‹ Histoire de la confédération suisseChapitre 26 sur 127 · MEURTRE DE GAUDOT A NEUCHATEL · texte numérisé non relu

MEURTRE DE GAUDOT A NEUCHATEL

bourg d'EinsiedeIn et déploya une rigueur excessive contre les rebelles. Trois Kaelm eurent la tète tranchée; un quatrième, réservé au même sort, expira au moment où les soldats l'enchainaient sur un char. Plusieurs autres furent punis du carcan, de la dégradation civique et de la confination dans leur commune. Une colonne fut placée au pied du mont Hacken avec cette inscription : « A la honte éternelle de quelques sujets rebelles d'EinsiedeIn. »

La conduite de Frédéric II, roi de Prusse, comme prince de Neuchâtel, forme un contraste frappant avec celle des peuples souverains d'Uri et de Schwyz envers leurs sujets d'EinsiedeIn et de la Levantine. Bien que le régime prussien n'eût en général rien d'oppressif et se montrât souvent plus éclairé que les gouvernements suisses, une partie du peuple neuchâtelois, toujours républicaine de cœur, regrettait amèrement l'indépendance dont le crédit de quelques grandes familles l'avait frustré en 1707. La France aussi avait conservé un parti dans l'ancienne noblesse et cherchait à séparer Neuchâtel de la Prusse. Le mécontentement éclata à propos de l'édit royal qui confiait la perception des revenus à des traitants, selon le système impopulaire imposé à la Prusse. Les communes et les corps de l'État protestèrent énergiquement. A la tète de l'opposition étaient le bauneret Osterwald, homme de tète et de probité, et les deux conseillers d'État Pury et Chaillet. Frédéric le Grand, qui n'avait l'habitude de respecter les droits des peuples que lorsqu'il convenait à sa politique de le faire, destitua ces magistrats fidèles et combla d'honneurs, au contraire, le conseiller Gaudot, caméléon politique, qui avait passé du parti du peuple a celui du roi (1767).

Neuchâtel ayant invoqué l'arbitrage de Berne, ancien allié et prolecteur du comté, l'avocat général et vice-gouverneur Gaudot plaida avec éloquence, devant les Deux -Cents, la cause du monarque et obtint gain de cause. A cette nouvelle, la fureur du peuple de Neuchâtel ne connut plus de bornes. Une émeute terrible éclata le jour de la rentrée de Gaudot dans la ville. L'avocat général et son ne- Teu Favarger, voyant la maison cernée par la multitude, commirent l'imprudence de tirer sur elle. Un charpentier tomba mort et quelques personnes furent blessées. Aussitôt la multitude força les portes et tua Gaudot de trois coups de fusil, puis se dispersa au cri de : < Vive le roi, le traître est mort! » (25 avril 1768).

Quelques semaines se passèrent avant qu'on osât sévir contre les meurtriers. Cependant, aux instances du roi et du nouveau gouverneur royal, le général bernois Lentulus, un des héros de la guerre de sept

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ans, les troupes des quatre cantons alliés de Berne, Fribourg, Lucerne et Soleure franchirent la frontière et occupèrent Neuchâtel. Les principaux coupables, au nombre de cinq, furent condamnés à mort par cmlimace; on les exécuta en effigie. Personne ne perdit la vie* (16 juillet). Berne qui, dans le premier moment, exigeait la mort des trois magistrats favorables aux droits populaires, se laissa fléchir. Mais pour punir la bourgeoisie de l'appui donné au meurtre, on la désarma et on lui fit payer une indemnité à la famille du défunt. Des délégués des quatre cantons, réunis ensuite en conférence, à Morat, prononcèrent le désarmement de la bourgeoisie, le payement de tous les frais et d'une indemnité de trois mille francs à la veuve de Gaudot.

Mais, en souverain éclairé, Frédéric II prit soin d'adoucir la rigueur de ces sentences. Il rendit au peuple ses armes, renonça au droit de destituer arbitrairement les magistrats, assura aux Neuchâtelois le maintien de leurs franchises et promit des réformes législatives, c C'est ainsi qu'un monarque, dit Tbistorien Zschokke, donna aux gouvernements républicains de la Suisse un exemple qu'aucun d'eux n'eût été capable de donner à ses co-Ëtats ^ »

Le mouvement de 1712 avait bien pu empêcher les principales familles de la ville souveraine de Zurich de s'ériger en patriciat proprement dit, mais non d'administrer d'une manière presque aussi oligarchique que les autras États- Villes. Les magistrats prévaricateurs étaient rarement punis. L'un d'eux, le bailli de Gruningen, au nom omineux de Grebel, avait commis des actes de spoliation de tous genres, ruiné des orphelins, vendu la justice. Le bailli étant le gendre du bourgmestre Landolt, ses administrés n'avaient pas osé porter plainte contre lui. Deux jeunes gens de cœur et de génie, Jean-Gaspard Lavater et son ami, le peintre Henri Fûssli, avertirent par écrit l'indigne magistrat qu'il eût à réparer le mal qu'il avait fait. Grebel n'ayant tenu aucun compte de cet avertissement charitable, Lavater introduisit pendant la nuit, dans les maisons des conseillers, un écrit anonyme où étaient dévoilés les méfaits du Verres zuricois (déc, 1 762). Grand émoi dans la ville de la Limmat. Les uns louaient le dénonciateur, les autres le blâmaient, le critiquant surtout d'avoir gardé l'anonyme. Le père de Lavater, lui-même, était au nombre de ces derniers. Le gouvernement décida de faire son procès au bailli infi-

* L'avocat général Gaudot. Un assassinat politique à Netichâteî^ par Georges de Pury, Musée neuchâteîois de 1875.

* Voir l'excellente dissertation de J.-J. Hottinger sur les rapports de Neuchâtel avec la Suisse, dans les Archives de la Société suisse d^Mstaire, IX, 4.

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