TROUBLES A GENÈVE
Micheli, seigneur du Crest, prit le parti des mécontents, critiqua amèrement, de vive voix et par écrit, le système suivi pour les fortifications et en proposa un nouveau plus étendu et plus grandiose. Les Deux- Cents, irrités de cette opposition dangereuse, exclurent Micheli de leur sein, le privèrent même de la bourgeoisie et de ses biens. Exaspéré par ces sentences, Micheli, au lieu de céder à l'orage, en appela au peuple. Mais ce dernier ne s'émut pas de cet appel et le malheureux tribun, déclaré coupable de lèse-majesté, se vit définitivement privé de ses biens et condamné à une prison perpétuelle qu'il n'évita que par la fuite (1728). Quelques années plus tard, il reparaissait aux environs de Genève, recevait la visite de beaucoup de citoyens au Château blanc, sa résidence, et protestait contre les arrêts de ses juges. Mais il n'y gagna que d'être condamné à mort par contumace et exécuté en effigie à Plainpalais (1 736) \
De nouveaux troubles avaient dans l'intervalle éclaté à Genève. Les citoyens voyant finir pour la seconde fois la dixième année de l'impôt, et craignant qu'il ne fût renouvelé sans leur participation, s'étaient réunis en armes et avaient adressé au conseil des représentations énergiques sur la diminution de leurs droits. De là le nom de Représentants qu'on donna dès lors à ce parti. Le nom de Négatifs fut, au contraire, donné aux partisans du gouvernement, parce qu'ils refusaient de faire droits aux griefs des Représentants. Craignant un mouvement populaire, le chef des Négatifs, le syndic Jean Trembley, fier des lauriers qu'il avait cueillis à Villmergen, fit tamponner secrètement les canons de la ville et transporter de l'artillerie à l'hôtel de ville. Mais ces précautions étant venues à la connaissance du peuple, firent justement éclater le tumulte que l'on redoutait.
Le 6 décembre 1734, à l'heure de midi, 5 à 600 bourgeois s'arment, s'emparent de l'hôtel de ville, et arrachent aux deux conseils un décret d'exil perpétuel contre Jean Trembley, et l'exclusion des fonctions publiques de cinq autres magistrats du parti des Tamponneurs. Le grand conseil les remplace par des magistrats agréables au peuple, et le conseil général, assemblé dans le temple de Saint-Pierre sous la présidence du syndic populaire Lefort, sanctionne toutes ces mesures (20 décembre). .
Les Représentants triomphaient, lorsque leur brouillerie avec les Natifs vint rendre la prépondérance au parti des Négatifs. Les Natifs étaient de simples habitants, nés k Genève, mais issus d'étrangers et ne
* Jullien, Hist. de Genève, III, 65, 94.