‹ Histoire de la confédération suisseChapitre 24 sur 127 · CONJURATION DE HBNZI A BERNE · texte numérisé non relu

CONJURATION DE HBNZI A BERNE

Mais, le â juillet, à huit heures du soir, l'un des conjurés, éludiaiU CD théologie, nommé Ulrich, effrayé des suites de la conspiration, en réTéla l'existence au conseiller Tillier, magistrat aimé du peuple. Sur l'ordre du conseil secret, de jeunes membres des Deux-Cents se rendent au logis des chefs du complot, et les arrêtent sans bruit. Foueter voulut faire résistance et tira un coup de pistolet qui ne partit pas. L'officier qui l'arrêtait riposta avec un pistolet chargé k poudre et lui brûla la figure. Henzi qui revenait de Berthoud fut saisi aux portes de la ville et désarmé par les patriciens Bondeli et von Werdt, sans que personne fit le moindre effort pour le délivrer. Ayant réussi à fuir vers i'Aar, il fut poursuivi et atteint par un Allemand établi à Berne qui lutta corps à corps avec lui jusqu'à ce qu'on fut venu à son aide. Au premier moment, les patriciens, croyant que toute la bourgeoisie et la campagne environnante étaient d'intelligence avec les conjurés, coururent en armes à l'hôtel du gouvernement et occupèrent les portes de la ville. Une liste des conjurés, trouvée dans une des poches de Wernier, les remit de leur frayeur. Dès le lendemain, ils partagèrent la garde des portes avec la bourgeoisie et les milices de la campagne, et l'on commença le procès des conspirateurs.

Henzi conserva dans sa prison le sang-froid et la fermeté qui avaient distingué Davel, dont il était loin au demeurant d'avoir l'intégrité de mœurs et de c^iractère. Dans un de ses interrogatoires, on lui demanda la liste des conjurés sous promesse de lui faire grâce de la vie ; il la tira de la doublure de son habit, la déchira et en avala les morceaux en présence des juges. Le procès ne fut pas long. Malgré l'opposition de l'avoyer Steiger, en l'honneur duquel Henzi avait composé des vers, les trois principaux conjurés, Henzi, Foueter et Wernier, furent condamnés à mort par le grand conseil, le 14 juillet et décapités le jeudi 17, avec des circonstances atroces. Le bourreau, troublé par l'émotion de Wernier, n*abattit sa tête qu'au troisième coup de glaive. Témoin de cette boucherie, Henzi ne sourcilla pas et reçut lui-même deux coups, sans que la tête fût séparée du tronc. On raconte qu'au premier coup, se retournant vivement vers l'exécuteur, il aurait dit : « Tu exécutes comme les maîtres jugent. Tout est donc corrompu dans celte république. » H fallut achever de détacher sa tête avec un couteau. Foueter ne reçut également la mort qu'au second coup. Un certain nombre de conjurés parvinrent à s'enfuir. Berne mit leur tête à prix et bannit les autres. Micheli Du Crest, dont la persévérance n'avait pu dompter l'ardeur démocratique, fut transféré dans la forteresse d'Aarbourg où il resta jusqu'à sa mort en 1759. Kûpfer, qui nourrissait trois cents pauvres

fUi CONJURATION DE HENZI A BBRNE.

au Soulgenbach, en fut quille pour l'exil avec le fils de Tavoyer d'Erlach.

La femme de Henzi el ses enfants étaient au nombre des bannis. Arrivée sur les bords du Rhin, cette femme, qui avait du sang italien dans les veines, s'écria altérée de vengeance : « Voyez ! tout chers que me sont ces enfants, si je croyais qu'ils ne vengeassent pas un jour leur père, je les noierais dans ces flots. » Généreux citoyens, les fils gardèrent dans leur cœur l'amour de la patrie et rendirent des services à leur pays; un petit-fils de Henzi a brillé comme général dans la dernière guerre de Hongrie. Après avoir puni les conjurés, le gouvernement bernois récompensa le révélateur de la conspiration qui préféra un don de 50,000 livres à une place dans le conseil souverain et eut à choisir plus tard entre les meilleures cures du canton.

La conjuration de Henzi, comme celle de Davel, ne laissa pas d'exercer une heureuse influence sur la conduite du gouvernement et l'état des ei^prits dans le canton de Berne. On blâma dès lors avec plus de liberté les vices du gouvernement. Les magistrats eux-mêmes corrigèrent les abus les plus criants, sans renoncer toutefois à cette morgue hautaine qui caractérisait en général les patriciens bernois. La conjuration de Henzi n'avait pas trouvé d'écho dans les campagnes. C'est qu'elle était tout au profit de la bourgeoisie, dont le triomphe n'eût pas amélioré sensiblement le sort de celles-ci. c Quand la révolte aspire à devenir révolution, dit un historien vaudois, elle doit être la révolte non de l'égoïsme contre Tégoïsme, mais de l'intérêt général contre le privilège. Heureux le pays si, dans cet intérêt, la part de la sincérité l'emporte sur celle du prétexte ^ I »

La figure du capitaine Henzi est au moins celle d'un poétique et hardi conspirateur ; aussi Lessing avait-il eu l'idée d'en faire le sujetd'un drame. Il n'en est pas de même des magistrats ambitieux et cupides qui soulevèrent la Levantine en 1755. Les Levantins avaient dans toutes les guerres précédentes, à Giornico, à Novare, et récemment dans la seconde guerre de Villmergen, marché avec joie sous les drapeaux d'Uri. En récompense, ils obtinrent de la landsgeraeinde d'Uri une solde et de nouvelles franchises. Seuls presque de tous les peuples sujets do la Suisse, les Levantins recevaient de leurs maîtres le beau titre de c chers concitoyens »' et choisissaient en landsgemeinde leurs magistrats nationaux, un banneret, un commandant général et leur conseil. Mais Uri ayant rendu une loi protectrice des veuves et des orpbe-

' Monnard, Hisi, de la Confédération suisse^ XIV, 480.

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