçurent des mains d'^Ebli dans la grande salle du couvent de Cappel ou un feu de cheminée avait été allumé. S'attroupant autour du secrétaire, les soldats zuricois et bernois demandèrent qu'on leur en donnât connaissance. Sur l'ordre des médiateurs le secrétaire commença la lecture du traité. Mais voyant Tirritation se peindre sur les visages et dans les gestes des soldats : « C'est assez, dit

« iEbli. — Pas du tout, s'écrie Tun des auditeurs en colère, nous vou- « Ions entendre la trahison tout entière. — Vous m'arracherez plutôt « la vie, répondit Fintrépide landamman, » et prenant le funeste écrit des mains du secrétaire, il jette aux flammes, après en avoir lacéré le cachet, ce monument d'une alliance fratricide.

C'est ainsi qu'un grand cœur épargne à sa patrie les maux d'une guerre civile..

Le traité de Steinhausen porte la date du 26 juin '. Il fui suivi d'un traité complémentaire conclu à Baden, le 24 septembre, par lequel les cinq cantons catholiques étaient tenus à payer 2,500 écus au soleil pour les frais de la guerre aux six villes évangéliques de Berne, Zurich, Bàle, Saint-Gall. Mulhouse et Bienne'.

4. Seeonde gaerre relig^eiuie oa gaerre de Cappel. Mort de Zwingli. — Bétablissement da eatholieisme ft Soleare, St - Gall et dans les bailliages libres. (1529 ft 15S8.)

Dominé toujours par le dessein de faire triompher la Réforme en Suisse, Zwingli n'avait pas renoncé à imposer ses doctrines aux catholiques et continuait à prêcher la croisade contre les cinq cantons. Le réformateur se confirma dans cette idée à la conférence qu'il eut à Marbourg en Hesse avec le landgrave Philippe, Tan des chefs du parti protestant en Allemagne, et les principaux théologiens de ce parti, Luther, Mélanchthon, Bucer, (Hcolampade. Les réformateurs saxons et les réformateurs suisses ne purent à la vérité s'entendre ni en matière religieuse, ni en matière politique. « Vous avez un autre esprit que nous, » écrivait Luther aux théologiens suisses. En religion, Luther avait sur l'eucharistie, et sur d'autres points encore, des idées plus rapprochées de celles des catholiques que les Sacramentaires ou partisans de Zwingli. En politique, le théologien et conseiller de l'électeur de Saxe prêchait une obéissance aux princes et aux gouvernements établis, tout à fait contraire aux tendances républicaines et révolutionnaires du théologien de Zurich*.

Zwingli s'entendit d'autant mieux avec le landgrave de Hesse, alors tout occupé d'un plan de coalition dirigé à la fois contre l'empereur Char-

^ Strickler, eidg. Ahschiede, de 1521 à 1532, Appendice, 1478.

• Ibid., 1483.

' Sur ces tendances, voir filuntschli, Gesch. des schtoeiz. Bundesrechts, I, de 335 à 339, et Môrikofer, dans l'ouvrage cité plus haut, p. 177, 186, 191 et 192. L'alliance ou combourgeoisie chrétienne avec Strasbourg et le landgrave de Hesse est du !•' novembre 1530.

les-Quinl et contre TÉglise romaine. A ce plan le réformateur espérait rattacher, outre les villes rhénanes qui avaient accepté la confession z winglienne, les sept Etats suisses de la combourgeoisie chrétienne, la France et la république de Venise. Le réfugié lucernois Collin (Am Bûhl) disciple et collaborateur de Zwingli, fut envoyé secrètement dans cette dernière ville pour sonder les sentiments du sénat et du doge (décembre 1529). Le bourgmestre Vadian, de Saint-Gall, reçut du réformateur la mission de travailler les villes de Memmingen, Lindau, Isny. Zwingli luimême, l'ancien ennemi de la France et des services étrangers, se chargea de gagner le prince auquel il avait contribué, onze ans auparavant, à faire manquer la couronne impériale; il adressa le même jour à François l^*" un plan de campagne contre l'empereur et une apologie de la foi évangélique réformée.

Fort de ces relations étrangères, Zwingli commence par réclamer des cinq cantons la libre prédication de Tévangile sur leur territoire. Éconduit, il reprend, en les exagérant, les projets qu'avaient conçus- Waldmann et Diesbach au siècle précédent pour donner la prééminence à Zurich et à Berne, et détruire le principe d'égalité entre les cantons. Une révision de l'acte d'alliance eût assuré aux deux villes les deux tiers des voix dans les diètes et la possession des bailliages communs. Les autres cantons auraient dû se contenter d'un tiers des voix en diète et d'un tiers des bailliages communs. Pour justifier son projet de domination, Zwingli faisait le même raisonnement que les magistrats bernois et zuricois après la guerre de Bourgogne, et que l'on a entendu reproduire toutes les fois qu'il s'est agi de dépouiller les cantons primitifs de leurs droits traditionnels. « Les petits cantons, disaient-ils, paralysent les grands. Il n'est pas juste que des États dont le territoire et la population, les contingents en hommes et en argent sont si inférieurs k ceux des grands États, aient la même influence sur les affaires fédérales, que Zurich et Berne, les deux bœufs qui traînent l'attelage, »

Mais la révision comme l'entendait Zwingli, ne pouvait être introduite par les voies légales. « Eh bien ! poursuivait ce dernier, il faut < tirer l'épée et convaincre les cinq chalets par la force; » c'est le nom qu'il donnait par mépris aux petits cantons. Bientôt l'amoindrissement des catholiques ne suffit plus au réformateur ; c'est leur anéantissement complet qu'il réclame dans l'intérêt de la cause de l'Évangile et de la suprématie de Zurich et de Berne dans la Confédération \

^ Rien de plus violent et de plus sophistique que le langage du réformateur : « Les pierres angulaires de la Confédération, disait Zwingli, sont Berne et Zurich. < On n'est pas tenu à l'observation de la paix publique et du convenant de Stanz

Ui) mémoire dans ce sens fut communiqué au gouvernement de Berne. Mais cet État n'était pas disposé à seconder la politique extrême du réformateur. A Glaris et dans les autres cantons, les meilleurs amis de Zwingli blâmèrent des projets aussi contraires aux anciennes alliances qu'à la charité évangélique. « Honoré maître, écrivait de Glaris le « noble Valenlin Tschoudi, au lieu d'exciter les passions et d'allumer « les haines, ne serait-il pas plus digne de' nous de travailler à ranimer « le souffle divin de l'amour! Si cet amour s'affaiblit chez les hommes « instruits, qu'en peut-il résulter pour le peuple sinon l'indifférence « religieuse, le mépris des lois, l'esprit de révolte et le dérèglement des « mœurs. »

A Zurich même, la métropole de la foi nouvelle, et, depuis douze ans, le théâtre de l'activité du réformateur, un parti assez nombreux s'était formé contre sa poHtique. Ce parti composé des amhiliewx que chagrinait le pouvoir excessif accordé à un étranger, des modérés, qu'effrayait sa politique antifédérale et compromettante, et des partisans secrets que le catholicisme avait conservés dans la cité de la Limmat, avait son point d'appui dans la tribu des nobles ou comtablea.

Pour écraser l'opposition, Zwingli fit ôter à la tribu des nobles le privilège dont elle avait joui jusque-là de nommer six représentants au Petit-Conseil de plus que les autres tribus. Le Grand-Conseil n'étant pas un instrument aussi commode à manier que le petit, la direction des affaires lui fut ôtée de nouveau et on ne l'assembla qu'une fois la semaine.

Débarrassé ainsi de tout ce qui pouvait entraver son plan de décatholisation, Zwingli commença à l'exécuter dans le Rheinthal et la Thurgovie, où les prêtres furent chassés, les couvents dévastés, et à Saint- Gall, où Zurich travailla à établir la domination exclusive de son canton, au détriment de celle du prince abbé et des cantons catholiques de Schwyz et de Lucerne coprotecteurs de l'abbaye. Les députés de ces cantons fatiguèrent en vain la diète de leurs plaintas; en vain ils offrirent aux Zuricois la voie de Tarbitrage tracée par le texte des aUiances fédérales. Les deux premiers magistrats de Schwyz et de Lucerne, Jo-

o rnvers les Waldstsetten, puisqu'ils en abusent. Les Romains ont détruit Albe-la- * Longue et ont asservi les Latins et les Sabins, quoiqu'ils en fussent sortis. Dieu « a frappé les enfants d'Israël de la Palestine, quoiqu'il leur eût promis la posses- « sion perpétuelle de ce pays. Il ne peut donc que paraître juste qu'on viole le « ])acte conclu avec eux ou qu'on les punisse par la diminution de leur pouvoir et « qu'on les extirpe couformément à Tordre de Dieu qui dit : extirpez le mal du « milieu de vous. Rome a anéanti Carthage lorsque celle-ci eût rompu le traité. « A tout le moins qu'on leur enlève les bailliages allemands, comme on a enlevé le < Ulieinthal à Âppenzell. > Strickler, eidg. Aùschiede^ de 1521 à 1532, 1041.

seconde: guerre religieuse. 31

seph Amberg et Jean Golder, allèrent même en personne à Berne, faire appel à l'équité des gouvernants, et furent bien accueillis par les chefs du parti modéré, Nicolas Manuel et Berthold Haller. Mais les violents que dirigeaient les pasleurs étrangers Farel et Mégander refusèrent de les entendre. Ce parti cependant repoussa la guerre que proposait Zwingli, mais conseilla au gouvernement de Zurich d'affamer ses adversaires. Un édit sévère prohibe l'exportation du blé, du sel et du vin pour les petits cantons (16 mai 1531). Zwingli, ému du déshonneur qui s'attache à cette mesure, s'oppose en vain à son acceptation. L'opinion publique commençait à se tourner contre lui; on l'accusait d'être un obstacle à la conciliation. Zwingli cherche à se disculper devant le Grand-Conseil et donne sa démission (26 juillet 1531). Effrayé de sa retraite, le Grand-Conseil lui députe ses membres les plus éminents et parvient à le retenir à son poste.

Cependant les États neutres, Soleure, Appenzell, Claris et Fribourg, joints à Strasbourg et Constance et réunis à Âarau et à Baden, travaillaient k un accommodement. Ils étaient appuyés par les ambassadeurs de France Boisrigault et Maigret : « Tout dépend de toi, écrivaient ces derniers à Zwingli; emploie ton crédit à la paix, car la guerre te sera funeste. »

xMais Zwingli persistant à exiger la libre prédication de l'évangile dans les cinq cantons, les chefs catholiques assemblés à Brounnen déclarent la guerre à Zurich (9 octobre). Cet acte d'énergie jette l'alarme dans la ville de la Limmat. On se répand en plaintes contre le réformalem* qu'on accuse d'avoir provoqué la guerre. Des bruits de trahison et des présages sinistres viennent accroître le découragement général. Zwingli lui-même, si confiant et si téméraire jusque-là, se laisse aller aux plus sombres pressentiments et prend congé de sa famille la mort dans l'âme *. Les ordres et les contre-ordres se succèdent au conseil. Enfin, Lavater, bailli de Kybourg et vieil officier de Marignan, fait sonner le tocsin et marche avec 1800 hommes.

Les catholiques au nombre de 8000 étaient déjà postés à Cappel*. En présence d'un ennemi si supérieur en nombre, Lavater et les autres chefs zuricois' ouvrirent l'avis de rétrograder pour prendre une posi-

* Les adieux de Zwingli à sa famiUe ont fait l'objet d'un tableau remarquable du célèbre peintre zuricois Vogel.

* Les chefs catholiques étaient Gilg Rychmouth, Schorno de Schwyz ; Zelger et Wirz d'Unterwaldy Thoos et Kolin de Zoug; Golder, Sonnenberg et Gaspard Gôldli de Lucerne; Trog, Jauch d'Uri, etc. L'avoyer Houg de Lucerne était corn* mandant en chef.

' Les chefs zuricois étaient, après Lavater, Pierre FOssli, Tônig, Georges Gôldli, Landolt, etc.

tion plus avantageuse. Gallmann, meunier à Mettmenstetten, s'y oppose : « Point de reculade ; ici sera notre cimetière. » Catholiques et protestants hésitaient encore à s'attaquer, lorsque Jean Jauch d'Uri, à la tête de 300 tireurs, s'empare d'une hauteur que les Zuricois avaient négligé d'occuper, et fond sur lennemi; il est suivi par le landamman Rychmouth, de Schwyz, et bientôt après par toute l'armée catholique (le 11 octobre 1531).

L'action, commencée à trois heures de l'après-midi, fut sanglante et dura jusque dans la nuit. Malgré leur valeur, les Zuricois furent complètement défaits et presque tous leurs chefs tués, avec les trois principaux réformateurs, Zwingli, Schmid, Joner. Lavater, qui avait roulé au fond d'un ravin dans sa pesante armure, dut la vie à Henri Goût, qu'il avait sauvé à Marignan. Jean Gessner, l'oncle du savant naturaliste, fut trouvé sur le champ de bataille vivant encore et couvert de 14 blessures; on cria au bourreau de Zoug occupé à couper la tête aux prisonniers : « Épargne-le; c'est lui qui nous apporte les épices. » 26 conseillers, 18 ecclésiastiques, 115 bourgeois des deux villes de Zurich et de Winterthour, et 410 campagnards gisaient sur le champ de bataille. Au nombre des morts se trouvaient des Bluntschli, des Schv^eizer, des Meyer, des Ziegler, des Leu, des Landolt, des Escher. Pas de famille qui n'eut à regretter un ou plusieurs des siens. La femme de Zwingli, Anna Reinhard, perdit à la fois son mari, son fils, son frère, son beau-frère et son gendre. Les Zuricois eurent mille peines à sauver leur bannière cantonale. Tombée des mains défaillantes de Schweizer, elle fut relevée par Kambh, et enfin heureusepient portée à Zurich par Denzier, que Kayser de Zoug et Fassbind de Schwyz avaient poursuivi jusqu'à l'Albis.

La mort de Zwingli fut accompagnée de circonstances émouvantes. Blessé à la cuisse, le réformateur était tombé mourant la face contre terre. Il est entouré de quelques guerriers des petits cantons qui, sans le connaître, lui demandent s'il veut se confesser. Zwingli fait un signe de tête négatif, lève les yeux au ciel, comme pour implorer sa délivrance. « Eh bien! meurs chien d'hérétique, » s'écrie le capitaine Vokinger d'Underwald qui était survenu dans l'intervalle et avait reconnu Zwingli. Le réformateur expire, frappé d'un coup d'épée dans le col. Le casque, l'épée et la hache d armes dont Zwingli était armé à Cappel, échurent en partage aux Lucernois. Ils les conservèrent comme un trophée dans leur arsenal jusqu'en 1848 où ils les rendirent aux Zuricois en signe de réconciliation, après la guerre du Sonderbund '.

^ Bluntschli et Môrikofer. Ce dernier dit que Zwingli ne fit aucun usage de ses

SEGOxNDE GUERRE RELIGIEUSE. 33

Au bruil de la mort de Zwingli, les soldats vainqueurs accourent et font cercle autour de son cadavre dont la vue excite en eux des sentiments divers. Plusieurs pleurent Fami de leurs premières années, le patriote sincère dont ils avaient tant de fois admiré l'éloquence entraînante. « Quelle qu'ait été ta croyance, tu étais un bon confédéré, < Dieu te pardonne tes péchés, d s'écrie Hans Schœnbrunner de Zoug, ancien chanoine de Cappel, dont la perte de son bénéfice n'a pas éteint le cœur et le sentiment patriotique. Mais le plus grand nombre, maudissant le réformateur, avec l'œuvre qu'il avait enfantée, veulent qu'on exécute sur Zwingli mort la sentence qu'on n'a pas pu exécuter sur Zwingli vivant. L'avoyer Golder et l'amman Thoos, de Zoug, rappellent en vain le respect dû aux morts. « Le corps d'un hérétique, s'écrie la multitude irritée, doit périr par les flammes. » Le corps de Zwingli, écartelé d'abord par le bourreau de Lucerne, est en effet livré aux flammes et sa cendre mêlée à celle d'un animal immonde qu'on immole sur le champ de bataille.

Aux lieux témoins de cette scène dégoûtante et du trépas sanglant du réformateur, on a élevé un monument avec ces paroles qu'on a mises dans la bouche de Zwingli expirant : « Ils peuvent tuer le corps, mais non l'âme. »

Quelques jours après la défaite de Cappel, le 24 octobre, les protestants en éprouvèrent une seconde presque aussi désastreuse. Le capitaine du pays de Saint-Gall, le Zuricois Frey, campé avec 4000 hommes sur le Goubel, près de Menzingen, au canton de Zoug, était surpris et mis en déroute à deux heures du matin par Iten d'Aegeri et 700 pâtres zougois. Les sarraux blancs que ces derniers avaient mis sur leurs cuirasses pour se reconnaître furent rougis du sang de 1300 guerriers de Zurich, Saint-Gall, Schaffhouse, Thurgovie, Mulhouse et Toggenbourg. Frey lui-même se trouva au nombre des morts.

Pendant tous ces événements, l'armée bernoise de Diesbach, restée en observation, ne Gt aucun mouvement pour soutenir ses coreligionnaires. A la nouvelle du désastre du Goubel, elle se replia sur Bremgarten, laissant le territoire zuricois à la merci d'un vainqueur irrité. Le bourgmestre de Zurich, Diethelm Roist, se rendit en vain auprès de Diesbach. Les Bernois mécontents des procédés des Zuricois s'étaient laissés fléchir par les représentants des cinq cantons qui, par lettre datée du champ de bataille, déclaraient n'avoir combattu qu'à contrearmes, an témoignage des amis et ennemis. Il marchait an troisième rang appuyé sar sa haUebarde* II, 417.

HISTOIBE SUIS8R, TOME It. 3

cœur pour leurs droits violés *. Mettant à profit la désunion des cantons évangéliques, l&s ambassadeurs de France, joints à ceux de Milan et Savoie, se posèrent en médiateurs. De leur côté, les cantons restés neutres, Claris, Fribourg, Soleure et Appenzell renouvelèrent leurs tentatives d'accommodement avec plus d'autorité qu'auparavant. Espérant toujours quelque appui efficace de Berne, les gouvernants de Zurich hésitaient encore à conclure la paix. Mais le mécontentement des campagnards, qui menacent de faire une paix séparée avec les cinq cantons, les oblige à consulter les onze chefs qui commandaient les troupes de la ville et de la campagne. Hans Ëscher, investi du commandement en chef à la place de Lavater, ayant pris la parole pour demander qu'on ne précipitât rien, alléguant que Berne était encore là avec sa puissance et qu'il ne fallait pas sacrifier ses alliés, est interrompu par le chef campagnard Klaus Landolt, de Thalwyl : « Vous parlez à l'aise « de délai, vous, messieurs de la ville, dont les. murailles mettent à « l'abri les maisons et les propriétés. Nos vignobles, nos prés à nous, « sont exposés aux ravages de l'ennemi. Ne dites rien des Bernois; ce « ne sont pas des amis. Le proverbe de nos pères a raison : Zurich pré- « fére le dommage à la Iwnie: Berne la fwtiteau dommage. » Ces paroles vigoureuses entraînèrent le conseil. Les chefs des deux partis signèrent la paix de Deinikon, près de Baar, le 1 6 novembre.

Le traité de Deinikon garantissait à Zurich sa foi religieuse, mais lui défendait de s'immiscer dans les affaires des cinq cantons, et laissait aux bailliages communs Talternative de garder le prêche ou de rétablir la inesse, conformément au principe de la parité, selon l'expression en usage plus tard. La combourgeoisie chrétienne était anéantie (comme précédemment l'alliance austro-lucernoise). Les Zuricois devaient payer les frais de la guerre et restituer les contributions imposées aux catholiques par la paix de 1 529.

Ces conditions ne satisfirent point certains chefs catholiques. Hong, Rychmoulh, Schorno, Zelger auraient voulu porter jusqu'à Zurich leurs armes victorieuses, et faire du rétablissement de l'ancienne croyance la condition sine qua non de la paix. Mais les modérés, Golder, Thoos, Trog, touchés du langage des campagnards zuricois, l'emportèrent dans le conseil. « Déjà pendant les négociations, dit un écrivain neuchâ- « telois, les chefs des deux partis avaient recommencé à se donner le « nom de confédérés. La paix signée tons descendirent de cheval et sq « mirent à genoux pour remercier Dieu. Puis se serrant de nouveau

^ L'original de cette lettre a été trouvé aux archives de Berne par M. rarcliiviste Blœscb.

< la main, les larmes aux yeux, ils burent dans la gourde les uns des € autres en signe de réconcilialion et se séparèrent \ »

La paix de Deinikon fut suivie de la soumission de TArgovie, abandonnée à son sort. Les cinq cantons en profitèrent pour rétablir le catholicisme à Mellingen, à Bremgarten et dans les bailliages libres. L'aumônier des troupes bernoises, François Kolb, eut beau éclater en invectives contre les chefs de Tarmée. La paix dWarau, conclue par Berne avec les cinq cantons, confirma ce changement et condamna les réformés à payer 8,900 écus pour les frais de la guerre. Cette contribution, répartie par les gouvernements entre leurs sujets, occasionna le plus vif mécontentement dans la campagne de Berne et de Zurich. Le gouvernement dans ces deux cantons fut obligé de prendre l'engagement de ne faire aucune guerre à Tavenir sans consulter les communes.

La paix de Deinikon et celle d'Aarau, avantageuses aux catholiques, le furent encore ainsi aux libertés populaires de Berne et de Zurich.

A Lucerne, la victoire des vieux croyants avait été saluée par de nouveaux pamphlets <à la façon de Mourner, bien que ce dernier eût jugé à propos d'évacuer le canton et de retourner à Strasbourg, après U paix de Steinhausen qui le condamnait à répondre de ses écrits à la diète de Baden devant Messieurs de Berne et de Zurich. Mais Mourner, avait trouvé un successeur dans le maître d'école, greffier et chroniqueur Salât, qui eut à subir, sur les plaintes de Berne, un emprisonnement de 70 heures dans le Wasserthurm à Lucerne (le 19 avril 1532). Il n*en revint pas moins à la charge par de nouveaux pamphlets où Zwingh^ l'Hercule helvétique, comme il l'appelait ironiquement, était poursuivi jusque dans sa tombe*.

A Soleure, |a victoire des catholiques eut des conséquences autrement graves. En dépit de la prépondérance numérique des vieux croyants, les nouveaux avaient eu assez de crédit pour déterminer l;i jonction de la bannière cantonale à celle des Bernois, en vertu de l'ancienne alliance des deux villes. Les cinq cantons donnèrent aux Soleurois l'alternative de payer une contribution de guerre de 800 écus ou d'abolir chez eux la nouvelle croyance (22 avril i 532). L'un des chefs du parti catholique, Nicolas de Wengi, noble de race, boucher et aubergiste de [)rofession, venait d'être promu de la dignité de trésorier qu'il remplissait depuis 1530, à celle d'avoyer (le 23 juin 1532). Ma-

* Abrégé de V Histoire des Suisses, par un Neuchâtelois (le comte Petitpierre- Wesdehlen). Neuchâtel, Attinger, 1849, 207.

* Bœchtold, Hatis Salât , der schweizen'sche Chronist und Dichter, Basel, Babcmeyer, 187G, 11.

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