CONJURATION DE SOLEURE
gistrat équitable, Wengi proposa de laisser le libre exercice de leur culle aux réformés, moyennant racquitlement par eux de cette somme. Cette opinion conciliante n'était du goût ni des cinq cantons, ni des catholi- (jues exaltés, ni des protestants eux-mêmes. L'église des cordeliers fui alors ôtée aux évangéliques et leur culte relégué à un quart de lieue de la ville, à Zouchwyl. Irrités de celte décision, les chefs du parti réformé ou luthérien, le banneret Hugi et les frères Jean et Rodolphe Roggenbach, réunis dans la maison du conseiller Von Arx, charron de profession, résolurent de tenter un coup de main et de s'emparer de la ville*. Au coup d'une heure de l'après-midi, le jeudi 30 octobre 1533 (et non après minuit comme le dit la chronique de Hafner), les nouveaux croyants de la campagne devaient entrer en ville et en occuper les portes, pendant que leurs coreligionnaires de la bourgeoisie s'empareraient de l'arsenal. Mais prévenu par l'un des conjurés entre midi et une heure, Wengi fait retarder l'horloge, occuper les portes et l'hôtel de ville.
L'arsenal dont les protestants s'étaient emparés leur est repris; ils sont conti'aints de se retirer dans le Petit-Soleure, en coupant le pont (le l'Aar. Plus nombreux et maîtres de la ville supérieure, les catholiques braquent leurs canons sur l'autre rive et tirent un premier coup sur l'hôpital où les chefs des réformés tenaient conseil. Wengi se précipite et se plaçant devant la bouche du canon : « Concitoyens, si vous « voulez égorger vos frères que mon sang coule avant le leur. » Le feu cesse; les protestants trop faibles pour soutenir la lutte se retirent à Wiedlisbach, dans le canton de Berne. Quelques jours après, la paix était rétablie par les bons offices des médiateurs de Berne et d'autres cantons. Dix-huit luthériens étrangers durent quitter le pays, ainsi que les huit cliefs des protestants indigènes. Une amende de cinq livres, à titre de frais de guerre, fut imposée immédiatement à tous ceux qui avaient piis les armes, au nombre de 109. Les trente-deux citoyens les plus compromis après les chefs eurent à payer 4,680 livres.
La journée du 30 octobre ruina la cause évangélique dans le canton de Soleure. Un nombre considérable de réformés, 70 familles, dit-on, allèrent s'établir dans le canton de Berne. Un bailliage contigu à cet État et où Berne exerçait le droit de haute justice, celui de Bouchegg, conserva, seul, la nouvelle croyance.
^ Alexander Schmid, Soîoihurns GlaUbenswirren. Gassmann Sohn, 1863, 116» Le citoyen qui retarda Phorloge (sans do ite par l'ordre de l'avoyer) se nommait Jean Janker, 26, 117. Voir aussi sur cette révolution Robert GIoutz-Blotzheim^ Schweiz. Muséum^ 1816, et Hemmann, Die reformirU Gemeinde in Soîolhurn, 1834»